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MANUEL |
PATROLOGIE
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2
5504
MANUEL
DE
PATROLOGIE
PAR
\
LE DOCTEUR ALZOG
PROFESSEUR DE THEOLOGIB À L’UNIVERSITK DE FRIBOURG
TRADUCTION DE L’ABBE P. BELET D
PARIS
GAUME FRÈRES ET J. DUPREY, ÉDITEURS
3, RUE DE L'ABBAYE, 3
1867
Tons droits réservés.
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OF NEW YORK,
‘PRÉFACE.
Persuadé, depuis l’époque où il a débuté dans l'en-
seignement de la théologie, que la connaissance des
œuvres des saints Pères est de la plus haute impor-
tance pour le théologien, le docteur Alzog avait conçu
depuis longtemps le dessein de travailler à un grand
ouvrage de Patrologie. Appelé en 1853 à l'université
de Fribourg, il se mit résolument à l'œuvre, impatient
de réaliser un projet qui le tenait vivement au cœur
et dont il avait jeté les premiers fondements dans les
cahiers rédigés pour son cours, mais que ses occupa-
tions ne lui avaient pas permis d'exécuter.
Déjà il s'était procuré les ressources nécessaires à
son entreprise, lorsqu'un violent mal de tête le força
tout-à-coup d'interrompre son travail.
Sur ces entrefaites, le docteur Alzog changea de sen-
timent; il comprit que ce qu'il fallait surtout aux
jeunes ‘candidats de- la théologie c'était, non pas une
publication volumineuse, mais un Manuel, un cours
abrégé de Patrologie; ceux qui voudraient approfondir
davantage la matière, trouveratent, pensait-il avec rai-
son, toutes les ressources désirables dans les ouvrages
de Fessler, de Dupin et surtout de Ceillier, réédité de
nos jours avec de nombreuses additions.
Quant aux avantages que procure l'étude des saints
Pères, il serait superflu d’y insister. « Les études théo-
logiques, disait M. Busse dans la préface de son Manuel
de la littérature chrétienne, se trouvent dans la plus
triste situation quand le théologien ne joint pas à la
connaissance de la sainte Ecriture celle des sources
vénérables où il doit puiser les renseignements et les
preuves de son savoir théologique sur le dogme, les
*
28],
VI PRÉFACE.
institutions, les coutumes et les faits de sa religion. »
Aussi le concile national de Petrikow, en 1607, enjoi-
gnait-il aux curés et aux prédicateurs « qui pourraient
se les procurer, d’avoir à leur usage, outre l'Ancien et
le Nouveau Testament, les œuvres de saint Cyprien,
saint Athanase, saint Grégoire de Nazianze, saint Basile,
saint Chrysostome, saint Hilaire, saint Augustin, saint
Jérôme, etc. »
Bossuet, dont personne né eontestera la compétence,
ne craignait pas de dire : « Quiconque veut devenir
un habile théologien et un solide interprète, qu'il lise
et relise les Pères. S'il trouve dans les modernes quel-
quefois plus de minuties, il trouvera très-souvent dans
un seul livre des Pères plus de principes, plus de cette
première sève du christianisme, que dans beaucoup de
volumes des interprètes nouveaux; et la substance qu'il
y sucera des anciennes traditions le récompensera très-
abondamment de tout le temps qu'il aura donné à cette
lecture. Que s’il s'ennuie de trouver des choses qui,
pour être moins accommodées à nos coutumes et aux
erreurs que nous connaissons, peuvent paraître inu-
tiles, qu'il se souvienne que dans le temps des Pères
elles ont eu leur effet et qu'elles produisent encore un
fruit infini dans ceux qui les étudient, parce qu'après
tout ces grands hommes sont nourris de ce froment
des élus, de cette pure substance de la religion, et que
pleins de cet esprit primitif qu’ils ont reçu de plus près
et avec plus d’abondance de la source même, souvent
ce qui leur échappe et qui sort naturellement de leur
plénitude est plus nourrissant que ce qui a été médité
depuis. C'est ce que nos critiques ne sentent pas, et
c'est pourquoi leurs écrits, formés ordinairement dans
les libertés des novateurs et nourris de leurs pensées,
ne tendent qu’à affaiblir la religion, à flatter les erreurs
et à produire des disputes *. »
4 Défense de la Trad. et des saints Pères, P. 1, liv. IV, c. xvau.
PRÉFACE. VII
En se proposant de renfermer dans un espace rela-
tivement restreint tant d'auteurs et d'ouvrages diffe-
rents, on courait le risque de tomber dans les aridités
d’une nomenclature froide et incolore, et, au lieu d’un
Manuel à l’usage des jeunes théologiens, de ne com-
poser, à l'exemple du docteur Busse, qu'un répertoire,
savant peut-être, mais sec et fastidieux, destiné
surtout aux savants de profession.
Au lieu donc de se borner à une simple énumération
des ouvrages plus propre à engendrer le dégoût qu'à
inspirer l'amour des études patristiques, l’auteur s’est
appliqué à dépeindre en traits rapides la vie et la
carrière des écrivains dont les œuvres lui ont paru
dignes de fixer l'attention.
Ce Manuel étant surtout destiné à servir de guide
dans l'étude de la Patrologie, il était nécessaire d’y
signaler les meilleurs travaux anciens et modernes qui
peuvent servir à compléter les notions de ceux qui
. étudient la littérature chrétienne. Dans ce but, on a
indiqué en tête de chaque article les prolegomenes que
renferment les meilleures éditions, notamment celles
des Bénédictins, sur la vie et les œuvres de l’auteur :
c'est presque toujours le meilleur moyen de se fami-
liariser avec l'écrivain que l'on veut étudier. Après
avoir enumere les travaux d'un auteur, on a indiqué
les meilleures éditions des traités qui ont été publiés
séparément, et, à côté des éditions des œuvres com-
plètes, on a fait connaître les études ou les monogra-
phies qui ont été écrites à propos de tel ou tel ouvrage
en particulier. Quelquefois, notamment pour les lettres
des Pères apostoliques, saint Barnabé et saint Ignace,
pour le Pasteur d'Hermas, saint Ambroise, Léon le
Grand, on a ajouté des remarques sur l’état du texte
actuel, afin d'offrir toutes les ressources désirables à
ceux qui voudraient faire des recherches approfondies
sur l’un ou l’autre auteur.
VIII PRÉFACE.
Comme la Patrologie, surtout dans la période des
saints Pères, doit s'occuper des preuves dogmatiques
fournies par les écrivains des premiers siècles, il fallait
de toute nécessité rapporter aussi complètement que
possible les passages qui attestent la doctrine catho-
lique dans les origines du christianisme, c’est-à-dire
dans les trois premiers siècles. Dans les quatre siècles
suivants, on s'est borné à signaler les doctrines qu’un
auteur a développées de préférence ou qu'il a mar-
quées de son cachet personnel. Cette méthode, au sur-
plus, rentrait dans le plan général de ce livre : indi-
quer le contenu des écrits. d’un auteur, résumer ses
vues particulières et marquer l'influence qu'il a exercée
sur le présent ou sur l'avenir. À quoi bon citer des
doctrines depuis longtemps établies, quand il s’agit
d'auteurs qui ne pouvaient pas enseigner autre chose
que ce qu’enseigne l'Église catholique?
Dans la seconde période, ceux des Pères grecs et
latins qui se distinguent à la fois par leur génie et par
l'étendue de leurs écrits occupent une place plus large
et ont été l'objet d'un soin particulier, d'autant plus que
l'excellent travail de Moehler sur cette période n'a pas
été continué. En laissant les grands docteurs s’expri-
mer eux-mèmes dans de longs passages, en rapportant
les pensées magnifiques qui out embelli leurs écrits et
dirigé leurs actions, et qui nous les montrent comme
des modèles accomplis du sacerdoce, je visais aussi,
dit M. Alzog, à inspirer aux jeunes théologiens, avec
l'amour de leurs œuvres, le courage de les étudier.
Dans un travail aussi difficile et dont certaines par-
ties veulent être traitées avec un soin exceptionnel,
l'auteur se félicite du concours sérieux que lui a prèté
le docteur Kellner de Trèves, auteur d’un ouvrage
justement célèbre, publié à Cologne en 1866 sous le
titre d’Hellenisme et christianisme.
MANUEL
DE
PATROLOGIE.
INTRODUCTION A L’HISTOIRE
DE LA
LITTÉRATURE CHRÉTIENNE
$ 1". Notion et objet de l’histoire de la littérature
chrétienne.
Les renseignements que les anciens auteurs ecclésias-
tiques nous ont transmis sur la littérature chrétienne se
bornent à de courtes notices et à l’enumeration des ou-
vrages. Les matières qu'ils traitaient dans leurs écrits se
renfermaient le plus souvent dans un cadre restreint et
ne tendaient qu’à un but particulier : il s’agissait ou de
concourir à quelque recueil de canons ecclésiastiques, ou
de coordonner ce qu’on appelait alors des chaînes dogma-
tiques et exégétiques. C’est au dix-septième siècle seule-
ment, et grâce aux travaux de Dupin et de Cave, l'un
catholique, l’autre anglican, que l’histoire de la littérature
chrétienne s’est constituée à l’état de science proprement
dite. Lorsque, à la suite de ces travaux, on a créé en
1
2 MANUEL DE PATROLOGIE.
faveur de la litterature des premiers äges du christia-
nisme ce qu’on a appele la Patrologie, cette science ne
présentait encore que des notions fort vagues et ses li-
mites étaient loin d’être fixées. Comme la Patrologie ne
renfermait que la biographie et l'énumération des écrits
de l’auteur, on fut obligé de la compléter par la Patris-
ligue, qui s’occupait de la partie dogmatique et morale.
La Patrologie, dans le principe, ne traitait pas seulement
des Pères de l’Eglise, mais encore des écrivains ecclé-
siastiques, et même des heretiques; et quant à la tâche
assignée à la Patristique, elle se trouvait remplie en
grande partie déjà par les preuves traditionnelles em-
ployées dans.le dogme et dans la morale. Nous échappe-
rons à ces inconvénients en comprenant sous le titre
d'Histoire de l’ancienne littérature chrélienne les matières
qui rentrent à la fois dans la Patrologie et dans la Patris-
tique. Notre travail comprendra l’histoire de la littéra-
ture chrétienne dans ses origines, dans ses progrès, dans
son apogée et dans sa décadence, durant les trois pé-
riodes de l’histoire ecclésiastique que nous appellerons,
d’après les formes caractéristiques qu’a revêtues succes-
sivement la littérature chrétienne : l’ère gréco-romaine,
l'ère germano-romaine, l'ère romano-gréco-germaine,
ou l'ère patristique, l’ère scolastique et l'ère moderne
depuis l'influence des humanistes.
$ 2. Les Pères de l’Eglise, les écrivains ecclésiastiques
et les docteurs de l’Eglise.
C'était en Orient une coutume admirablement justifiée,
et qui existait aussi jusqu'à un certain point en Occident,
d'exprimer les rapports des maitres et des élèves par
les dénominations de pères et de fils ou enfants. On sait
qu’Alexandre le Grand donnait le surnom de père à son
précepteur Aristote. Cette locution est aussi employée
dans l’Ecriture sainte. Elisee appelle Elie son père, et les
INTRODUCTION A L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. . 3
disciples du prophète prennent le titre de fils‘. Dans un
sens plus rigoureux, on appelait Pères de l'Eglise les
écrivains dogmatiques qui, en dehors du corps des
évêques, légitimes successeurs des apôtres, passaient
pour les témoins de la doctrine transmise par l'antiquité
ecclésiastique, qui est indubitablement le plus sûr garant
de la doctrine primitive de l'Eglise. Pour conférer le
titre de Pères de l'Eglise, on exigeait les conditions
suivantes : l'antiquité, l’orthodoxie de la doctrine, la
sainteté de la vie et l’approbation de l'Eglise, expresse
ou tacite ?. Dans l’Eglise latine, la serie des Pères s’arré-
tait à saint Grégoire, pape (mort en 604), et dans l'Eglise
grecque à saint Jean Damascène (mort après 754). Enfin,
on donnait aux disciples des apôtres qui s'étaient fait
par leurs écrits les organes de la doctrine de l'Eglise,
le nom de Pères apostoliques.
L'Eglise se montrait très-difficile dans la collation de
ce titre d'honneur; elle l’a refusé à plusieurs écrivains
célèbres qui avaient rendu à l'Eglise de signalés ser-
vices, tels que Tertullien, Origène, Lactance, Eusèbe,
évêque de Césarée, Théodoret, évêque de Cyr, etc.,
uniquement parce que, malgré leur valeur littéraire et
leur piété, ces auteurs n'ont pas constamment et partout
expliqué et défendu la doctrine chrétienne selon l'esprit
de l'Eglise. On ne leur a donné que le titre d'auteurs
ecclésiastiques, scriptores ecclesiastici, et on ne les a
traités que comme de savants témoins.
Plus tard, les écrivains qui joignirent aux qualités des
Pères de l'Eglise ’eminence de la science et se signa-
lerent dans les luttes de l’orthodoxie, furent appelés
docteurs de l’Eglise, doctores Ecclesiæ. I fallait donc,
pour jouir de ce titre, réunir les conditions suivantes : _
une science éminente, une doctrine orthodoxe, la sain-
1 IV Rois, 11, 12; ibid., vers. 3-5. Cf. Ps. xxxım, 12; Prov., IV, 10;
Maith., x, 27; surtout Gal., ıv, 19; I Cor., ıv, 14. — 3 Fessler,
Institut. Patrologie, t. I, p. 36-29.
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INTRODUCTION A L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 5
Elle voyaiten eux les organes dont Jésus-Christ et l’Esprit-
Saint s’étaient servis pour perpétuer leur action au sein
de l'Eglise : Ut in eis limeas non ipsos, sed illum qui ea
sibi ulilia vasa formavit et sancta templa tonstruæit, dit
saint Augustin. Le concile de Chalcédoine, en 451, insis-
tait sur l'obligation « d'être fidèle à la croyance des
saints Pères et de se servir d'eux comme de témoins
pour défendre sa foi : » Ut sanclorum Patrum fidem ser-
vemus, iisque ulamur lestibus ad nosire fidei firmitatem.
Et le cinquième concile tenu à Constantinople, en 533,
faisait cette solennelle profession de foi : « Nous confes-
sons que nous embrassons et prêchons la foi qui a été
donnée dans l’origine aux saints apôtres par notre grand
Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui a été annoncée par
eux dans l'univers entier, qui a été professee et expli-
quée par les saints Pères : » Confilemur nos fidem tenere et
prædicare ab initio donalam a magno Deo et Salvatore
nostro Jesu Christo sanclis Apostolis, et ab illis in uni-
verso mundo pr&dicalam, quam et sancti Palres-confessi
sunt et explanarunt. En 680, le sixième concile œcumé-
nique de Cönstantinople énonçait la même doctrine
lorsqu'il disait : Sanctörum et probabilium Patrum inof-
fense recto tramite iler conseculum, tisque consonanter
definiens confiletur reclam fidem. Enfin, le dernier concile
œcuménique, célébré à Trente au seizième siècle, em-
ploie souvent l’une pour l’autre et dans un sens iden-
tique les expressions de « doctrine de l'Eglise, » et de
«consentement unanime des saints Pères. »
Ce consentement unanime doit se prendre dans le sens
que lui donne saint Vincent de Lérins, dans son fameux
Commonilorium : « Ce que tous ou plusieurs auront
confirmé dans un seul et même sens, manifestement,
fréquemment, persévéramment, ou ce qu'ils auront reçu,
embrassé, transmis par une sorte de consentement tacite
des maîtres, tout cela, nous le tenons pour indubitable,
pour certain et définitif : » Quidquid vel omnes, vel plures
6 WANT. LE Ir RS
uno rich ES Zn: 234. Tesursier, perseveranler, vel
quoizm crasmiueniz mi;sirmun 082110, accipiendo,
tenend>, Iraiewi: msn, 35 gr ındubilato, certo,
rolsque Yadrziar LDC. € Et, conformément
à ces deux caractere [2 | ass 27% à la vraie tradition :
l'universa':te et la Être : 42:35 srmper. quod ubique,
quod ab erx:'as cv: es. I. muntre dans le même
ouTTage, €. Xın. par »s tes du troisième concile
æcuménique à Erbe, axzıpent la reuve traditionnelle
doit ètre présente.
Voici amment sant Auzustn 'u-mème a développé
cette preuve œutre Ju xn. svtateur de Pélage, lib. I,
n. 7 : « Vovez. lui t-i. Jans que'e assemblée je
vous ai intruit. Voll Amar de Milan, que votre
maitre Pe'age a combe de tant de kuanges; voilà Jean
de Constantinone, voià Rasle et teus les autres, dont
l'accord si unanime devrait vous toucher. Vous voyez
réunis des hommes de tous les temre et de tous les pays.
de l'Orient et de l'&vident. et Ls n’arrivent point en un
lieu où les hommes soient forves d’alwrder, mais à un
livre qui puisse alier à tous les hommes. — Quant à
celui qui s’eloigne du consentement unanime des Pères,
celui-la s'éloigne de l'Eglise :» Hi: est Medic'anensis Am-
brosius, quem magister tuus Pe:azius tanta prædicalione
laudavit. Hic est constantin>polttanus Joannes, hic est
Basilius, hic sunt et cæteri, quorum te movere deberet
lanta consensto. Hos itaque de aliis atque aliis temporibus
aique regionibus ab Oriente et Üccidente congregatos vides,
non in locum quo navigare cogantur homines, sed in li-
Drum qui navigare possit ad homines. — Qui ‘vero! ab
unanimi Patrum consensu discedit, ab universa Ecclesia
recedit. (Cont. Jul., lib. II, n. 37.)
Les Pères de l'Eglise forment donc comme le fleuve
de la vie divine dont la source est en Jésus-Christ ; ce
sont eux qui, avec l’enseignement verbal du ministère
infaillible qui réside dans les évêques, perpétuent par
INTRODUCTION A L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 7
leurs écrits, d’une manière ininterrompue, le dépôt de la
doctrine chrétienne; en sorte que leurs ouvrages con-
stituent une partie de la tradition écrite (rapddooıs éxxAn-
CLŒOTIXN ).
« Il faut savoir, dit Bossuet, distinguer les conjectures
des Pères d’avec leurs dogmes, et leurs sentiments par-
ticuliers d'avec leur consentement unanime. Après qu’on
aura trouvé dans leur consentement universel ce qui
doit passer pour constant, et ce qu'ils auront donné pour
dogme certain, on pourra le tenir pour tel, par la seule
autorité de la tradition *. » (Préf. de l’Apoc., t. II, p. 319.)
C'est à cause de cette importance des Pères, et par con-
séquent de l’ancienne littérature chrétienne considérée
comme deuxième source de la foi, que la première pe-
riode, la période patristique, mérite d’être traitée avec
plus de soins et de details dans l'étude de la théologie
catholique. Dans ka seconde et dans la troisième période,
au contraire, l’histoire littéraire du christianisme peut se
rattacher plus facilement à l’histoire ecclésiastique. Une
remarque importante qu'il convient de faire sur les
écrits des saints Pères, car elle est d’une haute valeur,
c’est qu'ils touchent de près aux mille incidents de la
vie pratique; la plupart sont le fruit ou d’une expérience
personnelle ou des nécessités de la vie journalière : il
s’agissait ou de réfuter des hérétiques, ou d’abolir un
abus, ou d’insister sur le sérieux de la vie chrétienne,
ou enfin de pousser à quelque grande résolution ; tandis
que les auteurs des époques suivantes n’ont souvent pris
la plume que pour consigner leurs propres réflexions ou
pour établir quelque théorie scientifique.
1 On trouvera de longues explications sur l'importance des saints
Pères dans Melchior Canus, De locis theologicis, lib. VIII; Noël
Alex., Dissertat., 16; Perrone, Prælect. theol., in tract. De locis
theol., part. 1, sect. 2, et dans son grand ouvrage, tome IX.
3 Addition du traducteur.
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diverses branehes. Ele Sarairı as. wur 2 alte pra-
ae de a vie chreßenne. 4 exevi ects mines à imiter,
tianisıne, notamment Cei.es des eerivain: des dur pre
sers sucles. sont de veritahles vies de saints
Représentants de la tradition chretenne et de la vie
asile, lez saints Peres ont une valeur à la fois
thévrique et pratique qui intéresse toutes les époques.
© 5. Les rèsles de la critique.
Jamais la critique n’a eu plus d'occasions de s’exerver
que sur le terrain qui nous occupe. Na-t-on pas vu
INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 9
naitre des les premiers temps de l’ère chrétienne, à côté
des Evangiles et des Actes des apôtres par saint Luc,
des évangiles et des actes apocryphes? et dans le second
et le troisième siècles, une pieuse fraude n’a-t-elle pas
attribué aux apôtres jusqu’à quatre-vingt-cinq canons et
huit livres de constitutions ?
Il importe donc de rechercher avec soin si les docu-
ments qu'on a sous les yeux sont ou authentiques et
intacts (gemina, inlegra), ou apocryphes et supposés
(puria), ou douteux et incertains (dubia); s’ils n’ont pas
élé falsifiés par des additions ou des retranchements
(corrupta interpolalione sive mutilatione). Les règles
qu'a établies la critique pour résoudre ces questions re-
posent sur des raisons intrinseques et sur des raisons
extrinseques. Les premières se tirent principalement des
enseignements fournis sur l’auteur et sur ses écrits par
l'époque où il a vécu ou par les époques suivantes ; les
secondes sont fondées sur l'examen de la doctrine et des
sentiments de l’auteur, sur son style, sur son époque,
sur le caractère et sur les institutions de son époque.
S 6. Editions des écrivains ecclésiastiques. — Leurs
collections.
Des les premiers temps de l'imprimerie, des libraires à
la fois entreprenants et doués d’un vaste savoir, Robert
et Henri Estienne à Paris, Aldus Manutius à Venise,
Froben, Oporin, etc., à Bâle, s’appliquèrent d’abord à
reproduire les saintes Ecritures, les classiques grecs et
romains, puis les Œuvres des saints Pères. Le célèbre
humaniste Désiré Erasme (mort en 1536) prit une part
active à l’édition des saints Pères qui fut publiée à Bâle
dans le commencement du seizième siècle. Ce fut donc à
Bâle que parurent les premières éditions de la plupart
1 Fessler, Institut. Patrol.,t. I; Héfelé, Revue de Tubingue, 1849,
p. 437.
—
10 MANT EL IE FATR SO IE.
des saints Pertes : e_es etant ‘in d’atieindre à la per-
fertion, car eles sent imamp. est et la correction
laissait a désirer.
Ces eäitions furent re.-zuees au second rang par les
travaux des ixneictins r'ormes de Saint-Maur, des
oratsriens -Laland. . des jesuites : Petan, Canisius,
Sirmsnd, Harduin , et des demimicains «Combefis et
Lequien . Grâce aux ressources que ces reilgieux trou-
verent dans leurs crires. au z£!e perseverant qu'ils dé-
ploverent sur ce terrain et qui « continue de nos jours,
ils surpasserent tous leurs devanciers. Les excellentes
éditions puiri-es par leurs soins contiennent : 1. la bio-
graphie détaï:'ée des saints Pères: 2. une indication de
leurs ouvrages plus complete. disposée souvent par ordre
chronologique et signalant les écrits apocrvphes; 3. le
resume de leur doctrine; 4. l'explication de certains pas-
sages difficiles ; 5. des tables mieux wignees, car elles
sont à la fois alphabétiques et methodiques : ce sont les
seules à consulter pour les travaux scientifiques. La plu-
part des éditions originales parurent à Paris, et furent
réimprimées à Venice.
Cf. Herbst, Services rendus à la science par les bénédictins de
Saint-Maur et les oratoriens (Theol. Quart.-Schrift, 1833-1835). Ces
éditions, toutefois, ont encore bien des défauts; les ouvrages y sont
incomplets, et la critique qui a présidé à l'établissement du texte
laisse à désirer. (Cf. Anz. Mai, Nova biblioth. Patr., t. |, p. XVII, et
Valarsi dans la préface de son édition des Œurres de saint Jérôme.)
Outre ces éditions des saints Pères, on a encore publié
les collections suivantes :
4. Maxima bibliotheca veterum Patrum et anliguorum
scriptorum ecclesiasticorum, ete. Lugd., 1677, 27 vol. in-
1 On sait que les premières impressions sorties des célèbres ateliers
de Mayence, Strasboure, Rome, Paris, Venise, Augsbourg el Bâle
furent appelées Incunables. La plupart des bibliographes terminent à
l'an 1500 l’époque des Incunäbles ; quelques-uns cependant l’étendent
jusqu'en 4520, et même jusqu’en 1536. — Voir sur les Incunables
l'Encyclopédie de Ersch et Gruber.
INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 11
fol. Le premier volume contient la table des ouvrages
réimprimés (les ouvrages grecs sont indiqués en latin),
et un index generalis materiarum. Cette collection s’étend
jusqu’au quinzième siècle ét ne renferme que des auteurs
d'ouvrages peu volumineux.
2. Bibliotheca veterum Patrum, antiquorumque scripto-
rum ecclesiasticorum, de l’oratorien André Gallandi.
. Venet., 1765, 14 vol. in-fol. Cette collection ne renferme
également que des œuvres peu étendues; on y trouve
surtout des apologies et un recueil des plus anciennes
épigraphes apocryphes. Les ouvrages grecs sont repro-
duits dans le texte original, avec accompagnement d’une
traduction latine, d'excellentes dissertations, de plusieurs
corrections de texte, d'explications de passages obscurs
et difficiles.
3. J.-S. Assemani Bibliotheca orientalis Clementino-
Vaticana (recueil de morceaux syriaques, arabes, per-
sans, turcs, hébreux et arméniens), Romæ, 1749, 4 vol.
in-fol.
4. La plus complete collection. des auteurs latins et
grecs a paru dans le Cursus completus Patrologiæ, éd.
Migne, Paris, 1843 et suiv. Les Latins commencent à
Tertullien et finissent au pape Innocent III, 247 volumes
in-4°, Les Grecs, depuis les Pères apostoliques jusqu’à
Photius, occupent 404 volumes. La traduction latine mise
en regard n’est guère qu’une réimpression des excellents
travaux bénédictins, dont les tomes et les pages sont
indiqués ; cependant les éditions nouvelles y sont aussi
signalées, et on y trouve des corrections de texte, des
dissertations et des éclaircissements. Une nouvelle collec-
tion des auteurs grecs, déjà fort avancée, doit arriver
jusqu’au concile de Florence.
Cette collection des Pères grecs et latins renferme
aussi la plupart des morceaux détachés ou des ouvrages
récemment découverts appartenant à divers auteurs
ecclésiastiques, et reproduits par le théologien anglican
12 MANUEL DE PATROLOGIE.
Grabe, dans le Spicilegium sanctorum Patrum ethære £i-
corum, dans les Reliquiæ sacræ des deuxième ettroisième
siècles, de Routh, ainsi que dans les trois collections sui-
vantes du célèbre bibliothécaire du Vatican, Angelo
Mai : Scriplorum veterum nova collectio, Romæ, 1825 -
1838, 10 vol. in-4°; Spicilegium romanum, Romæ,
1839-1844, 10 vol. in-8°; Nova Patrum bibliotheca,
Romæ, 1832 et seq., 7 vol. in-4°, et enfin dans le Spici-
legium Solesmense, du bénédictin français Dom Pitra,
Parisiis, 1852 et seq., A vol. Le Spicilegium Liberianum,
de Fr. Liverani, Florent., 1865, n’a pas encore été utilisé
dans les collections de Migne.
5. Henr. Canisii Antiquæ lectiones, seu Varia veterum
Monumenla, Ingolst., 4601 et seq., augmentées par Bas-
nage, Amstelod., 1672, 4 vol. in-fol.
6. Auclarium novum græco-latinæ Patrum bibliothecæ,
Paris, 1648, puis Auctarium novissimum bibliothecæ græ-
corum Patrum, Paris, 1672, ensemble 4 vol. in-fol., par
le dominicain Combefis.
7. Collectio nova Patrum et scriplorum græcorum,
Paris, 1706, 2 vol. in-fol., par le bénédictin Montfaucon.
8. Spicilegium veterum aliquot scriplorum, par le bé-
nédictin L. d’Achery, Parisiis, 4655-4677, 43 vol. in-4e.
Nova edit., Paris, 1783, 3 vol. in-fol.
9. Thesaurus novus anecdolorum, par Martène et Du-
rand, Parisiis, 4717, 5 vol. in-fol. Les mêmes ont donné
plus tard : Amplissima collectio veterum Scriptorum et
monumentorum hisloricorum, etc., Parisiis, 1724-1733,
9 vol. in-fol.
10. Thesaurus anecdotorum novissimus, par Pez, Aug.
Vind., 1721, 6 vol. in-fol.
44. Velerum Analecta, de Mabillon, Parisiis, 1675 et
seq., 4 vol. in-8°; editio 2°, 1723, in-fol. Le même, et
Mich. Germain : Museum Ilalicum, ed. 2*, Parisiis, 4724,
25 vol. in-4°. |
42. Bibliotheca latina mediæ et infimæ ætatis, par J. Alb.
INTRODUCTION A L'HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 43
Fabricius, Hamb., 1734-1746, 6 vol. in-8° (augmentée et
corrigée par Mansi, Patav., 1754, 3 vol. in-4°). Du
même : Bibliotheca græca, Hamb., 1705 et seq., 14 vol.
in-4°. Editio nova curante G. Ch. Harless, Hamb.,
4790-1809, 42 vol. in-4° (incomplet).
43. Petr. Coustant, ord. S. Bened. Epistolæ rom. Ponti-
ficum ab anno Christi 67 ad annum 440. Parisiis, 1721,
in-fol. Edit. Schænemann, Gotting., 1796, in-8°.
44. Des éditions portatives d'anciens auteurs ecclé-
siastiques, reproduites d’après les meilleures éditions,
ont été données par Oberthur, Opera Patrum gr&corum,
græc. et lat., Wirceb., 4777-4792, 24 vol. in-8° (Justin,
Clement d’Alexandrie, Origene); par Richter, Opera Pa-
trum lalinorum, ibid., 1780-1791 (Cyprien, Arnobe ,
Firmin Materne, Lactance, Hilaire, Optat de Mileve);
insérés de nos jours dans la Bibliotheca Patrum græcorum
(selecta), Lips., 1826 et seq.; par Gersdorff, Bibliotheca
Pairum latinorum, Lips., 1826 et seq. Deux ouvrages
qui témoignent de l'intérêt que les protestants eux-
mêmes attachent à la littérature patristique.
45. Une traduction allemande des Pères de l'Eglise (et
non des auteurs ecclésiastiques) commencée à Kempten
en 1831, est parvenue au 37° volume in-8°, et comprend
jusqu'à saint Ephrem de Syrie inclusivement (sans va-
leur).
Déjà précédemment, le protestant Reesler avait publié
sous le titre de Bibliothèque des Pères de l'Eglise, des
extraits traduits en allemand. Ce travail, estimable pour
son temps, s’etendait jusqu'aux écrivains qui ont vécu
pendant la querelle des iconoclastes, au huitième siècle.
Lips., 1776-1786, 10 parties. Tout récemment Œhler a
publié en traduction allemande, avec texte original, un
choix des Œuvres des saints Pères sous le titre de :
Bibliothèque des saints Pères, Lips., 1858, tome I-IV.
La plupart de ces collections et d’autres encore sont
indiquées dans le catalogue de J.-G. Dowling, intitulé :
414 MANUEL DE PATROLOGIE.
Notitia scriplorum SS. Patrum aliorumque velerum
ecclesiasticorum monumentorum , quæ in colleclionibus
anecdotorum post annum- Christi 1700 in lucem editis
continenlur. Oxoniæ, 1839 (il y manque le Spicilege
d’Ang.Mai, sa Nova Patrum bibliotheca, et le Spicilegium
Solesiınense de Dom Pitra).
$S 7. Travaux entrepris sur l’histoire de la littérature
chrétienne.
Les premiers débuts d’une Histoire de la littérature
chrétienne, avec de courtes notices biographiques et
l'indication des ouvrages des auteurs, se rencontrent :
4. Dans saint Jérôme, natif de Stridon, en Dalmatie
(mort en 420) : De viris illustribus, seu calalogus de
scriploribus ecclesiasticis. L’ouvrage, divisé en 135 cha-
pitres, contient 435 écrivains ecclésiastiques, commen-
cant par les apôtres Pierre, Jacques le Mineur, etc., et
finissant à l’auteur lui-même, saint Jérôme.
Plus tard, sous le même titre ou sous des titres ana-
logues, mais dans le même esprit, cet ouvrage a été
successivement continué par Gennade, prêtre de Mar-
seille (vers 490); par Isidore, évêque de Séville (636) ;
par Ildefonse, archevêque de Tolède (mort en 667);
puis, après un long intervalle, par Honorius, prêtre
d’Autun (mort en 1120) , et Sigebert de Cambrai (mort
en 4412); par Henri de Gand, en Flandres (mort vers
1293); par Pierre, religieux du Mont-Cassin, avec un
supplément de Placide; par Tritheim, abbé des bénédic-
tins de Sponheim (entre Trèves et Mayence), et ensuite
du couvent des Ecossais de Saint-Jacques, faubourg de
Wurzbourg (mort en 1516), et enfin par Mire, chanoine
de la cathédrale d'Anvers (mort en 1640) jusqu’au mi-
lieu du dix-septième siècle. Au commencement du dix-
huitième, saint Jérôme, y compris tous ses continua-
teurs jusqu’à Mire, a été réédité avec des remarques
INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 45
historiques et critiques par le protestant J. Alb. Fabri-
dus, professeur au gymnase de Hambourg, sous le titre
de Bibliotheca ecclesiastica, Hamb., 1748, in-fol.
2. Dans l'Eglise grecque, Photius, patriarche de
Constantinople (mort en 890), a rédigé un ouvrage sem-
blable sous le titre de : Mupto6l6Atov À Br6Xroßixn, cité ordi-
nairement sous le nom de Photii Bibliotheca. Il a été
édité en grec et en latin par Hæschel et Schot, Rotho-
Magi, 1653, in-fol.; en grec, par Immanuel Becker,
Berol., 1824, 2 vol. in-4°; par Migne, série grecque,
tomes CIII-CIV. C’est un mélange bigarré de 280 auteurs
Chrétiens et païens tels qu’on les lisait alors; ils sont
Souvent très-bien caractérisés. On y trouve aussi quantité
extraits d'auteurs dont la plupart des ouvrages sont
&ujourd'hui perdus.
3. Un ouvrage qui rentre dans le genre de celui de
Saint Jérôme a été publié au commencement du dix-
Septième siècle par le cardinal Bellarmin, sous ce titre :
Liber de scriploribus ecclesiasticis, depuis les auteurs de
l'Ancien Testament jusqu’en 1500, Rome, 1613. On s’en
est beaucoup servi et il a eu de nombreuses éditions.
Oudin, moine apostat de l’ordre des prémontrés, l’a
complété dans son Supplementum de scriptoribus eccle-
siasticis a Bellarmino omissis, ad annum 1460, Parisiis,
1686. |
4. Les travaux des bénédictins de Saint-Maur et des
autres ordres religieux ayant développé le goût des
études patristiques au delà de toute prévision, les ré-
sultats épars des recherches faites par ces savants
furent recueillis par N. Le Nourry, bénédictin français,
dans son Apparatus ad Bibliothecam maximam veterum
Patrum, etc. Parisiis, 1703-1745, 2 vol. in-fol.; — par
l'abbé Tricalet, en sa Bibliothèque portative des Pères de
l'Eglise, Paris, 1757-1762, 9 vol. in-8°. Cet ouvrage ren-
ferme la vie des auteurs, leurs meilleurs écrits, un
aperçu de leur doctrine, et des sentences ; — en latin sous
46 MANUEL DE PATROLOGIE.
ce titre : Tricaleti Bibliolheca manualis Ecclesiæ Patrum,
Bassani, 1783, 9 vol.; — par Schramm, bénédictin alle-
mand de Banz : Analysis fidei Operum sanctorum Patrum
et scriplorum ecclesiasticorum, Aug. Vind., 4780-1795,
48 vol. in-8°; — par un religieux du même monastère,
Placide Sprenger : Thesaurus rei patristicæ, seu disser-
laliones præslantiores ex N. Le Nourry, Gallandi, etc.,
3 vol. in-4°, Wirceb., 1782-1794; — par Lumper, prieur
des bénédictins de Saint-Georges, près de Villingen :
Historia theologico-critica de vila, scriptis et doctrina
sanctorum Patrum aliorumque scriptorum ecclesiasti-
corum trium primorum sæculorum, 13 vol. in-8°, Aug.
Vind., 1783-1799. Ce travail d’elaboration, souvent traité
avec independance, est parfaitement execute.
Outre ces divers ouvrages, l’histoire de la littérature
chrétienne a suscité, comme l’histoire ecclésiastique, des
travaux qui se distinguent surtout par leur caractère
scientifique.
En France.
5. Ellies Dupin, docteur de Sorbonne et professeur de
philosophie au college Royal, a publié une Nouvelle
Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques, contenant l’his-
toire de leur vie, le catalogue, la critique, la chronologie
de leurs ouvrages, le sommaire de ce qu’ils renferment,
un jugement sur leur style et leur doctrine. On trouve à
la fin l’indication des conciles, et, pour quelques siècles,
le récit des faits qui intéressent particulièrement l’his-
toire ecclésiastique, jusqu'à son temps (il mourut en
4749). Il completa son œuvre par la Bibliothèque des
auleurs séparés de la communion de l'Eglise romaine des
seizième et dix-seplième siècles, continuée jusqu’au dix-
neuvième siècle, par l’abbe Gouget, Paris, 1686 et suiv.,
3° éd., 1698, 47 vol. in-8°; Amsterdam, 1693-1745, 19 vol.
in-4°. La traduction latine, Paris, 1692 et suiv., 3 vol.
in-4°, ne va que jusqu'à saint Augustin et n'est pas exacte.
INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 17
Dupin a fait preuve de talent et de goût, mais il tra-
Vaillait trop vite et ne portait qu’un médiocre intérêt
&ux auteurs du moyen-âge, dont il n’avait pas l’intelli-
Sence et qui d’ailleurs souriaient peu aux gallicans.
“oratorien Richard Simon, dans sa Critique de la Bible
Le M. Dupin (Paris, 1730, 4.vol. in-4°), a fait une censure
GUatrée des bévues de Dupin sur les anciens auteurs, et
Barticulièrement sur les écrivains de la Bible.
6. Un ouvrage plus complet et plus exact que son
A @syancier, c’est l’Histoire générale des auteurs sacrés et
SC ciésiastiques du bénédictin Remy Ceillier, Paris, 1729-
"263, 23 volumes in-4°. Ce travail s'étend jusqu’à Inno-
Cent III et jusqu’à Guillaume, évêque de Paris (mort
M 1244). Les matières sont les mêmes que dans Dupin,
vec cette différence, indiquée par l’auteur lui-même,
ol. XXI, p. 14 : « Les analyses des auteurs ecclé-
Siastiques font l’objet principal de notre ouvrage. » Sa
iction est moins agréable que celle de Dupin. La librai-
je Vives en a donné, en 1860, une nouvelle édition en
45 vol. in-4°, enrichie d’additions et de notes nom-
breuses. | |
7. Nous devons également mentionner ici l’ouvrage
qu'a publié Tillemont sur l’histoire de l'Eglise, sous le
titre de Mémoires pour servir à l’Histoire ecclésiastique,
ainsi que l'Histoire littéraire de la France!, par la con-
gregation des bénédictins, Paris, 1733, 20 vol. in-4°.
8. Caillau a donné une sorte d’apercu général sous le
titre d’Introductio ad sanctorum Patrum lectiones (vita,
opera, præcipuæ editiones, modus concionandi).
9. D’autres ouvrages destinés à un cercle de lecteurs
plus étendu ont paru récemment en France : Etudes sur
les Pères de l'Eglise, par Charpentier : beaucoup de
phrases et peu de fond. — Tableau de l’éloquence chré-
1 La maison Victor Palmé, à Paris, en publie actuellement (1867)
une nouvelle édition en 12 vol. in-4° sous la direction de M. Paulin
Paris, de l’Institut. (Note du traducteur.)
2
18 MANUEL DE PATROLOGIE.
tienne au quatrième siècle, par Villemain : beaucoup de
rhétorique aussi , avec une plus grande connaissance
des détails.
En Allemagne.
En Allemagne, si l’on excepte les ouvrages de
Schramm, Sprenger et Lumper mentionnés plus haut,
les travaux sur la Patrologie ne sont que des compila-
tions de traités particuliers, provoquées par la commis-
sion impériale des études de Vienne, tels que :
10. Patrologia ad usus académicos, par Wilhelmus
Wilhelm; production misérable, Frib. Brisg., 1775, suivie
des travaux également insignifiants de Tobenz, Vienne,
1779, et de Macaire de Saint-Elie, Gratz, 1781.
44. Winter, dans son Histoire crilique des plus anciens
témoins du christianisme, ou Patrologie, Munich, 1784
(sur les trois premiers siècles), a fait un effort vers la
critique, mais il est tombé dans l'excès.
42. Les Institutiones patrologicæ de Wiest, Ingolst.,
4795, sont très-superficielles. La Bibliographie des Pères
de l'Eglise, de Goldwitzer, Landshut, 1828, et sa Patro-
logie unie à la patristique, Nuremb., 1833-1834, 2 vol.,
sont sans critique et sans valeur.
13. Les ouvrages suivants ne valent pas beaucoup
mieux : Manuel de patrologie, par Annegarn, Munster,
1839; Manuel de patrologie, par Locherer, Mayence, 1839.
Par contre l’Esquisse de l’histoire de la littérature chre-
tienne, jusqu'à la fin du quinzième siècle, par Busse,
Munster, 1828, 2 vol., est utile à consulter. La Patrologia
generalis (1 vol.), et la Patrologia specialis (2° vol.), en
deux parties, sur les cinq premiers siècles, de Perma-
neder, est trop superficielle et trop informe, par consé-
quent peu utile. Quant au nouveau travail du vicaire
Magon, Manuel de patrologie, Ratisb., 1864, 2 vol., il
n’atteste aucune connaissance littéraire et scientifique,
et est par conséquent rempli de fautes.
INTRODUCTION A L HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 19
Voici les ouvrages les plus marquants publiés dans
ces derniers temps :
44. Patrologie ou Histoire de la littérature chrétienne,
de Mehler, publiée par Raithmayr, Ratisb., 1840. Mal-
heureusement, il n’a paru qu'un seul volume, sur les
trois premiers siècles ; Institutiones patrologicæ, par
Fessler, OEniponte, 1850-1851, 2 vol., jusqu'à Grégoire
le Grand; Esprit de la tradition chrétienne, où l’on essaie
de présenter, selon leur rapport intrinsèque, les œuvres
des principaux auteurs, et d'en donner l'intelligence à
l'aide de courts extraits, par Deutinger, Ratisb., 1850-
41851, 2 vol. (jusqu'à saint Athanase inclusivement).
45. Quant aux travaux entrepris sur les saints Pères
surtout au point de vue philosophique, nous trouvons
chez les protestants : l'Histoire de la philosophie chre-
tienne, de Ritter, Hambourg, 1841, 1°" et 2° vol.; chez
les catholiques : l’Histoire de la philosophie de l’ère pa-.
tristique, par Steckl, Wurzb., 1858, 2 vol.; la Philo-
sophie des Pères de l'Eglise, par Huber, Munich, 1854.
L’un et l’autre s'appuient sur Ritter.
Il serait à désirer qu'on nous donnät une Introduction
à l'étude des auteurs ecclésiastiques qui entrât plus
avant dans le cœur du sujet et qui füt véritablement
pratique. Ce qu'on trouve à ce sujet dans le Petit traité
de la lecture des Pères, par le chartreux Noël Bonaven-
ture, Argonensis, Paris, 1688; en latin : De optima
methodo legendorum Ecclesiæ Patrum, Taur., 1742, et
Aug. Vind., 1756, in-8°, et dans les ouvrages patro-
logiques de Permaneder et de Fessler, est trop super-
ficiel et trop indigeste.
Parmi les protestants.
Outre les travaux de Fabricius et de Rœsler, déjà
mentionnés, nous citerons encore :
4. Historia litteraria scriptorum ecclesiasticorum,
jusqu’au quatorzieme siècle, par Cave, Lond., 1689;
30 MANTEL DE PATROLOGIE.
Basil., 1741 et seq.; edit. 3°, Oxon., 1740, 2 vol. in-fol.
Les notices qu'elle renferme, tout en n'ayant souvent
qu'un caractère extérieur, sont la plupart rédigées avec
soin. Ce sont, du reste, les protestants anglicans qui ont
montré le plus d’ardeur pour l’ancienne littérature chré-
tienne, grâce au trente-quatrième article de leur livre
de prières. L'ouvrage de Cave a été continué jusqu’au
seizième siècle par H. Wharton et Rob. Gerens.
2. Commentarius de scriploribus ecclesiasticis, Lips.,
1722, 2 vol. in-fol., jusqu'au quinzième siècle inclusive-
ment, par Casimir Oudin. Cet ouvrage a d'excellentes
es.
3. Bibliotheca theologica selecta, par Walch, à laquelle
on a ajouté plus tard : Bibliotheca patristica, Ienæ,
1757-1763 et 1770. Editio nova ab J. T. Lebr. Danzio,
len», 1834.
4. Bahr a compose : 1.les Poètes et les hisioriens chré-
tiens; 2. la Théologie chrétienne romaine; 3. la Littéra-
ture chrélienne et romaine de l'époque carlovingienne,
Carlsr., 1836, 3 vol., Suppléments à son Histoire de la
littérature païenne romaine. Comme philologue, l'auteur
se renferme exclusivement dans la partie historique,
littéraire et esthétique ; il ne s’occupe point de théologie.
5. A cette classe d'écrivains se rattache, au moins
partiellement, le théologien suisse et protestant Bæhrin-
ger, par son Histoire de l'Eglise en biographies, Zurich ,
1842, 2 vol., jusqu'au seizième siècle. Une seconde édi-
tiou en a paru depuis 1861. Il y a là quantité d'excellentes
choses gâtées par un rationalisme fanatique et effrene,
et par des bévues.
«
INTRODUCTION A L'’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. WA
DE L'INFLUENCE DES LITTERATURES GRECQUE & ROMAINE SUR LES
ORIGINES DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE.
Cf. Mechler, Patrologie, 1er vol., pag. 27-48.
Pour donner une idée exacte des origines et des dé-
veloppements successifs de la liitérature chrétienne, il
nous semble nécessaire de caractériser, au moins dans
ses traits généraux, le génie de la littérature grecque et
romaine , son influence sur la littérature chrétienne,
puis la différence qui en est résultée entre la littérature
chrétienne chez les Grecs et la littérature chrétienne chez
les Romains.
$ 8: La langue et la littérature romaine. — La langue
et la littérature grecque.
La langue hébraïque n’était guère propre à servir de
véhicule à une religion aussi universelle que le christia-
nisme. Comme les langues sémitiques, elle était géné-
ralement trop pauvre et marquée d’une empreinte de
nationalité trop exclusive. Elle était, de plus, trop allé-
gorique , trop vague, et n'avait jamais été employée aux
investigations abstraites de la science. La preuve de cette
impropriété a été fournie plus tard par les cabalistes, qui
furent obligés de recourir aux images les plus étrangts
pour donner à leurs pensées une forme trop défectueuse.
Dans la suite, il est vrai, le syriaque et surtout l’arabe
finirent par se plier aux exigences de la science, mais
ce ne fut pas sans une intervention manifeste de la langue
grecque : cela est vrai surtout des Arabes mahométans ;
c'est la littérature grecque qui leur a donné, à eux et à
leur langue, les instruments de la science.
Il était donc très-naturel que les chrétiens se servis-
sent d’abord de la langue grecque, et lui empruntassent
le vêtement dont ils avaient besoin pour leurs idées nou-
29 MANUEL DE PATROLOGIE.
velles. Par la richesse de ses formes et la flexibilité de
son génie, cette langue se prêtait admirablement aux
besoins multiples de la théologie chrétienne. Le peuple
grec, doué à la fois du talent spéculatif et du sens pra-
tique, joignant à un goût très-vif pour le beau dans la
nature un amour ardent pour sa nation, avait formé une
littérature d’une richesse incomparable; nous allons y
jeter un rapide coup d’eil.
Le dernier écrivain qui ait retracé l'histoire de la lit-
térature grecque, Bernhardy!, la divise dans les cinq pé-
riodes suivantes : 4. Des éléments de la littérature grecque
jusqu’à Homère; 2. depuis Homère (950 ans avant Jésus-
Christ) jusqu'aux guerres des Perses, ou littérature
des différentes tribus ; 3. depuis les guerres des Perses
(490 ans avant Jésus-Christ) jusqu’à Alexandre le Grand,
apogée de la littérature attique ; 4. depuis Alexandre le
Grand (336-326 avant Jésus-Christ) jusqu’à Justinien :
littérature des sophistes, ou fin de la philosophie spécu-
lative et de la littérature païenne chez les Grecs ; 5. de-
puis Justinien (527-566 après Jésus-Christ) jusqu'à la
prise de Constantinople (1453), ou littérature byzantine
chez les chrétiens.
Dans les différents domaines de cette littérature, le
point culminant a été atteint, en philosophie par Platon
et Aristote, en histoire par Hérodote, Thucydide et Xé-
nophon, en éloquence par Démosthène et Isocrate, en
poésie par Pindare, Eschyle, Sophocle et Euripide. Tous
appartiennent à la troisième période. A partir de là, la
littérature perd de son éclat, surtout depuis que, à la
suite des conquêtes d'Alexandre, le théâtre des grands
succès de l’éloquence eut été transporté d'Athènes à
Alexandrie, où la littérature grecque allait encore rece-
voir des Ptolémées une dernière et énergique impulsion.
On ne saurait nier, toutefois, que la langue hébraïque
1 Esquisse de la littérature grecque, avec une revue comparative de
la littérature romaine, %° édit. Halle, 1852, un vol. (en allemand).
INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 23
n’ait eu sur la littérature chrétienne une influence con-
sidérable. Plusieurs siècles déjà avant Jésus-Christ, les
Juifs, devenus un peuple commercant, entretenaient de
fréquentes relations avec les nations étrangères, surtout
avec les Grecs. Or il était naturel qu’ils se ressentissent
de leur contact avec la langue et la civilisation grecque.
Non-seulement les nombreuses colonies juives qui s’é-
taient fixées dans des villes grecques ou seulement gré-
cisées , adoptèrent la langue grecque, mais dans leur
patrie même , dans l’ancienne et orthodoxe Judée , les
Juifs eurent une peine infinie à détourner les dangers
que l’hellénisme faisait courir à leur croyance. Les Juifs
et les Syriens qui sejournaient à l'étranger apprirent
surtout le grec dans leurs relations extérieures ; et ainsi
se forma parmi eux un dialecte vulgaire rempli d’hé-
braïsmes et conservant les propriétés du dialecte alexan-
drin. Alexandrie était effectivement le siége principal
de l’émigration juive. Ce dialecte, appelé hellénistique,
y prévalut aussi dans la littérature, et 284 ans avant
Jésus-Christ, l'Ancien Testament y fut traduit en grec,
par les Septante, dans cette forme hébraïsante ; on écri-
vit même dans ce dialecte les autres livres de la Bible
qui furent composés plus tard, tels que le livre de la Sa-
gesse et deux livres des Machabées. Plus tard encore,
lorsque les deux savants Juifs Philon et Flavius Josèphe,
celui-là né vers l’an 20 avant Jésus-Christ, celui-ci 37 ans
après Jésus-Christ, écrivirent dans cet idiome, la langue
hellénique avait déjà pris une place durable dans la
littérature. Les apôtres eux-mêmes et leurs disciples
étaient d'autant plus portés à s’en servir que leurs pré-
dications s’adressaient de préférence aux communautés
juives hellénisantes des villes où ils pénétraient. C’est là
aussi ce qui explique pourquoi dans la suite la littéra-
ture grecque chrétienne fut surtout composée dans cet
idiome !, et pourquoi enfin on trouvait si peu de chré-
1 Winer a fait connaître de nos jours les propriétés de cet idiome
24 MANUEL DE PATROLOGIE.
tiens grecs qui écrivissent purement le grec. Outre
Alexandrie, il y avait encore trois autres centres impor-
tants de littérature hellénistique : c’étaient Antioche, ca-
pitale de la Syrie et de la Macédoine, puis Pergame et
Tarse. °
Quand la littérature chrétienne fit son apparition, la
période de fécondité était passée chez les Grecs. En
dehors de la cohue des grammairiens, des rhéteurs et
des sophistes, on ne voit plus paraître d’historiens qu’à
de rares intervalles, tels que Polybe et Diodore de
Sicile; seules, les mathématiques, la géographie et
l’astronomie fournissent encore des œuvres sérieuses.
A la fin cependant on vit surgir encore, sous l'influence
incontestable du christianisme, les philosophes néo-
platoniciens, qui, au dixième siècle après Jésus-Christ ,
disparaissent de l’histoire de la littérature grecque, et
avec eux l’érudition païenne.
Après les Grecs, ce sont les Romains, si puissants au
point de vue matériel et politique, qui jouent le principal
rôle dans le christianisme. La littérature romaine se
divise communément en cinq périodes! : la premiere
commence à la construction de Rome et s'étend jusqu’à
Livius Andronicus, environ l’an 515 de Rome, après
l’heureuse issue de la première guerre punique : débuts
poétiques insignifiants, maigres chroniques, peu de
recueils de lois. La seconde période s’etend depuis l’in-
troduction de la littérature grecque et la naissance d’une
littérature romaine d'imitation, jusqu’à Cicéron (an 648
de Rome) ou jusqu’à la mort de Sylla (an 676 de Rome).
dans sa Grammaire de l’idiome du Nouveau Testament, Leipz , 1852 ;
6e édit., 1855. Cf: Beelen, Grammatica græcitatis N. Testam., quam
ad G. Wineri librum composuit, Lov., 1857. Clavis N. Testam., édit.
Wahl, Lips., 1829. Lexica, de Bretschneider, Lips , 1820. Schirlitz,
1832. Wilke et Loch, Ratisbonne, 1858. |
1 Behr, Hist. de la litter. rom., 3e édit., 1844, 4 vol.;1er vol., p. 28-
74. Bernhardy, Esquisse de la litter. rom., ke édit., Braunschw.,
1865.
INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 25
Ses principaux écrivains sont : Livius Andronicus,
Nævius, Ennius, Pacuvius, Attius; parmi les poètes
comiques : Plaute, Terence, CϾlius Statius, L. Afranius,
S. Tarpilius, Fabius Dossenus, etc., le satirique Lucilius,
le poète Lucrèce, Caton le Censeur, etc., outre des an-
nalistes et des orateurs dont les œuvres, comme celles
de la plupart des auteurs nommés, ne nous sont point
parvenues. La troisième période, surnommée l’âge d'or,
comprend le temps qui s’est écoulé depuis Cicéron à la
mort d’Auguste (an 16 après Jésus-Christ). Ici, la for-
mation de la langue sur des modèles grecs paraît
achevée; malheureusement, la sève nationale et romaine
est tarie, et l’on ne voit plus se développer de poésies
vraiment patriotiques. En général, et dans toutes les.
branches de la science, la littérature tourne à la rhéto-
rique et à l’emphase; et comme les Romains ont un
goût très-prononcé pour les choses pratiques, ils se
portent de préférence vers les sciences d’une application
immédiate. Cicéron avouait lui-même que c'était à la
philosophie qu'il était redevable de sa gloire et de son
talent d’orateur, et que s’il l’avait cultivée, c’etaibsur-
tout en vue de ce résultat 1. Aa
Les principaux auteurs qui fleurirent dans cette pé-
riode sont : Varron, Cicéron, J. César (outre Hirtius et
Oppius), Cornelius Nepos, Virgile, Horace, Ovide, Ca-
tulle, Tibulle, Properce, Tite-Live, Salluste, Vitruve,
Laberius, P.Syrus, Cornelius Severus, Manilius, Gratius.
‘ Quatrième période, ou âge d’argent. De nos jours,
cette période a été prolongée à juste titre jusqu'à la
mort de l’empereur Trajan (117 ans après Jésus-Christ),
et même jusqu’au règne d’Antonin le Pieux (138 après
Jésus-Christ); elle renferme les auteurs suivants : Phèdre,
Quinte-Curce, Velleius Paterculus, Valère Maxime, Celse,
Scribonius Largus, les deux Sénèques, Perse, Lucain,
Asconius Pedianus, Columella, Palladius, Pomponius
1 Tusculan., disp. 1, 8 6.
26 MANUEL DE PATROLOGIE.
Mela, Petrone, Quintilien, les deux Pline, Juvénal.,
Suétone, Tacite, Fromentin, Flore, Valérius Flaccus,
Silius Italicus, Martial, Justin, Aulu-Gelle, Terentianus,
Sulpicia. Cependant ces auteurs n'étaient guère qu’un
écho des âges précédents. Il est vrai que sous quelques
empereurs, tels que Vespasien, Trajan, Adrien, Antonin
le Pieux et Marc-Aurèle, on fit beaucoup pour la culture
des sciences en instituant des bibliothèques et des écoles
publiques, au lieu des établissements privés qu'on avait
eus jusque-là, en rémunérant les sophistes et les gram-
mairiens; mais on ne parvint pas à leur donner une
nouvelle splendeur ; les historiens qui ont suivi Tacite,
si l’on excepte Ammien, ne sont que de fades compila-
teurs, et l’éloquence, après l'extinction de la vie publique,
dégénéra comme chez les Grecs en un vain étalage de
paroles recherchées et prétentieuses.
La cinquième période s’étend depuis Antonin le Pieux
jusqu’à Honorius et à la conquête de Rome par Alaric
(410 après Jésus-Christ). Arrivée là, la littérature ro-
maine païenne marche à grands pas vers sa décadence.
S 9. Des rapports de la littérature païenne avec la litté-
rature chrétienne chez les Grees et les Romains.
Les langues orientales et les langues celtiques ayant
disparu presque complètement de l'empire romain, les
deux langues grecque et romaine se présentaient natu-
rellement pour servir de canal à la pensée chrétienne.
Mais tandis que le latin n’était parlé que dans le centre
‘et dans le nord de l'Italie, dans la portion occidentale
du nord de l'Afrique, dans l'Espagne et la Gaule; non-
seulement le grec dominait dans toutes les autres parties
de l'empire romain, et, dans plusieurs provinces, exis-
tait simultanément avec la langue latine, dans le sud
de la Gaule, par exemple; mais c'était lui encore qui dé-
frayait les relations des peuples dans le monde entier :
INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 27
Græca leguntur in omnibus fere gentibus, latina suis fini-
bus, exiguis sane, continentur, disait Cicéron en son dis-
cours pro Archia poeta. A Rome même, la langue grecque
conservera la prépondérance dans le commerce jour-
nalier et dans la littérature jusqu’au commencement du
cinquième siècle, circonstance importante pour la patro-
logie, car nous verrons des hommes tels que saint Clé-
ment, Hermas, Hippolyte, Cassius, etc., écrire en grec
dans la capitale même de l’empire romain. Minutius
Félix et Tertullien, sur la fin du deuxième siècle, sont
les premiers auteurs chrétiens qui aient écrit en latin.
C'est à coup sür par un dessein providentiel que les
deux plus illustres peuples de l'antiquité paienne sont par-
venus, avant la prédication de l'Evangile, à élever leur
langue à un si haut point de perfection. Pour apprécier
ce’fait à sa juste valeur, il suffit de jeter les yeux sur un
ordre de choses entièrement opposé, sur l’état encore
barbare des Germains, à qui il fallut un laps de plusieurs
siècles pour former une littérature chrétienne.
La religion chrétienne trouva dans ces deux vieilles
langues de quoi contenir toute la plénitude de sa nou-
velle doctrine, et c’est là qu’elle devait puiser dans la
suite des âges les formes qui repondraient le mieux à
ses idées; car les termes les plus nécessaires manquaient
encore pour exprimer les doctrines et les idées fonda-
mentales qui sont comme-le noyau du christianisme ;
aussi les païens trouvaient-ils ces doctrines nouvelles et
étranges. Le christianisme révéla dans cette circonstance
l'énergie vitale dont il était doué en imaginant, pour
rendre complètement sa pensée, des expressions nou-
velles, telles que rpı&;, oùoin, bndoruots, rpdowmov, éjaoouatos,
beoroxog, évavÜponnots, EdUYYÉALOV, ADI, MUGTNPLOV, TUTELVOPPO-
com, trinitas, redemplio, gratia, sacramentum, etc.
Ce qu'on peut dire de l’idiome hellénistique par rap-
port à la langue grecque, c’est-à-dire qu’il aida à la for-
mation d'une langue sans perdre son caractère, peut se
Ca
340 MANTEL DE PATROLOGIE.
le commencement de l’ere chrétienne jusqu'au quatrième
siècle, où elle eut à subir le mauvais goût des rhéteurs,
envahit de plus en plus le fond aussi bien que la forme
des ouvrages, puis la décadence des arts et des sciences
pendant l’émigration des peuples, paralysèrent le déve-
loppement de la littérature chrétienne. Cependant dans
toutes les périodes de cette littérature, chez les Grecs
comme chez les Romains, quelques écrivains se rencon-
trèrent encore qui surent donner à la vérité chrétienne
l’elegante parure de l'antiquité paienne.
Quant au domaine qu’embrassait la littérature chre-
tienne, nous ferons remarquer que les premiers fidèles ,
dans l’amour et l'intérêt qu'ils portaient aux vérités ré-
velees, s’occupaient surtout à les répandre par la parole
et par l'écriture ; de là vient que pendant les trois pre-
miers siècles, leur littérature fut exclusivement reli-
gieuse. C’est à partir du quatrième siècle seulement que
la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’histoire
nationale et militaire, l’histoire naturelle, la jurispru-
dence, la médecine et d’autres matières encore, entrent
dans le programme scientifique des chrétiens.
Sur le latin et le grec des auteurs ecclésiastiques, consulter : Sui-
ceri Thesaurus eccles. e Patribus græcis, Amst., 1728 (1682) 2 vol.
in-fol. C. Du Fresne , Dom. du Cange , Glossarium mediæ et infime
græcitatis, Lugd., 1688, 2 vol. in-fol. Du même : Glossarium media
et infime latinitatis, Paris, 1678, 3 vol. in-fol. Editio auctior studio
et opera monach. Bened., Paris, 1733 et seq., 6 vol. in-fol., Cum
supplem. monach. ord. S. Bened., P. Carpentarii (Glossar. novum
ad script. medii «vi, Par., 1766, 4 vol. in-fol.). Adelungi Glossar.
manuale ad scriptores med. et infim. latin., Hal., 1772 et seq., 6 vol-
in-8°. Ed. G. Henschel., Par., 1840, 7 vol. in-4°.
Nous indiquerons & leur place respective les glossaires sur le style
de chaque auteur en particulier.
S 10. Différences de la littérature ehrétienne ehez les
Grecs et chez les Romains.
Les mêmes différences que nous avons déjà remar.
quées dans la littérature paienne chez les Grecs et chez
INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. 34
les Romains, reparaissent dans la littérature chrétienne
de ces deux peuples. Un fait qui mérite surtout d’être
signalé, c’est que, chez les Grecs, la littérature chré-
tienne, même en exceptant les travaux des apôtres, est
presque d’un siècle plus ancienne que la littérature
chrétienne des Latins. Dans les travaux des Grecs deve-
nus chrétiens, ce qui domine c'est le génie spéculatif;
chez les Latins, au contraire, c’est l’esprit pratique. Les
Grecs traitent leurs sujets surtout au point de vue philo-
sophique ; les Latins préfèrent le point de vue oratoire,
et cette seule qualité compense largement les brillants
avantages de la littérature chrétienne chez les Grecs.
Grâce à ce sens profond des choses pratiques, les Latins
restèrent davantage sur le terrain de l’orthodoxie et de la
réalité, et l’on sait que le christianisme s’appuie beaucoup
plus sur la pratique que sur la spéculation.
L’ERE PATRISTIQUE.
ECRITS DES GRECS. DES ROMAINS ET DES ORIENTAUX.
PREMIÈRE PÉRIODE ‘1—320). — Les auteurs ecclésiastiques avant le
concile de Nicée.
CHAPITRE PREMIER.
LES PÈRES APOSTOLIQUES.
S 11. Nombre des Pères apestoliques. — Les rares écrits
qu'ils ont laissés sont rédigés sous forme de lettres
et seulement en grec.
Parmi les Pères apostoliques qui ont été disciples des
apôtres on compte : Clément, évêque de Rome; Bar-
nabe; Ignace, évêque d’Antioche; Polycarpe, évêque de
Smyrne, l’auteur de la lettre encyclique des fidèles de
Smyrne Sur le martyre de saint Polycarpe ; l'auteur in-
connu de l’Epitre à Diognète ; Papias, ev eque d’Hierapolis,
et, d’après l’usage traditionnel mais à tort, Hermas,
l’auteur du Pasteur.
Tous n’ont laissé qu'un petit nombre de monuments
écrits, et en voici la raison : Comme le christianisme
ne s’annoncait point pour une production de l'esprit hu-
maine, mais pour une révélation divine, et qu'il s'accré-
ditait par des miracles, il réclamait la foi; on n’exigeait
point de démonstration : on s’appliquait de toutes ses
forces à faire pénétrer dans les habitudes de la vie les
grandes vérités du christianisme. Dans les premiers
temps de sa propagation, du reste, le christianisme s’a-
dressait surtout à la classe inculte, chez laquelle la
recherche scientifique n'était pas un besoin et n'aurait
pas trouvé d’echo.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. 83
Borné aux simples relations de la vie commune, le
mouvement littéraire se révélait sous forme de lettres,
où l’on se transmettait les événements de la vie quoti-
dienne, des conseils et des exhortations à persévérer dans
la foi et dans la charité, des avertissements à fuir les
fausses doctrines. Dans cet état de choses, il est à remar-
quer que la plupart des épîtres émanées des Pères apos-
toliques offrent, pour le fond comme pour la forme, de
grandes analogies avec les Epitres du Nouveau Testa-
ment, dont souvent elles ne font guere autre chose
que développer la doctrine. Hermas, dans son Pasteur,
est le seul qui s’ecarte de cette forme épistolaire; du
reste, il ne fait point partie des Pères apostoliques.
Nonobstant ces modestes débuts de la littérature chré-
tienne, il est étonnant, selon la juste remarque de
Mœhler, qu'on voie déjà se dessiner dans ces produc-
tions les formes diverses que revêtiront plus tard les dif-
férentes branches de la théologie. Ce sont, dans l’Epttre
à Diognète, les débuts de l’apologétique chrétienne en face
des incroyants (Demonstralio evangelica); dans les lettres
de saint Ignace, les premières assises de la démonstra-
tion cathotique vis-à-vis des hérétiques (Demonstratio
catholica) ; dans les lettres de Barnabé, l’interpretation
allégorique des vérités de l’Ancien Testament dans leur
rapport avec le Nouveau; dans les lettres de Clément de
Rome, les origines du droit canon; dans la lettre des
fidèles de Smyrne, un essai d'histoire ecclésiastique;
dans l’&änyfoex de Papias, les commencements de l’ex&-
gèse appliquée au Nouveau Testament, et, un peu plus
tard, dans le Pasteur d’Hermas, la première tentative
d'une morale chrétienne.
L'usage exclusif de la langue grecque dans la littéra-
ture chrétienne jusqu'à la fin du deuxième siècle vient,
ainsi que nous l’avons montré plus haut, de ce qu'elle
était la plus perfectionnée de toutes les langues anciennes,
et que c'était elle qui se prêtait le mieux au service de
8
34 MANUEL DE PATROLOGIE.
la religion du Verbe divin (Adyos); c'était aussi la langue
la plus propagée et la plus connue de cette époque.
La principale édition des Pères apostoliques, celle qui a servi de
modèle à toutes les autres, est due à Cotelier (socielatis Sorbors.
theologus) : Patrum apostolicorum opera vera et suppositicia, una cum
Clementis, Ignatii, Polycarpi actis atque martyriis, Paris, 1672;
ed. 2% auctior, par l'arménien Le Clerc. Avec des recherches et des
explicalions nouvelles, dans la Bibliotheca de Gallandi et dans Migne,
série grecque, t. 1 et Il; ed. Jacobson, Oxon. (1830 et 1840); edit. 3®,
1864; ed. Héfelé, Tubing., 1839, ed. 4%, 1857; ed. Dressel, Lips.
(1857) 1863. Traduits en allemand par Karker, excepté les lettres de
Clément, Ignace, Polycarpe, qui ont été traduites et commentées
par Vocher, Tub., 1829-1830. De même que Cotelier et Le Clerc
avaient reproduit les opinions du dix-septième siècle sur les Pères
apostoliques, Hilgenfeld a exposé .celles des écrivains modernes
(les Pères apostoliques, etc. Halle, 1853, en allem.).
S 12. Saint Clément de Rome.
Voir les Prolegomenes de Cotelier, Gallandi, Jacobson, Héfelé et
Dressel. — Consulter sur saint Clément : Iren., Adv. hœres., IE, ıı;
Tertul., De prescript. hæres., c. xxx; Clem. Alexandr., Stromat.,
IV,xvıı; Origen., De princip., 11, 111; Euseb., Hist. eccl., I, IV, xv,
XVI, XXXIv, xXVin; Epiph., Hæres., XXVII, c. vı; Hieron., Catal.,
c. XV; Rufin., Pref. in (lem. Recogn.; Optat. Milev., De schism,
Don., lib. III, c. 111; Aug., Ep. LIII ad Generos.
Des écrivains fort anciens rapportent que le person-
nage dont saint Paul a fait l'éloge! et qu'il a dit avoir
travaillé avec lui, est l’auteur d’une lettre aux Corin-
thiens. Nous ne savons rien de précis sur les détails de
sa vie; on suppose seulement, d'après le passage de
saint Paul que nous venons d'indiquer, qu'il était d’ori-
gine paienne et natif de Philippes. Il est vrai que Til-
lemont et d’autres auteurs, s’appuyant sur un passage
même de sa lettre (« votre père Jacob, — Abraham, »
c. Iv et xxxı), ont prétendu qu'il était d'origine juive;
mais cette opinion ne semble pas admissible. D’après des
données plus récentes, basées sur les écritures pseudo-
à Phil., ıv, 8.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. CLÉMENT DE ROME. 35
clémentines, Clément aurait été fils d’un sénateur romain,
Toutefois l'antiquité chrétienne atteste unanimement
qu’il fut évèque de Rome (de 92 à 404, dit Eusèbe, diffi-
cilement depuis 68 à 77), et, selon toute probabilité, le
successeur de Lin et d’Anaclet, lesquels, ainsi qu'on le
croyait autrefois, dirigeaient l'Eglise romaine du temps
de saint Pierre et pendant son absence. D’après des ren-
seignements moins anciens et peu autorisés, rapportés
par Siméon le Métaphraste (sur le 24 nov.), Clément
aurait été sous Trajan banni de Rome et relégué dans
la Chersonèse-Tauriquet, où, après une vie de travaıj
couronnés des plus beaux résultats, il aurait subi’le
martyre dans les flots de la mer. On lui attribue les
ouvrages suivants :
4. Ouvrages certainement authentiques :
La première Eplire aux Corinthiens, ‘Entorok} mode
Koptvôlouc rpwra, divisée en cinquante-neuf chapitres.
Cette lettre, au témoignage d’Eusebe et de saint Jérôme,
était lue dans les Eglises chrétiennes dès la plus haute
antiquité. Les efforts tentés récemment pour aflaiblir
l'authenticité de cette lettre, démontrée par de si
puissants témoignages, et pour l’attribuer au martyr
Flavius Clément, de la famille de l’empereur Domitien,
sont aussi vains que les doutes élevés précédemment
sur son intégrité.
Cette lettre fut écrite à l’oecasion des disputes qui
avaient éclaté parmi les fidèles de Corinthe, et qui exis-
taient déjà du temps de saint Paul. Les Corinthiens
avaient poussé l'audace jusqu'à déposer leurs supérieurs
ecclésiastiques et à exiger que Clément, évêque de
Rome, approuvât leur conduite. Clément, au nom des
fidèles de Rome, leur répondit par la présente lettre et
leur adressa de vifs reproches sur ce qui s’etait passé.
Dans le Nouveau Testament, leur dit-il, institution de
la hiérarchie ecclésiastique n’est pas moins divine que
4 Aujourd’hui la Crimée. (Note du trad.)
36 MANUEL DE PATROLOGIE.
sous l'Ancien; il leur montre les tristes conséquences
des dissensions et des schismes, et, après de sévères
réprimandes (c. xxix et xLv), il reprend un accent
plus affectueux et les exhorte à rétablir la concorde
parmi eux. Le ton un peu äpre qui règne dans cer-
tains passages de cette lettre l’a fait appeler par saint
Irénée une épitre « forte, massive » (fxavurérn). Elle
fut sans doute rédigée vers l’an 96, car l’allusion
qui y est faite à une persécution violente qui venait
d’avoir lieu s'applique mieux à la persécution de Do-
mitien qu’à celle de Neron. Les indications contenues
dans les chapitres xı et xrı ne signifient pas absolu-
ment que le temple de Jérusalem subsistait encore. Du
reste, saint Clément affirme lui-même, au chapitre xziv,
que les successeurs des apôtres avaient déjà institué
des prêtres qui, eux-mêmes , « depuis longtemps, »
jouissaient d’un crédit universel peuaprupoumevor moXdoïs
Xpvors nd révrwv.
Parmi les lettres de saint Clément, on considère
comme douteuses :
4. La seconde Epitre aux Corinlhiens, 'Erwrorh po
Kopıvölous Geurépu. Cette lettre, composée de douze cha-
pitres, ne commence et ne finit point avec les formules
accoutumées du genre épistolaire et ne roule point sur
un sujet précis, ce qui a fait supposer que c'était un
fragment d’homelie ecclésiastique. Gallandi, dans ses
Prolégomènes, a fait de grands efforts pour établir son
authenticité par des raisons intrinsèques et extrinsèques.
D’autres, prenant le parti opposé et sacrifiant le titre,
d’ailleurs insignifiant : IIpös Kopivôlouc, ont rappelé ce
fait consigné dans saint Epiphane', qu'il circulait de son
temps des Lettres encycliques de Clément, renfermant
une doctrine antiébionite, et qu'on lisait dans les com-
munautés chrétiennes. C'est là ce qui a fait croire que
1 Hares., lib. XXX,c. xv. Cf. Hieron., Advers. Jovinian., lib. 1,
C. Xl. |
LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. CLEMENT DE ROME. 37
notre lettre pouvait bien être une de ces lettres circu-
laires, d'autant plus qu’elle ne portait pas l'adresse des
destinataires. Quant à l'absence d'une conclusion, elle
s'explique suffisamment par la brusque interruption du
texte.
Après une étude plus attentive de cette question,
Hagemann a essayé d'établir que ce fragment servait de
lettre d'accompagnement au Pasteur d'Hermas, avec
lequel il présente de nombreuses et grandes analogies.
Consulter Hagemann, Tub. Theol. Quart.-Sch., 1864, p. 509-531 , et
Hilgenfeld, les Pères apostoliques, p. 118-121.
2. Epistolæ Il ad virgines, seu de laude virginilatis.
Ces épîtres, en traduction syriaque, ont été découvertes au
dix-huitième siècle par Wetstein, et publiées avec une
traduction latine. On les trouve aussi dans Gallandi,
Biblioth., 4° vol., et dans Migne, série grecque, 1 vol.
Beelen en a donné récemment une édition plus correcte,
à laquelle on serait tenté de reprocher trop d'appareil
critique, Louvain, 1856, in-4°. Elle a été traduite en
allemand par Zingerle, Vienne, 1827.
3. Ouvrages évidemment apocryphes :
1. Epistolæ V decretales; 2. 85 Canones apostolorum;
3. Constitutiones (Giurd%er) Apostolorum, libri VIII. D’après
les nouvelles recherches de Drey sur les constitutions et
les canons des apötres?, ces huït livres &maneraient des
deuxième, troisième et quatrième siècles, et seraient
pour l’histoire ecclésiastique de ce temps-là une source
importante. 4. Homilie clementine XX, ed. Dressel,
Gottingue, 1853, et dans Migne, tome II. La vingtième
Homélie et la fin de la dix-neuvième ont été récemment
découvertes par Dressel. 5. Recogniliones, libri X, dont
il n'existe qu’une traduction latine. On les trouve aussi
dans Gersdorf : Bibliotheca Patrum latinorum, vol. 1",
avec l’Epitome de actibus, peregrinationibus et prædica-
1 Visio II, c. IV; voir ce qui sera dit plus loin.
3 Tubingue , 1882.
38 MANUEL DE PATROLOGIE.
tiontbus sancti Petri, ad Jacobum Hierosol. episcopum,
extrait des deux précédents ouvrages. Ces trois écrits
ne sont que des recensions d’un roman religieux et
didactique contenant l’histoire de Clément à la recherche
de la vraie religion. Rédigés en faveur de la secte
ébionite, ils cachent un système gnostique particulier
et différent de celui des Alexandrins et des Syriens,
avec une forte teinte de judaisme!. Ces ouvrages ont
donné lieu aux orthodoxes comme aux hérétiques, de
publier, soit à Rome, soit en Syrie, des écrits sous le
nom de Clément de Rome.
Doctrine et style de la première Eptire aux Corinthiens.
Cette lettre nous présente un bel exemple de la mé-
thode d'enseignement usitée dans les premiers âges du
christianisme. Les doctrines et les conseils y sont ordi-
nairement élucidés par des traits historiques ou par de
longs passages dont la plupart sont empruntés à
l'Ancien Testament confirmé par le Nouveau, et par
différents points du dogme catholique :
1. Sur l'inspiration des saintes Ecritures : « Scrutez
avec soin, dit-il, les saintes Ecritures, ce sont les vrais
oracles de l’Esprit-Saint » (c. xLv).
2. Au chapitre xx, il énumère successivement les
trois personnes de la sainte Trinité : « Dieu, le Seigneur
Jésus-Christ et le Saint-Esprit, » et, au chapitre xıvı:
a N’avons-nous pas un Dieu et un Christ? L'Esprit qui
a été répandu sur nous n'est-il pas un esprit de grâce
et une vocation en Jésus-Christ ? »
3. Dans l'application qu'il fait à Jésus-Christ du pas-
sage de saint Paul aux Hébreux (1, 3; 1v, 13), il dit du
Christ qu'il est « la splendeur de la majesté divine, »
et élevé au-dessus de tous les anges.
4. Il déclare que Jésus-Christ a souffert pour nous, et
1 Cf. Uhlhorn, Origine et objet des Homelies et des Récognitions de
Clément de Rome, Gott., 1854.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. CLEMENT DE ROME. 39
qu'il possédait la nature humaine dans toute sa pléni-
tade : « C’est pour l’amour de nous, dit-il, que Jésus-
Christ Notre-Seigneur a donné son sang pour nous, sa
chair pour notre chair, son âme pour notre âme. »
«Jetons donc les yeux sur le sang de Jésus-Christ et
considérons combien il doit être précieux devant
Dieu, puisqu'il a été répandu pour notre salut et qu'il
a procuré à l’univers la grâce de la pénitence. » De plus,
c n’est point par notre sagesse, par notre piété, ni par
aucune œuvre sainte, mais par la vocation et par la
gräce de Dieu, que nous sommes justifiés. S’ensuit-il
que nous devons renoncer à la charité? Non. Hätons-
nous plutôt d’embrasser toutes sortes de bonnes œuvres
(e. xxxn et xxxım).
5. Il inculque les œuvres de la pénitence et la con-
fession des péchés (c. vır, VIN, LI-LVI); « car il est
meilleur à l’homme de confesser ses péchés que de
tomber dans l’endurcissement du cœur » (c. 1). « Vous
done, qui avez été les fauteurs de la révolte, soumettez-
vous aux prêtres et acceptez la correction comme une
pénitence » (c. LVI1).
6. Le dogme de la résurrection des corps est confirmé,
ainsi que dans saint Paul, par un grand nombre
d'exemples puisés dans la nature, et surtout par le
prétendu rajeunissement du Phénix au bout de cinq
siècles (c. XXIV-XXVI).
1. L'Eglise, aux yeux de saint Clément, est le corps
unique et indivisible du Christ; il n’est point permis
de le lacérer ni de le désunir!; ceux qui demeurent sé-
Parés de lui sont voués à la damnation*. L'Eglise
se compose du clergé et des laïques : « Au pontife su-
Ida ri GLéhxopey xal Gtaomépey Ta nein roù Xproroë, xal ora-
Naloney rpos Td cha LöLov; C. XLVI.
!Ausıydv dorıy üpiv dv rw mouuviw Tod Xpioroÿ nıxpobs xal
Aloyinous epedävaı n a0’ Ürepoyhy boxoüyras Éxpipñvar EAmldos
&roÿ, C. LNII. -
Pi) MANUEL DE PATROLOGIE.
prême sont confiées des fonctions particulières ; les
prêtres ont reçu une place distincte, et les lévites ont
des offices spéciaux à remplir; le laïque est assujetti
aux prescriptions des laïques (c. xL). Saint Clément,
il est vrai, emploie encore indistinctement les termes‘
d'évêques et de prêtres (érloxomoi, rpes6irepor) ; mais \l
n'en admet pas moins trois ordres hiérarchiques dis-
tincts les uns des autres et comprenant les évêqués,
les prêtres et les diacres (c. xzn et xLıv; cf., ©. xLvu et
Lvii), qui correspondent aux trois ordres de l’Ancien
Testament! indiqués au chapitre xc. La hiérarchie n’est
point d'origine humaine, mais d'origine divine ; il ne
saurait donc être permis de déposer les chefs légitime-
ment appelés et accrédités (c. xxxıx). Ces chefs, au temps
de saint Clément, étaient nommés avec le concours des
fidèles, ouveudonnsdens is éxxnoluc néons, consentienle
universa Ecclesia (c. xLIV).
8. Enfin, l'invitation faite par les Corinthiens à l’Eglise
de Rome, de mettre un terme à leurs dissensions dans
un temps où l’apôtre saint Jean vivait probablement
encore, de même que la réponse de l’évêque saint
Clément, est une preuve décisive de la primauté de
l’évèque de Rome sur toute l'Eglise.
Le style de cette lettre semblait à Photius plein de
simplicité et de force, et tout-à-fait dans la manière
ecclésiastique (Biblioth., cod. 143).
111 est vrai qu’à côté de fyoüpuevor et de mponyounsvor (éxioxomot),
on trouve aussi, c. I et XXII, mpsohürspo.; mais il est difficile que
dans ces deux endroits mpsoburspo: désigne les chefs de l'Eglise ; il
s'applique plutôt à des personnes âgées, par opposition aux jeunes
personnes, véots, mentionnées dans le contexte. — Sur l'explication
du difficile passage qui commence le chapitre xLIV concernant les
relations des apôtres et des chefs institués par eux: Kal preraëi
éruvouny 8eôdxaoey (äméaroko), consulter Nolte dans la Revue de
théolog. cath., par Scheiner, Vienne, 1855, p. 448, et Héfelé, des
Pères apostoliques.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. BARNABÉ. 4
$ 13. L’Epitre catholique de saint Barnabe6!.
Voir les Prolégomènes de Cotelier, Galandi, Jacobson, Héfelé
et Dressel.
La lettre catholique de saint Barnabé (ixıstoA} xadoAxt)
en vingt-deux chapitres, était demeurée jusqu’iei incom-
plete; le commencement, c’est-à-dire quatre chapitres
et demi, n'existait que dans une traduction latine grave-
ment altérée, lorsque Tischendorf découvrit le texte
grec complet dans un manuscrit du Sinaï. Ce manuscrit
a été reproduit par Dressel, avec des variantes (Patres
apost., ed. 2°, Lips., 1863).
Dès la plus haute antiquité chrétienne, cette lettre
avait été attribuée à un personnage souvent mentionné
dans les Actes et dans les’ epitres de saint Paul, à Bar-
nabé, compagnon et collaborateur de saint Paul, :et
qualifié aussi du titre d’apötre. Originaire de Chypre
et connu d’abord sous le nom de Joses, il avait recu des
apôtres le surnom de Barnabé (Fils de la Consolation ou
du Discours inspiré). Comme saint Marc, son cousin et
son compagnon, après s'être d’abord séparé de saint .
Paul, se trouvait de nouveau avec lui en l’an 62%, on a
supposé que Barnabé était déjà mort à cette époque.
D’après le calcul de Mazochius, sa mort ne serait arrivée
qu'en l’an 76, tandis que, selon les données obscures
et incertaines d’actes de martyrs d’une date postérieure
(Acta et Passio Barnabæ in Cypro), elle aurait eu lieu dès
l'an 53, 55 ou 57*. ‘
Les célébrités scientifiques de l'Eglise au troisième
‘1 Clem. Alex., Strom., Il, vı, vu, XV, XVI, XX; V, VIII, X, XVII;
Orig., Contra Cels. > À, LXIN ; De princip., II, 1; Euseb,, Hist. eccl.,
I, xxv; VI,xıv; Hieron. Catal., c. VI.
3 Act., 1x, 27; 11, 12, 25; xıv, 18 ; XV, 2; Z Cor., IX, 6; Galat., Il,
1,13; Col. IV, 10; Philem., 24.
8 Coloss., Iv, 10; ct. I Pierre, V, 16; II Tim., 1, 11.
+ CE. Héfelé, Lettre missive de Barnabé, p. 31-37 (en allemand).
43 MANUEL DE PATROLOGIE.
siècle, saint Clément d’Alexandrie et Origène, n'hésitent
pas à attribuer cette lettre au Barnabe dont nous parlons,
sans toutefois la placer au même rang que les écrits
des apôtres. Eusebe lui-même et saint Jérôme n'ont pas
révoqué en doute son authenticité ; si le premier l’a
classée parmi les dvcoeydueva, et le second parmi les
écritures apocryphes, cela signifie simplement qu'elle _
n’a point d'autorité canonique, qu'elle ne fait pas partie
des écritures canoniques du Nouveau Testament. Saint
Jérôme avouait lui-même qu'elle contribuait « à l’édifi-
cation de l'Eglise, » ad ædificationem Ecclesiæ. Dans le
manuscrit du Sinaï, au contraire, elle figure parmi les
écritures canoniques.
Si favorables que soient ces témoignages extrinsèques,
l'authenticité de notre lettre a été contestée, dans les
temps modernes, par des catholiques et par des écrivains
protestants, notamment par Noël Alexandre et dom Cel-
lier, Hug et Héfelé!, et l’on a soutenu comme probable
qu'elle avait été écrite après coup par un juif christiani-
sant d'Alexandrie, son homonyme. Voici les arguments
que l’on invoque : 4. Non-seulement, cette épitre n’a pas
été insérée au canon du Nouveau Testament, mais elle
a été traitée quelquefois d’apocryphe. 2. Dans certain
passage, il est dit formellement (c. xvı) qu'elle a été
composée après la ruine du temple de Jérusalem (an 70 :
après Jésus-Christ), alors que l’apôtre Barnabé était
sans doute déjà mort. 3. L'auteur, dans l'explication allé-
gorique de quelques passages de l’Ancien Testament, a
critiqué et tourné en ridicule des institutions juives
dignes de respect. 4. Enfin, cette lettre contient un trop
grand nombre d’allégories et de récits fabuleux emprun-
tés à l'histoire naturelle (tels que l’histoire du renard,
de la hyène, de la belette), allégories ineptes et par trop
étrangères à la simplicité de la diction apostolique.
1 Héfelé, l’Epitre de Barnabé, nouvellement examinée et commen-
mentée. Tub., 1840. -
LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. BARNABÉ. 43
D'autre part, le fond de cette lettre offre de grandes
analogies avec l’épitre aux Hébreux ; elle se propose,
comme celle-ci, de rattacher définitivement au christia-
nisme les judéo-chrétiens toujours fort entichés de la
lettre de l’ancienne loi, en citant et en interprétant les
points de l’Ancien. Testament qui ont trait à son sujet.
Dans ce but, il s'efforce de démontrer que l’Ancien Tes-
tament n'était, par son caractère même, qu’une prépa-
ration à Jésus-Christ; puis il commente, d'après le sys-
tème d'interprétation allegorique usité depuis Philon,
les textes qu'il allègue à l’appui de sa thèse t.
Nous avons déjà répondu plus haut aux deux pre-
mières objections. Quant aux difficultés qui font l’objet
de la troisième, il est étrange, dirons-nous d’abord, que
les anciens théologiens, tels que saint Clément d’Alexan-
drie, Origène, etc., n’en aient point été frappés, ou du
moins qu'ils y aient moins insisté que les modernes. Il
nous semble, ensuite, que si l’on y regarde de près, si
l'on considère le but que l’auteur avait en vue, on sera
moins choqué de certaines particularités. Sur la qua-
trième difficulté, relative aux excès de l'interprétation
allégorique, nous dirons: 4. qu’on en voit déjà des
exemples dans l’Epttre aux Galates, ıv, 22-26, et dans
plusieurs endroits de l’Epttre aux Hébreux de saint
Paul ; 2. qu'il faut avoir égard aux lecteurs familiarisés
avec l’exégèse allégorique et vague de Philon. On re-
marque en effet, dès l'introduction, que l’auteur a sur-
tout voulu se placer au point de vue de ces sortes de
lecteurs : « Je me propose, dit-il, comme l’un d’entre
vous, de vous offrir quelques courtes explications (c. 1);
puis il ajoute d’un ton légèrement satirique : « Je ne
vous écris avec autant de simplicité que pour me rendre
intelligible » (c. vi). Et ailleurs : « Passons encore à
1 Héfelé (Lettre circul. de Barnabé, p. 84), après avoir cité l’allé-
gorie outrée dont Barnabé se sert pour expliquer le chiffre 318
(c. 1x), en rapporte une autre de Philon plus excessive encore,
A4 MANUEL DE PATROLOGIE.
une autre méthode d'enseignement et d'instruction »
(c. xvm).
Ces différents endroits s’eloignent tellement de la sim-
plicité qui règne dans la préface (c. 1-v) et dans la con-
clusion (c. xvin-xx1), où l’on reconnait si bien la ma-
nière et le cachet de l’auteur, qu'on croit entendre,
malgré soi, deux voix entièrement différentes, et que
Schenkel a cru à une interpolation des passages inter-
médiaires qui font avec le reste un si étonnant con-
traste !.
Enfin, nous croyons pouvoir fortifier encore notre
opinion par cette remarque, évidemment satirique , qui
termine le chapitre 1x, où, après avoir interprété ce pas-
sage suivant d’après la méthode d'interprétation allégo-
rique poussée aux dernières limites : « Abraham circon-
cit trois cent dix-huit personnes de sa maison, » l’auteur
ajoute : « Jamais personne n’a recu de moi une doctrine
plus véritable; je sais du reste que vous en êtes dignes ; »
et à la fin du chapitre x: « Nous qui avons l'intelligence
parfaite des commandements, nous vous prêchons les
propres pensées du Seigneur. »
Quant aux récits fabuleux d'histoire naturelle, sur les-
quels l’auteur insiste si fort, ils ne passaient point pour
tels à cette époque ; car ils sont admis comme vrais dans
des ouvrages d'histoire naturelle, tels que ceux de Pline
et de Clément d'Alexandrie.
On objecte encore contre l’authenticité de cette lettre
le passage suivant, où l’auteur dit (c. v) en parlant des
apôtres : « Le Seigneur a choisi des hommes souillés
de toutes sortes de péchés, » elegit Dominus homines omni
peccato iniquiores. Mais saint Paul lui-même a tenu un
semblable langage *. Une telle expression n’est guère
explicable que dans la bouche d’un homme apostolique,
1 Ullmann, Etudes et critiques, 1887, p. 662-686.
2] Cor.,xv, 19; 1 Tim., 1,18, 14.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. BARNABÉ. 45
qualifié lui-même du nom d’apötre ; un simple chrétien
ne se serait point permis de parler de la sorte.
On voit par là à quoi se-réduisent les doutes élevés
contre l'authenticité de cette lettre. Nous dirons, de plus,
que les parties qui sont écrites dans le goût de l’auteur
renferment des passages d’une beauté saisissante et des
doctrines d’un haut intérêt.
Passages et doctrine remarquables.
Nous citerons en ce genre le passage suivant, qui est .
entièrement dans l’esprit de saint Paul: « Les soutiens
de notre foi sont la crainte de Dieu et la patience ; nos
collaborateurs sont la constance et la persévérance »
(e. u, initio). Rien de plus magnifique surtout que la
description si bien conduite « des voies de la lumière et
des voies des ténèbres » (c. xıx, 20).
La divinité de Jésus-Christ est proclamée dans une
bule de passages pleins de simplicité et d’éloquence.
Dans l'explication allégorique du psaume cı, verset 4
(Maith., xxnx, 43-45), l’auteur s’écrie : « Voyez comme
David l'appelle son Seigneur et le Fils de Dieu, à qui tous
ls peuples doivent obéir et à qui ils sont redevables de
tout » (c. xt). Dans le chapitre v, le Seigneur est le
Souverain de l’univers, et le soleil l'œuvre de ses mains,
etau chapitre vn, « c’est le Fils de Dieu, ce maître et ce
juge des vivants et des morts. »
Le but de l’incarnation du Fils de Dieu est décrit avec
beaucoup de simplicité et de clarté : « En paraissant lui-
même, il se proposait de délivrer des ténèbres nos cœurs
déjà dévorés par la mort et voués à l'injustice de l’erreur,
ei d'établir avec nous par sa parole une alliance nou-
Yelle » (e. x, 4). « Le Seigneur a livré son corps à la
destruction , afin que nous fussions sanctifiés par la ré-
Mission des péchés. par l’effusion de son sang (c. v);
que ses blessures nous rendissent la vie » (c. vu).
! Eph., VI, 14-17,
44 MANUEL DE PATROLOGIE.
le av). methode d'enselgnemer saint Barnabe, est
Ces différents endroits s’éloir , ‘4ti0n complete : « En
plicité qui règne dans la pr sion des péchés, Jesus-
j . ” ue nouvelle, une âme d’en-
clusion (c. xvIn-xx1), O1
nière et le cachet de ‚ansforme nos esprits..., car il
malgré soi, deux" La demeure de notre cœur est
Schenkel a cœu veau Seigneur » (c. vi). « Nous
jans l'eau pleins de péchés et d’ordures,
médiaires qu „ie s sortis en portant des fruits. »
4
a Br de la résurrection et du jugement : « Je-
tapparu dans la chair pour affaiblir la mort
r 05 p
ini 44 #7,
ter #7 ja ja resurrection des morts..., pour montrer
Hr Pa on séjour sur la terre qu’apres la résurrection
Pet es fonctions de juge » (c. v).
dE oi doit avoir la charité pour compagne : « C'est
uns l'amour du prochain que réside la grandeur de
d foi et l'espérance d'une vie sainte et pure » (c.1).
, Chacun recevra selon ses œuvres ; s’il a été bon , il sera
“récédé de sa bonté ; mauvais, la récompense de sa Ma-
jiee le suivra » (c. IV). « Tous ceux qui me voient et
veulent entrer en participation de mon royaume, doi-
vent me conquérir dans la privation et dans les souf-
frances » (c. vIt).
L'auteur, car c'était là le but essentiel qu'il se propo-
sait, insiste principalement sur Y’abolition de l’Ancien
Testament par le Nouveau.
Comme les épitres du Nouveau Testament, la lettre de
saint Clément renferme une partie dogmatique (c.ı-
xvu), et une partie parénétique ou morale, c. xvin-xxi.
(Cf. Weizsæcker, Critique de l’épttre de Barnabe', repro-
duile d’après le manuscrit du Sinat (en allemand),
Tubing., 1863, programme.)
Per
r
#
LES PÈRES APOSTOLIQUES. 8. IGNACE. 47
14. Saint Ignace, évêque d’Antioche
(mort en 107 ou 144).
fgomènes de Cotelier, Gallandi, Jacobson, Héfelé
„omme Geopépos, était probablement d’ori-
‚sune.
après les actes de son martyre, dont l’authenticite a
été de nouveau établie de nos jours i, et d’après la Chro-
nique d’Eusebe, il était disciple de l’apôtre saint Jean.
Consacré évêque d’Antioche par les apôtres, succes-
$eur de saint Pierre et d’Evode, il exerça son ministère
sous le règne de Domitien avec une vigueur toute aposto-
lique. Lorsque Trajan, enivré des succès de son expédition
contre les Scythes, se mit à persécuter les chrétiens, il
donna ordre, pendant sa nouvelle expédition contre les
Arméniens et pendant son séjour à Antioche, de lui ame-
ner Ignace. Le courageux évêque professa heroiquement
sa foi en présence de l’empereur, qui le condamna à être
déporté à Rome, pour y devenir la pâture des bêtes fé-
Toces, Le vaisseau qui le portait aborda plusieurs fois au
rivage, et comme la renommée de ses travaux aposto-
liques et de son couragé magnanime s’etait répandue au
loin, il trouva sur tous les lieux où il mit pied à terre,
des délégués envoyés par les communautés chrétiennes
pour lui témoigner leur sympathie et lui adresser leurs
félicitations. Ce fut dans ces circonstances qu’il écrivait
de Smyrne ses lettres aux Ephésiens, aux Magnésiens,
aux Tralliens, et aux Romains; de Troade, ses lettres
aux Philadelphiens, aux Smyrnéens et à leur évêque,
Polycarpe. Il supplie, en termes onctueux et émouvants,
les fidèles de Rome de ne lui point ravir la couronne du
martyre en intercédant pour lui auprès de l’empereur :
1 Martyrium sancti Ignatii, dans Cotelier, Gallandi et Héfelé,
4e édit., p. 244-253 ; Prolegom., p. LXVIU-LXXIV.
48 MANUEL DE PATROLOGIE.
« Je vous écris plein de vie, mais plein du désir de mou-
rir. Mon amour est crucifie; ce qui s’agite en moi, ce
n’est point le feu de ce monde, mais l’eau de la vie qui
me crie : Viens à mon Père. Je ne suis sensible ni à la
nourriture corruptible, ni aux plaisirs de cette vie. Je
désire le pain de Dieu, le pain céleste, qui est la chair de
Jésus-Christ, le Fils de Dieu. » Le 20 décembre 107 ou 114,
{gnace devint la proie des lions dévorants, et ses princi-
paux ossements furent envoyés à Antioche comme de
précieuses reliques.
Le texte de ses lettres mentionnées déjà par saint Iré-
née‘, puis par Origène, Eusèbe, saint Jérôme, a subi
aux cinquième et sixième siècles de nombreuses inter-
polations. À partir de cette époque, il en a circulé deux
rédactions, l’une plus longue, l’autre plus courte; la
première était la plus connue en Occident. Usher, évêque
anglican d’Armagh en Irlande, trouva en 1644 une tra-
duction du texte abrégé, et Isaac Voss, le célèbre philo-
. logue de Leyden, découvrit à Florence l'original grec
correspondant. Dans cet état de choses, on n'aurait plus
songé sans doute à suspecter l'authenticité de ce texte
abrégé, si la doctrine qu’il contient, notamment celle de
la prééminence de l'évêque de Rome dans l'Eglise apos-
tolique, n’eüt embarrasse les protestants. De là viennent
les nouvelles attaques dont ces lettres ont été l’objet de
nos jours. À cette première cause de discussion, il en faut
ajouter une seconde. Parmi les lettres de saint Ignace, il
en est trois (celles à Polycarpe, aux Ephésiens et aux Ro-
mains), dont l’Anglais H. Tattam a découvert, dans un
couvent d'Egypte, une traduction syriaque. Ce texte, plus
court encore que les précédents, a été édité par William
Cureton, en 1845. Aussitôt après, Bunsen publia : Les trois
lettres authentiques, et les quatre lettres non authentiques
1 Iren., Adv. hæres., lib. V, c. xvu1; Euseb., Hist. eccl., lib. UL,
c. xxxvı; Orig., Prolegom. in cant. et Homil. v in Luc. Hieron.,
Catal., c. xvı.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. IGNACE. 49
d’Ignace d’Antioche, Hamb., 1847 (en allem.), suivies
de : Ignace d’Antioche et son temps, Hamb., 1847. Parmi
les nombreux adversaires de Cureton et de Bunsen, nous
citerons surtout Uhlhorn, Hefele et Denziger ; ces au-
teurs ont démontré victorieusement que la nouvelle
production en langue syriaque n’était autre chose qu’un
extrait du texte grec découvert par Voss, fait dans un
but ascétique et morale. Hilgenfeld a reconnu lui-même
que ce texte portait des traces évidentes d’abréviations
et de réductions, qui enlevaient à ces lettres, surtout à la
lettre aux Ephésiens, toute saveur et toute énergie !. Que
si, malgré cela, Dressel ? croit trouver une nouvelle ob-
jection dans ce fait que les formules de salutation sont
conservées dans les lettres syriaques, on peut lui ré-
pondre, 4. que l’abréviateur a voulu indiquer la source
où il avait puisé son travail, et 2. qu’il ne voulait point
sacrifier les idées spirituelles exprimées dans ces longues
formules , particulièrement dans les deux £pitres aux
Romains et aux Ephésiens.
Il reste encore huit autres lettres souvent attribuées à
saint Ignace et qui sont indubitablement apocryphes.
Cinq sont en grec, et trois en latin. Elles sont intitulées :
Ad Mariam cassobolitanam ; — ad Tarsenses ; — ad An-
tiochenos; — ad Hieronem, diaconum antiochenum ; — ad
Philippenses; — ad Joannem apostolum; — ad beatam
virginem Mariam.
Par son caractère, saint Ignace rappela tout-à-fait l’a-
pôtre saint Jean; amant passionné de Jésus-Christ et
porté à la contemplation, il s’est approprié toutes les
grandes idées du disciple bien-aime ; on retrouve chez
lui jusqu’à cette formule : « L'amour de l'Eglise vous
t Les Pères apostol., p. 225, 279. Cf. Dictionnaire encyclopéd. de la
théol. cath., éd. Gaume. Meræ, Meletemata ignatiana (contra Lip-
sius, etc.), critica de Epistolarum ignatianarum, versione syriaca,
commentatio a Hall., 1861. Tubing. Theol. Quart.-Sch., 1863, 2e livr.
— 2 Prolegom., p. XXIX.
k
BO MANUEL DE PATROLOGIE.
salue , » c’est-à-dire les fidèles unis entre eux par le lien
. de l’amour, et il donne le nom d’agape * à la société des
fidèles unis par les liens de la charité. Ajoutons qu'il a le
premier désigné l’apostolat ou l'épiscopat comme la co-
lonne fondamentale sur laquelle l'Eglise est bâtie. I]
n’est donc pas étonnant qu'il soit le premier aussi qui ait
employé l'expression d’Eglise catholique. « Partout où
paraît l’évêque, dit-il, là doit se trouver aussi le trou-
peau; comme aussi là où est Jésus-Christ, là est l'Eglise
catholique 5. » Jésus-Christ est donc représenté et dans
l’apostolat et dans l’épiscopat ; et de là vient que, dans
toutes ses lettres, saint Ignace rappelle que l’épiscopat
est le centre de l'Eglise universelle.
Le style de saint Ignace, à raison de l'abondance ac-
cumulée des pensées, est souvent obscur et difficile ; ses
périodes sont trop longues et trop compliquées.
L'objet de ses lettres, si on excepte l’épitre aux Ro-
mains, écrite dans les circonstances marquées plus haut,
puis l'épitre à Polycarpe où prédomine, comme dans les
épitres de saint Paul à Timothée et à Tite, l'esprit pas-
toral, c'était d'abord de remercier les fidèles de la sym-
pathie qu'ils lui avaient témoignée à Smyrne et à Troade
en lui envoyant des délégués, et aussi de les prémunir
contre deux hérésies entièrement opposées l’une à
l’autre : celle des ébionites, qui soutenaient que Jésus-
Christ n'était qu'un pur homme, et celle des docètes, qui
ne voyaient en lui que le côté divin et soutenaient que
tout ce qui tombait sous les sens n'était qu’apparence
trompeuse. A l'exemple de son maître saint Jean, Ignace
évite à dessein de les appeler par leur nom, et se con-
tente de dire : x& 3 évépura adrov dvra niora, oùx ZBoge por
Eyypayaı (ad Smyrn.). Le moyen d'éviter l’hérésie qui lui
parait le plus excellent, c’est de rester attaché à l’évêque
1 Cf. Rom., e. vu; Trall., c. xıu; Philad., c. xt; Smyrn., c. Xu.
— 2 Rom., c. 1. — 3 4d Smyrn., c. Yan.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. S. IGNACE. 4
qui est etabli de Dieu et qui represente Jesus-Christ. Il
ne faut point disputer avec les heretiques touchant les
Ecritures; car, avec les faux-fuyants perpetuels et les
objections sans cesse renaissantes, on n’obtient point le
résultat que l’on espère. Si on leur dit que la doctrine
qu'ils contestent se trouve dans les saintes Ecritures,
ils répondent : « Elle y est, » mpéxeirar (ad Philadelph.,
c. vu).
Importance de la doctrine contenue dans les Lettres
de saint Ignace.
La valeur de cette doctrine a été reconnue dès la plus
haute antiquité. Saint Polycarpe, écrivant aux Philip-
piens, leur disait : « Les lettres d’Ignace, que je vous
envoie, ont pour objet la foi et la patience, c’est-à-dire,
tout ce qui contribue à affermir dans la foi et dans l’a-
mour de Notre-Seigneur. » Eusèbe fait la même déclara-
tion dans son Histoire ecclésiastique, livre 1II, c. xxxvi :
« Ignace, dit-il, pour plus de sécurité, a confirmé par
des témoignages écrits et par des lettres la tradition
des apôtres et la tradition verbale , » comme le prouve
surabondamment la lecture de ses écrits.
1. Ignace s'occupe souvent et d’une manière particu-
liere de la sainte Trinité et de la divinité du Saint-Esprit :
« Soyez, dit-il, soumis à l’évêque comme à Jésus-Christ,
comme les apôtres étaient soumis à Jésus-Christ, au
Père et au Saint-Esprit » (ad Magn., c. xx; ad Eph.,
C. IX).
2, Il établit la divinité et l'humanité de Jésus-Christ,
d'une part contre les ébionites (ad Magn., c. vu, vin et
x; ad Philadelph., c. vietix); de l’autre, contre les
docètes (ad Smyrn., ec. ı-v; ad Trall., vi-x, et surtout
c. x): « Ils soutiennent, dit-il, que Jésus-Christ n’a eu
que les apparences de la souffrance, eux qui ne sont que
des fantômes d'êtres. »
3. L'Eglise, aux yeux de saint Ignace, fondée sur la
56 MANUEL DE PATROLOGIE.
Polycarpe, Jésus-Christ, qui a pris nos péchés en son
propre corps sur la croix (c. vin); sa mort expiatoire
a été un sacrifice pur et sans tache; car il n’a commis
aucun péché, et nulle imposture n’a jamais été dans sa
bouche » (c.v).
4. Il exhorte les fidèles à la pratique des vertus chré-
tiennes, puis il ajoute : « Priez pour tous les saints (les
chrétiens), ainsi que pour les rois, les potentats et les
princes, pour vos persécuteurs et pour les ennemis de la
croix » (C. XII).
3. Enfin, « celui qui nie la résurrection et le jugement
futur est le premier-ne de Satan » (c. vn).
S 16. Lettre eneyelique de l’Eglise de Smyrne'sur le mar-
tyre de saint Polycarpe (Episiola encyclica Ecclesiæ smyrnensis
de martyrio Polycarpi).
Voir les Prolégomènes de Cotelier, Gallandi, Jacobson et Héfelé.
Cette lettre, en vingt-deux chapitres, a été rédigée par
un nommé Evareste et insérée presque tout entière dans
l'Histoire ecclésiastique d’Eusebe (liv. IV, c. xv). Elle était
adressée « à toutes les communautés de la sainte Eglise
catholique en tous lieux, » car les fidèles de Smyrne
étaient persuadés que la chrétienté tout entière, unie par
la conformité de la vie et de la charité, prendrait une
part active au sort de son héroïque évêque Polycarpe.
L'auteur dépeint avec une touchante simplicité la persé-
cution qui vient d’eclater, le courage qu'y ont déployé
un grand nombre de chrétiens, la chute du Phyrgien
Quintus, les divers incidents de la captivité de Polycarpe,
sa confession généreuse, la constance qu’il a montrée
dans la mort, sa prière où respire la confiance et la rési-
gnation, et le soin qu'ont mis les chrétiens à recueillir
ses ossements. L’authenticité de cette lettre n’a pas été
attaquée; maïs on a élevé des doutes sur son intégrité,
en presumant non sans motif que le chapitre xvı avait
LES PÈRES APOSTOLIQUES. 8. POLYCARPE. 87
subi dans la suite des temps une substitution de texte,
et qu’à la fin du chapitre xxır on avait ajouté ce pas-
sage: Eyw de navy ILiovtoç... duv.
Principales doctrines enseignées dans cette lettre.
4. C'est d’abord le conseil donné aux chrétiens de ne
point courir au martyre avec une sorte de jactance :
« Nous ne louons point, mes frères, ceux qui se pré-
sentent d'eux-mêmes : cela est contraire à la doctrine de
l'Evangile» (c. ıv).
2. Le jour de la mort des martyrs est appelé le jour de
leur naissance, natalilia martyrum, car c'est alors qu'ils
naissent pour le ciel (c. xvın).
3. Nous rencontrons ici, pour la seconde fois dans la
littérature chrétienne, l'expression d’Eglise catholique.
4. L’adoration de Jésus-Christ et le culte des saints
sont distingués de manière à prévenir toute confusion.
«a Nous reconnaissons le Christ, nous l’adorons parce
qu’il est le Fils de Dieu; les martyrs, au contraire, nous
les aimons comme ils le méritent, comme des disciples
et des imitateurs de leur maître, à cause de leur amour
invincible pour leur roi et leur seigneur ; car nous dé-
sirons aussi devenir leurs compagnons et leurs condis-
ciples. » |
5. Sur les reliques des martyrs, on lit le passage
suivant : « Nous avons ramassé ses os (de saint Poly-
carpe). plus précieux que les pierreries et plus purs que
l'or; et nous les avons renfermés dans un lieu conve-
nable (à l'autel). C’est là que nous nous assemblerons
3 Comme Eusèbe, Rufin et Nicéphore ne disent point en cet endroit
qu'un colombe (epcorsça) s’echappa du côté de saint Polycarpe,
Le Mome a soupçonné que ce mot r=sısr.:3 devait être joint à ces
mots : !=" izc5r:c3 (a sinistra) 237). Be 77805 aiparos, GITE XATATI-
Sésa rs zug (efluzit a sinistra tanta sanguinis copia P ut iynem
ezst ngueret). Le docteur Nolte croit qu'il faut lire ainsi : 27,10€
TEZÉTTELA aluaras 2272 77905 (scintillarum instar sanguis sparge-
latur versus siultitudinem). Cf. Héfelé, Patr. apostol., ad hune loc.
58 MANUEL DE PATROLOGIE.
avec grande joie, s'il nous est permis (c'est-à-dire si
les persécutions ne nous en empêchent pas), et Dieu
nous fera la grâce d’y célébrer le jour natal de son
martyre, tant en mémoire de ceux qui ont combattu
pour la foi que pour exciter ceux qui ont à soutenir un
pareil combat » (c. xvın).
5 17. Papias, évêque d’Hierapolis (dans la Petite Phrygie).
Cf. Hieron., Catalog., c. XVII; Gallandii Prolegomena, c. x et
p. 816-819; Halloix, Vita sancli Papiæ (illustr. Eccles. orientalis
scriptor. sæculi primi vitæ et documenta. Duaci, 1633, in-fol.).
Le titre de disciple des apôtres a été souvent décerné
à Papias, connu aussi sous le nom de Presbyter Joannes
in Ephesus; l'antiquité chrétienne le mentionne fréquem-
ment. Saint Irenee l’appelle un disciple de saint Jean
et un ami de saint Polycarpe'. Suivant une parole
d’Eusebe*, peu justifiée, il aurait mis plus de zèle que
de talent à recueillir de la bouche des apôtres et de
leurs disciples la tradition verbale, les discours et les
actes de Jésus-Christ. « Très-ancien auteur, mais très-
petit esprit, » c'est ainsi que Bossuet lui-même le carac-
térise5. Eusebe l'a jugé tout autrement, mais c’est pré-
cisément dans un endroit de son Histoire ecclésiastique,
livre Ill, c. xxxvı, dont l’authenticité est douteuse.
Papias a consigné le fruit de son travail dans les
Explicalions des discours du Seigneur, en cinq livres
('Efnyñoers Aoylwv xupraxäv), dont il n’existe plus que des
fragments cités dans l’Histoire ecclésiastique d’Eusebe et
dans le traité des Hérésies de saint Irénée. Grabe les a
recueillis dans son Spicilegium, Routh dans ses Reliquiæ
sacræ, tome I, et Gallandi dans sa Bibliotheca. En 1918,
si nous en croyons Gallandi, l’église de Nîmes conservait
encore l'ouvrage tout entier.
1 Adv. hæres., lib. V, c. xxxtı.— 3 Euseb., Hist. eccl., III, xxxıx.
— 3 Bossuet, {’Apoc., c. xx. (Addit. du trad.)
LES PÈRES APOSTOLIQUES. LA LETTRE A DIOGNETE. 39
Nous avons là un exemple de la première méthode
suivie dans l'interprétation de l'Ecriture. Comme Papias
touchait de près à l’ere apostolique, il est singulièrement
instructif d'apprendre de sa bouche qu'il preferait la tra-
dition verbale des premiers témoins de Jésus-Christ à la
tradition écrite; « car, ajoute-t-il, il me semble que les
livres ne fournissent pas le même avantage que la pa-
role vivante : celle-ci se grave plus profondément #. »
Une chose digne de remarque au point de vue de
l'histoire de l'Eglise, c'est que Papias est probablement
le premier auteur chrétien qui ait émis l'opinion que,
durant mille ans (millénarisme), Jésus-Christ régnerait
a dans une Jérusalem terrestre magnifiquement rebätie,
où la gloire de Dieu éclaterait d’une manière admirable,
où Jésus-Christ régnerait avec ses martyrs ressuscités?,»
opinion qui avait indubitablement sa source dans une
fausse intelligence de saint Matthieu, xxıv, xxıx et xxx1v,
de saint Paul, 7 Thess., v, 2; cf. II Thess., u, 2, et surtout
l’'Apocalypse, xx, 2-4. Ce sentiment a été embrassé par.
saint Justin, saint Irenee, Tertullien, Lactance, etc.;
mais leurs idées, beaucoup plus modérées, n’ont rien de
commun avec les superfetations judaïques de l’hérétique
Cérinthe. |
$ 18. L'auteur inconnu de la Lettre à Diognète.
Voir les Prolégomènes dans Gallandi, c. x1; Héfelé et Otto, Epistola
ad Diognet., ed. 11%, Lips., 1862.
Cette lettre remarquable avait été, jusqu'aux temps
modernes, classée parmi les écrits de Justin, martyr et
apologiste du milieu du deuxième siecle. Tillemont, le
premier, a prétendu qu’elle remontait à une époque
plus ancienne, puisque l’auteur se qualifie lui-même
de disciple des apôtres (c. x1). De nos jours, Otto et
1 Dans Eusèbe, loc. cit. —? Cf. Bossuet, loc. cit. (Citat. du
traducteur.)
60 MANUEL DE PATROLOGIE.
Hoffmann ! ont encore essayé de défendre l’ancienne
opinion en interprétant largement l'expression de « dis-
ciple des apôtres, » et en considérant comme une
addition postérieure la dernière partie (c. xi-xn), où se
trouve cette expression.
À quoi nous répondons : 4. que le sujet de la lettre
n’est pas encore épuisé au chapitre x; 2. que les deve-
loppements contenus dans les chapitres xı et xı sont au
contraire un excellent resume de l’ensemble et le ter-
minent parfaitement; 3. que le style de la dernière partie
concorde de tout point avec ce qui précède, et qu'il serait
difficile de coudre à la suite d’un morceau si achevé un
lambeau qui s’adaptät à la forme et au fond ; 4. que, sup-
posé que l’amen ajouté après le chapitre x, dans un seul
manuscrit (Codex Argent.), fût authentique, on pourrait
prouver par des passages analogues de saint Paul et de
saint Clément de Rome (Epist. I ad Cor., c. xzxn1), que
les morceaux de l’Ecriture ne finissent pas toujours par
. amen. De plus, et pour ne citer que ce fait, les opinions
de notre auteur sur le judaïsme et le paganisme, ana-
logues à celles de saint Barnabé, diffèrent notablement
de celles de saint Justin; car celui-ci trouve dans le ju-
daisme et le paganisme infiniment plus de coutumes res-
pectables et utiles que le rédacteur de la Leltre à Diognèle.
Enfin, non-seulement le style et le genre d'exposition de
notre lettre different de la manière de saint Justin, mais
il y a entre l’un et l’autre un véritable contraste ?.
L'occasion où elle fut écrite est indiquée dans la lettre
même. Diognète, un païen illustre (l’auteur l’appelle
xpétiotos), puissamment ébranlé par les résultats du
christianisme, avait manifesté à l’auteur le désir de
savoir pour quelles raisons les chrétiens avaient déserté
le judaïsme et le paganisme, quel pouvait être le Dieu
1 Programme du gymnase cathol. de Neisse en Silésie, année 1851.
? Voir sur ce sujet les explications détaillées de M. Héfelé dans la
Revue de Tubingue, p. 460-470, 1864.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. LA LETTRE A DIOGNÈTE. 61
qu’ils adoraient maintenant pour qu'ils lui fussent dé-
voués au point de souffrir pour lui le martyre, de mettre
en lui toute leur espérance et de mépriser le monde ? Si
tout cela vient de la force de leur religion, pourquoi le
christianisme n'est-il pas venu plus tôt ?
Dans sa réponse, l’auteur anonyme commence par
prier Diognete de renoncer à tout préjugé, puis il lui dé-
voile la folie du culte païen, l’imperfection et les pra-
tiques superstitieuses du judaïsme. Comme contraste, il
relève l'excellence de la révélation divine proclamée par
le christianisme et manifestée dans la vie des fidèles. Il
fait de la vie chrétienne une vive et éloquente peinture
à l'aide des antithèses suivantes : « Les chrétiens ne
résident point dans des villes particulières, ils ne parlent
point une langue à part, ils n’ont rien d’etrange dans
leur manière de vivre. Ils habitent leur propre pays,
mais comme des étrangers; ils ont les mêmes droits que
les citoyens, et ils endurent tout comme des étrangers.
Tout pays étranger est leur patrie, et toute patrie leur
est étrangère. Ils se marient comme tout le monde et
engendrent des enfants, mais ils ne les exposent point.
Is ont une table commune, mais ils n'ont pas la
communauté des femmes, ils vivent dans la chair,
mais ils ne vivent point selon la chair, leur séjour
est sur la terre, mais leur conversation est au ciel.
Is aiment tout le monde, et tout le monde les per-
sécute, Ils meurent, mais ils enfantent la vie. Ils sont
pauvres, et ils en enrichissent plusieurs. On les couvre
de mépris, et ils se vengent par des bénédictions. Leurs
mœurs sont irréprochables, et on les punit comme
des malfaiteurs. En un mot, ce que l’äme est dans
k corps, les chrétiens le sont au milieu du monde. »
le tels résultats, conclut l’auteur, ne peuvent émaner
que du Créateur de l’univers, qui s’est uni avec les der-
üiers des hommes, ses créatures, ainsi que l’enseigne le
dhristianisme. Cette question : Pourquoi le christianisme
62 MANUEL DE PATROLOGIE.
est-il venu si tard ? est résolue dans le même sens que
par saint Paul, Rom., c. xt, et Luc., xv, 8.
Quoique l'auteur soit inconnu, sa doctrine et la ma-
nière dont il la présente montreraient suffisamment,
quand même il ne le dirait pas, qu'il était disciple des
apôtres (©. xı); car, à l’exemple des autres Pères aposto-
liques, il appuie sa démonstration sur des textes de
l'Ancien et du Nouveau Testament, et surtout sur saint
Jean et saint Paul, qu'il commente sans les citer textuel-
lement. 7.
Sa langue, pure et fleurie, prouve, selon la remarque
de Photiust, qu’il était maître de son style; son récit,
admirablement coordonné, est relevé par des transitions
habiles et par des antithèses frappantes.
„ Les condamnations à mort de chrétiens, auxquelles il
fait de fréquentes allusions, donnent lieu de présumer
que notre lettre a été écrite sous le règne de Trajan
(98-117).
Cette lettre est la première apologie chrétienne qui ait
été opposée au paganisme et au judaïsme. Indiquons
maintenant les ressources qu’elle offre à la Patrologie
pour la démonstration du dogme catholique.
Vérités importantes contenues dans l’épitre à Diognète.
4. Aucun homme ne possède de lui-même la parfaite
connaissance de Dieu; on ne l’obtient que par la révéla-
tion divine du Verbe (c. v et vx). « Nous ne sommes
point parvenus à cette doctrine par la réflexion ou par la
recherche d'hommes curieux, car quel est l'homme qui
sût ce que c’est que Dieu avant que lui-même ne fût venu ?
Ou bien partageriez-vous peut-être les opinions vaines
et insensées de ces philosophes dignes de foi (1), dont
quelques-uns soutiennent que Dieu est un feu, d'autres
de l’eau, d’autres encore que c'est un des éléments
que Dieu a créés ? » Du reste, quand les hommes ont dû
1 Photius, Biblioth., cod. 125.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. LA LETTRE A DIOGNÈTE. 63
embrasser la religion divine, la connaissance chez eux
a dü marcher de pair avec la conduite; car il n’y a point
de vie sans connaissance, et il n'y a point de connais-
sance solide sans vie véritable : ce qui suffirait à le
prouver, c’est que, dans le paradis, « l’arbre de la
science et l’arbre de vie étaient l’un à côté de l'autre »
(e. x11).
2. Divinité de Jésus-Christ. « Jésus-Christ, le fils
propre et unique » de Dieu (Gtoç, povoyevñs), le Verbe
«a immortel » (ddavaros), c. IX, inaccessible à la raison
humaine (drepwönros), le Fils du Dieu tout-puissant et in-
visible, est élevé de beaucoup au-dessus des anges
(c. vii-vin) ; c’est lui qui a créé le monde, qui le gou-
verne et qui un jour le jugera (c. 1x). |
3. Incarnation du Fils de Dieu. « Celui qui existe
depuis le commencement (de toute éternité) est main-
tenant apparu; il s’est montré au monde sous une forme
visible et accessible, et a révélé à ses apôtres les
mystères de Dieu » (c. x1). Outre cet enseignement sur-
naturel, l'incarnation avait encore pour but de nous
procurer la rémission de nos péchés par le sacrifice de
la croix. Le Fils de Dieu était seul capable d'effacer par
un sacrifice expiatoire la dette contractée par l'humanité
tout entière, &v tive Gixatwôvar Suvardv tobs dvduous Ads xal
doebetc, C. IX. |
4. Le chapitre vi traite, avec beaucoup de précision
et dans un magnifique langage, de l'essence de la na-
ture humaine, de la dualité des éléments et de l’immor-
talité de l'âme. « Tout en habitant dans le corps, l’âme
n'est point du corps ; tout en y étant enfermée, ce n’en
est pas moins elle qui maintient l'unité du corps (ouvéyet).
L'âme, invisible et immortelle, réside dans une tente pé-
rissable. L'âme se perfectionne quand elle est mal servie
par la nourriture et la boisson ; de même que les chré-
tiens visités par les persécutions se multiplient journel-
lement. » Au chapitre x, l’auteur mentionne les préro-
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varlsinallon : « 0 changement aémiralus et mystère in-
cunprehonnible (61x31 > Asant aux hommes vicieux
UE autant poux (lé justifiés par le Christ. l'auteur leur
pad a da Han dl chupitre x un éternel chätiment \ =%
en, ol on plus seulement #3: 7 sscazızm!.
uw Llulte, vontruirement aux heresies qui n'ont ni
tar nt limites, offre seule une règle de con-
te ae ot certaine; elle seule conserve la croyance de
ar uedu et Au tradition des apôtres, parce qu'elle est
au amp de la grâce (c. x). C’est ainsi qu'elle
a autie le coutiuatour de Jésus-Christ, qui est venu
anna gent do wrdeo ot de vérité. »
Au que leu avait conçu de toute éternité,
MA LU awetplimettett plein de sagesse et d'amour,
aus a suite des temps, le plan divin de
eos sp à Rate, tevèle de la façon la plus
RUE ut UE pre mature, as The Gmepbal-
+: sit win
\ wi,
IE st Na ti N r\)
em ar eippettenl de ces differentes
| og sert visiblement d’imiter,
NES ELLE .. “ R j \ à
\ ‘ RC les idees de saint
LES were NN " x | .
Voenie Ayei URN KR UE BUS en fournit une
RUN“ pue N N x x RER qui faut unir la
LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 65
pratique à la science pour être en mesure de bien com-
prendre la révélation, il rappelle saint Jean, vu, 47, il
‘fit souvenir de saint Paul lorsqu'il se répand en effu-
sion de joie sur la conversion d’un grand nombre de
palens !.
S 19. Le Pasteur de Hermas (vers 150).
Voir les Prolégomènes dans Cotelier, t. I, p.‘73-74 ; dans Gallandi,
t],e. 1; dans Héfelé et Dressel, edit. 2.
Les plus anciens auteurs ecclésiastiques, saint Irénée,
gint Clément d'Alexandrie, etc., parlent de ce livre re-
marquable avec un grand respect. Origène dit qu'il est
“bort utile, » valde utilis, et le « croit même divinement
iwpiré, » et, ut pulo, divinitus inspirata, tout en re-
' arquant ailleurs qu'il n’est pas généralement recu et
qilest méprisé de quelques-uns. Eusèbe et saint Jérôme
le le jugent pas favorablement ; saint Jérôme assure
que de son temps il était à peu près inconnu des Latins ?.
la première rédaction a été faite en grec; mais, de nos
jours, si l’on excepte quelques fragments, il n'existe
pus qu’en une ancienne traduction latine. Une seconde
version latine, plus étendue que la premiere, a été trou-
Yée par Dressel dans la bibliothèque du Vatican et pu-
bliée dans. son édition des Pères apostoliques. Quant au
kxte grec récemment produit par le grec Simonides,
et habile falsificateur de documents, et édité à Leipsig
Par Dindorf et Anger, Tischendorf crut d’abord que ce
n'était qu'une traduction du latin provenant, sauf les ad-
tions de Simonides, du quatorzième siècle. Ce texte a
été réimprimé dans l'édition des Pères apostoligues de
! Rom., xı, 30, 36.
?Iren., Adv. heres., lib. IV, c. xx ; Clem. Alex., Strom., lib. I,
ex et xxıx; lib. I,c. ı,ıx et xır; Tertull., De orat., c. xıl; De
Pudic,, c. x et xx; Orig., Hom. vit in Num., Hom. in x Jos., et sæpe;
Euseb., Hist. eccl., lib. III, cap. 111 et xxv; Hieron., Catal., ©. x;
ef, Gallandi, t. I, p. 51-58.
5
A MAN 11 “ATRILMGE
Ierssse: Lige.. 1857 ave: «x ecuaressement de Es
Betr . Gus se Loge sıunilcıs . orme] grec do que
Be live ist ent. et OÙ secouc ivre depus ie che
givre " au eiapitre 11. L nuudiiis & premiere DEN anf
Docs que + sie de Sms emiauait reelleneent dm
Tezie vreta. tua qui contenait des alteratmmr dues
eat dou aus travaus 2aucuks sur ce Imre pendant le
ropvan-ige *. Nous avons dou ün Pasteur quatre wr-
eus . Qui Ouvru un vas chan: à la crifiqne.
rigene #10 autre HOUR HGULSIANÉIQES présent
que J'autieur du Pasteur est ve mème Bormes dest à est
Quest dau !'entie de sant Pam) aus Romains. x, #4;
YTawleur lune se dumme pour mm tumiemmpensim de
pape saut Clement : « Vons ferez Genus Gegner de ne Änvee,
Ati. vous euvernez l'une à Ciemeestt tt l'antine à Qragée
{ame Giaoumesse : ; Clement lesverra à d'anttres wiles,
ou cle reuire dons sou msssière *. » Lepenizmi des ra-
sons Mmtrusbques € eTITIREUNQRES DURS pürkemi à oraire
Qu'il ot 46 à la plane d’an jean: Herma: . înère de pape
Pie 1 (182-157), vers le milieu du Gruxwmme anche,
voue NL Helele 5 a eséave de Le demontrer d'après des
dommtes fournies par Fraguentum de oumene Murate-
rim ei d'apres la scoonde Lettre de Pie 1 à Juste, évèque
de Vienne *. Suivant cette opinion. le second Hermes,
usant d'une pieuse frande, aurait rédigé son livre sous
le nom du premier.
Les quelques détails que nous avons sur sa vie nous
sont fournis par son ouvrage méme. Grec de naïis-
sance , il était probablement prètre et vivait dans le voi-
sinage de Kome. C’est là, sur les bords du Tibre et le
long ds la route de Campanie , qu'il fut visité par les vi-
sions qu'il rapporte dans son livre. Nous y voyons
3 (suzetle universelle, 1859, p. 1788. — ? Vision Il, c. ıv. —
Tuhing. lhwol. Quart.-Schrift, 1839, p. 169-177. — ® Récension du
Pasteur de Hermas, par Jachmann. Leipsig, 1838.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 67
qu'Hermas avait d’abord mené une vie peu édifiante,
que le Seigneur lui fit expier. L’ange de la pénitence lui
apparaissant sous la forme d’un berger, lui donna des
conseils sur la vie morale dont il devait ensuite faire une
si belle peinture dans son livre. S'il a donné à ses visions
ke titre de Pasteur, Ilouv, c’est parce que l’ange s'était
révélé à lui sous la forme d’un berger‘. Les deuxième
et troisième livres offrent quelques analogies avec l’Apo-
calypse ; cependant le côté moral y predomine, surtout
vers la fin *. On pourrait même, pour ce motif, le consi-
dérer comme le premier traité de morale chrétienne.
L'auteur exhorte les chrétiens, tombés dans le relâche-
ment, à revenir à des mœurs plus austères, et il invoque
à l'appui de ses conseils les révélations qu'il a reçues sur
limminence de la persécution et sur la fin prochaine du
monde !
Dans les quatre visions qui composent le premier livre,
une femme apparaît à l’auteur et lui adresse tour-à-tour
des reproches, des avertissements et des instructions.
Cette femme devient plus tard le symbole de l'Eglise 5.
Le deuxième livre renferme douze commandements
(mondata ), que l’auteur a également reçus de l’ange de
la pénitence. Ces commandements ont pour objet : 4. la
croyance en Dieu; 2. la simplicité, l’innocence, l’au-
mône ; 3. la fuite du mensonge et la pénitence imposée
à Hermas pour expier sa dissimulation ; 4. la chasteté et
la fidélité conjugale ; 5. l'égalité d’humeur et la patience:
6. le bon ange et le mauvais ange ; 7. la crainte de Dieu;
8. la continence ; 9. la confiance en Dieu ; 10. la tristesse
du cœur, sœur du doute et de la colère ; 14. l'esprit du
monde et l'esprit de Dieu; 42. la répression des mau-
vais désirs et l’accomplissement des préceptes divins.
Le troisième livre contient dix similitudes, dont la
Plupart, comme les paraboles de l'Evangile, sont rendues
sensibles par des comparaisons empruntées à la vigne,
! Livre Il, Proæm. — % Simil. X. — 3 Vis, IV, c. I-X.
64 MANTEL DE PATROLOGIE.
gatives que l’homme a reçues de Dieu, de préférence à
toutes les autres créatures. « Dieu lui a donné la raison
et l'intelligence, Aoyov xai vou, l'empire sur toutes les
créatures ; il a donné à son corps une attitude droite, il
l'a créé à son image et destiné pour le ciel. »
5. A propos de la justification et de la grâce sancti-
fiante , l’auteur enseigne qu'elle opère deux choses : elle
détruit le péché et confère la sanctification intérieure,
parce que le Verbe , saint et incompréhensible, se lève
dans le cœur des fidèles, s'y affermit (c. vır), renait
continuellement dans leurs âmes (c.xı) et les inonde
d'une joie surabondante (c. x1, tivos oleı mAnpuwroeoda
xapä ). Consolante doctrine qui arrache à l'auteur cette
exclamation : a O changement admirable et mystère in-
compréhensible (c. 1x)! » Quant aux hommes vicieux
qui n'auront pas été justifiés par le Christ, l’auteur leur
prédit à la fin du chapitre x un éternel châtiment ( rüp
+0 aiwvtov, et non plus seulement xüp ro tpocxatpov ).
6. L'Eglise, contrairement aux hérésies qui n'ont ni
consistance ni limites, offre seule une règle de con-
duite süre et certaine ; elle seule conserve la croyance de
l'Evaagile et la tradition des apôtres, parce qu'elle est
seule accompagnée de la grâce (c. x1). C’est ainsi qu'elle
se montre le continuateur de Jésus-Christ, qui est venu
au monde « plein de grâce et de vérité. »
7. Le dessein que Dieu avait conçu de toute éternité,
mais dont l’accomplissement plein de sagesse et d'amour,
n’a eu lieu que dans la suite des temps, le plan divin de
la rédemption de l'humanité, révèle de la façon la plus
admirable que Dieu est amour par nature, &ç tñç ümepbod-
Aovans gilawdpwriaz ia dydıın (C. IX).
On voit aussi, par le develppement de ces differentes
doctrines, que l’auteur s’efforcait visiblement d’imiter,
en les fondant ensemble, le style et les idées de saint
Paul et de saint Jean. Sa conclusion nous en fournit une
nouvelle preuve (c.xu); en disant qu’il faut unir la
LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 65
pratique à la science pour être en mesure de bien com-
prendre la révélation, il rappelle saint Jean, vu, 17, il
. fait souvenir de saint Paul lorsqu'il se répand en eflu-
sion de joie sur la conversion d’un grand nombre de
paiens !.
S 19. Le Pasteur de Hermas (vers 150).
Voir les Prolégomènes dans Cotelier, t. I, p.\73-74; dans Gallandi,
t. I, c. an; dans Héfelé et Dressel, edit. 28.
Les plus anciens auteurs ecclésiastiques, saint Irénée,
saint Clément d'Alexandrie, etc., parlent de ce livre re-
marquable avec un grand respect. Origène dit qu'il est
« fort utile, » valde utilis, et le « croit même divinement
inspiré, » et, ut puto, divinitus inspirata, tout en re-
marquant ailleurs qu'il n’est pas généralement recu et
qu'il est méprisé de quelques-uns. Eusebe et saint Jérôme
ne le jugent pas favorablement ; saint Jérôme assure
que de son temps il était à peu près inconnu des Latins ?.
La première rédaction a été faite en grec; mais, de nos
jours, si l’on excepte quelques fragments, il n'existe
plus qu’en une ancienne traduction latine. Une seconde
version latine, plus étendue que la premiere, a été trou-
vée par Dressel dans la bibliothèque du Vatican et pu-
bliée dans. son édition des Pères apostoliques. Quant au
texte grec récemment produit par le grec Simonides,
cet habile falsificateur de documents, et édité à Leipsig
par Dindorf et Anger, Tischendorf crut d’abord que ce
n’était qu’une traduction du latin provenant , sauf les ad-
ditions de Simonides, du quatorzième siècle. Ce texte a
été réimprimé dans l'édition des Pères apostoligues de
1 Rom., X1, 30, 36.
2 jren., Adv. hæres., lib. IV, c. xx; Clem. Alex., Strom., lib. I,
c. XVII et xxıx; lib.I,c. 1,1x et xu1; Tertull., De orat., c. xı1; De
pudic., c.x et xx; Orig., Hom. VIII in Num., Hom. in x Jos., et sæpe;
Euseb., Hist. eccl., lib. III, cap. ıı et xxv; Hieron., Catal., c. x;
cf, Gallandi, t. I, p. 51-58.
5
æ
70 MANUEL DE PATROLOGIE.
Doctrine contenue dans le Pasteur d’Hermas '.
4. En théologie, Hermas place en première ligne la
doctrine de l’unité de Dieu, qu'il accentue vivement :
« Je crois avant tout qu’il existe un Dieu qui a tout créé,
tout ordonné et tout tiré du néant. Il renferme tout en
lui-même et possède seul l’immensite de l'être; l'esprit
n’est pas plus capable de le comprendre que la parole
de le définir » (Mandat. I).
Il enseigne également la pluralité des personnes di-
vines. S'il dit dans la cinquième Similitude (cap. v) que
le Père a créé et achevé toutes choses, dans la neuvième
Similitude (cap. xu) il distingue nettement entre le Fils et
le Père : « Le Fils subsiste avant toutes les créatures, et
quand il s’agit de tirer le monde du néant, il assistait au
conseil de son Père.» C’est aussi la parole du Fils qui a
fondé l'Eglise, laquelle n’a qu’un esprit, qu’un corps,
qu'une couleur. Il l’a rachetée par ses souffrances, et
c'est pour cela que Dieu l’a exalté (Simzl. V, cap. vi).
Quant au Saint-Esprit, sa distinction d'avec le Père et
le Fils n'est pas aussi bien marquée, bien qu'il ne soit
pas difficile de la reconnaître. D’après la cinquième Simi-
litude, le Saint-Esprit serait associé aux conseils du Père
avec le Christ. Mais, lorsque l’auteur dit de « l’Esprit
saint » (Mand. X et Xl) et de « l'Esprit de Dieu, » qu'il
opère diversement dans les fidèles, qu’il leur donne la
conviction qu'une vertu divine aide l’homme à vaincre
le monde, il n’est pas croyable, comme le veut Mœhier
et d'autres avec lui, qu'il ait entendu désigner la troi-
sième personne de la sainte Trinité. D’autre part, ces
paroles que nous lisons dans la Similitude V, ce. v :
« Le Fils est le Saint-Esprit, » Filius autem Spiritus
sanclus est, ne tendent pas à confondre ces deux per-
1 Cf. Lumper, Historia critica, t. I; Dorner, de la Personne de
Jésus-Christ, 2° &d.; Kiküm, Doctrine dogm. et orthodoxie du
Pasteur, dans le Programme du collége Augustinianum de Gaesdonck.
LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 71
sonnes divines, ni à les représenter comme identiques;
ces termes designent simplement la nature divine du
Christ, de même que douX%, serviteur, désigne sa nature
humaine. Nous ignorons, du reste, si ce passage est
authentique, car il manque dans le manuscrit latin du
Vatican et dans le texte grec de Simonides; peut-être
n'est-il qu'une simple glose sur la Similitude V, e. va,
ou sur la Similitude IV, c. 1. Saint Paul lui-même em-
ploie le terme rvebux, « esprit, » dans le même sens
(Hebr., 1x, 14; Rom., 1, 4; I Tim., 1x, 16).
2. Sur la personne du Christ et sur son œuvre, Hermas
est exactement conforme aux textes de la Bible relatifs
à ce sujet. D'après ce qui a été dit plus haut (Similit. V
et IX), le Christ est vraiment Dieu, rveüua vo &yıov, aussi
bien que le Père, et vraiment homme, Goÿlo et cap,
comme il est dit avec plus de précision encore dans la
Similitude IX, c. xıı: « Le Fils de Dieu est la pierre
et la porte; la pierre est ancienne, parce que le Fils de
Dieu subsiste avant toute créature, et qu'il assistait aux
conseils de son Père lors de la création du monde; la
porte est récente, parce qu'on ne l’a vue que dans les
derniers temps, afin que ceux qui doivent être sauvés
entrent par cette porte dans le royaume de Dieu. »
Cette porte, comme on le voit, figure l'avènement de
Jésus-Christ en tant qu'homme. Dieu, en paraissant sur
la terre, se proposait « de souffrir pour effacer les péchés
des hommes, de leur montrer le chemin de la vie en
leur donnant la loi qu’il avait recue de son Père, et de
nous encourager par l'exemple d’une vie agréable à
Dieu » (Similit. V, c. vi).
3. De toutes les questions traitées dans le Pasteur, celle
de l’Anthropologie est la plus développée : l’auteur
l'examine sous toutes ses faces. Comme toutes les créa- -
tures en général, l'homme est sorti des mains de Dieu
pur et parfait, «afin de régner sur tout ce qui est ici-
bas » (Mandat. XII, c. ıv). Il pouvait par sa seule
72 WANTHL DE PATROLOGE.
ran. °t sans e sermurs Tune revelation divine. arrıver
a la onmaissanee de Dien par la contemplation de ses
œuvres; et à es paiens sont .iæmmés (Sumz.:k. IV). dest
paser mis n'aursnt pas vouin «onnaitre Dieu leur eres-
teur ı-f. Rom. 1. 19-21". L’anteur ne dit pas expresse-
ment que c'est :e peche oricmel qui a ravi à l'homme
sa perfertion native. mais ii 2 suppose : a Les hoummmes,
dit-il. ne ponvaient pas entrer dans le rovassse de Dieu,
avant d'avoir drpose dans l'ean baptismale la mortalité
de leur vie prerecente et recu le scean des enfamis de
Dieu » (Similit. X, e. xwm.
Hermas rappele, en differents endroits, que l'homme
jonit de la ‚iberte avant comme apres sa justifieation en
Jesus-Christ. Apres avoir dit (Mand. VI, e.w) qu'il a
été donné à l'homme deux anges qui se disputent l'em-
pire sur ini. — l'empire du bien et l'empire du mal, —
il exhorte son lerteur à résister au mauvais ange, qui le
tente par le mirage des plaisirs mauvais, et à se confier
aux avertissements de son bon ange, ainsi qu'à ses
bonnes envres, et à lui obeir. Ailleurs, il l'exhorte de
nmvean à ne pas craindre Dieu, mais seulement le
démon. « Si vous craignez Dieu, dit-il, vous dominerez
le démon, car il n’a aucun pouvoir.» Le démon pent
bien coinbattre, mais il ne saurait vaincre. « Si vous lui
resistez avec foi, il s’enfuira confondu » (Mand. XII,
e. v). La théorie de la prédestination, dont l'auteur
sorupe particulierement dans la Similitude VIIT,
€, VI, ne supprime pas la liberté de l’homme, et n'ex-
tint pas son concours. « Sachez, dit-il, que la bonté et
la miséricorde de Dieu est grande et digne de respect:
aux uns, le Seigneur a accordé la pénitence, parce qu'il
a prévu qu'ils auraient le cœur pur et le serviraient de
toutes leurs forces. Quant aux autres, dont il a reconnu
la duplicité et l'hypocrisie, il leur a fermé tout retour à
la pénitence, de peur qu’ils n’insultassent encore à sa
loi par d’horribles blasphèmes. »
LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 73
Mais tout en accordant que l’homme est libre, qu'il
déploie librement ses facultés, Hermas n'en reconnait
pas moins la nécessité d’un secours surnaturel, c’est-ä-
dire d’une grâce qui l’illumine, le sanctifie et le fortifie.
C'est Dieu, dit-il, qui est la cause première de notre
justification : « La miséricorde s’est répandue sur vous,
afin que vous soyez sanctifiés et purifiés de toute malice
et perversite » (Vis. III, c. 1x). « Je n’ai pu échapper
à la bête féroce (la persécution) que par la vertu de Dieu
et par sa miséricorde spéciale » (Vis. IV, c. n);, mais
cette grâce qui opère en lui la justice, il faut que
l’homme la sollicite : « Cessez de prier uniquement à
cause de vos péchés; priez aussi pour obtenir la justice
(la sainteté), afin que vous y participiez dans cette
maison » (Vis. III, c. 1). De là cette prière pleine de
confiance : « Seigneur, je suis fort dans tous vos com-
mandements, tant que vous êtes avec moi» (Mand. XII,
c. vi, sub fin.). La foi elle-même, c’est par la grâce
que nous l’obtenons : « Vous voyez donc bien que la foi
descend d’en haut et vient de Dieu » (Mandat. IX).
a Quand vous avez appris par la révélation divine qu'il
vous avait fait miséricorde et avait renouvelé votre
esprit, vous avez déposé vos faiblesses ; votre force s’est
accrue et vous avez été fortifiés dans la foi » (Vis. IIT,
c. xu). L’ange de la penitence est aussi envoyé pour
affermir dans la foi ceux qui font sincèrement pénitence
(Mandat. XII, c. vi). La pénitence est un don de la
grâce divine : « Le Seigneur a accordé la grâce de
la pénitence à ceux dont il a prévu qu'ils le servi-
raient de tout leur cœur et avec un esprit pur » (Simil.
VIII, ce. vi; cf. c. xu, et Simil. IX).
4. Parmi les sacrements, il n’y a que le baptème qui
soit envisage au point de vue special du caractere sacra-
mentel ; la pénitence et le mariage ne sont considérés
que sous leurs rapports pratiques.
Nous avons déjà donné une idée (n° 3) de l’importance
74 MANUEL DE PATROLOGIE.
et de l'efficacité qu'Hermas attribue au baptême. Le
baptème délivre de la mort et du péché, ouvre l'entrée
du royaume des cieux, imprime sur l’homme le sceau
et le nom du fils de Dieu. Les justes eux - mêmes
qui sont morts avant l'avènement de Jésus-Christ ne
pouvaient entrer en société avec lui que par le baptême.
« C’est par l'entremise des apôtres et des docteurs qu'ils
ont recu la vie et qu'ils ont connu le Fils de Dieu ; ils .
sont descendus morts dans le.tombeau, et ils en sont
sortis vivants pour entrer dans la construction de la
tour, c'est-à-dire de l'Eglise » (Simil. IX, c. xvi).
Mais quand les hommes qui ont été baptisés « oublient
les commandements du Dieu vivant, ils tombent dans les
plaisirs et les vains amusements, et sont corrompus par
l'ange de malice, les uns jusqu'à la mort, les autres
jusqu'à l’affaiblissement; les uns sont voués à une ruine
éternelle, les autres ne peuvent revenir à la vie que par
la pénitence. Quand ils se sont convertis, ils célèbrent
Dieu comme un juge équitable qui les a justement visités
et corrigés par les souffrances, autant qu'il était néces-
saire » (Simil. VI, cap. n et m). Une fois les péchés
complètement effacés par une vraie penitence, les peni-
tents sont de nouveau admis par des vierges (par les
esprits purs) dans l'édifice de l'Eglise, comme des
membres vivants (Simil. IX, c. x-xın). |
Contrairement au rigorisme de quelques maitres
d’alors, qui disaient que le péché ne pouvait être effacé
que par le baptême, et qu'après lui il n’y avait plus de
pénitence possible, l’ange de la pénitence déclare que
a personne, eüt-il même été séduit par le démon, ne
périra, s’il retourne au Seigneur son Dieu » (Simil. IX,
c. xxx1); les fidèles eux-mêmes recoivent la rémis-
sion des péchés par le pouvoir qu'il m'a transmis. Ils
ont donc encore un moyen de faire penitence; mais s'ils
pechent de nouveau (d’une manière grossière), la péni-
tence qu'ils feront ne leur servira plus de rien, car
LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 75
difficilement vivront-ils pour Dieu (Mandat. IV, c. in);
a la pénitence des justes a ses limites (Vis. II, c. un).
Persévérez donc dans votre résolution, afin que votre
semence ne soit point extirpée à jamais» fSimil. IX,
C. XXIV).
Dans le mariage, il faut garder la chasteté et n’ouvrir
son cœur à aucune pensée d’adultere ou de fornication.
Le lien matrimonial est indissoluble tant que les deux
époux demeurent en vie, même en cas d’adultère. Si la
partie coupable ne fait pas pénitence, la partie innocente
peut se séparer; mais elle doit rester dans le célibat,
autrement elle romprait elle-même le mariage (Mandat.
IV, c. 1). Quant au mariage après la mort du premier
époux, l’auteur enseigne, contrairement à un rigorisme
qui perçait à cette époque, que « celui qui le contracte
ne pèche point, mais que, s’il reste libre, il acquerra un
grand honneur devant Dieu » (Mandat. IV, c: 1v).
5. Ce qui caractérise le Pasteur, ce sont les exhor-
tations de plus en plus pressantes à pratiquer les-bonnes
œuvres, à tendre à la perfection chrétienne. Il recom-
mande avec de grandes instances la prière, le jeûne,
l'aumône, en général les œuvres de charité envers le
prochain, et le renoncement à soi-même. « Celui qui
observe les commandements vivra; » c’est là une vérité
qu’il ne cesse d’inculquer avec, une sorte d’emphase à
propos de chaque vertu. Il faut même poursuivre au
delà de ce qu’exigent les commandements : « Si vous
faites plus que ce que les commandements de Dieu de-
mandent de vous, vous arriverez à une dignité plus
haute, et vous serez plus honorés devant Dieu qu’aupara-
vant » (Simil. V, c. 11). La récompense du ciel sera
proportionnée aux mérites de la terre. « Ce que vous
aurez fait pour le nom du Seigneur, vous le retrouverez
dans votre patrie» (Simil. 1). La plus belle et la plus
haute récompense est réservée à ceux qui auront con-
serve l'innocence, « qui seront restés sans tromperie,
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pre Late A zreis’-Te esitte arıı T 1essa/oniciens ıv. 1-61.
set a taininence de la venue de Jesus-Christ: « La fin
arrivera des que la tour sera construite. et elle ne tar-
dera pas a l'étre (Vis. III, ec. vıu. sub fin.); mais elle sera
LES PÈRES APOSTOLIQUES. HERMAS. 71
précédée d’une calamite effroyable, figurée par une bête
terrible (cf. Matth., c. xxıv; II Thess., c. 11). Hermas est
chargé de l’annoncer aux élus, afin qu'ils se tiennent
prêts; que, pendant les jours qui leur restent, ils servent
Dieu avec un cœur pur et irréprochable (Vis. IV). Quant
à ceux qui ont péché, ils doivent faire une pénitence
sévère, afin qu'ils deviennent des pierres propres à être
employées à la tour que l’ange construit, avant que la
tour soit achevée ; car dès qu'elle le sera, quiconque n’y
sera pas encore placé sera rejeté (Vis. III, c. v, et
Simil. IX, c. xıv et xxvi). Viendra ensuite le jugement
de Dieu, suivi immédiatement de la fin du monde :
« Voilà que Dieu, qui a créé le monde avec une force
invisible et une haute sagesse, qui, dans sa toute-
puissance, a fondé sa sainte Eglise et qui l’a bénie, trans-
portera le ciel et les montagnes, aplanira toutes choses
devant les élus, afin que tout ce qu'il a promis dans la
joie s’accomplisse dans la gloire » (lis. 1, c. m). La
chair ressuscitera aussi : « Ne croyez pas ceux qui vous
disent que ce corps sera anéanti et qu'on peut en abuser
pour satisfaire de grossieres convoitises, en profanant
votre corps, vous profanez en même temps le Saint-
Esprit... Tout corps qui sera trouvé pur et sans tache
recevra sa récompense » (Simil. V,c. vi et vu). Ceux
qui auront subi victorieusement l'épreuve verront Dieu
éternellement; ils participeront à la joie et à la magni-
ficence du Christ et des anges (Simil. VIII, c. m; IX,
ec. xı etxxıx; V, c. u; Vis. IV, c. mi); mais ceux qui
se seront détournés du Dieu vivant et qui auront encouru
sa colère seront voués au feu et à la damnation éternels
(Vis. IH, c. vi et vu; Simil. IV, VI, c. u; VIII, c. vi.
D’après sa theorie de l’Eglise, figurée par une tour
dont les fideles sont les pierres et Jesus-Christ le fonde-
ment, et après ce que l’auteur dit de la penitence, il est
une autre pensée qui domine dans le Pasteur : cette
pensée, c'est que personne ne peut être véritablement
78 MANUEL DE PATROLOGIE.
justifié que dans l'Eglise et par l'Eglise. « Personne
n'arrive à Dieu sans passer par le Fils » (la Porte de
l'Eglise, IX, c. xn).
Pendant toute la période du moyen-âge on a considéré comme des
productions de l’ère apostolique et attribué à Denis, ce membre de
l’ar&opage dont il est parlé dans les Actes des apôtres, XVII, 34, les
célèbres ouvrages : des Noms divins (repli Gelwy évouérwv), de la
Hierarchie céleste (mıpl rüs iepapylas oùpavius x. r. %.), de la
Théologie mystique (nepi puoruxñs Beoloylas), et d'autres encore.
Aujourd’hui il n’est plus douteux que ces écrits remarquables et dont
l'influence a été si grande, datent seulement de la fin du cinquième
siècle. Nous en parlerons donc quand nous serons arrivés à cette
époque. Au surplus, ils n'ont absolument rien de cette simplicité
qui caractérise les Pères apostoliques.
La
LA LITTÉRATURE CHRETIENNE, DE 150 A 320.
6 20. Progrès de la littérature chrétienne quant au fond
et à la forme.
L'ère apostolique ne nous offre que de rares produt-
tions sous forme de lettres. Maintenant le champ de la
littérature chrétienne s’agrandit considérablement, soit
pour le fond des idées, soit pour la manière dont on
les a exprimées. La premiere impulsion lui vint des
attaques que les païens et les juifs dirigèrent contre le
christianisme ; la seconde, des hérésies à la fois si nom-
breuses et si diverses qui déchirèrent le sein même de
l'Eglise. Les attaques du dehors furent repoussées par
toute une phalange d’apologistes grecs et latins; celles
du dedans, par un nombre non moins imposant de polé-
mistes, qui se chargerent de venger la doctrine catho-
lique. Ce double effort donna naissance à la première
université chrétienne de philosophie et de théologie, à
l'école catéchétique d'Alexandrie, où l’on cultiva large-
ment, outre les études théologiques, l’exégèse et parti-
LES APOLOGISTES GRECS. 79
"itique biblique, occupée alors à fixer le
‘anoniques.
‘vec leur armée de martyrs, les
'ır des doctrines chrétiennes, la
manière de traiter ceux qui
« persécution, fournirent aussi
ue de nombreux et intéressants
des la fin du deuxième siècle, les deux
jus Félix et Tertullien preterent leur
littérature chrétienne, et avant eux déjà,
le sénateur Apollonius avaient écrit à Rome
ıestions religieuses.
‚eron., Catal., c. xxxıv et xLu; Euseb., Hist. eccl., lib. V,
. et XXIV.
CHAPITRE PREMIER.
LES APOLOGISTES GRECS.
Principale édition des apologistes grecs du deuxième siècle (Justin,
Tatien, Athénagore, Théophile et Hermias), par le bénédictin Pru-
dence Maran, Paris, 1742, in-fol.; Gallandi, Biblioth., t. I et II; Otto,
Corpus apolog. christ., ed. 2%, lenæ, 1847 et seq., 9 vol. Reproduit
en grande partie avec l’appareil littéraire dans Migne, ser. gr.,
t. VI.
Après la Lettre à Diognète, écrite par un des disciples
des apôtres, au rapport d’Eusebe et de saint Jérôme,
Quadrat, évêque d'Athènes, et Aristide, philosophe athe-
nien, adressèrent à l’empereur Adrien des écrits en
faveur du christianisme méconnu et persécuté. Des
écrits analogues furent présentés par Méliton, évêque
de Sardes, à l’empereur Antonin; par Miltiade et par
Apollinaire, évêque d’Hierapolis, en Phrygie, à l’empe-
reur Marc-Aurèle. Ces apologies, à part quelques frag-
ments, sont aujourd’hui perdues ; celle de Méliton a été
80 MANUEL DE PATROLOGIE.
publiée dernièrement en une version syriaquet, par
l'Anglais Cureton, et traduite en allemand par Welte ?.
Comme cette dernière, différente pour le fond comme
pour la forme du fragment qui se trouve dans Eusèbeï,
ne renferme que des idées générales sur la confusion
que les paiens faisaient du vrai Dieu et des créatures,
des avertissements à l’empereur de ne se point faire
illusion, et de reconnaître, lui et ses fils, le Dieu unique,
père de toutes choses, qui n’a point été créé, mais par
qui tout subsiste, afin que Dieu le reconnaisse aussi
dans l’autre vie, c’est à Justin que nous sommes obligés
de demander le premier modèle complet d'une apologie
chrétienne.
$S 21. Justin, philosophe et martyr (mort en 166).
Voir les Prolégomènes dans Maran, Gallandi et Otto, vol. I-V. Dans
Migne, série grecque, t. VI, Héfelé, dans l'Encyclopédie de la théol.
cath., éd. Gaume, Paris.
Justin, Grec de nation, naquit d’une famille paienne,
a Flavia Neapolis (l’ancienne Sichem, aujourd'hui
Nablus), vers l’an 100 après Jésus-Christ, et fut élevé
dans le paganisme. Poussé vers la philosophie par le
désir de s’instruire, ainsi qu’il le raconte dans son Dia-
logue avec le juif Tryphon, c. u-vi, il fréquenta succes-
sivement l’école d’un stoicien, d’un péripatéticien et
d'un pythagoricien, et crut enfin avoir trouvé dans
Platon la science véritable. Un jour qu’il se promenait
sur le rivage de la mer, plongé dans ses méditations
philosophiques, un vieillard entre en conversation avec
lui, lui parle de la nécessité d’une révélation divine,
des prophètes de l'Ancien Testament et de Jésus-Christ.
Cet entretien le détermina à de nouvelles recherches et
fut suivi de sa conversion au christianisme (de 133
à 137). Quoique baptisé, il garda cependant le manteau
1 Londres, 1855. — % Tubing. Quart.-Schr., 1869, p. 392-409. —
8 Hist., lib. IV, c. xxIu.
gi
LES APOLOGISTES GRECS. 8. JUSTIN. 8
"des philosophes, et sans être investi, à ce qu'il parait,
“+ aucune fonction ecclésiastique, il prit, dans ses paroles
et dans ses écrits, la défense du christianisme contre les
- païens, les juifs et les hérétiques. A Rome, il le défendit
contre Crescent le Cynique, et se consacra à l’enseigne-
: ment (Tatien fut son disciple) ; à Ephèse, il discuta avec
_ le juif Tryphon. Il termina sa vie, comme il l'avait
; pressenti, par la mort du martyre, et fut décapité, pro-
© bablement en l’année 166, sous le préfet Rusticus, avec
Ir.
‚Six autres chretiens.
ni
Iren., Adv. hæres., I, xxx1; Tertull., Adv. Val., c. v; Chron.
pasc., ed. Dindorf, 1, 482. Voir son martyrologe (authentique) dans
Maran, p. 585. Voir des détails sur lui dans Eusèbe, IV, xvi-XVuls;
saint Jérôme, Catal., c. xx; Photius, Bibl., cod. 125.
Ouvrages certainement authentiques de saint Justin.
1. Première apologie des chrétiens, à Antonin le Pieux,
. en soixante-huit chapitres. Son but est d'amener l’em-
‘ pereur à renoncer à la procédure inique suivie contre
les chrétiens et à la remplacer par une procédure régu-
‘ lière; de démontrer que les chrétiens ne sont point des
: malfaiteurs, et qu’il n’est pas permis de les mettre à
mort uniquement à cause de leur nom. Justin montre
combien sont futiles les accusations des païens lorsqu'ils
reprochent aux chrétiens d’être des athées et de se livrer
à la débauche dans leurs assemblées religieuses. Pour
les anéantir , il développe la morale de l'Evangile, et
prouve par les mœurs des chrétiens, surtout par leur
chasteté, qu’ils vivent conformément à ses préceptes.
« Quant à ceux, dit-il, dont la conduite n’est pas trouvée
conforme aux enseignements du Christ, ils ne sont pas
chrétiens, quoiqu'ils confessent de bouche sa doctrine »
(c. xvi). Après avoir exposé la doctrine des chrétiens,
Justin montre les vertus qu'ils pratiquent. « Plusieurs
personnes des deux sexes qui ont vécu soixante ou
soixante-dix ans, et qui dès leur enfance ont été élevées
6
82 MANUEL DE PATROLOGIE.
dans le christianisme, sont restées pures, et je me glo-—
rifie de pouvoir en montrer de telles dans toutes les
conditions humaines. Et que dirai-je de la foule innom-
brable de ceux qui se sont convertis de l’impurete et se
sont élevés jusqu'à ce niveau (c. xv)? Dieu nous a
avertis de travailler avec patience et douceur à ramener
tous les hommes du déshonneur et des mauvais désirs.
Nous pouvons prouver que nous l’avons fait sur un
grand nombre de ceux qui autrefois vous appartenaient
(c. xvi). Les chrétiens sont également de bons et
inoffensifs citoyens, occupés d’abord à payer les tributs
et les impôts (c. xvır). Mais le crime dont ils méritent le
moins d'être accusés, c'est celui d’atheisme ; au lieu
d’honorer de pretendues divinités, ils adorent le Père de
la vérité et de la justice, le Créateur de toutes choses,
aussi bien que son Fils et le Saint-Esprit. Cette véritable
manière d’adorer Dieu, c’est Jésus-Christ lui-même qui
nous l’a enseignée; c’est pour cela qu’il est né et a été
crucifié sous Ponce-Pilate. De là cette autre accusation
que les païens intentent aux chrétiens de placer à côté
du Dieu éternel, Père de toutes choses, un homme cru-
cifie ; mais ils ne comprennent point ce mystère » (c.xm).
Contrairement au christianisme qui a été annoncé par les
prophètes, le paganisme est une œuvre satanique, pleine
d’immoralite. Ce sont encore les démons qui, ennemis
de tout ce qu’il y a de bon dans l'univers, ont persécuté
le Christ etses sectateurs, y compris même les philosophes
païens. Saint Justin conclut en déclarant que, dans le
culte des chrétiens, il ne se pratique rien d’injuste ni
d’immoral, mais que tout se passe d'une facon pieuse
et sainte. Il en appelle précisément aux parties du culte
qui réunissent les plus grandes assemblées, comme le
baptême solennel des adultes et la célébration de l’eucha-
ristie.
A cette apologie se trouve annexé un décret d’Adrien
sur le traitement des chrétiens devant les tribunaux,
LES APOLOGISTES GRECS. 8. JUSTIN. 83
dont l’authenticité a été révoquée en doute sans raisons
suffisantes.
2. Deuxième apologie en faveur des chrétiens, adressée
au sénat romain, en quinze chapitres. Scaliger et Pape-
broche estiment que cette apologie servait d'introduction
à la première. Suivant eux, elle occupe la première
place dans les anciens manuscrits et dans l’édition prin-
ceps. Tillemont a prouvé que c'était une erreur. Grabe et
Boll ont prétendu que cette apologie, n’ayant ni titre ni
conclusion, était un appendice ou un fragment de la
première, d'autant plus que Justin y fait allusion par
trois fois, en se servant de la formule : « comme nous
l'avons dit.» Quoi qu’il en soit, il est certain qu'elle se
rattache à la première et qu'elle la complète, en ajoutant
aux griefs des païens un fait particulier qui venait de se
passer à Rome. Trois chrétiens avaient été injustement
condamnés à mort par le préfet Rusticus. Justin en prit
occasion pour montrer que les chrétiens n'étaient per-
sécutés que parce qu'ils enseignaient la vérité et prati-
quaient la vertu; lui-même ne s'attend à rien autre
chose qu’à se voir arracher la vie par ses ennemis et
surtout par Crescent, le philosophe cynique. Il répond
ensuite à ces questions des païens : Pourquoi ne vous
luez-vous pas vous-mêmes pour aller vers votre Dieu?
Pourquoi Dieu ne vous délivre-t-il pas de vos persécu-
teurs ? — La constance des premiers chrétiens, ajoute
Justin, prouve qu’ils possèdent la véritable vertu, qu'ils
aspirent sérieusement aux biens éternels et que leur
vie n’est pas ce que croient les païens. « Pour moi,
dit-il, lorsque, étant encore platonicien, je vis conduire les
Chrétiens à la mort et à tout ce qu’il y a d’affreux, je
reconnus qu'il était impossible qu’ils vécussent dans le
mal et dans les plaisirs sensuels » (c. xın).
Cette apologie, au dire d’'Eusèbe, fut présentée aux
empereurs Marc-Aurèle et Lucius Verus; elle aurait donc
été rédigée entre les années 181-166. D’autres auteurs,
84 MANTEL BE 24" OGE.
Neander et Semisch. et avant eux Valesies, la placent
sous le regne d'Antonin ke Piers Le langage de Justin,
dans l’une et l'autre apoiories. respire un courage digne
d’admiration.
3. Dialogue avec ie “u:° T-yphos. dvise en cent qus-
rante-deux chapitres. Ce diam est evidemment le
résultat d'une conference que : auteur eut à Ephèse avec
le juif Trvphon. apres ‘annee 139 de Jesus-Christ (d.
c. 1 et czx'. et qui dura deux jours entiers. Il y
examine le caraciere onhzabwre Ges lois ceremoniales
usitees chez les juifs nèamment de la circoncision, et
démontre quelles nobhïcent pas tons les hommes,
attendu quelles netaient çue iocaies et temporaires.
Les prescriptions de ja ki n'ont noïnt d'autre valeur que
de contribuer à la justice et a ia miete. Elles ne sont que
des figures de Jesus-Christ de ses doctrines. de ses actes
et de sa vie. « Pour mai. dit-il j'ai ln qu'il v aurait une
loi nouvelle et parfaite. une aliancæ plus solide que
toute autre alliance. et que tes les hammes qui sou-
pirent après l'henitage du Seigneur seraient tenus d'ob-
server » ıc. xı). Jesus Chrit a consommé l’ancienne
alliance. — il l'a supprimee. Examinant ensuite la per-
sonne de Jesus Chnst et san caractère messianique,
Justin établit que les propheties de l'Ancien Testament
se sont accomplies en lui et par lui. et qu’en adoptant
cette doctrine on n'adopte nullement les divinités fabu-
leuses du paganisme . puisque l'Ancien Testament lui-
même enseigne la pluralité des personnes divines. « Je
veux essayer de vous montrer qu'en dehors et au-dessous
du Créateur de l’univers, il existe encore un autre Dieu
et Seigneur, auquel on donne aussi le nom d'ange »
(ce. Lvi). Or, c’est précisément cette seconde divinité qui
est apparue en Jesus, né de la Vierge et mort sur la
croix ; car «le Pere de l’univers a voulu que son Christ
se chargeät, en vue du salut des hommes, de la malé-
diction de tous » (c. xcv). Justin déclare, en finissant,
LES APOLOGISTES GRECS. S. JUSTIN. 85
que « celui qui ne croit pas au Christ ne croit pas davan-
lage aux prédictions des prophètes qui le publient et
l'annoncent à tous les hommes » (c. cxxxVi).
Ouvrages douteux de saint Justin.
Ces ouvrages, qu’Eusebe et Photius attribuent à saint
Justin, sont :
1. Le Discours aux Grecs, comprenant cinq chapitres.
Ce petit écrit traite de l’absurdité et de l’immoralité de
h mythologie paienne, et invite les Grecs à la remplacer
par la religion des chrétiens, si pure et si sainte. Eusèbe
attribue à Justin deux autres discours aux Grecs, dont
le second aurait été aussi intitulé : "EXeyyoc; il lui donne
l première place. Ainsi s’evanouirait l’objection capitale
qu'on élève contre le Discours, à savoir qu'il n’y est
point question de la « nature des démons, » contraire-
ment à ce que dit Eusèbe. Les autres arguments apportés
par Otto contre leur authenticité, n’ont aucun fondement.
2. Discours moral aux Grecs, composé de trente-huit
chapitres. Cet écrit, dit Eusebe, « traite longuement la
plupart des matières qui font l’objet de nos recherches
et de celles des philosophes paiens, et il explique la na-
ture des démons ‘. » L’auteur y démontre que la vérité,
en ce qui concerne les dieux, ou les démons, comme dit
Eusébe, ne peut se trouver ni chez les poètes, ni chez les
philosophes paiens, car ils sont souvent en contradiction.
Beaucoup plus anciennes sont les sources où les chrétiens
puisent leurs doctrines, notamment les écrits de Moïse et
des prophètes : c'est à eux que les paiens ont emprunté
tout ce qu'ils ont su de vrai touchant la divinité. L'auteur
s'applique surtout à démontrer la doctrine de l'unité
divine, qu'il a trouvée dans Orphée, dans la Sibylle, dans
Homère, Sophocle, Pythagore et Platon (c. xıv-xxv).
4 11 est remarquable que ce passage, où il est parlé d’un écrit de
longue haleine, paxpdy xararelvas rdv Adyov, a toujours été jusqu'ici
attribué au petit discours en cinq chapitres adressé aux Grecs.
86 MANUEL DE PATROLOGIE.
Les Egyptiens et les traducteurs alexandrins de la Bible
avaient contribué à propager cette connaissance. Cette
idée se concilie parfaitement avec ce que nous savons de
la doctrine de Justin sur le Aöyos axepuurixéç, quoique cette
doctrine ne soit pas reproduite ici.
Les arguments contre l’authenticité de ce discours ne
sont pas sérieux. On a dit, entre autres choses, que les
chapitres v et vu contiennent des inexactitudes sur la
philosophie platonicienne, et qu’au chapitre vin l’auteur
attribue à Hermès une pensée de Platon contraire à
ce qui est dit au chapitre x de la seconde Apologie.
M. Héfelé, qui a développé les plus importants de ces
arguments, ne les croit pas décisifs {.
3. Un autre ouvrage, analogue pour le fond, est inti-
tulé : De la Monarchie, en six chapitres. Après une
remarque sur l'origine de l’idolätrie, l’auteur essaie de
démontrer, avec des textes souvent interpolés ?, que les
plus grands poètes et philosophes païens ont enseigné le
monotheisme, et qu’ainsi la doctrine de l’unité et de
l'immutabilité de Dieu est la seule admissible. Comme il
est rapporté dans Eusèbe que, dans cet écrit, Justin a
démontré l'unité de Dieu à l’aide des auteurs paiens et
de la Bible et qu'on ne trouve ici aucun texte biblique,
on en a conclu que ces six chapitres n'étaient qu'un
fragment de l’œuvre originale, d’autant plus que l’éten-
due de l'ouvrage ne répondait pas à l'importance du
sujet.
Ouvrages perdus de saint Justin.
Ce sont : 1. un traité du Psautier, 2. sur l’Ame, 3. un
Aperçu sur toutes les Hérésies, dont il parle lui-même au
chapitre xxvı de sa première Apologie®. Il est possible
i Voir Dictionn. encyclop. de la theol. cath., Ed. Gaume.
° I] y avait déjà à cette époque divers ouvrages émanés de juifs
alexandrins, où l’on faisait professer l'unité de Dieu au plus grand
nombre possible de philosophes et de poètes paiens.
3 Cf. Iren., lib. IV, cap. xiv.
/
LES APOLOGISTES GRECS. 8. JUSTIN. 87
que le beau fragment sur la résurrection, en dix cha-
pitres, que saint Jean Damascène nous a conservé sous
forme de parallèles, soit tiré de cet Aperçu.
Le récit, élevé en plusieurs endroits, ne dépasse pas,
en somme, le ton de la conversation familière. Le style
est souvent incorrect et diffus. L’auteur n'a pas mis à
profit sa vaste connaissance des classes paiennes. Il n’est
pas moins vrai que Justin a fait faire à la littérature
chrétienne un progrès sensible, étonnant même, soit par
l'étendue de ses écrits, soit par les doctrines qu'il y
soutient, soit par l'originalité de ses vues.
Doctrines et opinions particulières de saint Justin.
4. Dieu : « Ce titre n’est pas un vain nom, c'est
l'image gravée dans la nature humaine d’un être indé-
finissable, » fupuroc doku 2.
2. Quand on traite de la sainte Trinité, il est néces-
saire de sortir des limites ordinaires de la discipline de
l’arcane : « Quel homme raisonnable oserait dire que
nous sommes des athées? C’est pour enseigner la véri-
table manière d’honorer Dieu que Jésus-Christ est né,
qu'il a été crucifié sous Ponce-Pilate; c’est lui qui nous
a appris qu'il est le vrai Fils de Dieu. Nous l'honorons
en seconde ligne, &v Geutépæ ywpa, et l'Esprit prophé-
tique en troisième ligne, » &v zolın r@e:5. Saint Justin
enseigne également, en termes précis, la distinction
personnelle du Verbe et du Père, Erepos 6edç".
1 Sont certainement apocryphes : Epistola ad Zenum et Serenam ;
Expositio rectæ confessionis (après le concile de Nicée); Responsio-
nes ad orthodoxos (après le concile de Constantinople); Quæstiones
christianæ ad Græcos, et Quæstiones græcæ ad christianos, où il est
dejà parlé des manichéens ; Quorumdam Aristotelis dogmatum con-
futatio, ignoré de tous les anciens.
2 ]Ie Apol., c. vi. Ici, de même que dans les chapitres LxI et Lx
de la fre Apologie, il ne cite point les anges à côté de la Trinité,
comme au chapitre vi, /re Apologie; d'où l’ont peut conclure qu'il D a
pas voulu les égaler aux trois personnes divines.
8 Jre Apol., c. x111. — ® Dial., c. LV.
88 MANUEL DE PATROLOGIE.
Il est moins explicite sur les relations du Verbe et du
Père avant et après la création du monde; car il
semble croire qu'il fut engendré une seconde fois lors
de la création *. En tout cas, cette seconde génération,
trop vaguement caractérisée, ne doit point s'entendre
dans le sens du Adyoc rpopopıxd; de Philon, expression
qui n’est pas, du reste, employée par Justin ®.
3. La doctrine du Aoyos oxepuatuxéc est particulière
à saint Justin. Suivant cette doctrine, le monde, avant
Jésus-Christ, n’était pas dépourvu de toute connaissance
de la vérité, puisque saint Jean enseigne que le Verbe
divin a lui dans les ténèbres et y a répandu des semences
de vérité. Ces semences sont éparses dans la philosophie
des paiens et plus encore dans la loi des juifs. C’est le
Verbe qui les a répandues. De là cette haute estime que
Justin professe pour la philosophie, surtout pour la
philosophie platonicienne, sans me&connaitre combien
elle diffère du christianisme, et combien celui-ci l’em-
porte sur toute. doctrine humaine. Cette connaissance
partielle de la vérité divine a rapproché du christianisme,
d’une manière pour ainsi dire invisible, les meilleurs
d’entre les paiens : « Tous les hommes qui vivent avec
le Verbe ou en conformité avec le Verbe, sont chrétiens,
quoiqu’on les ait pris pour des paiens; tels furent chez
les Grecs Socrate et Héraclite » 5.
‘À. Sur la création Justin pense que Dieu a d’abord tiré
du néant une matière informe, qu’il a ensuite ordonnée,
crealio prima et secunda®. Les hommes sont le dernier
ouvrage de la création visible”? et la Providence divine
s’exerce par l'intermédiaire des anges ®.
5. En anthropologie, Justin est dichotomiste. Sous le
nom de troisième principe, « l'esprit, » il entend proba-
1 Dial., c. Lx. — Ile Apol., c. vi. — 8 Cf. Schwane, Hist. des
dogm., vol. I, p. 94 et suiv. — ® Ire Apol., c. x; Dial., c. 1 et ll. —
8 Jre Apol., c. xLvI. — ® Cohort., c. xxx. —T Dial, c. vV. —
à JJe Apol., c. v.
LES APOLOGISTES GRECS. 8. JUSTIN. 89
blement la vie de la grâce ‘. Il exalte tellement la li-
berté morale, qu'on a voulu l’accuser de pélagianisme.
Quant à l’immortalité de l’äme, elle n’est, selon lui, qu'un
don particulier de Dieu, ce n’est point une qualité essen-
tielle de l’âme ?.
6. Sur le péché originel, saint Justin n’a point l’occa-
sion de se prononcer, sinon peut-être dans ce passage,
dont le sens est controversé : « Il (Jésus-Christ) s’est as-
sujetti à la naissance et au crucifiement, non parce qu'il
y était forcé, mais à cause de la race humaine, vouée
depuis Adam à la mort et à la tromperie du serpent,
sans parler (rap&) de la dette que chacun contratte en
péchant personnellement ® » (Dial., c. LxxxvIn).
7. Sur la Rédemption, Justin enseigne que Dieu sauve
par Jésus-Christ « tous ceux qui font des actes dignes de
malédiction *. » Le Christ ou Messie est le « Dieu humi-
lié 5, » et sa mort est le « mystère du salut. On nous a
annoncé que le Christ est roi, prêtre, Dieu, Seigneur,
envoyé, homme, qu'il est né comme un enfant, et que
c’est seulement alors qu'il a été assujetti aux souffrances;
qu'il est ensuite retourné au ciel, qu'il reviendra entouré
de majesté, et qu'il possède un royaume éternel 7.» Et
ailleurs : « Un seul est frappé, et tous sont güeris; le juste
est déshonoré, et les criminels sont rétablis dans leur
honneur. Cet innocent subit ce qu'il ne doit pas, et il ac-
quitte tous les pécheurs de ce qu'ils doivent. Car qu’est-
ce qui pouvait mieux couvrir nos péchés que sa justice?
Comment pouvait être mieux expiée la rébellion des ser-
viteurs que par l’obéissance du Fils? L’iniquite de plu-
1 De resurr., c. x. Cf. Schwane, Hist. des dogm., t. I, p. 412. —
3 Dial., c. vi.
® „AN? Umip roù yévous Tod roy Aydpmrwv, à and roü Ad Ünd
bavaroy xal mikynv ray To peus érenroxe, map ray lölay alrlav
éxkarou a)Tay moynpsuvaausvou. Si, comme on peut le faire, on tra-
duit rapà par « à cause, » l’allusion au péché originel disparaît.
Dial., c. XCIV. — 8 Jbid., c. Lxvii. — 6 Jbid., e. LXxIV. — ? Ibid.
c. XXXIV.
90 MANUEL DE PATROLOGIE.
sieurs est cachée dans un seul juste, et la justice d’un
seul fait que plusieurs sont justifiés {. »
8. Touchant la nécessité de la grâce, saint Justin s’ex-
prime ainsi : « Si nous avons été créés dans le commen-
cement, cela ne dépendait point de nous. Mais que nous
fassions ce qui lui plait en employant les forces spiri-
tuelles qu'il nous donne, c’est ce qu'il nous persuade et
nous induit à croire. Et nous croyons de tous les hommes
que non-seulement ils ne sont pas empèchés d’embrasser
(la foi), mais qu’ils y sont conduits. »
9. Avec Papias, saint Justin partage les opinions des
millénaires. Voici comment il s’est exprimé dans le Dia-
logue avec Tryphon : «Je vous ai déjà déclaré que je
croyais avec plusieurs autres que la chose arriverait en
cette manière qui est connue parmi vous, mais qu'il y
en avait plusieurs, de la pure et religieuse doctrine des
chréliens, qui n'étaient pas de ce sentiment. » Il croyait
donc que ce sentiment qu'il partageait avec plusieurs
chrétiens, était tenu pour indifférent dans l'Eglise ?.
40. En matière de culte, Justin sortant des étroites
limites de la discipline de l’arcane, traite du baptême, du
culte et de ’Eucharistie avec plus de details que tous ses
devanciers.
Sur le baptöme:: « Ceux qui sont persuadés de la vé-
rite de notre doctrine et qui promettent d’y conformer
leur vie, nous leur apprenons à prier, à jeüner et à de-
mander à Dieu la rémission de leurs fautes passées. En-
suite, nous les amenons où est l’eau , et ils sont régéné-
res comme nous l’avons été nous-mêmes ; car ils sont
lavés dans cette eau au nom du Seigneur Dieu, père de
toutes choses, et de notre Sauveur Jésus-Christ et du
Saint-Esprit 8, »
« Les prières achevées, nous nous saluons par le baiser,
et on présente à celui qui préside aux frères du pain el
1 Epist. ad Diog. (Cit. du trad.) — 2 Cit. du trad. — 8 fre Apol.,
C. LXI; cf. LXII et LXIV,
LES APOLOGISTES GRECS. S. JUSTIN. 9
une coupe de vin et d’eau. Il les prend , donne louange
et gloire au Père par le nom du Fils et du Saint-Esprit,
et lui fait une longue action de grâces, que tout le peuple
ratifie en disant : Amen. Ceux que nous nommons diacres
distribuent ensuite à chaque assistant le pain, le vin et
l'eau consacrés par l’action de grâces, et en portent aux
absents. » Cela a lieu le jour du soleil (le dimanche), et
après que le lecteur alu les écrits des prophètes et des
apôtres, auxquels le président. rattache une exhorta-
tion !. » "
Nul ne peut participer à cette nourriture (eucharis-
tique), s’il ne croit la vérité de notre doctrine, s’il n’a été
lavé pour la rémission des péchés et la régénération, et
s'il ne conforme sa vie aux enseignements du Christ.
Car nous ne les prenons pas comme un pain commun ni
comme un breuvage ordinaire; mais de même qu'en
vertu de la parole de Dieu, Jésus-Christ incarné a pris
la chair et le sang pour notre salut; de même nous
savons que cette nourriture qui, suivant le cours ordi-
naire, deviendrait notre chair et notre sang, étant con-
sacrée par la prière qui vient de lui, est la chair et le
sang de Jésus incarné. Car les apôtres, dans les me-
moires qu'ils ont rédigés sous le nom d’evangiles, nous
ont transmis que Jésus leur avait commandé ainsi,
lorsque prenant du pain et rendant grâces, il dit : « Faites
ceci en mémoire de moi; ceci est mon corps, » et que pre-
nant de même le calice, il rendit grâces et dit: « Ceci est
mon sang ; et que c'était à eux seuls qu'était donné ce
pouvoir ?. »
Saint Justin mettait d'autant plus de zèle à défendre
la nouvelle doctrine, qu'il en avait ressenti lui-même les
salutaires effets. « Nous aimions autrefois la débauche,
aujourd’hui la pureté seule fait toutes nos délices. Nous
qui employions les arts magiques, nous nous abandon-
nons uniquement à la bonté de Dieu. Nous cherchions
1Jre Apol., c. LXVII, — 3 Ibid., c. LXVI.
92 MANUEL DE PATROLOGIE.
surtout les moyens de nous enrichir, et nous mettons
nos biens en commun pour les partager avec l’indigent.
Nous nous haïssions jusqu’à la mort, nous suivions nos
coutumes de ne manger qu'avec nos compatriotes ; de-
‘ puis la venue du Christ nous vivons familierement en-
semble et prions pour nos ennemis. Ceux qui nous per-
sécutent, nous tâchons de les convertir, afin que, vivant
selon les préceptes du Christ, ils espèrent du Dieu sou-
verain les mêmes récompenses que nous. »
Cf. l'abbé Freppel, Apologistes chrétiens du onzième siècle, 1re part.
Saint Justin, 1 vol. in-8°. Semisch, Justin le Martyr, Bresl., 1840;
l'article Justin, dans l’Encyclop. de Ersch et Gruber. Bahringer,
Hist. de l’Eglise en biographies.
$ 22. Tatien l’Assyrien (vers l'an 170).
Voir les Prolégomènes de Maran, Gallandi et Otto (t. VI); l'article
Tatien dans l’Encyclopédie de la théologie cath., édit. Gaume.
Tatien naquit en Assyrie vers l'an 130, et fut élevé
dans le paganisme. Il fit de grands voyages, et dans
tous les pays qu'il parcourut il chercha à connaître les
doctrines religieuses et les mystères qui y étaient ré-
pandus. Quoique né barbare, il ne dedaigna point d’etu-
dier la science des Grecs et de se l’approprier. Cependant
leur philosophie, leur poésie et leur rhétorique ne le
satisfirent point complètement : le culte immoral et
absurde des païens, l'ambition et la cupidité des philo-
sophes et des rhéteurs lui inspirèrent même du dégoût.
Telles étaient ses dispositions lorsque les saintes Ecri-
tures des chrétiens tombèrent entre ses mains; il reconnul
bientôt qu’elles contenaient la vérité où il aspirait. Dis-
ciple à Rome de saint Justin, il travailla dans le même
ordre d'idées, ce qui lui attira la haine de Crescent, le
philosophe cynique, et l’obligea à quitter la ville, afin
de ne point devenir, comme Justin, victime de son ressel-
1 [re Apol., C. XIV.
N
u ra
PLEASE Reregg 7,
| ax READING Boa ISTES GRECS. TATIEN. 93
On;
ons u
éjour à Rome, il avait eu pour
anisme par esprit d’orgueil, il
ous le règne de Marc-Aurele, une
ut en adoptant la doctrine des
alentin, professait des principes
m et le mariage. Ses sectateurs
s, encratites, hydroparastates {.
nombreux écrits sont perdus,
raité des Animaux, qu'il men-
> son Discours, c. XV; 2. un
où il explique certains points
deritures? ; 3. Ilept oo xurd vèv
l'Harmonie des Evangiles, où ses
lui ont fait omettre la généalogie
qui concérne son origine et sa
t ouvrage, malgré son caractère
eulement répandu chez les tatia-
»z les orthodoxes, et Theodoret,
ait encore obligé, au cinquième
» ses églises et de le remplacer
1: À
& lui le Discours contre les Grecs,
Pitres , écrit vers 170, avant son
ie le paganisme beaucoup plus
Justin; il n’y voit rien que de
Sage est aussi tres-agressif. La
est indiquee dans ce passage de
avoir connu Dieu et ses œuvres,
tre compte de mes principes, sans
@uilte du vrai Dieu. »
=> C. XVI, XXIX, XXXV, XLII; Hippolyt.,
=, H.E.1IV,xvi, xxVI; V, x; Iren.,
> Her., xLvI; Clem. Alex., Strom., IIl,
21; Catal., c. XXIX.
> ©. Xi. — ®Clem, Alex., Strom., LI,
98 MANUEL DE PATROLOGIE.
cette doctrine était deraisonnable. Ils honorent encore le
Fils et le Saint-Esprit, puis les anges eux-mêmes, mais
seulement comme des ministres de Dieu (c. rv-xi).
«a Quand plusieurs de vos philosophes et de vos poetes,
poussés par un besoin irrésistible, ont fait des recherches
sur la divinité sans tomber d'accord sur la vérité,
lorsque Platon a affirmé que le Créateur était un Dieu
non engendré, ces philosophes n'ont point passé pour
des athées. Pour nous, au contraire, on ne laisse pas de
nous appeler ainsi, quoique notre doctrine ait pour
garant le témoignage des prophètes, par qui le Saint-
Esprit a parlé. « Serions-nous soucieux de notre perfec-
tion morale si nous ne croyions pas que Dieu est le
maître du genre humain » (c. xn)? La principale cause
pour laquelle on accuse les chrétiens d’atheisme, c’est
qu'ils n’offrent point de sacrifices d'animaux. Mais il y a
quantité de paiens qui n’en offrent pas non plus. Du
reste, le Créateur et le père de l’univers n’a pas plus
besoin du sang et de la graisse des animaux qu'il n'a
besoin de fleurs et de parfums (c. xım-xvir). Quant à
cette objection, que le culte des idoles se rapporte aux
dieux eux-mêmes, voici comment Athénagore y répond :
D'après les théogonies, les dieux ne sont nés qu'après
coup; par conséquent leur théologie tout entière, et plus
encore cette opinion qu'ils étaient revêtus d'une forme
humaine, n’ont aucun fondement ; de là vient qu'on s'est
réfugié dans l'interprétation allegorique et physique
(c. xvin-xxni). Il faut donc attribuer aux démons les
effets merveilleux que produisent quelquefois les statues
des dieux (c. xxın-xxvu). D’autre part, les divinités
paiennes ne sont que des hommes divinisés (c. xxvin-
XXX). >
Les deux autres accusations sont déjà réfutées par la
seule croyance des chrétiens à une vie future et au juge-
ment qu'ils subiront devant un Dieu qui sait tout. Les
chrétiens détestent déjà comme criminelle la seule mau-
LES APOLOGISTES GRECS. ATHENAGORE. 99
vaise pensée ; ils tiennent le mariage pour sacré. «Vous
trouverez parmi nous quantité de personnes des deux
sexes qui, dans l'espérance d’être unies plus étroitement
à Dieu, vieillissent dans le célibat » (c. xxxın). Nos
esclaves , sachant que nous ne pouvons pas même
souffrir la vue d’un homme tué injustement, ne nous
accuseront jamais de tuer et de manger des hommes.
« Persuadés qu’il y a peu de différence entre regarder
un meurtre et le commettre, nous avons renoncé aux
spectacles des gladiateurs» (c. xxxv). Athénagore fait
une belle peinture de la moralité des fidèles lorsqu'il
ose déclarer que, jusqu'ici, « jamais chrétien n’a été
convaincu d’un crime, » et « qu’un chrétien ne saurait
être criminel sans mentir à l'Evangile » (c. xu). Il ter-
mine en adjurant les empereurs de jeter un regard favo-
rable sur les chrétiens, d'autant plus dignes de leurs
bonnes grâces qu'ils prient sans cesse pour la prospé-
rite de l’empire.
Athenagore se place constamment sur le terrain de ses
adversaires et se plait à les réfuter par leurs propres
principes. Son écrit se distingue par la beauté de
l'ordonnance, par la modération, le calme et la fran-
chise.
Dans son ouvrage sur la Résurrection des morts, il ré-
fute les objections élevées contre cette doctrine. Dieu
élant la cause de tout ce qui existe, ces objections
peuvent se résumer ainsi : ou Dieu ne peut pas ressus-
citer les morts, ou il n’en a pas la volonté. La première
supposition est un non-sens; la seconde est gratuite,
car une telle volonté n'implique rien qui soit injuste ou
indigne de Dieu (c. ı-x). Il passe ensuite aux preuves
directes : 4. l’homme ayant été créé en vue de Dieu et
pour contempler à jamais ses divines perfections, ne
saurait périr tout entier: 2. la nature de l'homme, com-
posé d’un corps et d’une âme, demande que son corps,
détruit par la mort, soit rétabli; la résurrection des
100 MANUEL DE PATROLOGIE.
morts a, du reste, de nombreuses analogies dans la
nature extérieure. Dieu étant juste, il n’est pas conve-
nable que l’âme seule soit récompensée ou punie dans
l'autre monde, puisque le corps a participé à toutes ses
actions, bonnes ou mauvaises. Enfin le but suprême de
l'homme n'est ni l’apathie ni les plaisirs sensibles; il
consiste à contempler, dans une autre vie, l’Etre par
excellence et à se réjouir à jamais dans sa loi. Or, ce but
exige que l’homme soit restauré dans la plénitude de sa
nature.
Doctrine et vues particulières d’Athénagore.
4. Dans ces deux traités, Athénagore se rapproche
souvent de saint Justin, surtout par son appréciation
modéré du paganisme, où il trouve aussi des semences
du Verbe divin : « Vos philosophes qui ont recherché les
principes des choses s'accordent tous, à leur insu, à
reconnaître l'unité de Dieu... Vos poètes et vos philo-
“ sophes n’ont que des conjectures et se contredisent,
parce qu’au lieu de demander la connaissance de
Dieu à Dieu même, chacun a voulu la trouver en
soi. Nous, au contraire, outre les raisonnements qui
ne produisent qu'une persuasion humaine, nous avons
pour garants de nos idées et de nos croyances les
prophètes, qui ont parlé de Dieu et des choses divines
par l'Esprit divin» (Suppl., c. vu).
2. En repoussant l’accusation d’athéisme, Athénagore
développe longuement la preuve rationelle de l'existence
et de l’unite de Dieu (c. vi et 1x), puis il s’ecrie : « J’ai
donc suffisamment prouvé que nous ne sommes point des
athées, nous qui reconnaissons un Dieu incréé, éternel,
indivisible, impassible, incompréhensible et immense. Il
y a plus : nous honorons un Fils de Dieu; mais non à
la manière des dieux ridicules de la mythologie; le Fils
de Dieu est le Verbe du Père en idée et en efficacité, car
eo |
- LES APOLOGISTES GRECS. ATHENAGORE. 101
tout a ete fait par lui et sur son modele; parce que le
Père et le Fils sont un.»
Quant au Saint-Esprit, qui agit dans les hommes
inspirés, nous disons qu'il est une émanation de Dieu,
et qu'en découlant de lui il retourne à lui par reflection,
comme le rayon du soleil. « Qui ne sera donc étonné
qu'on nous fasse passer pour athées, nous qui recon-
naissons Dieu le Pere, Dieu le Fils et le Saint-Esprit,
nous qui voyons dans leur unité la puissance, et dans
leur ordre la distinction » (c. x).
On reconnait de suite à ce langage avec quel soin
Athénagore recherche les meilleures expressions pour
établir la doctrine de la’sainte Trinité, et combien il est
plus heureux que Tatien. Pourtant, il y avait à parler de
l'union substantielle du Fils avec le Père un danger
sérieux auquel il n’a pas complètement échappé : c'était
de considérer le Fils comme un simple attribut du Père,
et le Saint-Esprit comme une émanation de Dieu. Athé-
nagore comprend très-bien, du reste, l'insuffisance de
ses spéculations, et n'attend que de la vie future la
connaissance parfaite de ce mystère : « On nous croit
pieux (contrairement aux épicuriens) quand nous faisons
peu d'estime de cette vie, et que nous aspirons à la vie
future uniquement pour connaitre Dieu et son Verbe et
la manière dont le Fils est uni au Père, pour savoir ce
que c’est que l’Esprit, quelle est la nature de leur union
et en quoi ils different » (c. xın). |
3. En repoussant l'accusation d’athéisme, l’auteur, à
l'exemple de saint Justin, parle des anges en même
temps que de la Trinité. « Nous savons aussi que Dieu
a créé une légion d’anges et de ministres que le Créateur
et l’ordonnateur de l’univers a distribués et ordonnés par
son Verbe, pour maintenir l'harmonie des éléments dans
le ciel, et dans le monde, et dans ce qui s’y trouve» (c. x).
Toutefois l’auteur n’entend pas confondre Dieu avec les
créatures, car il enseigne ailleurs que Dieu a créé les
10% MANUEL DE PATROLOGIE.
anges afin qu'ils veillent sur toutes choses; qu'ils
peuvent, comme l'homme, tomber dans le péché, chose
impossible à Dieu, comme il est arrivé à quelques-uns
.qui sont devenus des démons (c. xxrv, xxv).
4. C’est à tort qu'on a accusé Athenagore de monta-
nisme : l'expression exagérée d’adultere honnête dont il
se sert pour qualifier les secondes noces (srpemhe proryela,
c. xxx), s'explique par le désir de repousser énergique-
ment le crime affreux de l'inceste dont on chargeait les
chrétiens. Un vrai montanisme aurait appelé les secondes
noces un véritable adultere, aloyp& porysla #.
B. Si l'essai sur la Résurrection des corps n'est pas
également réussi dans toutes ses parties, il n'en est
pas moins une des plus remarquables expositions de ce
dogme si souvent attaqué.
6. Athénagore est heureux de montrer les merveilleux
effets que le christianisme exerce sur la vie humaine,
où il se révèle, non par des paroles mais par les œuvres.
«On trouve parmi nous, dit-il, un grand nombre de
personnes qui vieillissent dans le célibat, parce qu'elles
_ espèrent être unies à Dieu d’une façon plus étroite. Si
donc nous sommes persuadés que l’état de virginité
nous unit plus intimement à Dieu, et que les mauvaises
pensées et les mauvais désirs nous en éloignent, combien
plus doit-on croire que nous évitons de faire ce dont
l’idée seule nous effraie » (Legatio, c. xxxm). .
“ Cf. Kuhn, Dogmatique, 2° vol., De la Trinité.
S 24. Théophile d’Antioehe (mort en 181).
Voir les Prolégomènes de Maran et d'Otto (t. VIII), et la Synopsis
supputationis temporum de Gallandi, t. Il, p. xvi.
Théophile, élevé aussi dans le paganisme, parvint à
la connaissance du christianisme et à la foi par la lec-
ture fortuite des écrits des prophètes. Sixième évêque
4 Cf. Maran, Prolégom., c. xıv, et Héfelé, p. 78.
LES APOLOGISTES GRECS. THÉOPHILE D ANTIOCHE. 103
d’Antioche, il succéda à Eros, probablement en 468.
Evêque, il eut de grands combats à soutenir contre les
gnostiques ; il écrivit contre Marcion et contre Hermo-
gene; mais ces deux livres, de même que les Catéchèses,
sont perdus. D’autres écrits, tels que : la Genèse du
monde, des commentaires sur les Evangiles et sur les
Proverbes de Salomon, une harmonie sur,les Evangiles,
ne paraissent pas être de lui. Il mourut sous l’empereur
Commode, en 181, si nous en croyons Nicéphore #.
Ses trois livres & Autolyque, composés au commen-
cement du règne de Commode, en 180, furent plusieurs
fois interrompus. Ils durent leur origine aux observa-
tions moqueuses qu’un paien nommé Autolyque, person-
nellement connu de l’évêque, s'était permis de faire sur
la doctrine des chrétiens à propos de Dieu et de la
résurrection.
Dieu, dit Théophile dans le premier livre, ne peut être
vu des yeux du corps, ni décrit quant à sa forme ; mais
nous pouvons, si notre œil spirituel est pur, le voir par
ses œuvres, par la manière dont il dirige le monde;
nous pouvons le voir aussi dans l’autre monde ( c. ıı-
vu). « De même qu'on ne peut voir la figure de l’homme
dans un miroir couvert de rouille, ainsi l’homme ne
saurait voir Dieu quand le péché est en lui» (c.ı).
Sur la résurrection, Théophile invoque le témoignage
du Dieu qui nous a créés, et signale les analogies que ce
dogme rencontre au sein de la nature et jusque dans les
fables des paiens. « Quoi! s’écrie-t-il, vous croyez que
des idoles faites de main d'hommes sont des dieux et
opèrent des prodiges, et vous douteriez que Dieu votre
Créateur ait le pouvoir de vous rappeler à la vie »
(ce. vm)? Certain de l’avenir par le passe et le présent,
je crois et j’obéis à Dieu. Obéissez-lui et ne soyez point
incrédule , de peur que, incrédule maintenant, vous ne
1 Voir des détails sur lui dans son livre Ad Autol., 1, xv1; 11, XXVIN;
Euseb., IV, 1x, xx, xxıv; Hieron., Catal., c. xxv, et Epist. ad Algas.
106 MANUEL DE PATROLOGIE.
connaissance précise et suffisante. « Le Père et le créa-
teur de l'univers n’a pas délaissé le genre humain, mais
il Jui a donné la loi, il lui a envoyé les prophètes pour
l'instruire, afin que chacun renträt en soi-même et ne
reconnût qu'un seul Dieu » (liv. II, c. xxxıv). Voilà le
Dieu qu’il faut croire.
2. Comme la foi des chrétiens en un Dieu invisible et
à la résurrection des morts paraissait choquer Auto-
lyque, Théophile lui répond que la foi n’est pas particu-
lière aux chrétiens, mais qu’elle est la base de tout,
dans la vie commune comme dans la science : « Pour-
quoi ne voulez-vous donc pas croire ? Ne savez-vous pas
que dans toutes les affaires humaines on commence par
la foi? Le laboureur confie sa semence à la terre; il ne
moissonnerait rien s’il ne semait pas de confiance. Le
malade ne peut être guéri qu’en croyant au médecin ; le
disciple ne peut s’instruire qu’en donnant sa confiance à
un maître » (liv. I, c. vnr).
3. Dieu , en soi, est caché ; il ne peut ni être renfermé
dans une image, ni concu par l'esprit, ni vu des yeux
du corps. Les termes de lumière, puissance, providence,
souveraineté, Seigneur, n’expriment pas son essence.
‚ependant il nous a été manifesté par son Fils. Théo-
phile, tout en se rattachant à saint Jean, 1, 1-3, dans
son explication des rapports du Père et du Fils, se rap-
proche beaucoup des idées de Philon sur le Aoyog évôtaferos
et rpopogıxös, du Dieu caché et révélé, comme lui-même
s'exprime. Sans être toujours parfaitement clair quand il
traite de la personne du Saint-Esprit, cependant il la
distingue nettement du Père et du Fils, sous le nom de
Sagesse : « Dieu a engendré avec la sagesse le Verbe ca-
ché en lui, en le produisant hors de son sein avant la
création de l'univers. Lors de la creation du monde, les
prophètes n’existaient pas encore, il n’y avait que la sa-
gesse de Dieu et son saint Verbe, qui a toujours été avec
lui» (liv. II, c. x). Ces paroles: « Créons l’homme, » Dieu
LES APOLOGISTES GRECS. HERMIAS, 407
ne les a adressées à personne qu'à son Verbe et à sa sa-
gesse (liv. I, c. vu). Théophile, tout en faisant de l’ex-
pression frinilé, dont il s’est servi le premier, un heureux
emploi, n’en considère pas moins les trois jours qui pré-
cèdent la création de la lumière comme des figures de
a la trinité de Dieu, du Verbe et de la sagesse » (liv. IT,
C. XV).
4. L'auteur dépeint en ces termes l'influence sociale
du christianisme : « Comme la mer, si elle n’était point
alimentée par l’affluence des fleuves et des sources, se-
rait depuis longtemps desséchée par les sels qu'elle ren-
ferme ; ainsi le monde, s’il n’avait pas eu la loi de Dieu
et les prophètes pour répandre sur lui la justice, la dou-
ceur, la misericorde et la doctrine de la vérité, aurait
vieilli dans le mal depuis longtemps, et serait étouffé
dans la multitude des péchés. Comme il y a dans la mer
des îles habitables , pourvues d’eau douce, fertiles, avec
des rades et des ports propres à servir de refuge à ceux
qui sont battus de la tempête ; de même Dieu a distribué
dans l’univers, comme sur une mer orageuse, les diffé-
rentes églises comme autant d'îles sûres et commodes où
se conserve le dépôt de la saine doctrine et où se réfu-
gient tous ceux qui veulent se sauver du naufrage et
se derober aux foudres de la justice divine » (liv. II,
C. XIV).
$ 25. Hermias le Philosophe.
Voir les Prolégomènes de Maran, Gallandi et Otto (t. 1X, cum
Meliton. et alior. apolog. fragm.), et l'édition du Atxovpués de Menzel.
Lugd. Batav., 1841.
L’opuscule du philosophe Hermias intitulé : Les Philo-
sophes grecs raillés, en dix chapitres, ou /rrisio gentilium
philosophorum, compte parmi les plus anciennes apolo-
gies grecques. . La vie d’Hermias nous est complète-
ment inconnue, et l’on n’a que des conjectures sur l’é-
poque où il vécut. A en juger par un passage du discours
108 | MANUEL DE PATROLOGIE.
de Tatien, c. xxv, qu'il semble avoir eu sous les yeux,
et par le tableau animé qu'il fait des erreurs et de la con-
duite des philosophes, on est autorisé à conclure qu'il
vivait dans un temps où les philosophes jouissaient en-
core de tout leur crédit, c'est-à-dire au troisième siècle.
Quelques-uns l'ont confondu avec l'historien ecclésias-
tique Hermias Sozomene ; mais la difference de style et
de methode suffirait seule pour condamner ce senti-
ment.
Arme de ce texte de saint Paul : «La sagesse de ce
monde est folie auprès de Dieu » (I Cor., 1, 19), Hermias
passe en revue les diverses erreurs des philosophes paiens
et les raille avec beaucoup de sel et d’esprit. Voici com-
ment il met en saillie et tourne en ridicule leurs plus
grossieres contradietions: Si nous leur demandons ce que
c’est que l’äme, Democrite nous dira que c’est un feu,
les stoiciens une substance aérienne, Héraclite un mou-
vement, Hippon une eau reproductive, Critias du sang,
Dinarque une harmonie. Les uns croient que c’est une
vapeur distillée par les étoiles, les autres un souffle,
l'élément des éléments, une unité.
Quelle diversité d'opinions ! Mais s’ils ne s’accordent
pas sur la nature de l’äme, peut-être s’entendront-ils sur
les autres questions qui la concernent. Eh bien, non.
Les uns disent que l'âme ne survit que peu de temps à
la mort, les autres qu’elle est immortelle, d’autres qu’elle
est mortelle ; ceux-ci la font entrer dans un corps animal,
ceux-là la font se résoudre en une fine poussière,
d’autres la font émigrer successivement dans trois corps
d'animaux, et lui assignent dans chacun un séjour de
mille ans. N'est-il pas étrange que des gens qui ne
vivent pas un siècle se portent garants pour trois mille
ans! Comment qualifier de telles opinions? Faut-il les
appeler niaiseries, fantômes, extravaganees, ou tout cela
à la fois?
Incapables de me dire ce qu'est l’âme, les philo-
LES APOLOGISTES MODERNES. HERMIAS. 109
sophes peuvent encore beaucoup moins m’enseigner
quelque chose de vrai touchant Dieu et le monde.
Heureusement, ils sont armés d’un tel courage, — pour
"ne pas dire stupidite, — qu'ils n’en sont nullement
déconcertés.
Si je tombe entre les mains d’Anaxagore, il me dira :
Dieu est un être intelligent; il est la source de tout; c’est
lui qui ordonne et qui meut ce qui en soi n’a point de
mouvement. Mais voici venir Melissus et Parménide,
dont le dernier prend la peine de m'expliquer, et de
m'expliquer en vers, s’il vous plaît, que ce qui est, est
un être éternel, infini et immobile, et uniforme à tout.
Je change d'opinions sans m'en apercevoir, et je plante
là Anaxagore; aussi bien j'entends Anaximène me
crier de tous ses poumons : Oui, je vous le proteste, tout
ce qui existe n'est que de l'air; dilaté il devient de l’eau,
condensé il devient de l’ether et du feu; par sa vraie
nature, l'air est un corps fluide.
Tout-à-coup Protagoras me prenant à part : La limite
et la loi de toutes choses, me dit-il, c’est l'homme; ce
qui tombe sous les sens est quelque chose; ce qui ne
tombe pas sous les sens n'existe pas même dans les
formes de la nature. |
Mais j'entends Thalès me chuchoter à l'oreille : L'eau
est l'élément primitif de toutes choses; tout est composé
d'humidité, tout se résout en humidité et la terre nage
dans l’eau. Thalès est le plus ancien des Ioniens, pour-
quoi ne le croirais-je pas ?
En face de lui, Platon .le grand, l’éloquent Platon, en-
seigne que Dieu est le principe de tout ce qui existe, de
la matière comme de la forme. Que faire? Ne dois-je
point en croire un philosophe qui a construit le char
même de Jupiter? Mais j’apercois derrière lui son dis-
ciple Aristote, jaloux de son maitre parce que celui-ci a
fabriqué le char de Jupiter. Il y a, dit Aristote, deux
causes fondamentales : la cause active et la cause
410 MANUEL DE PATROLOGIE.
passive. La première est l’éther, qui est incapable de
recevoir quelque chose d’une autre cause que lui; la
seconde cause se distingue par quatre propriétés : le sec
et l’humide, le chaud et le froid. La combinaison et le”
mélange de ces propriétés produit la variété de tous les
êtres.
Je serais presque tenté de lui donner raison; mais
j'entends deux philosophes qui le contredisent ; c'est à
en perdre les yeux et les oreilles. Espérons que Démo- .
crite me tirera d’embarras en m'apprenant que ls :
essences primitives des choses, c’est ce qui estet ce qu :
n’est pas, l’espace plein et l’espace vide. Le plein opère :
dans le vide par voie de changement et de transforms .;
tion. — Combien j'aimerais à rire avec ce bon Démocrit -,
si Héraclite ne me protestait pas, les larmes aux yeux, .|
que le feu, par cela même qu'il a la propriété d’epaissir, .
d’amineir, d’unir et de séparer, est la cause de tous :,
les êtres. Mi
Je suis saturé, et la tête me tourne comme si j'étais :.
ivre. Que ferai-je ? Epicure me supplie en grâce de ne.
point dédaigner son admirable système des atomes el de.
l'espace vide, lorsqu'il est interrompu par Pythagore a t
ses disciples, qui s’avancent dans un silence solennel. »
comme s’ils avaient de grands mystères à m’apprendre..
Et de fait, c’est bien le plus profond de tous les nn
que celui auquel ils m’initient. 2 l’a dit, le commente,
ment de tout, c'est le monade (l’unité) ; ses figures et su.
nombres divers sont les éléments, et c'est par «@.
éléments qu'ils expliquent la nature, la forme et la me,
sure. Pythagore est vraiment le géomètre de l'univers. ‘
C'en est fait désormais. Adieu patrie, femmes et en
fants. Je vais prendre la mesure de Pythagore, monte, Pe
dans l’éther et parcourant toutes les régions de la ter "nl
mesurer et compter tout, afin que Jupiter ne soit plus.
seul qui sache et connaisse toutes choses. Ce monde pe. ”"
couru, j'en explorerai un second, un troisième, ®: ra
5a
er Sf ES
27
u "
“ai
LES APOLOGISTES GRECS. 8. CLEMENT, ORIGÈNE. 144
uatrième, un centième, un millième; et ensuite ? tout
est-il pas ténèbres, ignorance, tromperie grossière ?
aut-il que j'énumère encore les atomes dont se com-
osent les mondes, qui sont eux-mêmes innombrables ?
lon; je crois qu’il y a quelque chose de meilleur et de
lus utile 1. |
$ 26. Clément d’Alexandrie et Origène.
Pour compléter la littérature apologétique des Grecs,
sous devons mentionner encore saint Clément d’Alexan-
irie et Origene, à raison de leurs apologies, sauf à
revenir plus tard sur les autres écrits, beaucoup plus
nombreux, où ils se sont principalement appliqués à
wmbattre les hérétiques et à travailler au développe-
ment de la science chrétienne.
Sur le terrain de l'apologie, nous devons à saint
Uément une Exhortation aux Gentils, en douze cha-
bires?, rédigée vers l’an 144. Saint Clément lui-même
k mentionne au septième livre de ses S{romates ; Eusèbe
a d'autres auteurs en parlent également. 11 débute par
we belle et poétique comparaison, quoique trop dé-
kyée : « Une ancienne fable rapporte qu’Amphion de
Tèbes et Ariou de Méthymne étaient tellement habiles
ichanter que celui-ci attirait les poissons et que l’autre
kinit venir les pierres autour de sa ville et en avait
mé un rempart. On dit même qu'Orphée, par sa mu-
Su, apprivoisait les bêtes féroces. Ces chantres, cepen-
at, tout parfaits qu'ils étaient, n’en ont pas moins
ali les hommes, implanté et affermi l'idolâtrie. Il
lea pas été ainsi de mon chantre, qui était venu pour
kiverser en peu de temps l'empire des démons. Il a
Aprivoise les plus féroces animaux que nous connais-
Datinger, Esprit de la tradition chrétienne, 1 vol., p. 133.
h ‘pp. Clement. ed. Potter, t. I; Migne, ser. græc., t. VIII. Cf.
“\ry, Dissertatio 1 de Cohortatione ad gentes apparatus ad bibl,
141, et Migne, ser. grec., t. IX, p. 797 seq.
419 MANUEL DE PATROLOGIE.
sions, les hommes; il a apprivoisé les animaux ailes,
c'est-à-dire les hommes légers; les animaux rampants,
c'est-à-dire les voluptueux; les lions, c'est-à-dire les
hommes vindicatifs; que dis-je? il a ébranlé jusqu'à la
pierre et au bois, je veux dire les hommes stupides et
grossiers; car un homme plongé dans l'ignorance est
plus insensible que le bois et la pierre : réalisant ainsi
cette parole miséricordieuse du prophète : « Dieu est
assez puissant pour susciter des pierres des enfants
d'Abraham » (c. 1).
Mon chantre, le Verbe divin, plus ancien que tous les
chantres du paganisme, s’est toujours intéressé aux
hommes, séduits et rendus malheureux par les démons.
Il leur a d’abord envoyé des prophètes, puis il est venu
lui-même pour les initier à la vraie connaissance de
Dieu. |
Pour attirer les païens, Clément leur montre d’abord
les inepties et les contradictions de leur mythologie,
l'obscénité et la cruauté du culte des dieux; il cite les
différentes espèces de religions, leur origine; mais il
leur montre surtout l’inanité de leurs mystères, et en
cela il fait preuve d’une connaissance plus exacte de
l'ensemble du paganisme que les précédents apologistes
(c. u-Iv).
De la religion Clement passe à la philosophie des
paiens; plusieurs de leurs philosophes ont enseigné de
Dieu des choses tout-a-fait absurdes, et les meilleurs
eux-mêmes, Platon, Antisthenes, Cléantes et Pythagore,
n'ont que des doctrines insuffisantes et contradictoires
(c. v-vi). Les poètes ont fait pis encore (c. vn).
Il exhorte ensuite les paiens à renoncer à de pareilles
erreurs et à revenir au Dieu unique, que leurs poètes et
leurs philosophes ont signalé cà et là, mais à qui les
prophètes, la sibylle et les saintes Ecritures des Hébreux
. ont rendu le témoignage le plus précis. C'est là qu’on
trouve de solides maximes de conduite, un court chemin
LES APOLOGISTES GRECS. S. CLEMENT, ORIGÈNE. 113
pour arriver au bonheur, sans paroles éblouissantes et
flatteuses. L'homme est affranchi des liens du péché,
abrité contre de funestes erreurs et conduit sûrement à :
la félicité promise. Il y a plus : le Verbe de Dieu vous
adresse lui-même la parole, afin de vous faire rougir de
votre incrédulité, le Verbe de Dieu fait homme, afin que
vous appreniez d'un homme comment l’homme peut
devenir Dieu.
Croyez-en donc, Ô hommes, celui qui est à la fois
homme et Dieu. Croyez-en, ö hommes, le Dieu vivant
qui a souffert et qui est adoré. Croyez-en, Ô vous tous
qui êtes hommes, celui qui entre tous les hommes est
le seul qui soit Dieu, et recevez le salut en récompense.
Le plus beau chant qu'on puisse adresser à Dieu, c’est
l'homme immortel, qui est instruit dans la justice et
dans le cœur duquel habite la vérité. Puisque le Verbe
de Dieu est venu lui-même à nous, nous n’avons plus
besoin de fréquenter les écoles de la sagesse humaine
qui se trouvent à Athènes, dans le reste de la Grèce et
dans l’Ionie. L'univers entier est devenu, grâce à lui,
une Athènes et une Grèce. Le soleil de la justice se
répand sur l'humanité entière comme le soleil matériel
éclaire toutes choses. La mort même, il l’a crucifiée pour
en faire jaillir la vie; il a arraché l’homme à sa perte
et l’a transplanté dans une vie impérissable (c. vın-xı).
Fuyez donc les mauvaises habitudes, les pernicieuses
erreurs; alors le Verbe de Dieu sera votre guide et le
Saint-Esprit vous conduira à la porte du ciel. Vous y
entrerez, vous verrez Dieu face à face et vous goûterez
cette félicité dont nulle oreille n’a entendu parler et que
l'esprit de l’homme n’a jamais comprise. L’eternel Jésus,
le seul grand prêtre du Dieu unique, prie lui-même pour
les hommes et leur adresse cette invitation : Venez à
moi et je vous communiquerai tous les biens que je
possède ; je vous donnerai l’incorruptibilite, la connais-
sance de Dieu, moi entier (c. xn1).
| N
114 MANUEL DE PATROLOGIE.
2. Le travail apologetique d'Origène a un tout autre
caractère. 1l l’écrivit al’instigation de son ami Ambroise,
d'Alexandrie, en refutation de l'ouvrage que Celse, philo-
sophe épicurien, avait lancé contre le christianisme un
siècle auparavant (vers 150), sous le titre de Discours
véritable. La défense d’Origene, divisée en huit volumes
et intitulée Contre Celse!, est une des meilleures apolo-
gies de l’antiquite. Elle fut composée vers l’an 249.
Dans sa dédicace à Ambroise, Origène déclare que c'est
à contre-cœur qu'il a entrepris la réfutation de ce livre
détestable. « Notre Seigneur et Sauveur s’est tu quand
on a rendu contre lui de faux témoignages en justice,
convaincu que sa vie et les œuvres qu'il avait faites
parmi les Juifs protégeraient beaucoup mieux son inno-
cence contre les témoins et les accusateurs mensongers,
que tout ce qu'il pourrait dire pour sa défense. — Pour-
quoi donc, mon pieux Ambroise, m’avez-vous demandé
de réfuter les erreurs et les calomnies de Celse contre les
chrétiens et contre la foi de nos fidèles? Est-ce que la
chose n'est pas assez forte d'elle-même pour repousser
tous ces blasphemes? Notre doctrine n'est-elle pas plus
puissante que n'importe quel écrit pour détruire tous
les faux témoignages et enlever à tous les griefs les
apparences même de la vérité ? Qui est-ce qui nous Sépa-
rera de l’amour de Dieu ? Sera-ce l’affliction ou l’angoisse,
la persécution ou la nudité, ou le péril ou le glaive,
ainsi qu'ilestécrit : Rien ne pourra jamais nous séparer de
l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur®?.»
Il se peut néanmoins que, parmi le grand nombre de
ceux qui se nomment chrétiens, il se trouve des « faibles
dans la foi? » qui auront été ébranlés par des paroles
de Celse et de ses affidés. Je me suis donc résolu
d’obeir à votre ordre, d'autant que l’Apôtre nous avertit
de « prendre garde que personne ne nous surprenne
1 Op. Orig., par De la Rue, t. I, éd. Bénéd.; Migne, t. XI, ser. gr.
— 4 Rom., VIN, 35 et suiv. — 8 Rom. XIV, 1.
LES APOLOGISTES GRECS. S. CLEMENT, ORIGÈNE. 1195
: par la sagesse mondaine et par de vaines tromperies !. »
Origène suit pas à pas son adversaire, ce qui nous
: permet de mieux apprécier l'ouvrage de Celse, aujour-
_ d'hui perdu. Mais cette méthode expose à de fatigantes
- répétitions et brise l’enchainement des idees ?. L’effort
.. principal de Celse est de faire passer Jésus-Christ et les
_ apôtres pour des imposteurs ; il combat chacun des
.. dogmes chrétiens par un rationalisme tres-accentue. Il
_ reproche au christianisme de n’exiger que la foi, et aux
.. chrétiens d’avoir sans cesse ces mots à la bouche : Ne
… Cherche pas, mais crois.
. La foi, répond Origène, serait déjà nécessaire par
cette seule raison que la plupart des hommes, absorbés
. par les soins de la vie matérielle, n’ont ni assez d’intelli-
_ gence ni assez de loisirs pour examiner; que la majorité
. du genre humain, privée de la foi, ne parviendrait
jamais à la vérité. Du reste, qu’on examine seulement
si notre foi ne s’accorde pas avec les doctrines communes
et les opinions que leur nature elle-même nous suggère,
si des milliers d'individus n’ont pas été corrigés par elle
et tirés de Ja fange du péché et du vice; tandis que les
prétendus sages, esclaves des passions de leur cœur,
tombent dans toutes sortes de folies 5. Et puis, si nous
exhortons certains hommes à croire parce qu’ils ne
peuvent rien au delà, il en est d’autres à qui nous nous
efforcons, par des questions et des réponses, de donner
des convictions solides. Ainsi nous ne disons pas seule-
ment, selon le reproche ironique de notre blasphémateur :
Croyez que cet homme injurié, bafoué, puni d’une mort
ignominieuse, est le Fils de Dieu; nous tächons encore
d'appuyer toutes ces affirmations de preuves plus fortes
encore que celles que nous avons déjà fournies*.
Reprenant une à une les accusations et les insultes de
!Col., u, 8.—2Keliner (Hellénisme et Christ.) a réuni dans un ordre
systématique les objections de Celse (Cologne, 1865). — 3 1, 9; m, 40
et 47, — à Lib. VI, c. x.
416 MANUEL DE PATROLOGIE.
Celse, Origène examine s’il est vrai que le christianisme
ait une origine barbare, c’est-à-dire juive! ; il venge la
personne du Christ, son origine, sa vie et ses souffrances,
des reproches que Celse lui adresse par la bouche d’un
juif insolent ?. Il fait de même par rapport à la divinité
du Christ et à sa descente du ciel pour racheter l’huma-
nité coupable®. Il sied bien aux païens, dit-il ironique-
ment, avec leur théologie fabuleuse, de railler les
doctrines de l’Ancien Testament. Quoi de plus vénérable
que les saintes Ecritures, surtout que les écrits de Moïse,
plus anciens que tous les monuments littéraires du paga-
nisme ! Si Celse y a trouvé des choses qui l’ont choqué,
cela prouve simplement qu'il ne les a pas bien comprises.
Arrivant à la création et à l’origine du bien et du mal,
Origène s’élève contre les folles idées de Celse sur les
animaux soi-disant doués de raison“. Il explique la
notion des anges, telle qu'elle est présentée dans
l'Ancien et dans le Nouveau Testament, la résurrection
dernière, la fin du monde, les diverses institutions et
coutumes de l'Ancien Testament; il montre enfin le
rapport qui existe entre le judaïsme et le christianisme.
Les sixième et septième livres roulent sur différents
sujets, et notamment sur la comparaison que Celse avait
instituée entre les idées de Platon et les maximes de
l'Evangile’, entre Satan et l’Antechrist, sur le Saiat-
Esprit et ’Incarnation®, sur les propheties”, sur la con-
naissance de Dieu $.
L'auteur termine en passant en revue les pratiques
extérieures du christianisme. Celse, qui les trouvait
étranges, objectait que les chrétiens n'avaient ni temples,
ni autels, ni statues des dieux ; qu'ils se retiraient de la
vie publique, ne faisaient rien pour le bien de l’Etat,
vivaient dans une condition misérable, persécutés, toutes
1 ], c. I-XXVL — 3], xxvus; I, Lxxvu. — 8 I, IV, xx. — ® IV,
XXIU-XCIx. — 6 VI, xx, — 6 VI, LXIX-Lxxx. — 7 VII, ExxI. — 8 VII,
XXXVI-LII.
LES APOLOGISTES GRECS. ÉCRITS FALSIFIÉS. 417
choses qui ne donnaient point une idée favorable de la
puissance du Dieu qu'ils adoraient‘.
La lecture de ce grand ouvrage apologétique laisse
dans l'âme une douce impression. Ii est beau de voir
Origene, au milieu de tant de persécutions, en butte à de
si perfides attaques, non-seulement conserver l'espoir
que le christianisme restera triomphant, mais avoir le
courage de déclarer à la fin de son ouvrage qu'il se
réjouit à la pensée qu’un jour « il sera la seule religion
dominante ?. » Ce qui le confirme dans cette conviction,
«c’est qu'il pourrait démontrer par une multitude de
miracles que la religion chrétienne est soutenue par une
assistance surnaturelle. Il ne se fait point de miracles
chez les juifs ; parmi les chrétiens, ils ne discontinuent
pas ; il s’en produit même de temps en temps qui sur-
passent tout ce qu'on a jamais vu jusque-là. Si nous
méritons quelque confiance, nous dirons que nous-
mêmes en avons été témoin.» « On voit encore aujour-
d’hui parmi les chrétiens les traces de l’Esprit qui est
descendu autrefois sous forme de colombe. Les chrétiens
chassent les démons, guérissent toutes sortes de mala-
dies, prédisent l’avenir quand il plait au Verbe. Plusieurs
même ont été poussés à la foi chrétienne comme malgré
eux, parce que, soit dans un songe, soit dans une vision,
une certaine vertu divine les avait tellement ébranlés et
si profondément changés que non-seulement ils cessèrent
complètement de la hair, mais voulurent encore la dé-
fendre au prix de leur vie*. »
& 27. Ecrits interpolés et falsifiés.
J. Alb. Fabricius, Codex apocryphus N. Test., Hamb., 1749, vol. I,
lertio vol. auct. ed. 2%, Hamb., 1743; Codex apocryph. N. Test.,
op. et stud. J. C. Thilo, t. I, Lips., 1832; Tischendorf, Acta Apost.
apoc., Lips., 1851, et Evang. apocr., Lips., 1853.
1. Evangiles et Actes des apôtres apocryphes, où l'on a
VIN, Lau; VII, Lxxvi. — 2% VIU,Lx VIN . — 9 XI, vu —®1, XLVI.
118 MANUEL DE PATROLOGIE.
prétendu combler les lacunes des Evangiles et des Actes
des apôtres, et expliquer le merveilleux qu'ils renfer-
ment par des récits habiles quelquefois, mais le plus
souvent imaginaires et fastidieux. Il y a là quelques
pièces d’une haute antiquité, comme le protoévangile
de saint Jacques, qui paraît avoir été connu de saint
Justin et de saint Clément, et qu'on cite sous le nom
d’Origene !.
2. Les oracles sibyllins, prédictions attribuées à des
femmes connues des paiens sous le nom de sibylles (de
euÿ, dialecte éolien, au lieu de 6e0ù, et de Bu, au lieu
Bou, pour rpogäiris, qui annonce les desseins de Dieu).
Suivant Varron, l'ami de Cicéron, on en comptait dix :
celles de Perse, de Lybie, de Delphes, des Cimériens,
d’Erythres, des Sabins, de Cumes, de l’Hellespont, des
Phrygiens et des Liburnes. Leurs oracles jouissaient
d'un grand crédit. Nous le savons entre autres par les
exigences de la sibylle de Cumes, qui demanda à Tarquin
la somme de neuf cents pièces d’or pour neuf livres d’o-
racles, somme qu'elle obtint plus tard pour trois livres
seulement, les six autres ayant été brülés*. Malgré l’a-
version des chrétiens pour les oracles du paganisme, des
auteurs estimés, tels que Justin, Théophile d’Antioche,
Lactance, saint Jérôme, saint Augustin, etc., n’ont pas
craint de dire qu'ils parlaient « sous l'inspiration d’une
divinité supérieure, » summi numinis afflatu ; aussi leurs
prédictions ont-elles été souvent comparées et confron-
tées avec celles de l'Ancien Testament. L’Eglise elle-
même s'est rangée à cette opinion en insérant dans le
Dies iræ le fameux Teste David cum sibylla.
Les oracles des sibylles ont été détruits par divers in-
cendies du temps de Marius et de Sylla; ceux qui avaient
1 En allemand par Borberg, Stuttg., 1840, 2 vol. Voir les articles
de Movers dans l’Encyclop. de la théol. cath., édit. Gaume, intitulés:
Littérature des Apocryphes, et les Pseudoépigraphes de Hofmann,
dans la Real-Encyclop. de Herzog, 12e vol.
3 Cf. Lactant., De instit., lib. I, c. vi.
LES APOLOGISTES GRECS. ÉCRITS FALSIFIÉS. 119
échappé à ce premier fléau, l'ont été sous Néron. Comme
ces oracles annoncaient souvent les destinées futures de
l'empire romain, les empereurs essayèrent de les resti-
tuer en s’aidant de la tradition verbale et des allegories
éparses çà et là ; de leur côté, les apologistes chrétiens
les ont souvent invoqués à l'appui de leurs doctrines,
notamment pour démontrer que le Sauveur du monde
avait été annoncé aux paiens aussi bien qu'aux Juifs,
etque son apparition réalisait les deux ordres de pro-
phéties. Ceux qui suosistent encore aujourd’hui, aug-
mentés des découvertes d’Angelo Mai, comprennent qua-
torzelivres, ou plutôt douze, car le neuvième et le dixième
manquent ; ils sont en hexamètres grecs. Du premier au
troisième siècle , les juifs et les chrétiens les ont ou am-
plifies ou interpoles; et déjà avant Jésus-Christ, les Juifs
les avaient alteres dans le sens de leurs idées messiani-
ques !, Parmi ces pieces, on remarque surtout le fameux
acrostiche : ’Incoüs Xpiorög Beoû vid cwrho araupds, liv. VIIT,
217-250, relatif à «la venue de Jésus-Christ pour le ju-
gement dernier. » La littérature chrétienne l’a souvent
cité et commenté ?.
3. Un autre prophète païen cité fréquemment par les
apologistes, Hydaspes, aurait également annoncé Jésus-
Christ. D’après Lactance, il vivait avant la guerre de
Troie; selon d’autres, il était contemporain de Zoroastre.
Les oracles qu’on lui attribue sont évidemment inter-
polés. Les apologistes mentionnent aussi Hermès l'Egyp-
lien , auquel les prêtres de ce pays font honneur de tout
leur savoir. On l’a surnommé Trismégiste, à cause de
ses trois fonctions, de roi, de prêtre et de docteur. Les
écrits publiés sous son nom n’ont pas été rédigés par lui;
1 Cf. Oracula sibyllina, ed. Friedlieb, Lips., 1853, renfermant le
résultat de nombreuses recherches historiques, avec des remarques
et une traduction en mètres allemands.
2 Aug., De civ. Dei, lib. XVIII, c. xxıuı et XXvII.
8 Justin., Apol., I, c. xLIv; Clem. Alex., Stromat., lib. VI, c. v.
Tr MAXTEL DE PATROLOGE.
on me D attribue que le iond des 18e Les ciwéfiens
ctaemt principalement le dialogue Aicipss (em dx
en |. ami que ie Permander. Ce dermier se ocmpos
que Le mot fs, surtout dans le Pæmander, prouvent
évidemment que ce morceau a «ie mierpole par des
chretiens.
Voir l'Aoclepius dans Téditico Operem Hermetis, pur Ficin, Vene,
1683, souvent réampramé. Hermefis trismeg. Paœmanèrer, sd. Parthey,
Berol. 1655 Mahler, Petrciogie, p. 952 Kellner, Bollinisme et
Christianisme, p. 238.
4. Testamentum XII patriarcharum. Hahilement redige
dans Vıdwme helleniste. et remarquable par ses des-
eriptions. cet ouvrage peut remonter à la fin du 3
siècle ou au commencement du deuxième siècle de l’ere
chrétienne. Une citation de saint Paul‘, et la ruine de
Jérusalem présentée comme le plus grand châtiment des
Juifs, révelent un auteur chrétien. A l'exemple de Jacob ?
expirant. l’auteur met dans la bouche des douze pro-
phetes. à l’adresse de leurs survivants, des exhortations
et des sentences prophétiques conformes au caractère
que l’Ancien Testament et la tradition juive leur attri-
buent. Les propheties. particulièrement expressives, sur
l'apparition du Christ en tant qu’Agneau de Dieu. Sau-
veur du monde, premier-né , sur sa passion et sa résur-
rection, sur la rupture du voile du temple. montrent que
l’auteur visait à faciliter l'introduction du christianisme
parmi les Juifs, comme les sibylles l'avaient fait parmi
les païens.
Editeurs : Grabe, dans le Spicilegium, tome I; Fabricii Codex apo-
1 1 Thess., 11, 16. — ? Gen., c. XLIX.
LES POLÉMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 194
eryphus,t. I; Gallandii Biblioth., t. I; Migne, ser. grecq., t. LI. Voir
des extraits dans Deutinger, Esprit de la trad. chrét., 1 vol., p. 40.
ADVERSAIRES DES HÉRÉTIQUES (POLÉMISTES ):
REPRESENTANTS DE LA SCIENCE CHRÉTIENNE PARMI LES GRECS.
5 28. Saint Irénée, évêque de Lyon (mort en 202).
Voir trois dissertations en tête de l'édition de saint Irénée, par
Massuet, Paris, in-folio, 1712; Venet., 1735; les Prolégomènes de
l'édition de Stieren, Lips., 1853, 3 vol. L'un et l’autre, complétés en
partie, dans Migne, ser. grecq., t. VII.
Saint Irénée naquit dans l’Asie-Mineure, probable-
ment entre les années 135 et 140, car lui-même assure
qu'il avait assisté, dès sa première jeunesse, aux lecons
de saint Polycarpe parvenu alors aux dernières limites
de la vieillesse, et qu'il avait été instruit par lui dans la
vérité chrétienne‘. Selon saint Jérôme, Papias aurait
aussi été son maître. On reconnaît à ses écrits que les
philosophes et les poètes païens ne lui étaient pas moins
familiers que la théologie, omnium doctrinarum curiosis-
fimum exploratorem, dit Tertullien ?. Pendant la cruelle
. Persecution qui sévit sous Marc-Aurèle, il se trouvait
dans les Gaules, auprès de Pothin, évêque de Lyon.
Pothin et les confesseurs de cette ville l’envoyerent à
Rome, auprès du pape Eleuthère, muni d’un écrit relatif
aux montanistes, où il était recommandé comme un fer-
vent « zélateur de la loi du Christ » (177). Quand Pothin
eut obtenu la palme du martyre, Irénée fut choisi pour
lai succéder (178). Sa sollicitude féconde ne se borna
pas aux seules églises de la Gaule ; champion infatigable
de l’unité de la foi et des traditions apostoliques contre
les fausses spéculations des gnostiques, il maintint la
paix entre l’Orient et l’Occident en intervenant dans la
! Euseb., Hist. eccl., V,xx. — % Adv. Valent., c. v.
122 MANUEL DE PATROLOGIE.
querelle qui avait éclaté entre le pape Victor et les évêques
asiatiques sur la question de la pâque et qui avait failli
dégénérer en schisme, vérifiant ensuite la signification
pacifique de son nom d’Irenee ‘. « Lien de l'Orient et de
l'Occident, saint Jrenee, venu de l'Orient, nous avait ap-
porté ce qu'il y avait appris aux pieds de saint Polycarpe,
dont il était le disciple ; le plus grand prédicateur de la
tradition parmi les anciens, on ne pouvait pas le soup-.
conner d'avoir voulu innover ou enseigner autre chose
que ce qu'il avait recu des mains des apôtres ?. » Marty-
risé, avec plusieurs fidèles, pendant la persécution de
Septime Sévère, il mourut en 202, le 28 juin, d’après le
martyrologe romain.
De ses écrits, si nous exceptons son grand ouvrage
contre les gnostiques, il ne reste guère que des frag-
ments et des titres mentionnés dans Eusebe et saint
Jérôme. Ce sont : une lettre ou traité adressé à Florin de
Rome, son ancien condisciple, attaché plus tard à la secte
des gnostiques ; — de la Monarchie, où il démontre que
Dieu n’est pas l’auteur du mal ; — contre le même Sur
le nombre huit, ou sur les huit éons de Valentin ; — du
Schisme, à Blasus, prêtre romain, imbu des mêmes idées;
— de la Science; — de la Prédication apostolique; et un
recueil de traités sur différents sujets. Saint Irénée avait
manifesté l'intention de réfuter Marcion dans un ouvrage
spécial : nous ignorons s’il l’a fait. — Quant aux quatre
fragments découverts à la fin du dernier siècle dans la
bibliothèque de Turin, par Pfaff, chancelier de l’univer-
site de Tubingue, avec cette inscription : d’Irénée, ils
lui appartiennent difficilement.
1 Euseb., Hist. eccl., V, xxıv, à la fin.
2 Bossuet, Defense de la trad. et des saints; Pères, part.u, liv. VII,
c. XVU. (Addition du trad.)
8 Voir des détails sur lui dans : Iren., Adv. heres,, Il, m etw;
Tertul., De testim. animæ, c. 1; Adv. Valent., c. v; Euseb., Hist.,
V, IV, V, VII, VIII, XX, XXIV; Hieron., Catal., c. xxXV; Ep. LI (xxx);
Greg. Turon., Hist. Franc., 1, XXVII et xxIx.
LES POLÉMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 193
Nous n'avons donc que son grand ouvrage en cinq
livres, intitulé : Detectio el eversio falso cognominatæ gno-
sis, cité ordinairement depuis saint Jérôme sous le nom
de : Adversus hæreses; libri V. Il n'existe de l'original
que les chapitres 1-xx1 du premier livre et quelques frag-
ments détachés. Mais nous en avons une traduction la-
tine complète et très-littérale, peut-être contemporaine
du texte : Tertullien s’en servait déjà. |
Le premier livre expose le gnosticisme de Valentin,
dont le marcosianisme, qui en derivait, avait envahi le
sud de la Gaule. L’auteur relève jusqu’à seize variations
dans la doctrine des valentiniens et montre ses affinités
avec les anciennes erreurs de Simon le Magicien. Ces
détails sont fastidieux, dit-il; du reste, il suffit d’ex-
poser de telles doctrines pour les réfuter ; victoria ad-
versus eos manifestalio sentenliarum eorumi. a Grâce
à cette étude approfondie de la gnose, dit Dorner, saint
Irénée a pu constituer le trésor de la science chré-
tienne, et jeter un vaste regard sur l’organisme de la
doctrine. »
Le deuxième livre est consacré à la refutation. [rénée
fixe le centre de la controverse en prouvant l'unité de
Dieu, principe fondamental auquel nul autre ne peut être
comparé. Puis il examine chaque point particulier du
système de Valentin, le bythos, le plérome, les princi-
paux éons et la doctrine de Valentin sur chacun d’eux;
il flagelle surtout de sa verve spirituelle et mordante les
étranges contradictions du système des éons et les abus
excessifs de l'interprétation allégorique. Déjà, dans le
premier livre, en développant la notion du gnosticisme,
il avait fait remarquer que si la mer était le produit des
larmes versées par Sophia-Achamoth, l'eau douce ema-
nait probablement de sa sueur. Il démontre que la doc-
trine des gnostiques sur l’éon Jésus est inconciliable avec
l'Ecriture. Mais ce qui prouve l'erreur évidente des
! Lib. I, c. xxxı.
124 MANUEL DE PATROLOGIE.
gnostiques, « c'est qu'ils n'ont jamais été capables,
comme les vrais croyants, d'opérer des miracles. » Il
termine, en réfutant leur théorie sur la métempsycose,
sur la pluralité des cieux et cette assertion] que les pro-
phetes de l’Ancien Testament étaient les ministres de
différentes divinités.
Au troisième livre, saint Irénée établit que la doctrine
des gnostiques n’a rien de commun avec le christianisme
annoncé aux apôtres par le Christ, proclamé unanime-
ment dans tous les temps et les lieux par les évêques,
successeurs des apôtres. Tantôt c'est la sainte Ecriture
qu'ils rejettent comme étant falsifiée, tantôt c'est la tra-
dition. Si on leur cite la tradition telle que les évêques
depuis les apôtres l’ont transmise dans leurs Eglises, ils
la repoussent, se croyant plus sages que les apôtres et
les évêques. Saint Irénée expose ensuite la doctrine des
apôtres sur l'unité de Dieu, la génération éternelle du
Verbe, la divinité et l'humanité du Christ; il insiste
surtout, en face du docétisme des gnostiques, sur la véri-
table humanité du Christ et sa naissance d’une vierge.
Au quatrième livre, il démontre l’unite de Dieu et les
relations du Verbe avec le Père, principalement par
l'Ecriture. Il n’y a point contradiction, dit-il, entre l’Ancien
Testament et le Nouveau : l’un et l’autre viennent d'un
seul et même Dieu, quoi qu’en disent les gnostiques. Les
vrais croyants ont donc la même foi que les anciens
patriarches et les prophètes, tandis que les gnostiques
ont répudié cette véritable tradition : l'absence de martyrs
chez eux suffirait à le prouver. En finissant, saint Irénée
attaque la doctrine des gnostiques par les différences
morales qu’on remarque chez les hommes.
Dans le cinquième livre, il établit derechef que Jésus
est né d’une vierge, qu’il a revêtu la nature humaine
dans toute sa plénitude, et non pas seulement en appa-
rence ; c’est pour cela qu’il a répandu pour nous son vrai
sang, que dans l’Eucharistie il peut nous offrir sa veri-
LES POLÉMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 135
table chair, et qu'il est aussi ressuscité dans notre chair.
L'auteur arrive ainsi à démontrer notre résurrection
future et à résoudre les objections qu'on y oppose. Après
avoir dit que les erreurs qu'il combat sont toutes posté-
rieures au temps des apôtres et de leurs disciples, il
termine en élucidant les vérités qui se rapportent à la
rédemption.
Sur les éditions de saint Irénée, d’après l'édition princeps
d’Erasme (Basil., 1526, souvent rééditée), Stieren donne des ren-
seignements développés et exacts dans le tome Ier, p. XXIV-XXXIV,
de son édition. Les plus estimées sont celle du bénédictin Massuet,
Paris, 1712, in-folio, réimprimée à Venise, 1734, avec les fragments
découverts par Pfaff et des éclaircissements ; celle de Stieren, Lips.,
1853, in-80, 2 vol. Ces deux dernières ont été réimprimées par Migne,
ser. grecq., t. VII, avec de nouvelles notes critiques et littéraires, et
complétées par les Select annotationes variorum. Voir dans Massuet
Dissertationes III previe : 1. De hæreticis quos Irenœus recenset ;
2. De Irænei vita et libris; 3. De Irenei doctrina.
Doctrines et vues particulières de saint Irénée!.
1. Nous savons que les saintes Ecritures sont par-
faites (perfeclæ), puisqu'elle émanent (diciæ) du Verbe de
Dieu et de son Esprit?. Pour le Nouveau Testament,
Irenee cite les quatre Evangiles, les Actes des apôtres,
les treize Epitres de saint Paul, la première de saint Jean
et l'Apocalypse; il fait aussi allusion à l’Epitre aux
Hébreux, à celle de saint Jacques et à la première de
saint Pierre. Il insiste principalement sur l’autorite dont
les quatre Evangiles jouissent dans l'Eglise ; il les com-
pare aux quatre parties de la terre et aux quatre vents
principaux 5. La vraie et complète intelligence de l'Ecri-
ture ne se trouve que dans l'Eglise *.
2. La tradition, toujours en vigueur dans l’Eglise,
1 Cf. Massuet, De Iren. doctrina; Lumper, Hist. theol. critica, t. Il;
Moehler, Patrol., p. 344; Dorner, la Doctrine touchant la personne de
Jésus-Christ, 2e édit., p. 465.
. % De hæres., lib. II, c. xxvıu, n. 2.— 3 Jbid., lib. II, c. x1, n. 8. —
% Ibid., lib. IV, c. xxxVIL, n. 4.
126 MANUEL DE PATROLOGIE.
quoique rejetée des hérétiques, est utilisée par l’auteur
comme une des sources de la théologie scientifique '.
La tradition des apötres est connue dans le monde; il
suffit d'ouvrir les yeux pour la reconnaitre. « Nous
pouvons énumérer les évêques établis par les apôtres
dans les Eglises, de même que leurs successeurs, jusqu'à
nous. Ceux-ci doivent certainement savoir ce que les
apôtres ont enseigné*.» Considérant les évêques comme
les organes de la tradition , saint Irenee est prêt à
établir leur légitime succession dans toutes les Eglises
apostoliques. Pour n'être pas trop long, il se borne aux
Eglises de Smyrne et d’Ephöse, et surtout à celle de Rome,
fondée et érigée par les deux célèbres apôtres Pierre et
Paul. « C’est donc dans cette Eglise, et non ailleurs, qu'il
faut chercher la vérité, puisque c’est là que les apôtres
ont déposé, comme un riche héritage, l'ensemble de la
vérité. Quoi donc? Si une dispute éclatait quelque part
sur une question insignifiante, ne faudrait-il pas re-
courir aux plus anciennes Eglises pour savoir à quoi
s’en tenir? Si les apôtres ne nous eussent pas laissé les
Ecritures, n’aurait-il pas fallu suivre la tradition qu'ils
avaient laissée à ceux à qui ils avaient confié les Eglises?
ordre qui se justifie par plusieurs nations barbares qui
croient en Jésus-Christ sans caractère et sans encre,
ayant la loi du Sauveur écrite dans leurs cœurs par le
Saint-Esprit, gardant avec soin l’ancienne tradition ?. »
« Ceux qui ont recu la foi sans les Ecritures, selon notre
langage, sont barbares ; mais pour ce qui regarde le
sens, les pratiques et la conversation selon la foi, ils
sont entièrement sages, marchant devant Dieu en toute
justice, chasteté et sagesse; et si quelqu'un leur
annonce la doctrine des hérétiques, on les verra fermer
leurs oreilles et prendre la fuite le plus loin qu’il leur
sera possible, ne pouvant seulement souffrir ces blas-
1 Lib. II, c. 1, n. 2 — 2% Lib. II, c. m,n. 1. —® Lib. Hl, c. 11.
— * Lib. I, c. ıv,n. 1 et 2.
LES POLEMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 497
phèmes ni ces prodiges, à cause, répondront-ils, que ce
n’est pas là ce qu’on leur a enseigné d'abord. »
3. La valeur de la tradition apostolique est encore re-
levée par ce que saint Irenee dit de l'Eglise et de
l'impossibilité où elle est de se tromper : « La doctrine
de l'Eglise reste uniforme et invariable dans toutes ses
parties ; elle est confirmée par les prophètes, les apôtres
et tous les disciples. — C’est, en effet, dans l'Eglise que,
selon saint Paul?, Dieu a établi les apôtres, les prophètes
et les docteurs, et toutes les autres opérations du Saint-
Esprit. Car où est l'Eglise de Dieu, là est aussi l'Esprit
de Dieu, et où est l'Esprit de Dieu, là est aussi l'Eglise,
À sont les grâces. Or, l’Esprit est vérité; ceux donc qui
se séparent de l'Eglise ne peuvent ni participer au Saint-
Esprit, ni prendre sur le sein de cette mère une nourri-
ture vivifiante, ni boire à cette fontaine tres-pure qui
jaillit du corps de Jésus-Christ. Ils repoussent la foi de
l'Eglise de peur d’être séduits, et ils repoussent le Saint-
Esprit de peur d’être instruits. Loin de la vérité, ils sont
ballottés d’erreur en erreur, et ne peuvent jamais
exprimer une opinion inébranlable 5. » Dans l’Eglise,
au contraire, se trouve l'unité de la foi et l’unité de la
charité. « Cette foi, l'Eglise, quoique répandue par toute
la terre, la conserve avec autant de soin que sielle n’était
qu'une seule famille; elle y adhère comme si elle ne
formait qu’une âme et qu’un cœur; elle la prêche, l’en-
seigne et la transmet aussi unanimement que si elle
n'avait qu'une bouche *. » « La voix de l'Eglise retentit
par toute la terre, enseignant à tous la même foi au
même Père, à son même Fils incarné et au même Saint-
Esprit, publiant les mêmes préceptes , établissant la
même hiérarchie, annonçant le même avènement du
Seigneur, promettant le même salut à l’homme tout
entier, à l'âme et au corps. Partout elle prêche la même
? Lib. I, c. w. (Cit. du trad.) — * I Cor., xn, 28. — ® Lib. II,
e. XUV, n. 1-2. —* I,x,n. 2.
198 MANUEL DE PATROLOGIE.
voie du salut, et sa prédication est vraie, uniforme {”
constante. » — « Comme il n’y a qu’un même sold.
dans tout l’univers, on voit dans toute l’Eglise, dep]
une extrémité du monde à l’autre, la même lumière
la vérité. »
Entre les évêques, que l’auteur appelle encore ind
tinctement episcopi et presbyteri, il considère l’évêque &
Rome comme le principal représentant de la tradition 4
du gouvernement de l'Eglise : « La sainte Eglise
maine, la mère, la nourrice et la maitresse de toutes
Eglises, doit être consultée dans tous les doutes
regardent la foi et les mœurs, principalement par ce
qui, comme nous, ont été engendrés en Jésus-Christ
son ministère, et nourris par elle du lait de la doctr
catholique 5. » Au lieu, dit-il, d'aller demander l'inv
riable tradition des apôtres à toutes les Eglises fondeg
par eux, il suffit de prouver la tradition de l'Eglise 105
maine par la succession de ses évêques depuis sai
Pierre. :
«Quand nous exposons la tradition que la très-grande,
tres-ancienne et très-céleste Eglise romaine, fondée pt
les apôtres saint Pierre et saint Paul, a reçue des apôtres
et qu’elle a conservée jusqu’à nous par la succession dé
ses évêques, nous confondons tous les hérétiques, pat
que c'est avec cette Eglise que toutes les Eglises et tous
les fidèles qui sont sur toute la terre doivent s’accorder
à cause de sa principale et excellente principauté, et que
c'est en elle que ces mêmes fidèles, répandus par tout
la terre, ont conservé la tradition qui vient des apôtres"
« La foi de l'Eglise, dispersée par toute la terre, estd
croire en un seul Dieu Père tout-puissant, et en un $
Jésus-Christ, Fils de Dieu incarné pour notre salut, el
un seul Saint-Esprit, qui a prédit par les prophètes toules
les dispositions de Dieu, et l'avènement, la nativité, a
1 Lib. V, Ce XX, D. 4. — 3 Lib, 1, C. U et UL. — 8 Lib. II, c. I |
* Lib. IH, c. u. (Cit. du trad.)
LES POLEMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 499
sion, la résurrection, l'ascension et la descente future
Jésus-Christ pour accomplir toutes chosest. » Nous
istons ici à un progrès dans la théologie. L'auteur ne
le pas seulement de l’unité de nature et de la trinité
personnes (dans le Père, dit-il, se trouvent toujours
‚}Verbe et la Sagesse, le Fils et le Saint-Esprit ®); mais
‘enseigne expressément la coexistence et la consubstan-
Bits du Fils avec ile Père, ainsi que leur pénétration et
cohabitation réciproque (repxépno) : Semper autem
pecisiens Filius Patri, olim et ab initio semper revelat
irem®. Deus autem lotus existens mens et totus ewistens
‘Bgos, quod cogitat hoc et loquitur, et quod loquitur hoc
‚peogitat. Cogilalio enim omnis ejus logos et logos mens,
omnia concludens mens ipse et Pater... In omnibus Pater
municans Filio®. Celui qui est engendré devant être
‘Bmême nature que celui qui engendre, il y a contra-
Betion dans la théorie gnostique à admettre qu’il y a des
"ns subordonnés qui émanent du Dieu suprême : Necesse
“Mleleum qui ex eo (Patre) est logos... perfectum et im-
psibilem esse, et eas quæ ex eo sunt emissiones ejusdem
"Rbstantie cum sint, cujus et ipse, perfectas et impassi-
“Uks, et semper similes cum eo perseverare qui eas emisits.
_ à. Saint Irénée insiste longuement sur l'incarnation
“la personne de Jésus-Christ. Le but de l'incarnation,
Hi, était de rendre à l’homme la qualité d’enfant de
Dieu qu'il avait perdue : « Si le Verbe de Dieu s’est fait
mme, et si le Fils de Dieu est devenu le Fils de.
Ttomme, c'est afin que l’homme uni au Verbe de Dieu
Kit l'adoption des enfants et devint fils de Dieu ; car
us sommes incapables d'arriver à l'incorruptibilité et
‘linmortalité tant que nous sommes unis aux objets
truptibles et mortels 7.
“Lib. L (Cit. du trad.) — ? Lib. IV, XX, D. 4. — 3 Lib. IL, c. xxx,
— * Lib. II, c. VIL, n. 5 et 8. — 5 Lib. II, c. XVH, n. 7. Cf,
| ‘üane, Hist. des dogmes, 1 vol., p. 124. — 6 Lib. II, ©. XvI-xxIv.
Mb IL c. xxx, 2-4. |
9
130 MANUEL DE PATROLOGIE.
N fallait que le médiateur de Dieu et de l’homme, par
sa parenté avec l'un et l'autre, per suam ad utrosgw
domesticitatem, les ramenät tous deux à l’amitié et àl
concorde!. Contrairement à tout ce que l’on voit ailleurs,
saint Irénée fait vivre Jésus-Christ au delà de quarant
ans?. Ce qui n’est pas moins intéressant, c’est de l’en-
tendre marquer, dès cette époque, le rôle de Marie dans
l’économie de la Rédemption : « Marie, qui était vierg
tout en ayant un époux, devint par son obéissance la
cause de son propre salut et de celui du genre humain»
«Il fallait que le genre humain, condamné à mort par
une vierge, fût aussi délivré par une vierge.» |
6. Sur les anges, saint Irénée enseigne qu'ils n'ont
pas un corps charnel, mais plutôt ethere®, et que les
anges déchus ont péché sur la terre avec les filles des
hommes. Il est plus exact lorsqu'il parle de leur immor-
talité, de la félicité éternelle des bons et du châtiment
éternel des mauvais anges”.
7. Dans l’anthropologie, il adopte l'opinion dichotomique,
bien qu’il semble aussi cà et là se prononcer pour le sen-
timent trichotomique, comme lorsqu'il dit que l’homme
parfait se compose d’une chair, d’une âme et d’un esprit®.
a Le corps, dit-il, n'est pas plus fort que l’âme, c'est
l'âme, au contraire, qui anime le corps et le gouverne;
il est son principe vital. Le corps ressemble à un instru-
ment, tandis que l’äme possède l'intelligence de l’ar-
tiste®. » Il relève ici avec beaucoup de force la liberté
morale : « Dieu a donné à l’homme, aussi bien qu’aux
anges, la faculté de choisir le bien comme le mal, afin
que ceux qui seraient obéissants possédassent le bien à
juste titre; car s'ils le recoivent de Dieu, ce sont eux
qui le conservent... Si quelqu'un ne veut pas obéir à
1 Lib. I, c. xvun, n. 7.— % Lib. LE, c. xxn. — 3 Lib. IH, e. xxu,
0. 4. — 4 V,c. xx. (Cit..du trad.) — 5 Lib. II, c. xx, n. 4. — © IV,
XVI, n. 2; V, xx, n. 2.— 7 Lib. Ill, c. xxıt,n. 3; lib. IV, c. xxvam,
n. 2. — 6 Lib. V,c. vi, n. 4. —® Lib. Il, c. xxx, n. 4.
LES POLEMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 4131
l'Evangile, il est libre assurément, mais il agit contre
ses intérêts !. » Il combat avec la même énergie l’homme
psychique et l’homme pneumatique des gnostiques :
« Ici, nous sommes tous égaux, tous enfants de Dieu;
la différence entre le bon et le méchant vient unique-
ment de la libre détermination de l’homme, qui fait les
uns enfants de Dieu, les autres enfants du démon.» Il
proclame aussi l'existence du péché originel : « En
offensant Dieu dans la personne du premier Adam, et
en n’obeissant pas à ses prescriptions, nous avons hé-
rité la mort, » mortem hereditavimus*. « Les hommes ne
sont guéris de l’ancienne morsure du serpent qu’en
croyant en celui qui, selon la ressemblance de la chair
du péché, a été élevé de terre sur l'arbre du martyre°.»
8. Parmi les sacrements, saint Irénée traite du
baptême, de la pénitence et de l’eucharistie. Le baptème
est nécessaire, « car, sans cette eau céleste, nous ne
pourrions pas être unis à Jésus-Christ. Par le bain qui
doit nous rendre incorruptibles, nos corps lui ont été
unis, et par l’esprit nos âmes. Tous deux sont donc
nécessaires parce que tous deux développent en nous la
vie divine. » Le changement qu'il opère, saint Irénée le
compare à l'olivier amélioré par la greffe. Il fait de nous
des hommes spirituels et nous confère un nom nouveau,
symbole de cet heureux changement. A l’egard de la
pénitence, le saint déclare que de son temps on confes-
sait aussi les péchés secrets ?, et que cette confession se
faisait quelquefois publiquement ®.
9. Mais c’est principalement sur l’eucharistie qu'il
entre dans des détails pleins d'intérêts. L’eucharistie,
dit-il, est le corps et le sang du Christ, puisqu’en vertu
d'un acte divin précis (értxAnox) le pain et le vin
1 Lib. IV, C. XXIII, n. h. — 2 Lib. IV, C XLI, 0. 9. —5 Lib. V,
e. xx, n. 2. — + Lib. V, c. 1, n. 8. —6 Lib. IV, c. un, n. 7.—®Lib. II,
e XVU, n, 4-3. — 7 Lib. I, c. vi, n. 3; lib. I, zu, . — 8 Lib. I,
x, 7.
432 MANUEL DE PATROLOGIE.
deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ’. De ce
changement substantiel du pain et du vin par la consé-
cration, in quo (scilicet) pane gratiæ auciæ sunt, il déduit
la toute-puissance et la divinité de Jesus-Christ?, de même
qu’il voit dans le corps de Jésus-Christ, en tant qu'il est
la nourriture de notre propre corps, un gage de notre
résurrection. En comparant l’eucharistie avec l’offrande
des prémices dans l’Ancien Testament, il en conclut
qu'elle est aussi un sacrifice, sacrifice très-pur prédit en
ces termes par le prophète Malachie : En tout lieu, on
offre à mon nom la victime et le sacrifice sans tache.
« Lorsque le Sauveur appela le calice son sang, il en-
seigna le sacrifice, oblatio, de la nouvelle alliance que
l'Eglise a recu des apôtres et qu’elle offre à Dieu dans
le monde entier“. » Et ce sacrifice que le Seigneur a
ordonné d'offrir, Verbum Dei quod offertur Deo, est
accepté de Dieu comme un sacrifice pur et agréable,
sacrificium purum et acceptum S.
10. Sur les fins dernières, saint Irénée expose, en ter-
minant son livre, des vues personnelles et contraires à
la doctrine générale de l’Eglise®. Il invoque l'autorité
d’Isaie, d’Ezechiel et de Daniel, et, dans le Nouveau
Testament, celle de saint Matthieu, de saint Paul”? et de
’Apocalypse; de même que Papias, il est partisan du
millenarisme, qu'il considère comme une période de pré-
paration et de purification pour une félicité plus parfaite.
Toutefois, « ce royaume oü le Christ, apres son avene-
ment, regnera avec les justes ressuscités, » il ne l'appelle
jamais un regne de mille ans. Il avoue aussi que ce
sentiment est contredit par ceux qui passent pour ortho-
doxes. Il croit que les ämes des justes, au lieu d’entrer
au ciel et de voir Dieu face à face aussitôt après leur
mort et le jugement particulier, attendent la resurrection
1 Lib. V,u,3. — 2Lib. IV, xviu, 4. — 8 Lib. V, 11, 8. — * Lib. IV,
1, 41, 17,6. — 8 IV, xvau, 1. — ® V, xxx-xxxvo. — 7 Matth., XXVI, 29;
Rom., vin, 19.
LES POLÉMISTES GRECS. S. IRÉNÉE. 133
générale dans un lieu intermédiaire. Il n’excepte que
les martyrs; « de là vient que, partout et toujours,
l'Eglise, dans son amour pour Dieu, envoie d'avance
au Père un grand nombre de martyrs !.»
11. Nous devons signaler encore comme digne de
remarque ce que le saint docteur dit « du but et des
limites de la science chrétienne : « Nous ne devons point
lui demander un agrandissement du dogme, mais seule-
ment l'explication de certains problèmes difficiles, « S’il
est (parmi nous) des hommes qui se distinguent plus
ou moins par leur savoir, cela ne vient pas de ce qu’ils
ont le droit de changer le fond (de la doctrine révélée),
et d'imaginer (comme les gnostiques) en dehors de l’au-
teur, du créateur et du conservateur de l’univers, un
autre Dieu , un autre Christ ou premier-né ; cela vient
de ce qu'ils interprètent selon les enseignements de la
foi tout ce qui est énoncé dans les paraboles ; de ce qu'ils
expliquent et développent ce que Dieu a fait pour le sa-
lut du genre humain, pourquoi il a supporté patiem-
ment la chute des anges infidèles et la désobéissance des
hommes, pourquoi il a donné plusieurs Testaments et quel
est le caractère de chacun, pourquoi le Verbe s’est in-
carné et a souffert, et n’a paru qu'après un si long temps,
pourquoi notre corps mortel sera revêtu de l’immorta-
lité, et notre corps corruptible, de l’incorruptibilite, » etc.;
car c’est à ce propos et pour des cas semblables que l’A-
pôtre s’est écrié : « O profondeur de la richesse, de la
sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements
sont incompréhensibles et ses voies impénétrables ?! »
C’est dans ces bornes que se tenait saint Irénée dans
ses explications de la foi chrétienne et sa réfutation du
gnosticisme. Quoique très-versé dans les connaissances
spéculatives, il préférait généralement la méthode his-
torique, qui est celle du simple fidèle ; attaché sans ré-
IV, xxx, n. 9. — # Lib. I, ©. x, n. 3.
134 MANUEL DE PATROLOGIE.
serve aux enseignements de l’histoire et de la tradition
apostolique, il lui arrivait quelquefois de qualifier de
dangereuse l’application de la philosophie à la théologie.
Peut-être les tristes expériences des gnostiques avaient-
alles contribué à l’affermir dans cette persuasion. Le
vrai gnostique , à ses yeux, c’est le parfait chrétien, qui
a reçu l'Esprit de Dieu et sur qui cet Esprit repose '; celui
qui, exempt de vanité et d’orgueil, a une notion exacte
de toute la création et de son auteur, le Dieu tout-puis-
«ant; celui qui honore toujours le même Dieu, le même
Verbe de Dieu, n’eüt-il été révélé que maintenant, tou-
Jours le même Esprit qui se répand sur le genre humain
depuis l'origine du monde, bien qu'il ait été tout récem-
mount répandu sur nous ?.
Notume toute, nous devons constater depuis Justin un
progris tns-sensible dans la littérature chrétienne. Un
«ku grands mérites de saint Irénée est d’avoir exploré
À tun les deux sources de la foi, assigné la tâche de la
wine chrétienne, admirablement saisi et développé
a plupart des vérités de la foi, la hiérarchie épiscopale
at la quééminenve du Saint-Siége. Nous savons, grâce à
Int, « que lo turrent du dogme et de la morale sacrés,
qui apa Jéaus-Christ s'est frayé la voie ‚avec une
Kun luaitille , A travers des obstacles de toute na-
bu, «ut le mème que celui qui traverse maintenant
"kalim cattulique. »
LE Labo Pos, Most, de suis reve: Boehringer, Hist. de l'Egl. en
dura, 9 Ni, t \ok: Caller, al Ir, t oO; éd. 3e, L I;
Nunklva, Puis, pb EN
NA Cain prêtre remamln (mert vers 220).
Lu item de Eye de Snyree sur le martyre de saint
ay, ataut pale de Calus comme d’un disciple de
aan lue, Lomme eù a conclu qu'il était originaire
ke Curie ut Qu'\it erait alle à Rome avec saint Irenee.
INN A EL UN ©. EE, 0, 2
LES POLÉMISTES GRECS. CAÏUS. 135
Les auteurs de l'Histoire litiéraire de la France le re-
vendiquent au contraire pour leur compatriote. Ce qui
est certain, c’est qu'il se trouvait à Rome sous le pape
Zephyrin et qu'il y discuta avec Proclus. Saint Jérôme
lui donne le titre de prêtre, Photius celui d’évêque, rüv
ébvéiv énloxonos. Eusèbe l'a surnommé Aoywratos vip, à
cause des talents qu'il a déployés dans la défense du
christianisme ; il le vante surtout comme un fougueux
antagoniste des millénaires. On suppose qu’il mourut
vers 220.
Il ne reste de ses écrits que des fragments conservés
dans Eusèbe, saint Jérôme, Théodoret et Photius.
4. Refulalion du montanisme, conservée dans le Dia-
logue contre Proclus, un des coryphées de cette erreur
en Orient. Saint Jérôme appelle ce travail insignis ; Pho-
tius, qui le qualifie de oxovdaïa, le cite sous le titre de
xardk Tldrpoxdov, |
2. Théodoret! lui attribue encore le Parvus Labyrinthus
dirigé contre l’hérésie d’Artemon et de Théodote. Pho-
tius l’appelle Tatouv rolnua; on a cru, mais à tort, qu'il
s'en trouvait des fragments dans Eusebe ? : cet historien
déclare lui-même qu'il ne cite que des paroles tirées d’un
écrit anonyme contre Artémon.
D’après les Philosophumena complétés par de récentes
découvertes, et d’après les recherches laborieuses faites
sur l’auteur, quelques critiques ont attribué à Hippolyte
l'ouvrage sur l'Univers ou sur la cause de l’univers, que
Photius assigne à Caïus. Déjà précédemment on avait
rejeté cette opinion, longtemps accréditée, que Caïus
était l’auteur du fragment qui se trouve dans Muratori”,
et qui contient les plus anciens renseignements que nous
ayons sur le canon du Nouveau Testament.
Ci. Hug., Introd. au N. Testam., 1er vol., p. 123, et Kirchhofer,
Collection des sources de l’histoire du canon du N. Testam. Les
1 Heret. fab., U, v. —3 Hist. ecci., V, xxVvim. — 8 Antiq. ital., t. II.
136 MANUEL DE PATROLOGIE.
fragments qui ont été attribués à Caïus et qui ont été conservés se
trouvent dans Gallandi, Bidlioth., t. I; dans Routh, Relig. sacr., t. Il,
et dans Migne, sér. grecq., t. X, au commencement avec des Prolé-
gomènes. Cf. Ceillier, L. II; Lumper, part. vor, p. 17; Mœbler, Patrol.
p. 617.
$ 30. Hippolyte.
Voir les Prolégomènes dans l'édition des Œuvres d’Hippolyte, par
Fabricius, Hamb., 1716; Gallandi, Biblioth., t. I, c. xvın; Migne, t. X.
Ce nom appartient à plusieurs hommes remarquables
de l’antiquité, que l’on a souvent confondus ensemble,
aussi bien que les renseignements qui les concernent.
Celui qui nous occupe passe généralement pour avoir été
évèque de Portus Romanus. La plupart ont cru qu'il sa-
gissait de Porto, dans le voisinage de Rome, ou de Aden,
ville maritime romaine de l'Arabie. C’est seulement
depuis que les Philosophumena ont été complétés, et
depuis les nombreuses recherches dont ils ont été l’objet,
que nous connaissons un peu sa personne et sa vie.
Hippolyte aurait été disciple de saint lrénée, contem-
porain d’Origene et de l’antitrinitaire Bérylle de Bostra.
Fixé ensuite à Rome, il aurait pris une part active aux
querelles dogmatiques de ce temps, car il y avait là des
représentants de presque toutes les sectes. Mais en com-
battant les sabelliens et les noetiens, qui soutenaient le
patripassianisme, il tomba lui-même dans l'excès op-
posé , le subordinatianisme. Il défendit aussi le point de
vue rigoriste contre la pratique mitigée qui avait pré-
valu dans le sacrement de pénitence et dont le pape
Zéphyrin s’était fait le promoteur.
Convaincu de l’orthodoxie de ses opinions, hautement
estimé pour son savoir, après la mort de Zéphyrin il
s’eleva en qualité d’évéque contre son successeur Caliste,
qui lui était personnellement odieux et souleva un
schisme, qui heureusement ne s’etendit pas beaucoup.
De là lui est venu, comme Deellinger l’a prouvé sans
réplique, la dénomination d’Episcopus Portus Romani;
ae
1!
à:
LES POLÉMISTES GRECS. HIPPOLYTE. 137
car si des écrivains grecs lui ont donné plus tard le titre
d’eveque de Rome, les catalogues des papes et les au-
teurs occidentaux ne connaissent point de pape sous ce
nom. Son schisme peut avoir duré quinze ou seize ans;
plusieurs témoignages attestent qu'avant son martyre
il se réconcilia avec le Saint-Siege. Selon toute vrai-
semblance il mourut dans le même temps que le pape
Pontien, vers 235, car les martyrologes et les liturgies
les citent toujours ensemble. De son vivant, ou immé-
diatement après sa mort, ses partisans lui érigèrent une
statue de marbre d’une grande valeur artistique (c'est
le plus ancien exemple que nous avons en ce genre);
conservée jusqu’à ces derniers temps dans la biblio-
thèque vaticane, elle est maintenant au musée de La-
tran. Son cycle pascal (depuis 223 à 333) et le catalogue
(incomplet) de ses écrits, sont gravés sur ce monument.
Plusieurs écrivains ont rendu hommage à ses connais-
sances : Nescis, dit saint Jérôme, quid in libris ejus pri-
mum admirari debeas, eruditionem sæculi an scientiam
Scripturarum !. Entre ses ouvrages, nous signalerons
surtout :
Travaux d'exégèse.
Contemporain d’Origene, le vrai fondateur de l’exe-
gèse, Hippolyte n’a rien qui rappelle sa methode et ses
procédés. Dans ses commentaires sur la plupart des livres
de la Bible, au lieu de poursuivre minutieusement le sens
littéral ou le sens allégorique, il procède plutôt par la
réflexion et le raisonnement, comme on le voit par les
passages cités dans les Chaînes et rapportés par les exé-
gètes postérieurs. Les plus importants sont ses commen-
aires sur le livre de Daniel et sur l’histoire de Suzanne,
qui lui parait une allégorie de l'Eglise chrétienne. Dans
le Nouveau Testament, il s’est principalement occupé de
l'Evangile de saint Jean et de son Apocalypse.
! Hieron., Epist. Lxx ad Magnum.
u WasIEL ME > =D
I-ınnaz somuieiqnues
%s 1e.ies ar ülerents wars i> -Erriure ei ser
den es ie Izise st Sears Tale avec ss
717 ur ox >122use. Vous n en MEERE nee ars que
Apa rrrments . Meile sc kucmem. en Kr chagères.
or. 2 LE CAMIONS. VAL TC SL 1 WEBER. CR JNESERTE
d' 7.2088 vi se racvat aicrs à Bcmme. um mumebe à
a waanzr in ton Sersgeny. L'Exlurazces & Sésére,
anvat de airrssr, wm [einer à Ju Aqua
Severa. sonde emme de “empereur Heimeakal.
VMETIGeS LiGUCIUTUES Sl PO ÉEUTRES
4. Demcastrsis de Christie et eu:whrıte dix-sept cha-
pitess., Ad.» a un de ses amis noœmmme Théophile. Dans
en traité, k pins anrien qui existe sur Faulechrist, Hip-
piste expos d'abord que le Verbe a reveie depuis long-
temps som incarnation aux prophetes. et qu'il est devenu
en s'incarnant le ministre de Dieu pour la rédemption de
tous. « Il cherche à mstruire les ignorants et à ramener
dans la droite voie ceux qui se sont egares. Ceux qui le
cherchent dans la foi le trouvent facilement; ceux qui
frappent à sa porte avec des veux purs et un cœur chaste,
il leur ouvre aussitôt. Il désire sauver tous les hommes,
les faire tons enfants de Dieu ; il les appelle tous à la vi-
rilité parfaite, Car c’est lui, le Fils de Dieu, qui régénère
par le Saint-Esprit ceux qui désirent parvenir à l'état
d'homme céleste et parfait. »
Considérant l’antechrist comme un être personnel, il
cherche à fixer par l’Ecriture, son origine, le temps de
son arrivée, ses séductions et ses impiétés. Il commente
longuement les visions de Daniel et de Nabuchodono-
sor, et trouve dans les dix cornes et dans les dix doigts
des pieds un symbole de l’antechrist. Il emprunte aussi
des traits pour son tableau à Isaie et à l’Apocalypse.
1 Hippolyte et Calliste, p. 24.
LES POLÉMISTES GRECS. HIPPOLYTE. 139
L’antechrist, dit-il, se fera passer pour Dieu et persécu-
tera l'Eglise. Il finit en exhortant Théophile à s'abstenir
de tout péché. Cependant Hippolyte n’est pas bien sûr que
tout cela soit vrai, et il hesite ®.
2. La petite Démonstration contre les Juifs (en dix cha-
pitres) semble plutôt détachée du commentaire sur les
psaumes que former un travail à part.
3. Adversus Platonem, ou Discours aux Grecs. Cet
écrit, dont il ne reste qu'un fragment , roule sur les idées
de Platon touchant l’origine du monde.
4. Il se peut aussi que les dix chapitres contre l’hérésie
de Noët ne soient qu'un fragment. L'auteur y combat
l'hérésie patripassianiste de Noët de Smyrne, et lui op-
pose sa propre doctrine sur l’incarnation du Fils.
5. Sur les Charismes. Plusieurs croient, non sans vrai-
semblance,, que l'écrit touchant la statue d’Hippolyte est
le même que celui qui figure dans les Constitutions apos-
loliques *, et qui développe la pensée de l’apötre®. Seu-
lement, il était peu séant d’y faire parler l’apôtre en son
propre nom et à la première personne.
6. Philosophumena , seu omnium hæresium confutatio,
dix livres. Avant 1842, le premier livre de cet important
ouvrage était seul connu, sous le titre de Philosophu-
mena Origenis*. Depuis, Mynoides Mynas a retrouvé en
Grèce les sept derniers livres, dont le manuscrit est con-
servé à Paris dans la bibliothèque impériale. Cependant
les éditeurs E. Miller, Dunker et Schneidewin ® conti-
nuerent de l’attribuer à Origene ”. Maintenant, après tant
IC. ret xxx. Dellinger, Christian. et Eglise. —* Lib. VII, c. ı
et 1.— 8 I Cor., c. xu. — + Orig. Op., t. I, ed. Bened. — 5 Oxon.,
1851. — ® Græce et lat., Gotting., 1859. Migne, ser. grecq., t. XVI,
pP: à.
TLe Manuscrit de Paris (lib. X, c. xx1) contient cette glose margi-
nale : Qpryévns xal *Qpryévous Ô6Ex. Comme elle se rapporte à un
passage significatif, la profession de foi de l’auteur, on a soupçonné
qu'elle pouvait provenir de quelque copiste qui aurait mal entendu
cetendroit. On sait que les copistes se servent du signe (%) wpatoy
4140 MANUEL DE PATROLOGIE.
de recherches laborieuses, on a cessé de croire à la pa-
ternité d’Origene, de même qu’à celle de Caius, de Ter-
tullien et de Novatien, alléguée pendant la controverse ;
et Hippolyte a été généralement admis comme auteur.
Ces obscurités viennent sans doute de ce que ce livre
était peu connu de l'antiquité, et qu’on n'y faisait guère
usage que du dixième livre sans nommer l’auteur,
comme a fait Théodoret. Le premier expose les systèmes
philosophiques, où l’auteur place le point de départ des
hérésies; viennent ensuite les écoles des brahmes in-
diens, des druides celtiques et d’Hesiode. Le second et le
troisième livres font encore défaut. Le quatrième traite
de la magie, de l'astrologie et des divers systèmes de
superstition ; le cinquième jusqu’au neuvième cite les
doctrines de trente-trois hérétiques, parmi lesquels figure
le pape Caliste; l’auteur termine par les écoles juives des
esseniens, des pharisiens et des sadducéens. Le dixième
livre est une longue récapitulation de l'ouvrage, qui se
ferme par un coup d’eil sur la propagation du peuple de
Dieu en Palestine (plus ancien, dit Hippolyte, que les
Chaldéens, les Egyptiens et les Grecs), par la profession
de foi de l’auteur, remplie d'erreurs, et par une exhor-
tation à reconnaître le vrai Dieu !.
Quoique souvent d’accord avec saint Irenee et les
pour appeler l'attention sur des passages particulièrement impor-
tants. Ce signe étant aussi employé dans les écrits d'Origène, un
copiste aura rendu cette abréviation par *Qpryéyns au lieu de spaio».
(Revue autrich. de théol. cath., p. 618.)
1 Voir sur les éditions de Dunker, Schneidewin, Cruice, le docteur
Nolte dans la Revue de Tubingue , 1861 et 1862, avec différentes cor-
rections ; sur celle de l'abbé Cruice, Krauss, dans la Revue autr. de
theol. cath., 1862. Ont écrit sur Hippolyte : Moretti, Rome, 1752;
Ruggieri, De Portuensi S. Hippolyti sede disserlatio, Rome, 1771. Sur
l’auteur même : Fessler, Hergenræther, Deellinger, Freppel, Le
Normant, Cruice, Pitra, de Rossi, Armellini, Wordsword, Bunsen,
Baur, Jacobi, Volmar (Hipp. et ses contemp. de Rome), Zurich, 1855,
Ces travaux ont été appréciés par Doællinger (Hipp. et Call., ou
l'Eglise rom. dans la prem. moitié du troisième siècle, Ratisb., 1853);
par Hergenræther, Hipp. et Novatien, dans la Revue autr. de théol.
cath., 1863,
LES POLÉMISTES GRECS. HIPPOLYTE. 441
auteurs grecs qui ont traité des hérésies, Hippolyte four-
nit souvent des données toutes nouvelles qui facilitent
singulièrement l'intelligence des systèmes hérétiques :
quelquefois même il les contredit directement; aussi la
publication des Philosophumena a-t-elle modifié bien des
vues et des jugements. Cependant il ne faudrait pas exa-
gérer la valeur de ces données nouvelles.
Le cycle pascal d’Hippolyte, gravé sur sa statue, pa-
rait avoir excité une attention particulière ; il disait que
tous les seize ans Pâques retombait le même jour.
Nous ne sommes pas bien certain que le Züyrayua xarx racüy
aipéoswy et le Ax6bpryBos ?, de même que le Zuxpds Aabüupıvdos 3,
soient d’Hippolyte; il ne nous semble pas qu’ils aient quelque rapport
avec les Philosophumenes.
D'autres écrits sont entièrement perdus, tels que :
Hept Geoû (?) xat oupxôc dvastéoews ( De Deo et -carnis resur-
reclione ) ; Ilepi 1’ dyadou xal nödev ro xaxdv ( De bono et unde
malum) ; d’autres n’ont pas même de titres certains :
Dat el; nacas ypapés ( Odæ in omnes scripturas) ; peut-
être IIpös naoas rag aipkoeıs ( Adv. omnes hereses). Les frag-
ments d’un ouvrage contre Beron et Heliæ (peut-être
Kara Bépwvos xal fhwrüv), Contre Beron et ses contempo-
rains, sont évidemment apocryphes ®.
Le style d’Hippolyte, un des meilleurs auteurs ecclé-
siastiques, n’est pas d’un atticisme bien pur ; il est par-
fois guindé *. |
Doctrine d’Hippolyte.
1. Sur la Trinité, il professait le subordinatianisme et
se servait de la terminologie usitée avec l'apparition de
l'arianisme. Pour lui, le Logos est la raison imperson-
nelle du Père; par un acte de la volonté du Père, il est
1 Hilgenfeld, dans la Revue citée, 1862. — ? Photius, cod. 38. —
Théodoret, Hæret. fab., ıv, 5; cf. Euseb., Hist. eccl., V, xxvil. —
*Dœllinger, Hippolyte, p. 318. — 5 Voir des jugements anciens et
nouveaux dans Migne, t. X, p. 381. |
4142 MANUEL DE PATROLOGIE.
devenu une personne distincte, et Fils de Dieu par l'in-
carnation seulement. Voici peut-être l'expression la plus
choquante de toute sa theorie: « Si Dieu avait voulu faire
de vous un Dieu, il l'aurait pu; vous en avez une preuve
dans le Logos ‘. » Le Saint-Esprit, quoique nommé, n'est
point une hypostase particulière ; de là vient que le pape
Caliste a accusé l’auteur de ditheisme, 8tdeol êote *1
2. De U Incarnaltion, il dit en termes clairs et corrects:
« Nous savons que le Verbe a pris un corps dans le sein
de la Vierge et porté le vieil homme en adoptant une
forme nouvelle ; il a parcouru dans sa vie tous les de-
grés de l’âge, afin de servir de loi à tous les âges.» Îl
insiste principalement sur l’incarnation du Verbe et sur
la réalité de son corps, où xar& guvraslav AN &xnbüe yen
pevos dvépwros*, et pour dépeindre ses travaux, il com-
pare le Christ avec Adam : « Le Verbe premier-né cherche
la première créature Adam, dans le sein de la Vierge;
celui qui vit à jamais cherche celui qui est mortpa
la désobéissance ; celui qui est du ciel appelle en haut
celui qui est de la terre; celui qui est libre a voulu pa .
la servitude affranchir l’esclave®.» C’est pour la même fin
qu’il est mort sur la croix, c’est pour racheter l'homme
perdu 6.
3. Voici comment il parle de la création : « Dieu na- |
vait rien qui lui fût contemporain, quand il résolut de .
créer le monde. Il nous suffit donc de savoir que rin
n’était contemporain de Dieu, qu'il n'existait que lui’. »
4. «a L'Eglise est un vaisseau en pleine mer, ballotté :
par les flots, mais qui ne périt point, car il est dirigé
par un pilote habile, Jésus-Christ. Avec le trophée de la
croix du Christ, l'Eglise triomphe de la mort; et ave .
ses autres moyens dont elle dispose, elle conquiert ke.
1 Philosoph., X, xxxıu. — 2 IX, XI. —® Ibid., X, xxx, — * Conl.
Noet., c. zvil. — 5 Serm. de cant. magn., ap. Theodaret., Dial. I;
Migne, t. X, p. 866. — © De Christo et Antich., ec. IV. 7 Philosoph, “
X, xxxu; Cont. Noet., x.
LES POLÉMISTES GRECS. HIPPOLYTE, 443
monde. L’Eglise, est aussi une chaste épouse à la-
quelle les hérétiques osent faire violence *. » Les minis-
tres de l’Eglise sont les évêques, les prêtres et les diacres.
Comme saint Irénée, notre auteur donne aussi le nom
de prêtres aux évêques 5.
5. Hippolyte a quelques beaux passages sur le bap-
ème et l’Eucharistie : « Le Logos est descendu vers
l'homme pour le laver dans l’eau et dans l'Esprit ; il l’a
régénéré à l’incorruptibilite de l’äme et du corps, en lui
inspirant l'esprit de vie et en le revêtant d’une armure
impénétrable. Celui qui descend avec foi dans ce bain de
la régénération , renonce au mal et se dévoue à Jésus-
Christ. 11 sort du baptême, resplendissant, comme le so-
leil des rayons de la justice *. »
Eucharistie. « Chaque jour son corps précieux et im-
maculé est consacré et offert sur la table mystique et
divine en souvenir de cette première table à jamais mé-
morable où fut célébré le mystérieux et divin repas. »
Dans le commentaire de ces mots : Venile, comedite pa-
nem meum , il représente l’Eucharistie comme sacrifice :
«Il a donné sa chair divine à manger, et son sang pré-
deux à boire pour la rémission des péchés 5. »
La législation de l'Eglise sur le mariage ressort nette-
ment de l'accusation intentée à Caliste par Hippolyte,
d'avoir outrepassé les bornes de la modération 6.
6. À ceux qui niaient la résurrection des morts, il di-
sait: « S1 vous croyez avec Platon que Dieu a fait l’âme
inmortelle, vous devez croire aussi qu’il a le pouvoir
de ranimer le corps et de lui conférer l’immortalité ; rien
n'est impossible à Dieu 7. » Sur ce point, comme d’autres
auteurs avant et après lui, l’auteur est millénaire.
| 1. Dans son rigorisme outré, Hippolyte reprochait au
! De Christo et Antich., Lix. — % P. Susan. Dan., xm, 15, 22. —
inger, op. cité. — * Hom. in Theoph., vu et x. — 5 Fragm. in
Prov., 1x, 4 ; Migne, ser. gr.,t. X. p. 626. — © Deellinger, op. cit. —
! De causa universi, c. 11 et II.
444 MANUEL DE PATROLOGIE.
pape Caliste d'offrir à tous les pécheurs la rémission de
leurs péchés. Mais ici, comme à propos du Logos, c'est
la doctrine du pape qui est restée orthodoxe ; de lä les
honneurs qui furent rendus à son tombeau dans les ca-
tacombes.
Voir dans Dallinger (Hippolyte, p. 111), la justification du pape
Caliste contre les accusations d’Hippolyte. Cf. Ceillier, éd. Ars, t. Il,
p. 316; éd. 2e, t. I, p. 607; Mœhler, Patrol., p. 58.
$ 31. L'Ecole eatéehétique d'Alexandrie.
Eusèbe, Hist., V, x; Guerike, De schola quæ Alex. floruit catech.,
Halle, 1824 ; dans un sens presque opposé sous le même titre, Hassel-
bach, Stettin, 1826. Jules Simon, Hist. de l'école d’Alex., Paris, 184.
Redepenning, Vie et doctrine d’Orig., Bonn, 1841, p. 57.
L’ecole d'Alexandrie, dont les origines sont contro-
versées parmi les savants, parce qu'elle a été citée sous
des noms divers, a exercé une influence considérable sur
les progrès et principalement sur le caractère scientifique
de la littérature chrétienne *.
Eusèbe ayant dit de cette institution qu'il nomme
Starpıbh Tov riorüv, Giduoxahetov ray fepiv Adyuv et uducxudeiv
is xarnyñoeus, qu'elle existait à Alexandrie, « selon une
ancienne coutume, » et saint Jérôme l’ayant fait remonter
jusqu à Jean-Marc, le fondateur de la chrétienté de cette
ville, il est croyable qu’elle ne fut d’abord destinée qu'à
l'instruction élémentaire des nouveaux chrétiens. Centre
de l’erudition juive et païenne, foyer d'opinions philo-
sophiques et d’hérésies nombreuses, Alexandrie sentit
bientôt le besoin d'une institution scientifique qui four-
nirait aux clercs et aux laïques chrétiens des moyens
de défendre leur croyance contre les attaques des paiens
et des juifs, et contre les subtilités des hérétiques. Pour
répondre à ces besoins multiples, on s’appliqua surtout
à l'étude de l’Ecriture sainte et à l’exegese. Grâce à ces
efforts et à la direction d'hommes libres, cet établisse-
I R edepenning, p. 57, note 1.
LES POLÉMISTES GRECS. CLEMENT D'ALEXANDRIE. 414$
ment théologique, qu’on continua d'appeler l’école caté-
chétique d'Alexandrie, prit un caractère accentué, une
direction précise, qui provoqua bientôt, sur le terrain
de la théologie scientifique, de nombreuses dissidences.
Pantène passe pour en avoir été le premier chef. Né
en Sicile, suivant une indication de Clément d’Alexan-
drie‘, partisan, dans sa jeunesse, des doctrines stoi-
ciennes ?, converti ensuite par un disciple des apôtres,
il sappliqua avec ardeur à l'étude de l’Ecriture ®, jus-
qu'au moment où il fut nommé chef de cette école. Sa
réputation de philosophe, de théologien et d’exegete se
répandit au loin. Du fond des Indes (s’agit-il des Indes
proprement dites, ou de l'Arabie du sud?) on exprima
le désir d'entendre l'Evangile de sa bouche. Il s’y rendit
avec l’agrément de Démétrius son évêque, et on prétend
qu’il y trouva l’évangile de saint Matthieu en hébreu.
De retour à Alexandrie, il continua ses travaux jusqu'en
22, suivant saint Jérôme; selon d’autres indices, il
n'aurait déjà plus été là vers 202. On lui doit, outre ses
lecons verbales, plusieurs commentaires sur l’Ecriture
sainte, dont il ne resie que de maigres fragments 5.
Il eut pour successeur, au troisième siècle, Clément
d'Alexandrie, qui parle souvent de lui avec admiration,
Origene, Héraclas, Denis le Grand, Pierius (le jeune Ori-
gene), Théognoste et Pierre le martyr; au quatrième
siècle, Didyme l’Aveugle et Rhodon, avec lesquals s’e-
teignit cette remarquable institution.
S 32. Clément d'Alexandrie (mort vers 217).
Cf, Notitia hist.-litterar. in Clem. Alex., in Fabric. Bibl. græca,
ed. Harless, t. VIL et Potter, Préface de son édition des Œuvres de
Clément, Paris, 1715; réimprimés tous deux, avec les Testimonia
veterum de Clemente, dans Migne, ser. gr., t. VIII.
Titus - Flavius Clemens , né vraisemblablement à
I Strom,, E, 1. — 2 Hier., Catal., c. xxxv1; Euseb., Hist., V, x. —
3 Photius, Cod., 118. — * Hier., Ep. Lxx ad Magn. — ® Halloix, Vita
10
146 MANUEL DE PATROLOGIE.
Athènes, avait parcouru durant le cours de ses études
littéraires tous les systèmes philosophiques et religieux,
sans y trouver l’entière satisfaction qu'il y cherchait. Ce
bonheur ne lui échut que lorsqu'il entendit les lecons de
Pantene, chef de l’école d'Alexandrie. Désormais, «il
passa du culte criminel du paganisme à la foi au divin
Rédempteur et à la rémission des péchés. » Chrétien et
prêtre de l’école d’Alexandrie, il conserva cependant le
goût des études philosophiques, et, comme Justin, il re-
tint de la philosophie païenne, de Platon surtout, tout ce
qui lui parut compatible avec le christianisme.
Nommé successeur de Pantène par l’évêque Démé-
trius, il accrut encore la renommée de l'école d’Alexan-
drie. Obligé de prendre la fuite en 202, lors de la per-
sécution suscitée par Septime-Sévère, il passa quelque
temps à Flaviades en Cappadoce auprès de l’évêque
Alexandre, son ami, qu'il suivit à Jérusalem, lors-
qu’Alexandre fut nommé coadjuteur de l’évêque Nar-
cisse. Clément retourne-t-il à Alexandrie? Nous l’igno-
rons. Mort dans une haute vieillesse, vers 217, on lui a
gardé un souvenir reconnaissant ‘. Dans l'Eglise orien-
tale, il a été souvent qualifié de saint, et en Occident
Usuard l’a inséré dans son martyrologe. Toutefois il ne
figure pas dans la nouvelle édition du martyrologe ro-
main, publié en 4751 sous Benoît XIV ; les raisons en
sont indiquées dans la bulle Postquam intelleximus, que
ce savant pape a placée en tête.
De ses écrits nous possedons les suivants : l’Avertisse-
ment aux Grecs *; le Pædagogue (trois livres), sorte d’in-
troduction à la morale chrétienne ; les Stromates, ou
Tapisseries (sept livres), examen approfondi des vérités
Pantæni, p. 851 ; Ceillier, 2e éd., t. I, p. 235-239; Tillemont, t. I,
p. 170; Moshler, Patrol., p. 399.
1 Voir des détails sur lui dans son Pédagogue, Il, x; dans ses Stro-
mates, I, 1; Eusèbe, Hist., VI, I, III, VI, XI, XIV; Prepar. Evang., Il,
I; Epiph., Hæres., XXXII, vi; Hieron., Catal., c. xxxviu; Photius,
Codex, 109-111.— ? Voir plus haut, 8 26.
LES POLÉMISTES GRECS. CLEMENT D’ALEXANDRIE. 147
de la foi, et enfin : Quel riche sera sauvé? Quis dives sal-
velur ? en quarante-deux chapitres.
Ce dernier écrit, plein d’attraits, est un commentaire
pratique de ce texte évangélique : « Il est difficile aux
riches d’entrer dans le ciel.» On y trouve aussi la belle
legende de l’apôtre saint Jean courant à la recherche
d'un jeune homme égaré dans une troupe de brigands ?.
La conclusion de Clément est que le riche ne doit pas
désespérer de son salut, que la richesse peut même lui
servir de moyen pour l’opérer, que tout dépend ( comme
le disait plus tard saint Jérôme) si on en est le maître ou
l'esclave ; que la perte du riche ne vient point de ses ri-
chesses, mais des dispositions avec lesquelles il les a pos-
sédées.
Le plus considérable de ses écrits perdus sont les Adum-
brationes, explication de certains passages de l’Ecri-
ture et de quelques apocryphes : ouvrage plein d'erreurs
théologiques, au dire de Photius, et rédigé probablement
à l’époque de sa conversion. D’autres ouvrages perdus
traitaient du jeûne, de l’abstinence, de la calomnie, de la
patience ; il reste quelques débris de ses traités sur l'âme
et sur la Providence. On regrette surtout la perte de De
Paschate et De Canone ecclesiastico, qui roulent l’un et
l'autre sur la fête de Pâques.
Le style de Clément est imagé, tour à tour obscur et
diffus ; peu logique dans sa méthode, il change souvent
de sujet sans transition.
En essayant de poser les fondements de la science de
la foi, Clément a pris une place considérable dans la litté-
ralure chrétienne; de là l'intérêt particulier qui s’attache
à son Pédagogue et à ses Tapisseries, et à.ses vues sur les
rapports de la philosophie avec le christianisme et la
règle de foi. I1 y a là, de plus, une richesse d’érudition
qui devient quelquefois accablante.
1 Matth., xıx, 91-24. — ? En grec, par Lindner, dans Biblioth.
Patr. eccles. select., Lips., 1862.
tés WaWEL BE PAYBOLSCHE.
Le Prkiasermur est dre à Timstreclion des catechu-
memes (ee ir: et zum Pami. que le loi avait servi de
RNSCACE Nur NIUE Immer à Besas-Christ, utilisée déjà
dun & lextr C'Reme est reprise ic dans un sens
Snrüne is Tu rıhin wur. » sssitre de la vie chre-
Te :?X # CIC name. qui mous aide à la fois
rüntre rer +7 cm Ihrem Chravat oppose Sa mo-
ar SuhlIme MES IDARICS NETIOUeS des paiens, qu'il dé-
NU LREURALRLS ZUR IE Lane cradiée de langage.
„7s Srwmpir 2SRAURERC za puit de vue philoso-
fut A minnei # Mets ae ia philosophie chre-
Juute 1: à NUR crançee ei be judaisme !. «Le
Qininrn it à NUIDEESSEEY jar. c'est la foi, l'es—
TURN AO CRI. Ke Dur de ua fu, c'est de faire
gts zu se pers ® » Les Ivrer Ill et IV traitent dun
EN. 4 à wo. Dr mature: kb Evre V, de ln
Qi. Nuitée € AUS UE Sem pr arniver à le vérité ;
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Wu arm à à x Ar lives VIE - « eve me s'étonne
WOK Zu Haute JUL alter Dar nes expialions ; ROUS
NR AUS NATUR BEN, LE in des Grers. afin qu'on
M Qu de & Le nus sirativesme et d'en extraire
AU UN AUS ZU Ie Quiz > Clenmest avant annoncé
WAR Nuit. du © NEIL JS par Photins con-
NAN AV OÙ di A ANGE dimure. um dal considérer
Rate WE vue suibencuum. malgre tot cæ qui a
We AE de cvuinuie. Cast (aumritsm d'un svsièmne die-
QaUque ques à otuun d'Acsoute et la methode de
Phtuu, cuuvcpree Jens ie Qut d'eutier Les chrétiens à
UNNA de à piveopitie, ait ils me sun pes infé-
HOURS AUX ARE,
COUV ARU que tou une pme vient de Dieu.
Clément attribue à luence du Verbe divin avant lin-
Mu Wus en ous sieuments de Lx philosophie
Le LS, 3 Lan
LES POLÉMISTES GRECS. CLÉMENT D'ALEXANDRIE. 149
païenne ! : « Avant l'apparition du Verbe, les Juifs ont
eu la loi, et les Grecs la philosophie®?; » de là le nom de
« Moïse attique » qu'il donne à Platon®. La philosophie
est le premier degré pour arriver à Jésus-Christ et à sa
doctrine parfaite. L’etudier est le meilleur moyen de
culture intellectuelle ; c’est par là seulement qu’on peut
amener les païens au christianisme ; « car on inspire
surtout de la confiance quand on joint la connaissance
des choses à la réfutation. » La philosophie est un solide
boulevard contre les attaques des hérétiques. Elevée par
la foi chrétienne jusqu'à la gnose véritable, elle rem-
plit le gnostique de délices et le purifie de ses passions.
« La gnose lui enlève ses passions psychiques, le sanctifie
et le soustrait aux vices; c’est le cas surtout d'appliquer
cette parole : « Vous êtes lavés. » Le parfait gnostique
est celui qui a blanchi dans l’étude des saintes lettres,
« celui dont la vie n’est que paroles et actions conformes
à la tradition du Seigneur. » Ainsi, tout en appliquant
aux chrétiens lettres le terme vague et captieux de
gnostique, Clément l’entend aussi dans un autre sens.
La gnose, dit-il, n’est pas le privilège d’une classe parti-
culière (les soi-disant spirituels) ; c’est un don analogue
au don de la science que le Seigneur accorda à Pierre,
à Jean, à Jacques et à Paul.
Après avoir frayé les voies à la théologie, la philoso-
phie, dit Clément après Aristote, doit lui rendre les
offices d’une servante, ancilla theologiæ. « La philosophie
des Grecs, tout en portant le même nom, diffère de la
nôtre soit par l’étendue des connaissances, soit par l’évi-
dence des preuves; car nous sommes enseignes de Dieu,
et c’est par son Fils que nous connaissons les saintes
Ecritures. » « Il faut donc emprunter la sagesse à la
philosophie grecque comme on cueille des roses parmi
1 D'après Jean, 1, 4-5, 9-10. — % Lib. IV, v, 8 41. — 3 Strom., I, XXI,
à la fin. — ® Strom., I, xx. .
150 MANUEL DE PATROLOGIE.
des epines. » En philosophie, Clément avoue lui-memg' d
qu'il est éclectique. À
Pour que la science révélée demeure intacte dans lg.
croyance traditionnelle de l'Eglise, Clément veut que lg!
philosophie soit édifiée sur le fondement de la gno@ |
chrétienne, de la foi ecclésiastique, d’après ce principe 4:
Fides præcedit intellectum‘. Ce principe, valable seule-":
ment pour le gnostique chrétien et non pour l’ineroyant;.
est aussi nécessaire que fécond en conséquences ; car;
dès que le chrétien admet que Jésus-Christ est Dieu et ug
maître infaillible, il serait absurde de subordonner sol
adhésion au christianisme à une démonstration scientis i
fique : il suffit que Dieu ait répondu aux questions dét:!
sives. La foi infaillible de l'Eglise est pour nous k:;
criterium de la vérité ; en adhérant fermement à la dot:
trine divine et en la gravant dans sa conduite, le chr& ih
- tien , selon la promesse du Christ, arrive à reconnaitn »;
qu'elle est divine ?. Aussi «la foi n’est pas moins nétes 4,
saire à la vie spirituelle du gnostique que la respiralioß:.,
à la vie sensible. » « Ces deux choses, la foi et la scienc : |,
sont inséparables. Pas de foi sans la science et pas à};
science sans la foi®. » A
Le but de la science n’est donc pas d'ajouter à la foi:
mais de la développer et de l’affermir : « La foi es k, fl
connaissance résumée des choses essentielles ; la gnos ;;,
c’est la ferme démonstration de ce qu’on a appris park.
foi, comme elle est édifiée sur la foi par la doctrine di...
Seigneur, la foi devient ainsi une connaissance inebraß..,,
lable. » Le simple fidèle adhère à la foi uniquemen, |
parce qu’elle vient de Dieu; le théologien, parce que,
est nécessaire et forme un tout harmonieux. h
Mk
! Par le mot foi, Clément entend tantôt la doctrine même, tant},
l'adhésion à cette doctrine, adhésion qui est à la fois naturellet
surnaturelle. Par son côté surnaturel, « la foi est une force pour!" El
salut et une puissance pour la vie éternelle. » Strom., IL, x. tr
3 Jean, vu, 17. — 3 Strom., I, ı. Lib. VID. xp
Ir
re
— — = ——— ———— ——
LES POLÉMISTES GRECS. CLÉMENT D’ALEXANDRIE. 1451
Cette théorie sur les relations de la foi et de la science,
Clément n’y est pas toujours resté fidèle ; non-seulement
dla fait servir la philosophie à l'explication de la théo-
t.Jogie, mais il l’a confondue quelquefois avec celle-ci; il
. Se dit lui-même au début des Stromates : « Ces livres
- contiendront les vérités chrétiennes mêlées aux doctrines
: philosophiques , ou plutôt couvertes et cachées par
… celles-ci, comme l'écorce cache le noyau du fruit; » pas-
. sage qui, dans la suite, l’a fait accuser de platonisme.
Doctrine de Clément d'Alexandrie.
Le but pratique que Clemenf‘ dit s’être proposé dans
. son grand ouvrage ne permet pas d’y chercher un ordre
_ systématique; en revanché, on y trouve quantité de
. beaux passages sur les doctrines de l'Eglise, ses insti-
. tutions, ainsi que sur la vie ascétique !.
1. Il rejette les livres apocryphes et n’admet que
. quatre évangiles ; il cite tous les autres livres canoniques
_ du Nouveau Testament , à l'exception de l’épitre à
. Philemon, de l’epitre de saint Jacques et de la seconde
de saint Pierre. Il a aussi des textes de la plupart des
livres de l’Ancien Testament, et même des livres deuté-
rocanoniques : Esther, Tobie, Sagesse, Ecclésiastique,
. Maccabées. Quand il emprunte aux apocryphes, il ne
= mets tte
marque point leur rapport avec les livres canoniques,
dont il atteste l'inspiration par diverses formules.
2. La sainte Trinité est proclamée à la fin du Pedagogue
dans la prière suivante : « Regardez vos enfants d’un
œil propice, divin Pédagogue; Fils et Père, qui n'êtes
qu'un Seigneur, donnez à ceux qui vous obéissent d’être
remplis de la ressemblance de votre image, et de vous
trouver selon leur pouvoir un Dieu et un juge favorable;
fites que tous, tant que nous sommes, qui vivons dans
votre paix, étant transférés à votre cité immortelle,
après avoir traversé les flots que met le péché entre
Permaneder, Patrol. special., t. II, les a groupés avec soin.
PRG TV C IE
si. À [I CE S ir FÜRR
152 MANUEL DE PATROLOGIE.
elle et nous, nous nous assemblions en tranquillite par
votre Esprit-Saint, pour vous louer et vous remercier
nuit et jour jusqu'à la fin de notre vie!.» C'est donc à
tort qu'on l’a accusé de sabellianisme ou de subordina-
tianisme; les obscurités de son style s'expliquent en
grande partie par la discipline de l’arcane ®.
3. Il est surtout intéressant de l’entendre parler de
l'Eglise : « Maintenant je ne nomme pas le lieu, mais
l’assemblée des élus de l’Eglise®.» La véritable Eglise,
dit-il, est celle qui est la plus ancienne et qui a précédé
toutes les hérésies; Eglise une comme Dieu est un;
Eglise catholique, où l'on trouve la pleine vérité, et non
chez les hérétiques®, lesquels sont tous postérieurs aux
apôtres et n’ont avec eux aucun rapport. C'est par eux,
au contraire, que les saintes Ecritures ont été ou muti-
lées, ou rejetées, ou faussement interprétées; car ils ont
renié la tradition de l'Eglise (orientale)®. Leurs maïtres
n'ont que des opinions, tandis que nous avons la tradi-
tion divine transmise par les apôtres et leurs disciples :
« Pour nous, celui-là seul est un (vrai) gnostique qui a
blanchi sur les saintes Ecritures, qui conserve la règle
dogmatique des apôtres et de l'Eglise, qui vit selon
l'Evangile, qui puise dans le Seigneur, dans la loi et les
prophètes, les preuves dont il peut avoir besoin 6.»
4. Si les confesseurs de la foi meurent en si grand
nombre , comparativement aux heretiques , Clément
l’attribue à la visibilité de l'Eglise : « Les uns disent que
le martyre consiste dans la vraie connaissance , les
autres que c’est un suicide de confesser Dieu au péril de
sa vie; selon d’autres, c'est la crainte qui inspire de
pareils sophismes. Quant à l'Eglise catholique, elle exige
de ses membres, tout en désapprouvant qu'ils aillent
s'offrir eux-mêmes, qu'ils confessent ouvertement devant
1 Cf. Pædag., I, vi; Strom., V, xıv. (Cit. du trad.) — 3 Huber,
Philos. des Pères de l’Egl., p. 140. — 8 Strom., VII, v. — * Ibid., xv,
XV, xxvi.— 8 Ibid., xvi. — 6 Ihid., xvı;5 cf. c. XVII.
LES POLEMISTES GRECS. CLÉMENT D'ALEXANDRIE. 133
l’autorité leur foi au Dieu vivant, qu'ils la défendent de
leur mieux, et, s’il le faut, qu’ils la scellent de leur
sang.»
5. Des SACREMENTS. — Le baptéme. « Nous voyons se
réaliser précisément ce qui a été figuré par le Seigneur.
Baptisés, nous sommes éclairés ; éclairés, nous recevons
l'adoption des enfants; adoptés, nous devenons parfaits;
parfaits, nous devenons immortels. Cette opération a
différents noms : grâce, illumination, ablution. Grâce,
en tant que nous sont remises les peines dues au péché ;
illumination, parce qu’il nous est donné de voir cette
sainte et salutaire lumière par laquelle nous gonnaissons
Dieu ?. »
La pénitence. « Ce qui est fait est passé, et ne saurait
n'avoir pas été fait. Aussi, en remettant les péchés
commis avant la foi, le Seigneur ne fait point qu'ils
n'aient pas été commis, mais il fait comme s'ils ne
l'avaient pas été. » Il en est autrement des péchés
commis après le baptème, et qui sont proprement la
cause pour laquelle Dieu punit l’homme. «Il faut savoir,
en effet, que ceux qui tombent dans le péché après le
bain (baptismal) ne doivent plus seulement être avertis,
mais châtiés. Ce qui a été fait avant est remis; ce qui a '
été fait après doit être effacé par l’expiation®.» Et alors
même que le pécheur fait pénitence et est pardonné, on
doit lui faire sentir sa faute, puisqu'il n’y a pas de
nouveau bain pour le laver de ses péchés®. Pour des
fautes très-graves, on ne doit imposer qu’une fois la
pénitence publique. Aussi la vrai pénitence consiste à ne
plus pécher®.
Cette expiation se continue dans le purgatoire; car si
les justes, à proportion de leurs mérites, entrent dans un
lieu de repos, il n’en est pas ainsi de ceux qui ne sont
pas entièrement purs. Quand un chrétien, par une
1Strom., IV, vu, x. — % Pædag., I, VI. — ® Strom., IV, xxIv, à la
fin. — Ibid., II, xım. — 8 Jbid., IV, xu, à la fin.
154 MANUEL DE PATROLOGIE.
longue pénitence, s’est débarrassé de ses fautes, il passe
de là à un châtiment plus sévère, bien qu'il soit mieux
là qu'où il était précédemment. — Cependant, alors
même que les peines y ont cessé et que l’expiation est
accomplie, il lui reste la tristesse de n'avoir pas été jugé
digne d'entrer dans la même bergerie que les autres,
ce qui exige la vraie connaissance et l'amour de Dieu.
Le bon chrétien doit donc (dans ses prières) garder un
souvenir compatissant à ceux qui, après la mort, ont
encore des peines à souffrir, et qui, maintenant, con-
fessent leurs péchés dans la douleur.
Eucharistie. L'Eglise appelle ses enfants et les nourrit
de son lait, — l'enfant devenu Verbe. — Le Verbe est
tout pour l’enfant : il est son père, sa mère, son maître,
son nourricier. Mangez ma chair, dit-il, et buvez mon
sang. — Cette nourriture toute particulière, c’est le Sei-
gneur qui vous l'offre; il vous présente sa chair, il
répand son sang; rien ne manque plus à l'accroissement
de l'Eglise. O mystère incompréhensible 5! Le sacrifice
de Melchisédech est la figure du sacrifice eucharistique *.
Si Clément préfère la virginité, cette anticipation de
notre état futur, le mariage ne lui semble pas moins
“sacré dans son but. « L’Eeriture, dit-il, ne permet pas
aux mariés de se séparer, et elle établit cette loi : Vous
ne quitterez point votre femme, si ce n’est pour adultère ;
mais elle croit que c'est adultère à ceux qui sont séparés,
de se remarier tant que l’un des deux est en vie®. »
6. Il décrit avec transport les avantages de la vie reli-
gieuse et ascétique. La prière étant un commerce, un
entretien avec Dieuf, contribue beaucoup plus à la
perfection que la société des hommes vertueux. « Ceux
qui sont.le plus versés dans la connaissance de Dieu et
qui lui répondent par leur vertu, doivent aussi prier
1 Strom., lib. VI, c. xIv, et IV, xxv. — 2 Ibid., VII, xu. — 5 Pedag.,
I, VI —® Strom., IV, xxv, à la fin.— 5 Ibid., II, xxım. (Cit. du trad.)
— 6 Strom., VII, vn.
LES POLÉMISTES GRECS. CLÉMENT D'ALEXANDRIE. 155
davantage, afin que le bien leur devienne habituel; le
mercredi et le vendredi, ils doivent joindre le jeùne à la
prière.» Uni à la société des fidèles, « le gnostique prie
avec les anges, auxquels il ressemble déjà; — même
quand il prie seul, il est entouré du chœur des saints!.»
« Sa vie entière doit être un hymne et une louange à
Dieu 2. »
7. Sur la nécessité, les avantages et le prix de la
science, Clément a de magnifiques passages : « Celui
qui veut atteindre à la gnose sans philosophie, sans
dialectique et sans étude de la nature ressemble à celui
qui, sans avoir cultivé la vigne, voudrait récolter du
raisin 5. » A la gnose se joint la charité, qui est sa pléni-
tude?. Le gnostique est l'homme parfait au point de vue
moral; car l'occupation des choses intellectuelles l’é-
loigne des objets sensibles, et la gnose purifie l’âme.
Mais lorsque Clément va jusqu’à faire de son gnostique
un être passif, une monade semblable à Dieu’, il s'éloigne
de la pensée catholique et tombe évidemment dans le
stoicisme. |
L'importance de Clément dans l’histoire littéraire du
christianisme consiste, selon nous, en ce qu'il est le
premier en Orient qui ait tenté d'établir en face de la
philosophie païenne une philosophie chrétienne indépen-
dante. Saint Irénée avait reculé devant cette tâche.
Editeurs de ses Œuvres: Sylburg, Heidelb., 1592; l’anglican Potter,
Oxon., 4715, 2 vol.; réimprimé par Migne avec de nouvelles re-
cherches, ser. gr., t. VIIL et IX. Edition portative d'Oberthür, gr. et
lat. (Collect. Patr. grec., t. IV-VI); de Klotz, grecq., Lips., 1831,
4 vol., très-incorrecte. Cf. Tillemont, t. II; Ceillier, t. II, ed. 2°;
Reinkens, De Clemente Alex., homine, presbytero, philosopho, theo-
logo, Vratisl., 1850; Moehler, Patrol., p. 430.
! Strom., VI, x. — % Ibid., vi. — 3 Ibid., 1, ıx. — + Ibid., VII, x.
— 5 Ibid., IV, xxım.
156 MANUEL DE PATROLOGIE.
$S 33. Origène ( mort en 254).
Cf. Dan. Huetii Origeniana, Paris, 4668-1769 ; De la Rue, Op. Orig.,
t. IV; Migne, ser. gr., t. XVII; Héfelé, dans l’Encycl. de la théol.
catholique, éd. Gaume.
Né à Alexandrie, vers 185, de parents chrétiens et
nourri des principes de la foi, il n’est pas étonnant
qu'Origène ait voulu, dès sa jeunesse, partager le mar-
tyre de son père Léonide. Arrêté dans son dessein, il
protesta par écrit « qu’il ne changerait jamais de senti-
ment par égard pour ses proches. » Ses maitres en théo-
logie furent Pantène et Clément, puis le néoplatonicien
Ammonius Sakkas, dont les leçons, fréquentées en
compagnie de Longin et de Plotin, eurent sur lui une
prodigieuse mais funeste influence‘. Chef de l’école
d'Alexandrie dès l’âge de dix-huit ans (203), très-versé
dans la littérature grecque, doué de talents remar-
quables, relevés par le goût de la piété, il montra tant
de profondeur dans ses lecons sur l’Ecriture, que ses
auditeurs « le croyaient inspiré du Saint-Esprit, d'où
émanent les prophètes. » Plusieurs de ses auditeurs
l'affectionnaient à un tel point que, si l’on en croit saint
Grégoire le Thaumaturge, ils disaient de lui : «C’est l’âme
de David fondue avec l’âme de Jonathas. » Préludant à
son cours de théologie par des lecons qui embrassaient
tout le domaine de la philosophie, psychologie, dialec-
tique, physique, géométrie, astronomie, philosophie
morale, histoire de la philosophie, il captiva une foule
de jeunes paiens. Le cours de théologie se terminait par
l'étude complète de l’Ecriture sainte.
Parmi ses disciples, nous citerons le martyr Plu-
tarque, évêque d’Héraclée, Herais et peut-être aussi
Potamienne. Plusieurs se distinguèrent comme martyrs
dans la persécution de Sévère, qui, en Egypte, fut
poussée avec une grande énergie par le proconsul
1 V. Krüger, Revue de théol. histor., de Illgen, 1843, t. I.
LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 457
Aquila (203). Origène les avait souvent excités au mar-
tyre au péril de sa vie!.
Origène vivait en véritable ascète. Malheureusement,
son zèle et son austérité le poussèrent à un acte que
lui-même déplora dans la suite. Une fausse interpré-
tation de l'Evangile le determina à se mutiler lui-même
pour tuer les passions dans leur germe et échapper aux
méchants propos des païens touchant ses relations avec
les femmes, dont plusieurs recevaient ses lecons. Cette
action, qu’il dissimula d’abord, lui valut plus tard toute
sorte de désagréments. Désireux de faire connaissance
avec la plus ancienne Eglise, il fit le voyage de Rome
dans les premières années du troisième siècle ; mais il
retourna bientôt à Alexandrie pour y reprendre son
enseignement. Il se chargea, avec l’aide d’Heraclas, de
la premiere division des catéchumènes. C'est à cette
époque que furent composés ses grands travaux sur
l'Ecriture sainte. Son ami Ambroise, qui était riche,
l'aida de ses ressources ; il lui donna sept notaires pour
écrire sous sa dictée, sept copistes et des filles qui trans-
crivaient ses travaux en la plus belle écriture. Grâce à
ces secours, il put commencer son grand ouvrage bi-
blique, les Hexaples, pour lesquels il se mit à l'étude de
l'hébreu.
En 245, il fit le voyage d'Arabie pour y instruire un
général désireux de se convertir. L’année suivante, il
fuyait de nouveau Alexandrie afin d'échapper aux em-
bûches de Caracalla, et se rendait à Jérusalem auprès de
son ami l’évêque Alexandre, et de Théoctiste de Césarée.
Retourné à Alexandrie, il fut bientôt appelé à Antioche
pour initier au christianisme la mère d'Alexandre Sévère,
Julie Mammée. Vers 228, il fut délégué en Grèce pour
apaiser des divisions qui venaient d’y éclater. Il s’y
rendit, avec des recommandations écrites de l’évêque
1 Cf. Eusèbe, Hist., VI, c. 11, IN, VI, VII, XIV, xxXVI; Hieron., Catal.,
C. LIV; Photius, Cod., 8.
160 MANUEL DE PATROLOGIE.
celle des Septante, celle de Théodotion. Quand certains
livres avaient différentes versions, il les ajoutait encore,
de sorte que son ouvrage avait souvent huit, quelque-
fois neuf colonnes; de là le nom d’octaple et enneaple.
il indiquait par des signes les passages qui variaient dans
les diverses traductions. D’autres travaux préparatoires
moins importants furent ses recherches sur les noms
propres de la Bible, sur les poids et mesures des Hébreux.
Origène procédait par des scolies, des commentaires
et des explications pratiques semées d’exhortations mo-
rales. Ce travail forme les sept huitièmes des œuvres
encore existantes.
Dans les Hexaples et les Octaples, Origène apparait
comme le fondateur de l'interprétation philologique et
grammaticale; mais il ne la considère que comme un
moyen; à ses yeux, la suprême mission de celui qui
étudie la Bible consiste à approfondir le sens mystique
et allegorique, en quoi il a surpassé de beäucoup son
maître Clément. Ce système d'interprétation, il le justifie
par le caractère inspiré de l’Ecriture ?, par l'exemple de
saint Paul® et par les contradictions qu’offrirait le sens
littéral*. Il avoue cependant que « les passages histo-
riques sont plus nombreux dans l’Ecriture que les
passages uniquement spirituels ou allégoriques 5. »
Travaux apologétiques et polémiques.
4. Nous avons déjà parlé (8 26) de ses huit livres Contre
" Celse, composés à la prière de son ami Ambroise
d'Alexandrie.
1 Ce que les Septante avaient de plus que l'hébreu était marqué
d'obélisques ou de petites broches ; ce que l’hébreu avait en plus était
désigné par des astérisques. Il est douteux qu’il se soit servi d’autres
signes.
% 11 convient de croire qu’il n’y a pas dans l’Ecriture un seul iota
d'où la sagesse divine soit absente. Hom. in Ex., I, 1v.
, 8 Gal., 1v,21; I Cor., xvi, 1-4; Col., ıı, 16-17; Hebr., VIN, v, etc. —
Gen., IX, 21-28 ; xx, 30-38 ; XXXVILI, 8. — 5 De princip., IV, XIX.
LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 461
2. Les Philosophumena (confutatio omnium hæresium)
qu'on lui a longtemps attribués, appartiennent certaine-
ment à Hippolyte.
3. Le dialogue De recta in Deum fide contra Marcionitus
n'est pas non plus d’Origene; Théodoret Yattribue à
Adamantius, ce qui explique peut-être son insertion
dans les œuvres d’Origene.
Travaux dogmatiques.
Les ouvrages dogmatiques perdus sont les Zrpwuareïs
(dix livres); de la Résurrection; du Libre Arbitre; de la
Pâque. Du De principiis nous n'avons que la version la-
tine, trop souvent remaniée, de Rufin d’Aquilee. Cepen-
dant il reste quelques passages de l'original, notamment
dans la Philocalie, où saint Basile et saint Grégoire de
Nazianze ont recueilli les plus beaux passages, et dans
la lettre de l’empereur Justinien à Mennas, patriarche
de Constantinople. Cet ouvrage, composé à Alexandrie
avant 231, lui valut bien des inimitiés, à cause des
nombreuses erreurs qu'il contenait, comme l’attestent
unanimement Méthode, Eustathe, Théophile, Epiphane,
saint Jérôme et Photius. Rufin, son apologiste, le re-
connaît lui-même; car, tout en imputant ces erreurs
aux hérétiques, il les corrigea dans sa traduction, et les
tempéra à l’aide des autres écrits d’Origene. L'ouvrage
traite de Dieu, de la Trinité et des anges (4° liv.); du
monde, du Dieu de l’Ancien Testament, du bien et du
mal, de l’incarnation et de la résurrection (2° liv.); du
libre arbitre, des tentations, de la fin du monde (3° liv.);
de l'inspiration, de l'interprétation et de l'intelligence
de la sainte Ecriture (4° liv.).
La démonstration de la foi chrétienne suivant ce prin-
cipe : Fides præcedit intellectum, y est plus complète que
dans Clément d'Alexandrie. Tandis que Clément se borne
dans ses Stromates à indiquer le but, Origène -essaie de
coordonner en système, en face des théories des gnos-
1
162 MANTEL DE PATROLOGIE.
tiques, les enseignements positifs du ehristianisme. «3
quelqu'un , dit-il dans sa préface, veut enchainer &.
ordonner en système ces doctrines que je ba présente,
il prendra pour principes des propasitions certaines d
indubitables, afin de juger de la vérité des antres ei &
faire un tout de ce qu'il voudra établir par l'Ecnièare ©
par des conclusions théologiques. »
Traités pratiques. — Lettres.
4. Traité de la prière. Dans cetie explication du Pater,
pour son ami Ambroise, Origène examme
u 7
composée
à fond la nature, les qualités, le lieu et le temps de h ;
prière. « La nature humaine n'est pas suffisante à
chercher Dieu en quelque facon que ce soit, ni mnèsss à
le nommer, si elle n’est aidée de celui qu'elle cherche. »
2. Exchorlation au martyre.
" .…L—lr
3. De sa vaste correspondance, il ne reste que la Este
& Julien d'Afrique, sur l'authenticité de l’histoire de
Suzanne dans Daniel. On n’a que des fragments des
lettres suivantes : 1. Justification de ses études phile-
sophiques; 2. plaintes sur l'altération de ses écrits;
3. lettre à Grégoire le Thaumaturge sur l'emploi de la
philosophie grecque dans l'explication de l’Ecriture et .
dans la théologie : « Il faut, dit-il, l’employer comme
ces riches trésors que les Juifs avaient emportés
d'Egypte et qu'ils consacrérent à l’ornementation du
temple, au lieu d’en faire des idoles, comme avaient fait
les Israélites dans le désert, et comme font encore les
hérétiques. »
Système d’Origene:
Le système d'Origène, notamment dans le De princi-
piis, renferme quantité de doctrines captieuses ou évi-
demment erronées, qui ont provoqué aux quatrième et
cinquième siècles les querelles de l’origénianisme, amené
A Cit. du trad. |
LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 163
la condamnation de ses écrits!, et partagé de nos jours
k sentiment des savants.
Déjà sur la Trinité il s'était énoncé d’une façon incor-
recte en appelant le Fils une création * du Père, expres-
sion qui sentait fort le subordinatianisme. On peut croire
cependant qu’il n’a voulu désigner qu’un rapport de
dépendance entre le Père et le Fils, d'autant plus qu'il
senonce ailleurs en termes irréprochables.
On lui reproche aussi ses opinions sur les rapports de
Dieu avec le monde. Selon lui, la bonté de Dieu et sa
force créatrice ne sauraient rester en repos : il faut qu'il
les manifeste incessamment en créant de toute éternité.
Par là, il semble se rapprocher des gnostiques, bien qu’il
n'admette pas avec eux que la matière émane de Dieu.
Lorsqu'il ajoute, en développant cette pensée, que Dieu
a créé de toute éternité autant de mondes qu'il en
pouvait créer et gouverner, il met des bornes à la toute-
puissance divine.
Il croit que les âmes humaines existaient avant d'être
unies au corps; que, dans le principe, tous les êtres
spirituels, anges, démons, âmes humaines, étaient iden-
ques. S’ils diffèrent maintenant, c’est parce qu’une
partie s’est détournée de Dieu. L’âme du Christ n’est pas
exceptée de cette loi : si elle a été unie à Dieu, c’est
parce qu'elle l’a mérité. Jésus-Christ n'a pas été seule-
ment le rédempteur des hommes, mais encore du monde
entier, et cette œuvre, il la continue dans le ciel.
Les âmes déchues sont destinées à se purifier et à se
spiritualiser de plus en plus dans leur union avec le
corps; si, à la mort, elles ne sont pas entièrement pures,
elles seront exilées dans de nouveaux corps. Origène
enseignait donc la métempsycose, de même qu'il nie l’é-
ternité des peines. Les démons eux-mêmes finiront par
1 Voir sur les Quinze anathématismes contre Origène l'Histoire des
conciles de Héfelé, 2° vol., p. 768. Cf. Alzog, Hist. de l'Egl., 8e.édit.,
& 113 et 122. — 3 Huet, Origen., IL, u, n. 22.
464 MANUEL DE PATROLOGIE.
devenir bons et obtiendront misericorde ; quand tout
sera purifie, tout sera de nouveau uni à Dieu, et Dion
sera tout en tout. Dans ce systeme, on le voit, il ny
a point de place pour le dogme ecclésiastique de la résui-
rection. Origène croit aussi que les anges sont revätus
d’un corps.
De nos jours, Vincenzi a vainement essayé d'expliquer
ou d’adoucir ces erreurs en disant que les écrits d’Ori-
gène ont été falsifiés, que ses erreurs sont corrigées par
d’autres passages orthodoxes, que la haïne de ses enne-
mis a exagéré ses défauts. La vérité est que, dans la
première période de sa vie, Origène était imbu des idées
de Platon, et que, plus tard, il modifia plusieurs de ses
opinions.
Origène, comme plusieurs écrivains religieux de son
temps, était très-versé dans la philosophie des Grecs,
notamment de Platon, et le néoplatonisme, repris
avec élan par deux de ses contemporains, Ammonius
et Plotin, dut exercer sur lui une puissante influence.
Génie éminemment spéculatif, enclin à surfaire la valeur
des arguments philosophiques et rationnels, trop prompt
à passer de la philosophie à la théologie, Origene
courait grand risque de se fourvoyer la première fois
qu’il tenterait de réduire en système la doctrine chre-
tienne, dans un temps surtout où bien des points, non
encore fixés par l'Eglise, restaient soumis à la libre
discussion®. L'essentiel, toutefois, est que, dans ses
ouvrages subséquents, nommément dans son écrit Contre
- Celse, il se soit exprimé en termes très-orthodoxes, même
sur les points où il s'était hasardé et trompé. On s’ex-
plique ainsi qu'il ait été accusé par des hommes tels que
I In S. Greg. Nyss. et Orig. scripta et doctr., nov. recens., Roms
1864. — 2 Cf. Michelis, Hist. de la philos., Braunsberg, 1865, p. 132.
3 Les hérétiques, dit Rufin, avaient falsifié les Œuvres d'Origène.
Origène lui-même, saint Jérôme et l’auteur anonyme du Prædestina-
tus (lib. I, c. xxIı), ayant fait la même déclaration, nous pouvons ÿ
ajouter foi.
LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 165
Méthodius et saint Jérôme, et justifié par des autorités
également impartiales et compétentes, comme Grégoire
le Thaumaturge et Pamphile *. Cependant, il ne fut
jamais formellement hérétique et se montra toujours
attaché à la doctrine de l'Eglise : « Tandis que plusieurs
croient que leurs opinions sont conformes à Jésus-Christ,
et que quelques-uns ont des idées contraires à la
eroyance des ancêtres, il faut maintenir intacte la pre-
diation ecclésiastique transmise des apôtres par ordre
de succession et conservée dans l’Eglise jusqu’à ce jour.
l faut tenir uniquement pour vrai ce qui ne s’ecarte
a rien de la tradition ecclésiastique et apostolique ?.
ı Pour nous, dit-il en parlant du dogme de la résur-
rction, nous restons inébranlable dans la doctrine de
Jésus-Christ 5. »
1. Origène démontre l’origine surnaturelle du chris-
tanisme par la rapidité de son extension et par le
sombre prodigieux des miracles et des prophéties. Sa
défense de la vie de Jésus-Christ contre Celse est égale-
ment traitée au point de vue historique*.
2. Origène soutient, en divers endroits, contre les
railleries des paiens, que la foi est nécessaire à tous,
même aux savants; mais, à l'exemple de Clément, il
exagere quelquefois la valeur de la science : « Ceux qui
ont reçu le don de là gnose, ou sagesse, ne vivent plus
dans la foi, mais dans la claire vision ; les hommes spiri-
tels n’habitent plus dans le corps, mais des ici-bas ils
sont auprès du Seigneur’. »
3. Sur la Trinité et sur le Verbe : « Nul n'est im-
muable, sans commencement ni fin, nul n'est créateur
de toutes choses que le Père avec le Fils et le Saint-
Esprit. Examinons de quel puits mystérieux la sagesse
1 Voir les cing propositions d’Halloix, S. J., dans Vincenzi, 1er vol.,
Prolog., p. XI-XIMI, pour l’appréciation d’Origene.
3 De princip., I, 11, v.— ® Cont. Cels., V, xxr1. — + Voir les preuves
au $ 26, n. 22. — 5 T. XIII, In Joan., c. LU.
166 MANUEL DE PATROLOGIE.
nous apprend qu'il n’y a qu’une fontaine. Il me semble
que la connaissance du Père non engendré en est un,
et que la connaissance de son Fils unique en est un
autre; car le Fils est autre que le Père, comme il le dit
lui-même dans l'Evangile. On peut regarder comme un
troisième puits la connaissance de l’Esprit-Saint ; car il
est autre que le Père et le Fils, suivant cette parole de
l'Evangile : Le Père vous enverra un autre Paraclet,
l'Esprit de vérité. La distinction des trois personnes
revient donc à la pluralité des puits, mais ces puits n’ont
qu’une source ou fontaine, car la substance et la nature
de la Trinité est une.»
4. Divinite et passibilité de Jésus-Christ : «N a tout
fait, non à cause de lui, mais à cause du genre humain
et des créatures raisonnables ?.» « C’est parce qu'il est
le sacrifice qu'il devient notre Sauveur par l’effusion de
son sang, en nous remettant nos péchés passés ; et cette
rémission, par le moyen de la foi, devient personnelle à
chaque fidèle 5. »
5. Lorsque Celse attaque l'éternité des peines, Origène,
loin de l’accuser de mal comprendre la doctrine chré-
tienne, lui répond : « Ceux qui sont infidèles à Jésus-
Christ tomberont dans le feu éternel, qui est d’une autre
nature que celui dont nous nous servons. Car le feu
dont se servent les hommes (remarquez l'expression)
n'est pas éternel; il ne dure pas même longtemps, mais
s'éteint bientôt. Il est éternel, au contraire, ce feu dont
parle Isaie, lorsqu'il dit à la fin de ses prophéties : Leur
ver ne mourra point, et leur feu ne s’éteindra jamais. »
6. Sur la résurrection : « Qu'on le croie bien, nous ne
sommes pas de ceux qui, tout en se disant chrétiens.
rejettent ce dogme attesté par l’Ecriture; » et il ajoute,
après avoir expliqué le texte de saint Paul, / Cor., xv,
36 : « Nous admettons donc dans toute son étendue la
1 In Exod. (Substit. du trad.) —3 Cont. Cels., VII, xvu ; IL, Ix-xxxiv.
— # Comment. in Ep. ad Rom., lib. III, n. 8. — + Comm. in Matth.,n. 72.
LES POLÉMISTES GRECS. ORIGÈNE. 4167
doctrine de l'Eglise et la promesse du Christ, et nous
soutenons qu'elle est possible‘. »
7. Dans le commentaire sur l’Epitre aux Romains, il
combat la doctrine de Basilide sur la métempsycose ;
mais lui-même, outre l'opinion dichotomique et trichoto-
mique, en admet une troisième selon laquelle l’âme,
une dans sa substance, se composerait de diverses
parties ?. Il ne dit pas laquelle de ces opinions il choisit,
et laisse au lecteur le soin de se décider.
8. Ses idées sur l’Eucharistie, souvent enveloppées
d'interprétations allégoriques et mystiques, et voilées
pour des raisons de discipline, ne sont pas sans quelque
difficulté. Il voit dans la Pâque des Juifs une figure de
Jésus-Christ. Dans les paroles de l'institution, il trouve
un sens mystique et symbolique, et dans la communion
un symbole du festin nuptial céleste. Ailleurs, il se rap-
proche davantage de la précision dogmatique : « Ne
vous étonnez pas si le Christ est lui-même le pain et s’il
mange le pain avec nous; la parole de Dieu est toute-
puissante*. » «Si vous montez avec lui pour célébrer la
Pâque, il vous donnera à la fois le pain de bénédiction,
son corps, et vous offrira son sang . » «Ne craignez-
vous pas de recevoir le corps du Christ en vous appro-
chant de l’Eucharistie 6? » «a Dans l’Eucharistie, nous
sommes véritablement nourris de la chair du Christ ?. »
« Vous qui avez accoutume d’assister aux mysteres,
vous savez avec quelle précaution et quel respect vous
recevez le corps du Seigneur, de peur qu'il n’en tombe
la moindre parcelle®. » Il est donc nécessaire de se puri-
fier le cœur, afin d’éviter le châtiment de Judas. Sur
l'acte même de la consécration, il s'exprime ainsi :
« Rendant grâces au Créateur de toutes choses, nous
1 Cont. Cels., V, xxu. — 2 De princip., IL, ıv. — ® Schwane, Hist.
des dogm., 1er vol., p. 448.— Comm. in Matth., n. 86.— In Jerem.,
hom. xvim, n.18. —® In Ps., hom. ıı, n. 6. — 7 In Num., hom. vu,
n.3.—8 /n Exod., hom. xıu,n. 8.— 9 In ps. XxXXVII, hOM. Hi, n. 6.
168 MANUEL DE PATROLOGIE.
mangeons avec prière et actions de grâces les pains
offerts, devenus par la prière un corps sacré qui sanctifie
ceux qui le reçoivent avec pureté t. »
Dans Origène, l’Eucharistie en tant que sacrifice ne
peut se déduire que de la comparaison établie entre les
sacrifices paiens et les pains de proposition de l’ancienne
loi®.
9. 11 établit un certain rapprochement entre la péni-
tence et l'extrême-onction. Dans la deuxième homélie sur
le Lévitique, il se fait l'objection suivante : « La condi-
tion des anciens semble avoir été meilleure que la nôtre,
puisque les pécheurs offraient plusieurs sortes de sacri-
fices pour la r&mission de leurs péchés. » Il répond : «Un
chrétien pour qui Jésus-Christ est mort doit être soumis
à une discipline plus. sévère; cependant, afin que vous
ne trouviez pas là une cause de désespoir, mais plutôt
un encouragement à la vertu, on vous a appris quels
sacrifices on offrait sous la loi pour les péchés ; entendez
maintenant par combien de moyens les péchés sont
remis sous l'Evangile. » Et après avoir cité le baptème,
le martyre, l’aumöne, le pardon, la conversion du
prochain, l'amour de Dieu, il ajoute : « Il y a encore
un quatrième moyen, bien que dur et pénible, c’est la
rémission des péchés par la pénitence, quand le pécheur
arrose son lit de ses larmes, quand il s’en nourrit nuit et
jour et ne rougit pas de confesser ses péchés à un prêtre
et de lui en demander la guérison. » Et comme la qualité
du prêtre aide beaucoup aux dispositions des penitents,
Origène veut qu'on choisisse pour médecin spirituel
celui qui convient le mieux à l’état de l’âme, qui se prius
et eruditum medicum ostenderit et misericordem. On
s'ouvrira à lui sans réserve, et on s’abandonnera tout
entier à sa direction 5. Origène voit dans la rémission des
péchés l’accomplissement de cette parole de saint Jacques:
1 Cont. Cels., VIII, xxxım. — ® Probst, Origène sur l’Euchar. Revue
de Tubing., 1864, — ® Hom. I in ps. XXXVII, D. 6.
LES POLEMISTES GRECS. ORIGENE. 169
« Quelqu'un d’entre vous est-il malade, qu’il appelle les
prêtres de l'Eglise : ils prieront sur lui et l’oindront
d'huile au nom du Seigneur, et la prière de la foi le
sauvera, et s’il a des péchés ils lui seront remis. »
10. Sur la prière : « ll est impossible de bien prier ou
d'enseigner à prier sans la grâce divine. » « Nous ne
savons point comment nous devons prier, dit saint Paul,
mais c’est l'Esprit de Dieu qui prie en nous avec des
gemissements inexprimables !. » a Que ferai-je donc? Je
prierai d'esprit et je prierai d'intelligence? ; » car notre
intelligence ne saurait prier, si elle n’&coute en quelque
sorte prier avant elle l'Esprit « qui scrute tout, même les
profondeurs de Dieu. » Cette faiblesse de la nature était
bien sentie de ce jeune homme qui, quoique instruit dans
la synagogue, disait à Jésus-Christ : « Seigneur, appre-
nez-moi à prier.»
11. Intercession des saints : « Ce n’est pas seulement
le grand pontife (Jésus-Christ) qui prie avec ceux qui
prient véritablement, mais encore les anges, qui, dans
le ciel, ont plus de joie de la pénitence d’un pécheur,
que de quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin
de pénitence. Les saintes âmes de ceux qui sont morts
intercèdent aussi auprès de Dieu pour les fidèles par
leurs puissantes prières“. » A leur tour, les fidèles qui
sont sur la terre les honorent, mais d’un culte qui diffère
de !’adoration qu'ils rendent à Dieu.
La meilleure édition d'Origène est celle des bénédictins Charles et
Vinc. De la Rue, Paris, 1783, 4 vol. in fol.; réimprimée in-8° par
Oberthür, Collect. Patr. græc., t. VII-XXI ; ed. Lommatzsch, Berol.,
1832, 25 vol., avec l’Orat. paneger. de Greg. le Thaum., l’Apologie
de Pamphile, la Philocalie. Les Origeniana de Huet; dans Migne,
ser. gr.,t. XI-XVII. Cf. Tillemont, t. III; Ceillier, t. II; Thomasius,
Origene, append. à l’hist. des dogm., Nurnb., 1887; Redepenning,
Origene, sa vie et sa doctrine, Bonn, 1841, 2 vol.; Mœbhler, Patrol.,
! Rom., vin, 26. — 27 Cor., xıv, 15. — 8 De orat., cap. 1. — ® De
oral., e. x, inilio; Contr. Cels., VII, xxxıv, — 5 Contr. Cels., V,IW.
170 MANUEI, DE PATROLOGIE.
“ p. 485; Dorner, Hist. des progrès de la doct. sur la personne du
Christ.
$ 34. Amis et ennemis d’Origène.
l. Grégoire le Thaumaturge (Théodore) naquit à
Néocésarée, dans le Pont, de parents nobles, mais paiens.
Comme il se rendait à Béryte, en Phénicie, pour y
étudier le droit, il passa par Césarée. Captivé par les pré-
venances d’Origene dont il avait fait la connaissance, il
deıneura auprès de lui avec son frère Athénodore, et
étudia pendant cinq ans la théologie et la philosophie,
sauf une interruption nécessitée par la fuite d’Origene
en Cappadoce, sous la persécution de Maximin, pendant
lesquels Grégoire continua ses études à Alexandrie, où
il est probable qu'il recut ensuite le baptême.
Avant son départ, Grégoire prononca le Panégyrique
d'Origène*, où il expose la manière dont son maitre
enseignait la philosophie et la theologie?. Grégoire s’est
illustré lui-même par son ardeur pour la science et sa
reconnaissance envers son père spirituel, avec lequel il
s'était identifié; de même qu'Origène, devinant la future
grandeur de son élève, s'était senti puissamment attiré
à lui. S’adressant directement à Origène, Grégoire l’inter-
pelle ainsi à la fin de son discours : « Pour vous, père
bien-aimé, levez-vous et que votre prière accompagne
notre départ. Tant que nous avons été auprès de vous,
vous nous avez conduits au salut par vos saintes doc-
trines. Remettez-nous, recommandez-nous, ou plutôt
rendez-nous à Dieu qui nous a conduits à vous. » Ce
discours, dont on a beaucoup vanté le style, pèche par
l'abondance des paroles. Après son départ, Grégoire
demeura en relation avec Origène, comme l’atteste la
lettre citée page 162. :
Nommé, après une longue résistance, évêque de Néo-
césarée, par Phédime, évêque d’Amasée et métropolitain
du Pont, il manifesta le don des miracles à un si haut
! Ed. Bengel, grec. et lat., Stuttg., 1722. — 2 Voir plus haut, $ 38.
LES POLÉMISTES GRECS. AMIS, ENNEMIS D’ORIGENE. 171
degré que ses contemporains eux-mêmes lui décernèrent
le titre de thaumaturge. Il mourut en 270.
De ses productions littéraires nous possédons encore :
4. Le Symbole ou Exposition de la foi, œuvre authen-
tique, malgré tout ce qui a été dit de contraire, grande-
ment estimée et souvent citée dans les conciles. Pour le
fond, c'est un commentaire fort exact du dogme de la
Trinité. « Dans la Trinité, dit-il, il n’y a rien de créé ou
de subordonné, rien d’ajoute qui n’y ait été auparavant.
Jamais le Fils n'a manqué au Père, ni au Fils l'Esprit;
mais la Trinité une et unique est toujours immuable et
invariable ; 2. Methaphrasis in Ecclesiasten ; 3. Epistola
canonica, dix canons où sont indiquées les peines qu'on
doit imposer aux pénitents ; l’édition de Voss en contient
un onzième qui manque dans les manuscrits grecs :
cest une explication en forme d’appendice ajouté plus
tard‘. Nous omettons les écrits notoirement apocryphes:
IT. Jules l’Africain, de Nicopolis, en Palestine, était
également en commerce épistolaire avec Origène et avec
son successeur à Alexandrie, Héraclas. Origène et saint
Jérôme estimaient ses connaissances dans l’Ecriture, et
Sozomene ? le compte parmi les historiens ecclésiastiques.
Des cinq livres de sa Chronographie, chronique reli- :
gieuse et profane qui commence à la création du monde
et finit en l'an 221 après Jésus-Christ, il ne reste que des
fragments conservés par Eusèbe® et saint Basile*®.
Eusèbe et les historiens postérieurs ont souvent utilisé
cet estimable ouvrage. Dans une Lettre à Origène, il
conteste l’authenticité de l’histoire de Suzanne, soutenue
par Origène dans la lettre précédemment citée. La Lettre
à Aristide a pour objet d'accorder les deux généalogies
de Jésus-Christ en saint Matthieu et saint Luc®.
1 Œuvres compl., éd. Gérard Voss. Mayence, 1604 ; Paris, 1620-
1622, in-fol.; Gallandi, t. II; Migne, ser. gr., t. X. — 2 Hist. eccl., I,
xt. —® Demonstr. evang., lib. VIIL, c. u; Præpar. evang., lib. X,
0. X. — + De Spiritu sanct., c. xxIx.— 8 Euseb., Hist., VI, xxxı.
172 MANUEL DE PATROLOGIE.
Eusebe, Photius et Suidas lui attribuent encore qua-
torze , dix-neuf et même vingt-quatre livres de me-
langes sur la médecine et l’histoire naturelle. Dupin pre-
sume qu'ils sont d'un auteur moins ancien, Sexte Afri-
cain, attendu que les auteurs ecclésiastiques de cette
période ne traitent que des sujets religieux : mais peut-
être Jules les a-t-il écrits avant sa conversion. Ruinart
prétend que Jules rédigea aussi les actes du martyre de
sainte Symphorose et de ses sept fils; ce point n’est pas
suffisamment établi.
III. Pamphile, né à Béryte d'une famille considérable,
étudia à l’école d'Alexandrie, sous Pierius, appelé le
jeune Origene. D’Alexandrie il alla à Césarée, où il fut
ordonné prêtre par l’évêque Agapius. Il fit là le plus
noble emploi de sa fortune en fondant la célèbre biblio-
thèque de Césarée, qui contenait un nombre prodigieux
de manuscrits et de traductions de la Bible, et les œuvres
d’Origene. Elle fournit à Eusèbe les moyens d'écrire son
histoire ecclésiastique d’après les sources; de là l’intimite
qui s'établit entre lui et Pamphile, dont il prit le nom:
Eusebius Pamphili. Plus tard, saint Jérôme puisa aussi
dans les trésors de cette bibliothèque. Sous Maximin,
Pamphile subit la prison et la torture, et fut martyrisé
(309). Pendant sa captivité, il composa avec Eusèbe une
apologie d'Origène, en six livres; le premier seul a été
conservé dans la version latine défectueuse de Rufin,
qui ne l’attribue qu'à Eusèbe*. Déjà auparavant, Pam-
phile avait procuré une nouvelle édition des Septante
d’après les Hexaples d’Origene. On lui attribue aussi la
division des Actes des apôtres en quarante chapitres,
division qui fut propagée par Euthalius, diacre d’Alexan-
drie (deuxième moitié du cinquième siècle), lequel avait
largement compulse la bibliothèque de Césaréeï.
1 Voir les fragments dans Origenis opera, éd. De la Rue, t. 1;
Gallandi, Bidl., t. II; Migne, ser. gr., t. X. — ? Orig. opera, t. IV;
Gallandi, t. IV; Migne, t. X et XVII, ser. gr. — ® Mœhler, Patrol.
LES POLÉMISTES GRECS. AMIS, ENNEMIS D'ORIGÈNE. 173
IV. Denys, auquel ses contemporains ont donné le
surnom de Grand, à cause des services qu'il a rendus à
l'Eglise et à la science, et que saint Athanase appelle
ale docteur de l'Eglise catholique, » était de noble
extraction. Converti par Origène, il étudia la théologie
avec une telle ardeur qu'il succéda à Héraclas dans la
direction de l’école d'Alexandrie, et fut promu, en 247,
au siége épiscopal de cette ville, qu'il occupa pendant
dix-sept ans. Dans l’une et l’autre fonctions, il combattit
avec un égal succès les ennemis intérieurs et extérieurs
de l'Eglise. Parmi ces derniers se trouvaient Sabellius,
Paul de Samosate et le millénaire Nepos. Le mot de
rolnux, dont il se servit pour exprimer les relations du
Verbe avec le Père, donna lieu à des malentendus et à
des reproches, dont il se purgea dans son ”Edeyyos xal
droAoyla, adressé au pape Denys sous forme de lettre. Il
mourut en 264.
Ses nombreux écrits mentionnés au Catalogue de saint Jérôme,
c. LXIX, sont perdus, sauf de légers fragınents récueillis dans la
Bibliothèque de Gallandi, t. III, dans Routhe, t. Il; dans Migne, t. X,
ser. gr. Nous n'avons de complet que les Lettres à Novatien, dont il
blâme durement les tendances schismatiques (Euseb., Hist., VI, XLV,
et VII, vu) et l’Epitre canonique sur la discipline pénitentiaire,
adressée à Basilide, évêque de Lybie. Cfr. Moehler, Patrol., p. 224,
avec l'exposé de sa doctrine.
V. Origène eut pour adversaire Méthodius, évêque d’O-
lympie, en Lycie, puis de Tyr, en Phénicie. Il souffrit le
martyre à Chalcis, dans Célé-Syrie, en 303, sous la per-
sécution de Dioclétien, ou, ce qui est plus vraisemblable,
sous Maximin, en 314. Voici les ouvrages qu'il a laissés :
Bouquet des vierges, sur l'excellence de la virginité. Cet
écrit, par l'élévation des pensées et la poésie du style,
rappelle Platon, à qui l’auteur a emprunté son titre. Dix
vierges y font tour à tour l'éloge de la virginité *. Nous
n'avons de ses autres ouvrages que des fragments dans
4 Voir des extraits dans l'Esprit de la tradit. chrét., par Deutinger,
2 vol.
474 MANUEL DE PATROLOGIE.
saint Epiphane ‘ et Photius *. Ce sont : du Libre Arbitre et
de l’Origine du mal, contrela théorie platonico-gnostique
que la matière est éternelle et la source du mal. Le mal,
dit-il, vient de l’abus de la liberté et de la desobeissance.
De la Résurrection et des Créatures, tous deux contre
Urigene. Le premier établit le dogme de la résurrection
des corps contre ceux qui prétendent que nos corps ne
sont que des tuniques de peau dont Dieu revêtit nos
premiers parents; le second combat les idées d’Origène
sur l’origine du monde.
Partout, Méthodius s'efforce de faire prévaloir le rea-
lisme chrétien. Imitateur du style de Platon, dont il a de
fréquentes réminiscences, « il ne lui emprunte rien que
la forme®, »
Nous n'avons non plus que des fragments de la Réfu-
tation de Porphyre, des commentaires sur la Genèse et
sur le Cantique des cantiques. On a supposé que le traité
des Créatures n'était qu'un extrait de la Réfutation.
Les Homélies pour la présentation du Seigneur au
temple (ou De Simeone et Anna), pour le dimanche des
Rameaux et la Passion, sont apocryphes.
Voir le Symposion avec tous les fragments réunis et les Prolégo-
mènes dans Gallandi, t. III; Migne, t. XVII, ser. gr.; Methodii opera
omnia, ed. Jahn, Halle, 1865 (en grec seulement); 2° partie : Metho-
dius platonizans, seu platonismus S. Patr. Eccles. grac. S. Methodii
exemplo illustrat. Malgré les éloges que nous devons à Ritter pour
sa collection soigneuse des textes que Méthodius a empruntés à
Platon, nous ne considérons pas moins comme fictive l'influence
que Platon aurait exercée sur Méthodius. L'auteur s’attribuerail
volontiers le mérite d'avoir révélé le premier le platonisme exagéré
des Pères de l'Eglise. Cf. Tillemont, t. V; Ceillier, t. II; Mœhler,
Patrol., p. 780.
1 Hæres., Lxiv. — ? Photius, cod. 284-237. — 3 Ritter, Hist. de la
philos., 2° vol.
TRAVAUX HISTORIQUES. ACTES DES MARTYRS. 475
TRAVAUX HISTORIQUES DU 11° ET DU 1ii® SIÈCLES.
$ 35. Actes des Martyrs et Mémoires d’Hegesippe.
Cf. Permaneder, Patrologia specialis, t. I, p. 373-803, 681-692.
1. Outre les nombreux renseignements sur les martyrs,
qui remontent aux actes du martyre de saint Ignace, ce
témoin héroïque des temps apostoliques, et qui ont été
poursuivis ensuite avec de grands développements, on
avait encore autrefois les Calendaria martyrum, qui,
à raison de leur destination ecclésiastique, ne donnaient
que le noni des martyrs de chaque jour. En y ajoutant
quelques détails sur leur vie et sur leur mort, on fit ce
qu'on appelle les Martyrologes, ou, comme disaient les
Grecs, les Ménologes, mêlés encore de bien des éléments
apocryphes. Le plus célèbre Ménologe grec, composé au
neuvième siècle par ordre de l'empereur Basile, fut
édité en 4747 sous ce titre : Menologium jussu Basilii im-
peratoris (sæc. 1x) græce colleclum, nunc primum græc. el
lat. ed. Cardinal. Hannibal Albani, Urbini, 1727, 3 vol.
in-fol. Chez les Latins, saint Jérôme, au dire de Cassio-
dore, est l’auteur du plus ancien martyrologe.
Chez les Grecs, Siméon Métaphraste, et, en Occi-
dent, Jacques de Voragine dans la Légende dorée, ayant
écrit les vies des saints et des martyrs suivant les tradi-
tions populaires, avaient enregistré bien des détails
erronés ou peu acceptables. De là, pour Ruïnart! et pour
les Bollandistes®, la nécessité de les soumettre à une
sévère révision. Le martyrologe romain, le seul qui fût
universel et qui s’étendit à toute l'Eglise, était défectueux
à bien des égards.
! In acta primorum martyrum sincera et selecta, Amsterd., 1713
et ailleurs. — ? Acta sanctorum per menses digesta.
? Edité par Baronius sur l’ordre de Grégoire XIII, en 1886. Edition
augm. par Hérab. Rosweid, S. J. Nouv. éditions à Malines, 1846,
Ratisbonne, 1847 et 1858,
476 MANUEL DE PATROLOGIE.
2. Nous n’avons plus le travail, en cinq livres, com:
posé au deuxième siècle par Hégésippe. Suivant Euseke,
qui le cite souvent mot à mot!, l’auteür aurait appartenu
à la première génération qui succéda aux apôtres. Saint
Jérôme confirme ce sentiment par l'expression de vici-
nus apostolorum. Pour mieux s'assurer de la doctrine
traditionnelle des apôtres, il avait entrepris de grands
voyages et avait longtemps séjourné à Rome, ce qi
donne un grand prix à ses documents. Le terme d’im-
uvnuorioduevos, dont Eusèbe qualifie sa méthode, et ce
passage de saint Jérôme : Omnes a passione Domini usque
ad suam ztatem ecclesiasticorum actuum texens hislorias,
font supposer que son ouvrage était intitulé : “YropvAparı
av éxxAnctaotixv rpdkewv.
Cf. Jess, Valeur historique d’Heyesippe (Niedner , Rev. de théol.
hist., 1865, p. 1).
CHAPITRE Il.
AUTEURS LATINS.
La réimpression la plus complète est celle de Migne, ser. lat,
t. I-VI. Cf. Bæhr, Littérat. chrét. rom., 3 vol., Carlsr., 1896.
5 36. Minueius Félix; son dialogue Octavius (vers 166).
Nous placons Felix en tête de la littérature chrétienne,
contrairement à l’usage général des historiens, qui
assignent le premier rang à Tertullien. On ignore s'il
était originaire d'Afrique ou d'Italie ; le premier semble
plus probable. ll était encore paien quand il arriva à
Rome, où il exerca la profession d'avocat, qu’il poursui-
vit après sa conversion. C'était probablement sous le
règne d’Antonin et de Marc-Aurèle; et son Octavius ou
Dialogus christiani et ethnici disputantium, date sans
doute de l'an 166; or, Tertullien ne publia son Apologé-
tique qu'entre 197 et 199.
4 Hist., IV, xxu. — 3 Catal., ıı et xx.
AUTEURS LATINS. MINUCIUS FÉLIX. 477
Dans le siècle dernier, Reesler disait dans sa Biblio-
Ihique des Pères de l’Eglise : « Je dois l’avoüer, plus
javance et moins je suis convaincu que l’Octave soit
une imitation de l’Apologétique de Tertullien. » Russ-
wurm, dans son édition d’Hambourg (4864), Meier! et
Niebuhr* s’etaient, à raison du style, prononcés pour
l'ère des Antonins?. Le Suisse Muralt, éditeur de l’Octave®,
après avoir, dans son Commentatio de Felicis ætate, com-
paré notre dialogue avec l’Apologétique, a prouvé irre-
fragablement l’antériorité de l’Octave. Plusieurs autres
signes intrinsèques confirment cette opinion. Ce passage,
par exemple : /d etiam Cirtensis nostri lestatur oratio
«.ız), rappelle évidemment un auteur qui écrivait du
lemps de Fronto, ou peu de temps après. Nous trouvons,
nous, d'autres arguments dans la grande simplicité du
style, dans l’absence des citations bibliques, remplacées
par des textes, des arguments, des passages parallèles
tirés du De natura deorum et du De fato de Cicéron. De
plus, le style de l’Octave est tellement supérieur au
style äpre et souvent incorrect de l’Apologétique, que
Muralt a dit avec raison : Majore etiam quam Lactantius
jure christianus Cicero dici poterit Minucius.
Le paien Cecilius et le chrétien Octave s’etant ren-
contres pres de l’idole de Sérapis, se provoquerent à un
duel litteraire et prirent Felix pour arbitre du debat.
Cécilius commence et apporte à la défense du paganisme
ce ton passionné, cet esprit haineux qui distinguent les
accusateurs vulgaires du christianisme, et qu'on trouve-
rait à peine dans Celse®. Après une interlocution, Octave
!Commentat. de Min. Felice, Tur., 1824. — 2% Opuscules, 11, 56. —
‘Aug. Mai, d’accord avec ces auteurs, a supposé (d’après les cha-
Pitres IX et xxx1 de l’Octave) que le Cæcilius du dialogue est le même
que celui qui est nommé dans la lettre de Fronto (Op. Front.,
Rom., 1823, p. 336). Cf. van Hoven, Ep. ad Gerhard Meermann de
œlate Min. Felic., in ed. Lindner., 8 14. C. Rœren, Minuciana,
Progr. v. Bedbourg, 1859. — + Avec une préface d’Orelli, Turic., 1836.
— # Voir surtout c. vnI-xI.
12
478 MANUEL DE PATROLOGIE.
commence la defense du christianisme avec un calme,
une dignité et une force de conviction remarquables'.
Il démontre qu'il n’y a qu’un Dieu, créateur du ciel et
de la terre; qu'il est absurde de persévérer dans l’an-
cienne superstition populaire; que le christianisme est
une institution divine éminemment salutaire, et que-les
accusations lancées contre lui n'ont point de fondement.
Octave avait fini de parler, et les deux amis écoutaient
encore. Après un momient de silence, Cécilius s’écria :
« Je félicite mon cher Octave et moi-même; nous avons
triomphé l’un et l’autre : lui de moi, moi de l'erreur. »
Puis ils s'en retournerent joyeusement.
Cet intéressant dialogue est avant tout une réfutation
des attaques et des erreurs du paganisıhe; ce n’est point
une démonstration de la doctrine chrétienne, et à cet
égard l’Apologétique de Tertullien marque un véritable
progrès, ce qui est une nouvelle preuve de la date que
nous leur assignons.
La meilleure édition de Minucius est la seconde de Lindner
(Langensalza, en 1773, avec indication complète des anc. édit.). Men-
tionnons aussi celle d'Œhler, Lips., 1847 ; de Kayser, Paderb., 1863;
Migne, t. III, ser. lat.; de Lübkert, en latin et en allem., avec introd.
et remarq.; Leipz., 1836. |
S 37. Tertullien (mort vers 240).
Cf. Vita Tertull. et Prolegom. in opera Tert., de Pamelius, Le
Nourry, etc., Migne, sér. lat., t. I; Œhler, Opera Tertull., t. IL.
Quintus Septimius Florens Tertullien, païen, naquit
vers 460, probablement à Carthage. Il joignait à des
talents exceptionnels une grande fermeté de caractère.
Son père, centurion romain, le fit élever dans les lettres;
mais, original comme il l'était, il n’en fut pas moins son
propre maître et se voua à l'étude du droit romain et à
l’eloquence judiciaire. La constance des martyrs et l’evi-
dence de la vérité le tirerent du bourbier où il croupissait,
1C. XVI-XXXVII.
AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 179
et, parvemu déjà à la maturité de l’âge, il n’hésita plus à
embrasser le christianisme (après 190). Ordonné prêtre
à Carthage ou à Rome (il est sûr du moins qu'après sa
conversion il séjourna quelque temps à Rome), il donna
à l'Eglise occidentale un écrivain éminent et l’un de ceux
qui eurent la plus longue influence, en la défendant
victorieusement contre les attaques des paiens, des juifs
et des hérétiques!.
La vigueur morale qu’il a déployée dans cette lutte
s'était élevée jusqu’à une sorte de stoicisme chrétien,
et c'est là probablement la cause de son passage au mon-
tanisme (vers 202 ?). Désormais, il réalisa dans sa vie et
dans ses travaux ce que Montan et ses prophètes annon-
caient en termes obscurs et mystiques. On suppose’
qu'il retourna encore au catholicisme, car peu de temps
après, saint Cyprien témoignait une grande estime pour
ses écrits; l'Eglise elle-même les honore d’une facon
particulière, et, à part ses vues montanistes, elle en a
fait un grand usage". Tertullien mourut à un âge avancé,
vers 240 (et suivant quelques-uns vers 220).
Son style se ressent de la raideur et de l’äprete de son
caractère, et nul écrivain n’a mieux justifié que lui ce
proverbe : Le style, c'est l’homme. Rarement aussi on
trouvera réunis ailleurs une impétuosité aussi vive, une
dialectique aussi claire et aussi puissante, une éloquence
aussi victorieuse, unie à tant de sel et de causticité.
1 Voir des détails sur lui dans Eusèbe, Hist. eccl., U, 11; III, xxın,
xxxv; Hieron., Ep. Lxxxııl ad Magnum; Catal., c. LI.
? Nunc per Paracletum justitia componitur in maturitatem (De virg.
veland., c.1. —® Aug., De hæres., c. LXXXVI.
* Voici des preuves certaines de son montanisme. Il loue les pro-
phéties de Montan, de Maximille et de Priscille, il approuve la pra-
tique de laisser les femmes prècher et baptiser ; il condamne absolu-
ment les secondes noces, la fuite dans la persécution, la communion
accordée à ceux qui sont tombés, sans parler de ses sorties contre
les catholiques. Sur la difficulté de séparer les écrits de la période
montaniste des écrits de la période catholique, voir Hesselberg,
Vie et écrits de Tertull., Dorpat, 1848; cf. Uhlhorn, Fundam. chro-
nol. Tertull., Gotting., 1852.
180 MANUEI DE PATROLOGIE.
Si le latin carthaginois des Africains était déjà rude et
peu intelligible, le latin de Tertullien, qui s’efforcait de
rendre les idées chrétiennes et ses vues originales par
des expressions nouvelles et forcées, devait présenter
souvent d’etranges obscurites. Tertullianus creber est sen-
tentiis, dit saint Jérôme, sed difficilis in eloquendo!.
On ne peut mieux caractériser l'influence , bonne
ou mauvaise, de Tertullien et de son époque sur les
époques suivantes, qu'en le comparant à Origène, ainsi
que l’a fait Vincent de Lérins, au chapitre xxıv de son
Commonitorium : « Comme Origène chez les Grecs, on
peut le regarder chez les Latins comme le prince de
nous tous. Où trouver, en effet, un homme plus docte que
lui, plus versé dans les choses divines et humaines ? Son
merveilleux génie embrasse toute la philosophie, toutes
ses sectes, tous ses auteurs, toutes leurs disciplines, tous
les événements et toutes les sciences. Il a presque autant
d'idées que de mots, et toutes ses idées sont des vic-
toires. »
Ses ouvrages, qui embrassent tous les horizons de la
vie chrétienne, y revelent de grandes connaissances en
histoire, en jurisprudence, en philosophie, en physique
et en archéologie. Tertullien savait aussi le grec, mais
ses ouvrages en cette langue, de mème que plusieurs
de ses écrits latins, sont perdus.
Sa carrière littéraire s'étend de 196 à 230; malheu-
reusement, et c’est un point qu'il ne faut pas oublier
quand il traite du dogme, il n’a composé comme catho-
1 Pour aplanir les difficultés de langage qu'offre la lecture de Ter-
tullien, Schütz et Winterdorf ont joint à leur édition de Tertullien
un index latinitatis Tertulliani. De nos jours Ritter (Revue de Bonn,
par Braun et Achterfeld, 8e livr.! et Hildebrand ( Annales archeol.
de Iahn, 1845) ont publié des travaux sur le caractère des auteurs
d'Afrique, et surtout de Tertullien. C. Englhardt, Tertullien écrivain
(Rev. hist. et theol. de Illgen, 1852). Nous devons aussi à Tertullien
les termes de substance, trinité, satisfaction, sacrement, qui ne tar-
. dèrent pas à passer, avec un sens précis, dans la langue de l'Eglise.
AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 181
lique qué la moindre partie de ses écrits. Voici les ou-
vrages qui appartiennent indubitablement à la période
montaniste : Ad Scapulam, De corona, De fuga in per-
secutione, Scorpiace, De exhortlatione castilatis, De
monogamia, De pudicitia, De jejunio, De virginibus
velandis, Adversus Marcionem, Adversus Valentinianos,
Adversus Praxeam, De carne Christi, De resurrectione
carnis, De anima. Parmi ses autres ouvrages les uns
datent évidemment de la période catholique, les autres
on ne sait trop à quelle période les rattacher.
Ses écrits se partagent en trois classes : ouvrages
apologétiques, ouvrages dogmatiques et ouvrages pra-
tiques.
Ouvrages apologeliques.
1. Le plus important et le plus riche en pensées est
son Apologélique adressée au sénat romain, et rédigée
de 197 à 499. L'auteur y montre combien les païens sont
ignorants du christianisme. On condamne, dit-il, ce qu’on
ne connaît point, et on ne veut pas le connaitre afin de
n'être pas forcé de l’approuver : « La curiosité humaine
ne languit que lorsqu'il s’agit du christianisme; on aime
à ignorer ce qu’autres se réjouissent de connaître »
(c. 1). Se plaçant au point de vue du droit, Tertullien
montre l'injustice des traitements qu'on inflige aux
chrétiens. D'une part, on les traite de criminels, on leur
impute le meurtre, l'inceste, etc.; et d'autre part, on les
laisse libres dès qu'ils déclarent qu'ils ne veulent plus
être chrétiens : Torquemur confilentes, et punimur perse-
veranles, et absolvimur negantes, quia nominis prælium
(c. u). N’est-il pas absurde de punir les chrétiens unique-
ment à cause de leur nom? Vous nous accusez de toutes
sortes de crimes, et c’est chez vous qu'ils abondent. Il
est vrai, le culte de vos dieux est autorisé par les lois,
mais ces dieux sont de pures fictions, et de telles lois
nobligent point. Les chrétiens ne sont pas coupables
182 MANUEL DE PATROLOGIE.
envers l’empereur, parce qu’ils refusent de lui sacrifier
et de l'appeler un dieu, ce qui est une misérable flatterie!
Du reste, nous prions pour lui, nous lui sommes fidèles,
nous ne conspirons point contre sa personne, comme le
font souvent ceux qui l’appellent un dieu. Il dépeint en-
suite les assemblées et la conduite des chrétiens, et
compare leur doctrine avec celle des philosophes, dont
les païens ont une si haute opinion. Dans cette comparai-
son , tout à l'avantage des premiers, Tertullien est beau-
coup plus sévère envers la philosophie que les précédents
apologistes. D’après ce principe que « toute âme est natu-
rellement chrétienne » (c. xvn), il établit que le christia-
nisme répond à tous les bons instincts de l’homme,
qu'il le dirige et satisfait à ses besoins. Quant aux persé-
cutions, si elles font souffrir l'individu, elles sont utiles
à la société chrétienne : Sanguis mariyrum semen chris-
tianorum ; plures efficimur quoties metimur a vobist (c. L).
2. Les deux livres Aux Nations, adressés à toute la
société paienne, reproduisent avec plus de details et de
preuves la plupart des pensees et des arguments de
l’Apologetique. Cet ouvrage, l’un des plus difficiles et
des plus obscurs de Tertullien, ne nous est parvenu que
par fragments ?.
3. Le Témoignage de l'âme est le développement de
cette pensée de l’Apologétique, que dans leurs moments
de surprise les païens invoquent le Dieu unique, et non
les dieux, qu'ils regardent le ciel et non le capitole :
témoignage involontaire de l’âme à la doctrine de l’unité
de Dieu. Ces témoignages de l’âme en faveur du christia-
nisme, il aime mieux les invoquer que les écrits des phi-
losophes et des poètes ; car « ils sont d'autant plus vrais
qu'ils sont plus simples, d'autant plus simples qu'ils sont
plus vulgaires, d'autant plus vulgaires qu'ils sont plus
1 Ed. Haverkamp, cum Comment., Lugd. Bat., 1718; ed. Kayser-
berg, Paderborn, 1865.
2 Edité à part avec l’Apologétique, par Œbhler, Lips., 1849,
AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 183
communs, d'autant plus communs qu'ils sont plus natu-
rels, d’autant plus naturels qu'ils sont plus divins »
(c. v). Ce témoignage de l’âme atteste également que
le Dieu unique est bon et la source de tout bien, qu'il
récompense la vertu et punit le crime; il prouve l’exis-
tence des démons et l’immortalité de l’äme. Cette convic-
tion de l’âme ne vient d'aucune écriture ; elle est plus
ancienne que la lettre, de même que l’homme est anté-
rieur au philosophe et au poète; car elle existe chez tous
les peuples. Témoin de la vérité, l’äme est aussi respon-
sable de l’erreur, et un jour elle se trouvera sans réplique
devant le trône de Dieu. « Vous avez, 6 mon âme, pro-
clamé Dieu et vous ne l’avez pas cherché ; vous avez
détesté les démons, et vous les avez adorés; vous avez
invoqué le jugement de Dieu, et vous avez agi comme
s’il n’y en avait point; vous avez connu les peines de
l'enfer, et vous ne les avez pas évitées; vous avez su le
nom des chrétiens, et vous avez persécuté les chrétiens !.»
4. L’écrit A Scapula est une exhortation à un proconsul
d'Afrique de ne pas s’attirer la colère de Dieu par sa
cruauté, et de remplacer les tortures infligées aux chré-
tiens par la simple décollation.
5. Contre les Juifs, Tertullien argumente souvent à la
manière de Justin dans son Dialogue avec le Juif Try-
phon. Son principal but est de prouver que les plus
remarquables prophéties de l’Ancien Testament se sont
réalisées en Jésus-Christ.
Ouvrages dogmatiques el polémiques contre les
hérétiques.
4. Dans les Prescriptions contre les heretiques, Tertullien
établit que les hérétiques ne peuvent pas se servir contre
nous des saintes Ecritures, puisqu'elles ne leur appar-
tiennent pas. « Qui êtes-vous? s’ecrie-t-il, que faites-vous
1 Edition séparée, par Lindner, Lips., 1862. Cf. Héfelé, Append.
à PHist. de l'Eglise, A vol.
186 MANUEL DE PATROLOGIE.
persévérance : « Le chrétien, dit-il, même hors de
prison, renonce au siècle, et en prison, il renonce à
1 même {. »
2. Dans les Spectacles, il discute cette question
tique très-importante alors, si les chrétiens peuvent
sister aux spectacles des paiens : « Je ne veux point
part à leur joie parce qu'ils seront exclus de la mienne.
3. Le traité de l’Idolätrie instruit les chrétiens à s’
tenir de toute participation au culte des paiens, et
apprend comment ils doivent se comporter dans
les conditions de la vie en face des idoles et de
ministres ; car « le crime de l’idolâtrie est tout le sujet
jugement *. 3. » Il leur défend toute industrie et tout
qui pourrait les conduire à y participer.
4. La Couronne et la Fuite dans la persécution, rédigées
dans la période montaniste, traitent des sujets analogues.
Dans le dernier. Tertullien prétend, contrairement à la
déclaration formelle de Jésus-Christ *, qu'il n’est point
permis de fuir pendant la persécution. Voici l’origine du
premier écrit. Seplime-Sévère distribuait des récom-
penses à son armée. Un chrétien refusa d'approcher
avec une couronne de laurier sur la tete, comme c'était
la coutume. pensant que c’était une superstition. On
découvrit qu'il était chrétien et on le mit en prison. Plu-
sieurs blämerent cet excès de zèle. Tertullien, au con-
traire, le défendit avec une merveilleuse eloquence, el
poussa le rigorisme jusqu'à interdire aux chrétiens l’éta!
Nous aimons mieux l'entendre dans le Scorpiagw
(remède contre les scorpions) soutenir contre les gnos-
I Cit. du tred. — ? Ci. du tred. —3 Cit. du tred. — + Matth.
x, 23.
AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 185
et Ecclesiæ ? quid hærelicis cum christianis? Nostra insti-
tutio de porticu Salomonis est, qui et ipse tradiderat
Dominum in simplicitale cordis esse quærendum (c. vn).
Il ne laisse pas cependant de faire lui-même un grand
usage de la philosophie, et surtout de la dialectique.
2. Le Traité du bapléme, à la fois dogmatique et pra-
tique, doit son origine à cette assertion du caïnites,
secte d’ailleurs inconnue, que le baptême d’eau n’est pas
absolument nécessaire au salut. Après une longue con-
sidération sur l’usage de l’eau dans la création et sous
l'ancienne loi, l’auteur arrive à la question capitale, et
traite du baptême de saint Jean, du baptême de sang,
des cérémonies usitées dans le baptême, de la validité
du baptème des hérétiques, du baptème des enfants, de
\a préparation au baptème et de différentes questions pra-
tiques.
3. Ses auütres travaux dogmatiques appartiennent à la
période montaniste ; ce sont : les cinq livres Contre Mar-
ciun (an 207 ou 208), sur l’unité de Dieu, sur le Créateur
du monde et la vraie humanité du Christ; Contre les
Valentiniens, où il fait de nombreux emprunts à saint
lrénée; Contre Hermogène, peintre de Carthage, qui
soutenait la doctrine de l’emanation ; Contre Praxdas, en
défense de la Trinité contre l’hérésie patripassianiste.
Tertullien lui reproche d’avoir fait à Rome deux œuvres
diaboliques, d’avoir pratiqué la prophétie (montaniste) et
introduit l’hérésie (des patripassiens) : « ll a chassé le
Saint-Esprit et crucifié le Père. » Dans le traité Sur la
Chair du Christ (comme dans celui Contre Marcion), il
combat le docétisme avec plus d'énergie et de détail
qu'il n'avait fait jusque-là. « Aucun auteur avant lui, dit
Dorner, n’a pénétré dans le fait de l’incarnation avec au-
tant d'amour, d’admiration et de perspicacite. » Dans le
traité de l’Ame, il combat cette opinion d’Hermogene que
l'âme a son origine dans la matière.
188 MANUEL DE PATROLOGIE.
fornication à ceux qui auront accompli leur pénitence »
(c. 1). Le titre d’apostoligue qu'il donne à ce pape (c. xxi),
montre assez que ce passage ne se rapporte point à Optat,
évêque de Carthage.
1. Tertullien a souvent traité du mariage et des ques-
tions qui s'y rattachent. L’ecrit orthodoxe adressé à sa
.Femme est une sorte de testament où il l’exhorte à ne
se point remarier après sa mort, parce qu'il désapprouve
les secondes noces et qu’elle pourraït aisément tomber
entre les mains d’un paien qui exposerait sa foi à plus
d’un danger. Dans le traité sur l’Ornement des femmes, il
s'élève contre le luxe et les parures du sexe. « Le Saint-
Esprit étant descendu en nous pour y demeurer comme
dans son temple, la gardienne de ce temple c’est la
chasteté, qui en est la sacristine!.» Dans les Exhortations
à la chastelé et le traité de la Monogamie, tous deux
montanistes, il rejette ouvertement les secondes noces ;
de même dans le traité sur le Voile des vierges, où il
veut que les vierges ne paraissent jamais à l’église sans
être voilées.
8. Dans l’opuscule Sur le jeu, il défend la pratique
des montanistes contre celle des psychiques ou catho-
liques.
9. Dans le traité De pallio, il se justifie d’avoir, quoique
chrétien, gardé le manteau des philosophes, ce qui ne
l'empêche pas de censurer avec ironie le luxe, la dé-
bauche et la corruption des païens. Les allusions fré-
quentes et souvent obscures à des pratiques de cette
époque rendent cet écrit difficile à comprendre, et font
le désespoir des archéologues et des commentateurs ?.
. Ouvrages perdus : de l’Exlase, ouvrage polémique
en sept livres, dirigé contre Apollonius et le pape Soter,
et favorable au montanisme ; du Paradis, de l’Espérance
des fidèles, Contre Appelles, des Vétements d’Aaron, de la
1 Cit. du trad. — 3 Edité par Salmasius, avec notes. Lugd. Bat.,
1656. ”
AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 189
Circoncision, des Animaux purs et impurs, de la Virginité,
des Inconvénients du mariage. ll publia aussi en grec
quelques-uns de ses ouvrages, notamment : du Bapiéme,
des Spectacles, du Voile des vierges, de la Couronne.
D'autres écrits, tels que : diverses poésies, des traités
sur la Trinité, sur la Nourriture des Juifs, sur les .Déf-
nilions de la foi et des dogmes ecclésiastiques, lui sont
injustement attribués.
Doctrines et textes pratiques importants.
Tertullien, ainsi qu’on a pu le voir par le titre de ses
écrits, traite ex professo plusieurs questions dogma-
tiques. Dans une telle abondance, nous devons néces-
säirement nous borner à l’essentiel.
1. Preuve de prescription. Comme saint Irenee, il
coupe court à toutes les objections des hérétiques, et
surtout aux arguments qu'ils veulent tirer de l’Ecriture
et des traditions apostoliques, en prouvant que l'Eglise
a la priorité de possession, de même qu’en jurisprudence
la preuve de prescription suffit à établir le droit de pro-
priete. Il établit ensuite la succession des évêques, sur-
tout dans les principales Eglises, pour montrer quelle a
été la « prédication de Jésus-Christ. » « Ce que les apôtres
ont prêché, c'est-à-dire ce que Jésus-Christ leur a révélé,
je le prescris ; on ne saurait le prouver autrement que par
les Eglises que les apôtres ont fondées, qu’ils ont d’abord
instruites de vive voix et ensuite par leurs lettres. Il est
donc clair que toute doctrine qui s’accorde dans la foi
avec la doctrine de ces Eglises apostoliques et matrices
doit être tenue pour vraie, puisque les Eglises l’ont reçue
des apôtres, les apôtres de Jésus-Christ, Jésus-Christ
de Dieu. Nous avons donc seulement à démontrer que
notre doctrine vient des apôtres, et que, par une suite
nécessaire , toutes les autres doctrines sont fausses. »
C'est donc aux hérétiques de prouver par quel apôtre ou
4 De præscript., xx.
490 MANUEL DE PATROLOGIE.
quel homme apostolique leur Eglise a été fondée‘. Parmi
les Eglises d'institution apostolique, Tertullien cite celles
de Rome, de Corinthe, de Philippes et de Smyrne *.
2. Pour fournir cette preuve, les hérétiques devraient
établir que les apôtres n'ont annoncé et transmis qu’une
certaine doctrine; car l'Eglise est formée par la tradition
unique d'une seule profession de foi, que Tertullien ap-
pelle sacrement, règle de foi; il donne par trois fois une
formule * qui s'accorde presque littéralement avec notre
Symbole des apôtres.
3. Cette tradition est le fondement de l'unité de l’Eglise :
« Les apôtres (après avoir prêché et fondé des Eglises
en Judée) ont fondé des Eglises en chaque ville, d'où les
autres ont pris la semence de la doctrine et la prennent
tous les jours à mesure que les Eglises se forment; c’est
pourquoi on les compte aussi parmi les Eglises aposto-
liques comme en étant les filles, et toutes ensemble elles
ne font qu'une même Eglise, la première venant des
apôtres et étant la source de toutes les autres. Elles sont
donc toutes les premières, toutes apostoliques, puis-
qu'elles apparaissent toutes comme ne formant qu’une
Eglise*. »
4. Tertullien est le premier des Latins qui ait employé
le mot Trinité : « OEconomiæ sacramentum unitatem in
trinitatem disponit, tres non statu sed gradu. Unus Deus
ex quo el gradus isti, et formæ, et species in nomine
Patris, Filii et Spiritus Sancti deputantur®. Il entend
donc par Trinité non-seulement une triple activité, mais
un mouvement de Dieu. Quand il parle des rapports du
Verbe avec le Père, il est non-seulement très-obscur,
mais quelquefois captieux. Il s'exprime plus correcte-
ment dans l’Apologetique®.
1 De præscript., c. XXxII. — 2 C. xXxvI. — 8 Ibid., c. x; Adv.
Prax., c. n; De virg. vel., c. 1. — * De præscript., c. xx. — 5 Adv.
Prax., c. 1. |
® Hunc (Aöyov) ex Deo prolatum dicimus, et prolatione genera-
AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 191
En soutenant que Dieu est un être corporel, Tertullien
a émis une opinion inconnue jusque là dans la littérature
chrétienne : Quis negabit Deum corpus esse, eisi Deus
spiritus est? Spiritus enim corpus sui generis in sua
effigie *. Il est vrai que par corps il entend une substance,
car non-seulement il confond ces deux expressions :
incorporatum esse et substantia carere, mais il dit encore:
omne quod est, corpus est sui generis. Nihil est incorporale -
nisi quod non est 3.
5. N n’est pas étonnant que Tertullien ait soutenu
que l’âme était quelque chose de corporel (une substance
éthérée) : Nos animam corporalem profitemur 5, et ait en-
seigné avec les stoïciens le traducianisme et le généra-
tianisme sous sa forme la plus grossière ®.
Nous devons surtout à Tertullien de magnifiques
passages sur la hiérarchie, les sacrements et la vie
chrétienne. |
6. « Le droit de donner le baptême appartient au souve-
rain prêtre, à l’évêque, puis aux prêtres et aux diacres,
mais non sans l’autorité de l’évêque, pour l’honneur de
l'Eglise et le maintien de la paix. Les laïques peuvent
aussi le donner en cas de nécessité, car ce qu’on a recu
on peut le donner de la même manière qu'on l’a recu.
Quand il n’y a ni évêque, ni prêtre, ni diacre, on appelle
les laïques 5.» Nous voyons que dès ce temps les évêques,
d'après Matth., xvı, 18, s’attribuaient le pouvoir des
clefs, et Tertullien se plaint que les hérétiques choi-
sissent trop légèrement leurs évêques, leurs prêtres,
leurs diacres et leurs lecteurs®. Comme montaniste, il
tum, et ideirco Filium Dei et Deum dictum ex unitate substantie.
Nam et Deus spiritus. — Manet integra et indefectata materiæ ma-
trix, etsi plures inde traduces qualitatum mutueris. Ita et quod de
Deo profectum est, Deus est, et Dei filius, et unus ambo (c. xxI).
I Adv. Prax., ec. vu. —*? De carne Chr., ç. x. Cf. Schwäne, Hist.
des dogm.; Dorner, op. cit. — 3 De resur. carn., c. XVI; De anima,
€, V. — 4 Cf, Schwane, op. cit., et: Theorie de l’âme par Tertullien,
dans le Catholique, ann. 1865. — 5 De bapt., c. XVI. — ® De preser.,
C, XL.
192 MANUEL DE PATROLOGIE.
enseigne le sacerdoce général, même des laïques, attendu
que tous les pneumatiques sont prêtres!.
7. Dans l’administration du baptême, il insiste forte-
ment sur l’emnloi de l'eau pour que la grâce puisse
operer*, posant ainsi la base de la doctrine théologique
de l’opus operatum, où les protestants ne voient qu'une
opération magique. Il admet aussi la validité du
baptême de sang, et rapporte les cérémonies baptis-
. males usitées de son temps®. Quant au baptême des
enfants, il ne l’admet pas en règle générale, à cause du
danger des rechutes.
8. « Celui qui a établi le châtiment par le jugement
a promis aussi par la pénitence la rémission de tous les
péchés, charnels ou spirituels, réels ou seulement volon-
taires® . » Cette parole : « Vaut-il mieux être damne en
restant cache que d’être absous publiquement ‘ ? » prouve
que l’aveu est nécessaire pour la validité de l’absolution ;
l’un et l’autre sont nettement exprimés dans ce passage :
In quantum non peperceris tibi, in tanlum tibi Deus,
crede, parcei. Plerosque tamen hoc opus (delicta conf-
tendi) ut publicationem sui aut fugere aut de die in diem
differre præsumo, pudoris magis memores quam salu tis:
veluti 1lli qui in parlibus verecundioribus corporis con-
tracta veæxatione, conscientiam medenlium vetant et ila
cum erubescenlia sua pereunl®.
9. Confirmation. « Sortis de l’eau, nous sommes oints
de l'huile”, » puis, « on nous impose la main, qui par la
bénédiction appelle et invite le Saint-Esprit..... Ensuite
cet Esprit si saint descend du Père sur les corps purifiés
et sanctifiés ®. »
10. Eucharistie. Les fidèles du temps de Tertullien
avaient grand soin de ne point laisser tomber les saintes
espèces à terre; preuve qu'ils ne les prenaient pas pour
1 De exhort. cast., c. x; cf. Deellinger, Hipp. et Call.— % De bapt.,
c. 1-1X, — 8 C. VII, VIN, XIX. — ® De pœnil., c. W. — 6 Ibid., c. x. —
6 Ibid. — 7 De bapt., c. vu. — 8 Ibid., c. vi. |
AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 193
un pur symbole. S’il emploie ailleurs? l'expression de
«figure du corps de Jésus-Christ, » cela signifie, d’après
le but général de son ouvrage, qui était de combattre
le docétisme de Marcion, que « le pain est la forme exte-
rieure sous laquelle paraît le vrai corps de Jesus-
Christ 5. » Il parle aussi en divers endroits du sacrifice
qu’on offre dans l'Eglise sous le nom d’Eucharistie®.
14. Après avoir révélé le danger des unions entre
fidèles et infideles, où l’épouse peut être empêchée dans
ses pratiques religieuses, Tertullien dépeint les avantages
du mariage chrétien : « L'Eglise en forme le nœud,
l'oblation le confirme, la bénédiction y met le sceau, les
anges en sont les témoins, le Père céleste le ratifie. L’un
et l’autre époux font retentir les psaumes et les hymnes,
et rivalisent dans le chant des louanges de Dieu ®. »
12. Celui qui recherche la vérité arrive, par la
connaissance du christianisme, à son but naturel : Nobis
curiosilale opus non est post Christum Jesum, nec inquisi-
lione post Evangelium. Cum credimus, nihil desideramus
ullra credere. Hoc enim prius credimus, non esse, quod
ultra credere debeamus®. « Qu’y a-t-il de commun entre
Athènes et Jérusalem, l’academie et l'Eglise?» Il désap-
prouve aussi ceux qui, sans mission, veulent scruter les
Ecritures : Fides, inquit (Christus), tua te salvum fecit,
non exercitatio Scripturarum. Fides in regula (fidei) po-
sita est; habet legem et saluiem de observatione legis,
exercitalio autem in curiosilale consistit, habens gloriam
solam de peritiæ studio’. Cependant, tout en voulant
exclure la spéculation et la science, Tertullien les
emploie souvent bien au delà du cercle immédiat de la
foi, et va plus loin que saint Irenee. Par là, du moins,
1 De bapt., vi. — % De coron., c. In. — 3 Adv. Marc., III, xıx; IV,
CxL. — + Cf. Delling., Eucharist.; Moshler, Patrol. Cf. De coron.,
c. ım; De cult. fem., Il, xı; Ad uxzor., II, vin; Ad Scap., u; De
monog., X; De exhort. cast., u, cf. Schwane, op. cit. — 5 Ad uxor.,
I, vu, ıx. — 6 De præscript., c. Vu. —7 Ibid., e. XIV.
13°
194 MANUEL DE PATROLOGIE.
il a posé chez les Latins les premières bases de la science
catholique.
43. Son traite sur l’Oraison dominicale est un des pre-
miers et des plus interessants. Il est aussi sobre de
paroles que riche de pensées ; c'est un abrégé de l’Evan-
gile. Dans cette prière, la sagesse divine a tout disposé
avec un ordre parfait : après les choses du ciel, elle a
aussi trouvé une place pour les choses de la terre. Mais
cette prière veut être dite d’un cœur pur et paisible,
ab omni omnino confusione animi libera esse debet orationis
intenlio, de lali spiritu emissa, qualis est Spiritus ad
guem mittitur‘. Nous y voyons que les chrétiens d’alors
elevaient en priant les mains au ciel, et se mettaient ä
genoux, le dimanche excepte?, jour consacré à la joie
et où l’on s’abstenait de travail®. Dans l’exhortation à la
prière qui termine cet opuscule, le ton s'élève sensible-
ment : « Nous obtenons tout de Dieu par la prière. Dieu
a-t-il jamais rien refusé à la prière faite en esprit et en
vérité? Déjà dans l’Ancien Testament la prière délivrait
du feu, des bêtes feroces, de la faim, et cependant elle
n'avait point encore reçu sa forme de Jésus-Christ, car
Jésus-Christ ne lui a donné de force que pour le bien;
avant lui, elle obtenait des plaies, battait des armées,
arrêtait les pluies fécondes. Quant à la prière du Christ,
son pouvoir se borne à rappeler les âmes des défunts
des voies de la mort, à renouveler ceux qui sont
tombés, à guérir ceux qui sont malades, à chasser les
démons, à ouvrir les prisons, à briser les chaînes des
innocents. Elle efface aussi les péchés, bannit les tenta-
tions, calme les persécutions, console les âmes abattues,
réjouit les cœurs magnanimes, nourrit les pauvres,
dirige les riches, relève ceux qui sont tombés, soutient
ceux qui chancellent, maintient ceux qui sont debout.
La prière est le rempart de la foi, une défense et une
arme contre l’homme qui nous épie de tous côtés. Ne
ı De orat., ce. xu. —®C. xvu — 8 C. xxm.
AUTEURS LATINS. TERTULLIEN. 195
sortons jamais désarmés : le jour, souvenons-nous de la
station ; la nuit, des veilles. Prions aussi tous les anges;
chaque créature prie, les animaux domestiques comme
ceux de la forêt. Les oiseaux prennent leur essor vers
le ciel, et, à défaut de mains, étendent leurs ailes en
forme de croix; leur chant ressemble à une prière. Que
dire encore de l'obligation de la prière? Le Seigneur lui-
même a prié!!»
14. Tertullien énumère aussi quantité de cérémonies
usitées dans, le culte public et dans l’administration des
sacrements; il parle surtout du signe de la croix : Ad
omnem progressum alque promolum, ad omnem adilum et
exitum, ad vestitum el calceatum, ad lavacra, ad mensas,
ad lumina, ad cubilia, ad sedilia, quæcumque nos conver-
satio exercet, frontem crucis signaculo terimus*. Il traite
du jeûne usité chez les catholiques, et dit que dans les
calamités les évêques ont droit de prescrire un jeüne
universel 5. Le jeûne est un moyen d'arriver à la vertu :
cette patience du corps, dit-il, recommande nos prières
et aide à nos supplications ; elle ouvre les oreilles du
Christ, de Dieu, bannit la sévérité et provoque la
douceur®.
15. L’Apologetigue® contient une belle peinture de
l'union et de la concorde qui regnaient parmi les fidèles;
aussi les paiens eux-mêmes ne pouvaient s'empêcher de
s'écrier : « Voyez comme ils s'aiment! » Tertullien,
comparant la charité des chrétiens avec la bienfaisance
des paiens : « Notre charité, disait-il, donne plus sur la
rue que votre piété dans les temples®. » Le traité Ad
uxorem , Il, ıv, décrit les vertus et les bonnes œuvres
qui doivent être l’ornement d’une femme chrétienne.
16. Il nous reste à mentionner les idées de Tertullien
sur l’état chrétien. Contrairement à la théorie païenne,
qui faisait de l’empereur une divinité, Tertullien se con-
i Cap. xxvu. — 3 De coron., c. In. — 3 De jejun., c. II et XIII. —
* De patient., c. xı. — 6 C. xxxx. — 6 Ihid., Xu.
496 MANUEL DE PATROLOGIE.
tente de dire qu'il est institué de Dieu et le premier
après lui : Colimus ergo et imperatorem sic, quomodo el
nobis licet, et ipsi expedit, ut hominem a Deo secundum,
el quidquid est, a Deo conseculum, solo Deo minorem'.
Ayant reçu sa puissance de Dieu, l'empereur n'est
soumis qu’à Dieu seul. Nous sommes donc tenus de
l'honorer, de l’aimer, de prier pour lui, afin de vivre
sous lui dans la paix et la sécurité. Il ne nous est permis
de hair personne, à plus forte raison l'empereur’. A son
tour, l’empereur ne doit jamais forcer ses sujets à hono-
rer les faux dieux ; s’il le fait, ses sujets ont le droit
de lui résister . Tertullien en déduit le droit de professer
librement le christianisme, d’autant plus que toutes les
accusations odieuses portées contre lui sont fausses :
Humani juris et naturalis polestalis est unicuigue, quod
putaverit colere; nec alit obest aut prodest alterius
religio. Sed nec religionis est cogere religionem , qua
sponte suscipi debeat, non vi®.
Le Tertullianus predicans omnibus anni dominicis et festis, singu-
lisque quadragesimæ feriis, par Mich. Vivien, ed. 8%, Avenn., 1855
(augmenté de passages des saints Pères), offre une collection des
meilleures et des plus belles pensées de Tertullien.
Operum omn., ed. princeps, de Beatus Rhenanus, Basil., 1521, in-fol.;
ed. Nic. Rigaltius, Par., 1634 et auctius 1641 ; ed. Semler et Schütz,
Hal., 1770, 6 vol. in-8° ; Migne, ser. lat., t. I-II. Edit. portatives:
Oberthür, Bibl. Patr. lat., t. I-II; Gersdorf, Bibl. selecta, t. VII-IX;
la meilleure par Fr. Œbler, Lips., 1851-54, 3 vol. in-8°. Cf. Tillemont,
t. II; Ceillier, t. II, Are et 2e éditions; Mæbhler, Patrol.; Boeringer,
Hist. de l'Eglise; Stæckl, Philosophie de l’ère patristique.
1 Ad Scap., c. 11; Apol., c. xxx. — % Apol., c. XXXIII, XXXVI; Ad
Scap., U. — 3% Apol., xxVIN, xxxIV. — ® Apol., xxIv; Ad Scap., n;
cf. Dieringer, Doctrina Tertull. de republ. et de offic. ac jurib. civium
Christ. Bonnæ, 1850.
AUTEURS LATINS. S. CYPRIEN. 497
$ 38. Saint Cyprien
(Thascius Cæcilius , mort en 258).
Cf. Vita et passio S. Cæc. Cypr., par le diacre Pontius ; Prolégo-
menes, de Maran, dans son édit. de saint Cyprien ; dans Migne,
sér. lat., t. IV.
Thascius Cyprien naquit au commencement du troi-
sième siècle d’une famille notable, probablement à Car-
thage. Homme de talent et élevé avec le plus grand
soin, il embrassa la carrière de rhéteur et la remplit
avec tant d'éclat, qu'il devint la gloire des païens de
cette ville. Enflé de ses succès, attiré vers les jouissances
mondaines par son immense fortune, il fut préservé de
l'abime et converti en 246, par Cécilius, prêtre catho-
lique, dont il prit désormais le nom, dit saint Jérôme.
« Ce qui me semblait autrefois difficile, impossible
même, sur la mer orageuse de ce monde : renaître à
une vie nouvelle dans un bain salutaire, déposer le vieil
homme, et, tout en conservant le même corps, être
régénéré de cœur et d'esprit, j’ai eu la joie de l’expéri-
menter en moi-même. » Méprisant les railleries des
paiens qui l'avaient surnommé xonpos, Stercus, il prouva
son changement de vie en critiquant sans ménagement
la superstition païenne, De vanitate idolorum. Il fut or-
donné prêtre un an après, et, en 248, nommé malgré
lui successeur de Donat, évêque de Carthage. Il s’acquitta
de sa charge avec une telle distinction, que saint Au-
gustin l’a appelé l’évéque catholique, le martyr catholique
par excellence. Ce cri de mort : Cyprien aux lions!
poussé sous la persécution de Dèce, en 250, le décida à
prendre la fuite, selon le conseil du Sauveur lui-même,
acte qui donna lieu à bien des malentendus. Quoique
absent, il ne laissa pas toutefois de s'intéresser à son
troupeau. Retourné à Carthage en 251,' quand l'orage
I Matth., x, 93. )
198 MANUEL DE PATROLOGIE.
fut passe, la multiplicité de ses travaux d’eveque ne
l’empöcha pas de tenir de nombreux synodes sur la
manière de recevoir ceux qui étaient tombés pendant la
persécution, sur le schisme de Novatien et de Félicissime
et sur le baptême des hérétiques, à propos duquel un
violent débat s’eleva entre lui et le pape Etienne. Ce
qu'il a écrit pour d'autres dans les traités De bono pa-
tientiæ et De zelo et livore aura sans doute contribué à
le ramener lui-même dans la bonne voie. Demeuré à
Carthage pendant la persécution de Valérien, il déclara
ouvertement « qu'il était chrétien et évêque, » et fut
exilé à Kurubis. Un an après, on lui annonçait sa sen-
tence de mort : « Cyprien, ennemi des dieux de Rome,
sera décapité. » « Dieu soit loué! » répondit-il. Quand
on apprit à Carthage qu'il avait subi le martyre (14 sept.
258), ce cri de douleur s’exhala de toutes les poitrines :
« Allons mourir avec lui! » .
Dans ses nombreux écrits, Cyprien avait pris pour
modèle Tertullien, mais en observant ce principe de
saint Jérôme : Admiramur ingenium, damnamus hæresin.
Il suffit, pour s’en convaincre, de comparer ses traités :
De vanitale idololorum, De oratione dominica, Testimonio-
rum adv. Judæos libri II, De habitu virginum, avec
ceux-ci de Tertullien : A pologeticum, De oratione, Contra
Judæos, De virginibus velandis. Seulement la dialectique
âpre et blessante de Tertullien est remplacée chez son
imitateur par une diction attrayante et par un grand
esprit de conciliation. Dans ses conseils aux vierges chré-
tiennes, Tertullien passe souvent les bornes de la déli-
catesse, tandis que Cyprien est à la fois chaste de pen-
sées et de style. Tertullien incline toujours au rigorisme ;
Cyprien ne prend conseil que de la sagesse et de la mo-
dération.
Ouvrage d'une tendance apologétique.
4. À Donat (néophyte), Traité de la grâce de Dieu, cité
AUTEURS LATINS. S. CYPRIEN. 199
aussi sous le titre de lettres. Saint Cyprien, qui l’écrivit
immédiatement après sa conversion, y dépeint, non sans
une certaine emphase, l’état malheureux où il vivait
autrefois , sa conversion, son baptême, dont il relève les
salutaires effets, en les opposant aux horreurs du paga-
nisme. Il y exhorte à persévérer dans la foi.
2. Dans le Traité de la vanité des idoles, il montre
que les idoles ne sont pas des dieux, il expose le mono-
théisme chrétien et développe historiquement les prin-
cipaux dogmes du christianisme. Cet ouvrage est extrait
en grande partie de l’Octave de Minucius et de l’Apolo-
gétique de Tertullien.
3. Dans les trois livres des Témoignages contre les
Juifs, rédigé pour un nommé Quirin, il traite, à l’aide de
textes bibliques dont le choix laisse à désirer, de la per-
sonne du Christ et du caractère transitoire du judaïsme.
Le troisième livre, d’une date postérieure, roule sur
des questions de morale et de discipline.
4. L’ecrit A Démétrien peut aussi servir à la défense du
christianisme. Composé en 253 sous le règne de Gallus,
et adressé à un païen notable, il a pour but de démon-
trer que ce n'est pas aux chrétiens, mais aux paiens,
qu’il faut imputer les malheurs de l'empire.
Les autres traités roulent sur la morale et le dogme.
5. L’opuscule Sur le maintien des vierges exhorte les
vierges consacrées à Dieu par une chasteté perpétuelle à
aimer la simplicité des vêtements. Le Traité de la morta-
lité a pour but de combattre la crainte de la mort, qui
pendant la peste avait envahi un grand nombre de chré-
tiens. Dans l'Exhortation au martyre, composée vers 252,
Cyprien prépare les chrétiens à une persécution immi-
nente.
6. Dans le Traite de l’unite de l'Eglise, ou De simplici-
tale prælatorum, écrit en 251 pour éclairer quelques con-
fesseurs romains qui s'étaient laissés séduire au schisme
de Novatien et de Novat, il développe la notion de l’unité
200 MANUEL DE PATROLOGIE.
de l'Eglise, «en dehors de laquelle il n’y a point de sa-
lut; » car « celui-là ne peut avoir Dieu pour père qui ne
reconnaît pas l'Eglise pour sa mère. »
7. Dans le traité des Laps, il trace les principes sui-
vant lesquels on doit admettre à la communion ceux qui
ont apostasié pendant la persécution ; il s’eleve contre
l’excessive indulgence des confesseurs.
8. Le Traité de la prière, ou explication du Pater, est
l'ouvrage qu'on admire le plus. On y trouve d’excel-
lentes remarques sur chaque invocation.
9. Citons encore ses Trailés des bonnes œuvres et de
l’aumône ; de la patience ; de l'envie el de la jalousie. Dans
ces deux derniers, écrits vers 256, le principal but de
saint Cyprien est de montrer combien l'envie, la jalousie
et l’impatience sont funestes à l'Eglise et contraires à
l'esprit d'unité.
Lettres.
Ces lettres, au nombre de quatre-vingt-une y compris
celles qui ne sont pas de lui, fournissent de curieux dé-
tails sur l’état de la société religieuse, sur les coutumes
du temps, sur l’histoire ecclésiastique en Afrique et à
Rome.
On lui attribue encore un grand nombre d’ecrits.
dont les suivants : De spectaculis, De laude martyrii, De
disciplina et bono pudicitiæ sont tres-douteux; ceux-ci:
Ad Novalianum de spe veniæ non neganda; Eschortalio ad
poenilentiam; De alealoribus; De singularitate clerico-
rum ; De XII abusionibus sæculi; Oratio de laude marty-
ri, sont certainement apocryphes. Il en est d’autres où
ce-caractère est encore plus saillant. |
Le traité De rebaptismale, placé ordinairement parmi
les écrits de saint Cyprien, est dirigé contre lui et contre
son opinion sur la nécessité de rebaptiser les hérétiques.
Il fut sans doute composé de son vivant !.
1 Galland., Bibl., t. IH.
AUTEURS LATINS. 8. CYPRIEN. 201
Doctrine de saint Cyprien.
L'Eglise, les sacrements, la vie chrétienne, tels sont
les points sur lesquels les écrits de saint Cyprien offrent
le plus de ressources.
1. L'Eglise est une, et les évêques sont le lien de son
unité : « Sachez-le, l'évêque est dans l'Eglise, et l'Eglise
est dans l’évêque ‘. » Les évêques forment un tout dont
la chaire de saint Pierre est le centre, selon ce qui est
dit en saint Matthieu, xvı, 18 : « C’est sur un seul qu’il
batit son Eglise... et quoiqu’apres sa résurrection il
donne à tous ses apôtres une puissance pareille, toute-
bois, pour manifester l’unite, il a institué une chaire et
posé l’origine de l'unité en la faisant descendre d’un
seul ?. » Dans le passage suivant, il indique où se trouve
l centre de l’unité après la mort de Pierre : Navigare
audent (hæretici) ad Petri cathedram et Ecclesiam prin-
apalem, unde unitas sacerdolalis exorta est ; a schisma-
licis el profanis litieras ferre, nec cogitare eos esse Roma-
nos, quorum fides Apostolo prædicante laudata est, ad
quos perfidia habere non possit accessum 5. » Communi-
quer avec le pontife romain, c’est communiquer avec
l'Eglise catholique*. Comment saint Cyprien entendait
le mot de primauté, nous le savons de Firmilien, évêque
de Césarée, qui disait du pape Etienne : Per successionem
Petri cathedram habere se predicat®. On trouve encore
üleurs des preuves de la primauté de l'Eglise romaines.
Les évêques doivent être un, afin de représenter l’unité
| klEglise : Quam unitatem-tenere firmiter et vindicare
. Wbemus maxime episcopi qui in Ecclesia præsidemus, ut
pscopatum quoque ipsum unum aîque indivisum probe-
mus... Episcopatus unus est, cujus u singulis in solidum
pers lenetur *. C’est par leur succession légitime qu'ils
Sont unis aux apôtres et au Christ: Inde (a Petro) per
"Ep. um. — 2 De unit., c. it. —3 Ep. Lx.—* Ep. LVI ad Antonian.
— Ep. Lxxv. — 6 Ep. XLV, LXVH, LxvVIn. —?7 De unit., c. IV.
an MANTEL DE PATROLOGIE.
sans avair accompli la penitence légale, « fait violence
zu oups et au sang du Seigneur!.» Suivant Rettberg,
sam Cvpnen aunsdere surtout l’Eucharistie comme un
Sacrice : sacrrıhrıum, sacrıfcıı dominici sacramentum,
ère prrun ci niraum. Voici le resume de sa doc-
ve enchartique : Le sacrifice de Melchisédech est
a àca Ja sacrf% chretien. vrai et parfait sacrifice
mxXORme : ein! des jurfs. Le Christ l'a institué en offrant
KO RER MR Tr. Son corps et son sang. L'objet de ce
Rerby. es x tbhrit lui-mème s’offrant à son Père :
e NEN. Sr 8 reerant bent la place du Christ. Il es
Niret Hr mena du Seicheur et de sa passion ?. L’epitr«
NT. KURSE. Acer jar saint Augustin liber de sacra
mer DIE Traïe wat entiere du sacrifice de la messe
Non Cramer Et cui soffrait aussi pour les défunts
Rue ès am: es. et il recommande de s’y sou:
VER & vues Lente des vivants qui ont contribué pal
vue aout à ik &vrame des captifs. Le mélange di
“sr st Ar ve Nysente l'anion des fidèles avec Jésus
HS ee res nat lea Jesus-Christ est le vin“.
2 nwamumanı es Adeles rawivent respectueuse-
mew À ke sam me corps de Jésus-Christ, ei
PANNE es sx nr k prendre avant les repas.
Wr en Sana m vorame, (n communie aussi le:
ARD
Ta Saar à & nee. nutre auteur imite servilemen
"ae, Summe m & appelle le Pater « un abrég:
NR ix Kate ne. » Nbre de paroles. pleine d’espri
N & Or, te Ant étre ja prière : « Peut-il y avoi
IE RENTE AE ice que œllke que le Christ nou
à Ron CR GE os a envare je Saint-Esprit ! Quanı
NUS ROUE EUR devons RUE v appliquer de tou
NN RE ARBRE ae pee terrestre et charnelle
VON ie © NE an 1. — I Dielünger, PEuch. dans les troı
av ee En ex — + Kr LIT 18, Voir Dellinger, op. cit.
war N ma À NE RIRE
AUTEURS LATINS. S. CYPRIEN. 205
C’est pour nous rappeler que toutes nos pensées doivent
être au Seigneur que le prêtre dit aux fidèles : Les cœurs
en haut ! à quoi les fidèles répondent : Nous les élevons
au Seigneur. Avec Tertullien, il recommande de prier
incessamment, à l'exemple du divin Sauveur : « Si celui
qui était sans péché a prié, à plus forte raison les pé-
cheurs le doivent-ils. S'il priait toute la nuit et sans
relâche, combien plus devons-nous veiller la nuit dans
de fréquentes oraisons. »
En morale, Cyprien se complait surtout dans le mar-
tyre et la virginité : « Heureuse notre Eglise, s’écrie-t-il,
si glorifiée de nos jours par le sang illustre des martyrs;
blanche autrefois par les œuvres des frères, elle est
rouge maintenant du sang des martyrs; ni les lis ni les
roses ne lui manquent plus! » Ce qui caractérise le
martyre, ce n'est pas la souffrance, mais la cause, non
pæna sed causa facit martyrum.
Lactance, au livre V de ses Institutions, a dit de son
style : Erat ingenio facili, copioso, suavi, et, quæ sermonis
mascima est virtus, aperto, ut decernere non queas utrum
ornatior in eloquendo, an facilior in explicando, an po-
lenlior in persuadendo fuerit.
Saint Cyprien mérite cet éloge pour ses ouvrages A
Démétrien, A Donat, Sur l'unité de l'Eglise et l'Oraison
dominicale; maïs il est souvent trop délayé et surchargé
d'épithètes ; bien different de Tertullien, dont l’expres-
sion est toujours concise et la pensee abondante.
Avec saint Ignace et saint Irenee, saint Cyprien est
celui qui a développé avec le plus de précision et de clarté
la notion catholique de l’Eglise; de là le rang conside-
rable qu’il occupe dans la littérature chrétienne.
Ses œuvres complètes (y compris les écrits douteux ou certaine-
ment apocryphes ordinairement cités sous son nom), ont été éditées
par Erasme, Bâle, 1520; Pamelius, Antw., 1568; Rigault, Par., 1648;
Fell. Oxon., 1682 ; avec les travaux préparatoires de Baluze, la
meilleure édition est celle du bénédictin Maran, Paris, 1796 ; à Ve-
nise, 1728 ; Migne, sér. lat., t. IV-V. Edition portative, par Oberthür,
206 MANTEL DE PATBOLOGIE.
Bıbl. Patr. lat., Wirceb., 1782, 2 vol. in-8°; par Goldhorn, Bibl.
select., Lips, 1838, 2 vol. Traités séparés : Ad codic. mss. vetustiss.
fidem, par Krabiuger, Libri de cath. Eccl. unit.; De lapsis et habitu
rırginum, Tub., 1853; 49 Donat.; De orat. dom.; De mortal.; De oper.
et eleem.: De bons patient. et de zelo et lir., Tub., 1859 (corrections
du texte nombreuses et estimables . — Cf. Tillemont, t. IV ; Ceillier,
t. Il ; 2° ed., t 1: Mœhler, Pairol.; Rettberg, Cyprien, sa vie et ses
œurres, Gwit., 1831 ; Reithmeier, Hist. de saint Cyprien.
Ss». Nevatien, schismatique romain.
Nous n'avons que des renseignements douteux sur la
patrie et l'éducation scientifique du prêtre romain Nova-
tien (souvent nommé et confondu avec Novat, prêtre de
Carthage). Il se peut que la philosophie stoicienne, à
laquelle il s'était peut-être adonné, ait eu quelque in-
fluence sur le rigorisme avec lequel il voulait qu'on
traität les laps. Ce qui est certain. c'est que, possédé du
démon dès le temps de son catéchuménat, guéri par des
exorcistes chrétiens, atteint plus tard d’une maladie
grave, il fut baptisé avant la fin de son catéchuménat,
sans toutefois recevoir la confirmation. Ce baptême,
selon l’ancienne pratique, l’excluait du sacerdoce. Il fut
cependant ordonné prêtre par le pape Fabien ou l’un de
ses successeurs, probablement à cause de son savoir et
de ses bonnes qualités, malgré la résistance du clergé
et du peuple. Cette résistance n’était que trop justifiée.
Séduit par le schismatique Novat, récemment arrivé.
d'Afrique, il se mit à calomnier le pape Corneille, l’accu-
sant de recevoir avec trop de facilité ceux qui étaient
tombés dans la persécution de Dèce; il se posa ensuite
comme antipape (252), après avoir été, dit-on, sacré
évêque en état d'ivresse par trois évêques d'Italie ?.
Lorsque Corneille eut été reconnu pape légitime, no-
tamment par saint Cyprien et saint Denis d'Alexandrie,
1 Baptismus clinicorum. — ? Voir des détails sur lui dans Philos-
torge, Hist. eccl., VIL, xv; Euseb., VI, xLım; Corn., Ep. ad Fab.,
ep. Antioch.; Cypr., Ep. XLI, XL, XLIX, LI, LIN, etc.
AUTEURS LATINS. NOVATIEN. 207
Novatien fut excommunié par un concile de Rome et un
autre de Carthage. Il poussa jusqu’à l’hérésie ses idées
rigoristes sur le sacrement de pénitence et sur la nature
de l'Eglise. Sa secte se propagea à Constantinople, en
Asie, en Afrique, dans les Gaules et l'Espagne. Ces hé-
rétiques orgueilleux se donnèrent eux-mêmes le nom de
cathares (purs), et répandirent le bruit que leur chef
Novatien avait été martyrisé sous Valerien 1. Tillemont
en doute. Malgré diverses persécutions, il subsista des
restes de cette hérésie jusqu’à la fin du sixième siècle,
où elle était encore combattue par Euloge, évêque
d'Alexandrie.
Cette carrière militapte explique la perte de la plupart
des nombreux écrits que saint Jérôme ? attribue à Nova-
tien. Parmi ces écrits, on à conservé :
4. Liber de Trinitate, ou Regula fidei, que saint Jérôme
appelle un abrégé de l'ouvrage de Tertullien contre
Praxéas, et qu’on éditait autrefois avec les écrits de ce
dernier. Malgré les traits généraux qui le rapprochent
du livre de Tertullien, il en diffère souvent dans le
detail. Il affaiblit les idées de Tertullien sur les rapports
du Fils avec le Père, et ne traite du Saint-Esprit que
d'une manière superficielle ; il n’emploie pas le mot de
Trinité, si fréquent dans Tertullien. Ce n’est donc point
un extrait du livre contre Praxéas. Sa doctrine a beau-
coup plus d’affinité avec celle d’Hippolyte, dont il était
peut-être un partisan. Son principal objet est de com-
battre deux classes de monarchiens , ceux qui tiennent
le Christ pour un pur homme, homo nudus et solitarius,
et ceux qui, le reconnaissant pour Dieu, ne distinguent
point sa nature divine de celle du Pères.
2. On attribue encore à Novatien : De judaicis cibis,
contre ceux qui persistaient à suivre l’ancienne loi tou-
chant les repas.
! Euseb., Hist., IV, xxvm. — ? Catal., c. Lxx. — ® Hagemann,
l'Eglise romaine et son infl. sur la discipl. et le dogme. Frib., 1864.
208 MANUEL DE PATROLOGIE.
3. Epistola cleri Romani ad Cyprianum, où il dit être
d'accord avec saint Cyprien sur le traitement des laps,
c'est-à-dire qu'avant la tenue du concile et le retablisse-
ment de la paix, aucun ne sera reçu dans l'Eglise, sinon
in arliculo mortis. Cette pièce, réimprimée parmi les
lettres de saint Cyprien, LIV, passe pour apocryphe.
Cf. Galland. Bibl., t. IV; Migne, t. Ill, ser. lat.; Tillem., t. Ill;
Ceillier, t. III, et 28 ed., t. II ; Mœbhler, Patrol.; Dorner, op. cit.
S 40. Arnobe (mort après 325).
Dissertatio prævia, par Le Nourry, dans Migne, t. V, p. 366.
Né à Sicca, dans l'Afrique proconsulaire , Arnobe
s’illustra vers la du troisième siècle comme maitre
d’eloquence et cHKpion du christianisme. Saint Jérôme!
assure qu'il se convertit à la suite d’une vision. L’évêque,
avant de lui conférer le baptême, lui ayant demandé
un témoignage public giga sincérité, Arnobe répondit
(après 303) par la publitätion de ses Disputes contre les
gentils (liv. VID), où il n’est pas tout-à-fait à la hauteur
de son sujet, dit saint Jérôme. Versé, comme Clément
d'Alexandrie, dans les mystères du paganisme, il les
expose beaucoup mieux que n'importe quel apologiste;
il les réfute plutôt qu’il ne défend le christianisme. A
l'exemple de Tatien et d’Athenagore, il montre l’inanité
des efforts de ceux qui essaient de purifier le paganisme
par l'interprétation allégorique de ses mythes. Mais
s’il repousse victorieusement les crimes imputés aux
chrétiens, il est trop peu versé dans leur doctrine, et se
théologie, comme son anthropologie, est entachée de
graves erreurs.
Il répond d’abord à ceux qui imputent aux chrétien:
les fléaux naturels et les guerres qui désolent l’empire
et qui les accusent d’adorer un Dieu crucifié. Au seconc
livre, il signale les divers motifs pour lesquels il fau:
1 Catal., c. LXXIX. — V, XXXII-XXXIX.
AUTEURS LATINS. ARNOBE. 209
croire à Jésus-Christ et à ses promesses : la propagation
merveilleuse du christianisme, les martyrs, les miracles,
il traite ensuite de la nature et de l’immortalite de l’âme,
et résout quelques objections, celle-ci entre autres :
Pourquoi le christianisme est-il venu si tard? Chris-
tianus ergo ni fuero, dit-il en cet endroit, spem salutis
habere non potero (1, ıxv). Dans les livres lII, IV et V,
il analyse la mythologie païenne, dont il dévoile les
absurdités et les turpitudes. Aux livres VI et VII, il ré-
pond à cette question : Pourquoi les chrétiens n'ont
point de temples et d’idoles, et n’offrent point de sacri-
fices? Il montre combien les pratiques du paganisme,
les sacrifices d'animaux et la divination sont criminels
et insensés. — La diction d’Arnobe est fleurie et animée.
A la manière vague dont il parle de Dieu, du monde
et de l’homme, on a pu le croire plus orthodoxe qu’il ne
l'est réellement. Son dualisme est tel, que non-seulement
il traite de sacriléges ceux qui font Dieu auteur de la
nature et de l’homme (XI, xrvı), mais qu'il semble nier
la nature supérieure de l’äme, en la plaçant entre le
monde sensible et le monde suprasensible, et en lui
donnant pour auteur une puissance inférieure à Dieu
(I, xxxr).
Cependant, il ne croit pas moins que la foi chrétienne
soit la seule admissible : « Cessez donc, ö hommes, de
ruiner vos espérances par de vaines recherches, et de
compter plus sur vos opinions que sur la doctrine chré-
tienne, lorsqu'elle contrarie vos idées. Quand il y va du
salut de nos âmes, il faut, dit Epictète, „croire sans
preuve rationnelle » (Il, Lxxviu).
Editeurs : Salmasius, Lugd., 1651 ; Oberthür, Op. Patr. lat., t. V;
Orelli, Lips., 1816; Hildebrand, Halle, 1844; Œbhler, Lips., 1846.
Cf. Mahler, Patrol.; sur ses erreurs, Steeckl : Hist. de la phil. de l’ère
patrist.; Woerter, Thévrie de la grâce et la liberté.
910 MANUEL DE PATROLOGIE.
S 41. Laetanee Firmin (mort vers 330).
Dissertationes, par Le Nourry, Lestocq, etc., dans Migne, t VI
et VII.
Né en Italie, selon toute vraisemblance, Lactance fit
ses études en Afrique, sous le rhéteur Arnobe. Son
Symposion, recueil de cent devises dont chacune a six
hexamètres, décida Dioclétien, vers 301, à l'appeler à
Nicomédie en qualité de rhéteur. Contrarié d’avoir si
peu d’auditeurs, et privé, malgré tous ses travaux, des
plus nécessaires moyens de subsistance, il sentit le besoin
d'acquérir une sagesse plus élevée. Vers 330, Constantin
l’envoya à Trèves, pour faire l'éducation de son fils
Crispus, à qui les intrigues de sa belle-mère Fausta
preparaient une fin si malheureuse (325). On croit qu'il
mourut à Trèves vers 330. Comme chrétien, nous lui
devons les ouvrages suivants :
4. Les Institutions divines (sept livres), dont chaque
livre porte un titre spécial. L'auteur se proposait de faire
connaître aux lettrés la vraie philosophie, au vulgaire
la vraie religion, en se servant surtout d'arguments
puisés dans la raison, dans la tradition païenne et dans la
philosophie religieuse. Il cite rarement l’Ecriture. Dans
le premier livre, il établit l’unité de Dieu, créateur du
monde, par les philosophes et les poètes païens , par les
oracles, Hermès Trismégiste et les sibylles. Quant aux
divinités paiennes, la seule distinction des sexes suffit
pour montrer leur inanite; les dieux supérieurs n’ont
rien de grand et offrent d'innombrables contradictions.
Passant aux dieux inférieurs, aux héros, il établit l’ori-
gine de leur culte par quelques exemples, tel que celui
de César. Après avoir dit que les dieux sont la personni-
fication des passions humaines, il rappelle en terminant
les pratiques scandaleuses et risibles de leur culte, les
sacrifices humains et les impostures qui accompagnent
AUTEURS LATINS. LACTANCE. 211
tous ces actes. Dans le deuxième livre, sur l’Origine de
l'erreur, il dit que, dans leurs détresses, les paiens in-
voquent souvent, non point Jupiter ni les dieux en
général, mais le Dieu unique et véritable. Quant aux
prétendus miracles opérés par les faux dieux, Lactance,
comme les autres apologistes, les attribue aux démons,
dont l'empire sur les hommes date de la chute et va
saffermissant de jour en jour. Au troisième livre, de la
Fausse Sagesse, il passe en revue les trois branches de la
philosophie, physique, logique et morale, les systèmes
de Pythagore, de Socrate, de l’académie d’Arcesilas, de
Cicéron, etc, systèmes contradictoires et qui ne décident
point les grandes questions qui intéressent l’humanité.
Du reste, les doctrines de la philosophie ne sont acces-
sibles qu’à un petit nombre, tandis que le christianisme
fructifie dans tous les hommes.
La partie positive commence avec le quatrième livre,
de la Vraie Sagesse. La vérité, vainement poursuivie par
les philosophes, Dieu l’a révélée par les prophètes, anté-
rieurs aux plus anciens auteurs grecs. L’organe de cette
révélation, c’est le Fils de Dieu, « engendré avant tous
les siècles selon l'Esprit, et dans le temps selon la chair,
figuré par les prophètes, né d’une vierge, Soumis aux
souffrances afin de donner aux hommes un parfait mo-
dèle de toutes les vertus.» Dans le cinquième livre, après
avoir mentionné quelques adversaires du christianisme
qui lui ont donné la première idée de son travail, Lac-
lance traite du culte du vrai Dieu et de l’observation de
ses commandements, qui sont pour l’homme la condi-
tion de son perfectionnement et de son progrès, contraire-
ment au paganisme qui, en divinisant toutes les
passions, devait corrompre même les hommes naturelle-
ment bons. Les paiens méprisent la vraie justice et
veulent forcer les chrétiens à retourner au culte des
idoles. Le sixième livre, du Vrai Culte, fait voir que la
véritable manière d’honorer Dieu, c’est l'innocence et la
219 MANUEL DE PATROLOGIE.
vertu : les païens, qui ne s'occupent que du dehors, ne
les connaissent point; mais ils ont pressenti que la vraie
connaissance de Dieu et l'union avec lui ne pouvaient se
trouver que dans le christianisme. L’auteur combat les
idées des païens sur le souverain bien et sur la morale.
Celui-là, dit-il, honore Dieu d’un culte parfait, qui
observe bien tous ses commandements. Le septième
livre, de la Vie bienheureuse, roule sur l’immortalité de
l'âme, la résurrection des corps, l'éternité des récom-
penses et des châtiments futurs. Ce grand ouvrage, écrit
entre 316 et 322, est dédié à Constantin. Lactance en fit
lui-même un abrégé, où il introduisit plusieurs modifi-
cations {.
2. Dans le traité de l’Ouvrage de Dieu, antérieur aux
Instilutions et dédié à son disciple Démétrien, l’auteur
essaie de prouver l’unité et la puissance de Dieu par
l'organisme du corps humain et les facultés de l’âme.
3. Le traité de la Colèrede Dieu justifie l'emploi du mot
colère, qui, appliqué à Dieu, scandalisait si fort les philo-
sophes païens, bien qu'il signifie simplement que Dieu,
ne pouvant être insensible au bien ni au mal, doit à sa
justice de récompenser l’un et de punir l’autre. Il résout
les objections qu’on peut élever contre cette doctrine, et
termine par une vive exhortation à la piété, afin qu’on
ne trouve point en Dieu un maitre terrible, mais un Père
compatissant. Cet opuscule forme le complément des
Institutions *.
4. L’Ouvrage sur la mort des persécuteurs, au confesseur
Donat, que saint Jérôme’, avec plus de raison peut-être,
intitule : de la Persécution, manquaït dans les anciennes
éditions de Lactance ; la première édition en a été faite à
Paris, en 1679, par Baluze, sur un très-ancien manu-
scrit de la bibliothèque de Colbert. Comme le manuscrit
porte le titre Lucii Cæcihii, Le Nourry a prétendu qu'il
Hieron., Catal., c. Lxxx. La première édition est de Pfaff. Paris,
1712. — 2Cf. Instit., Il, xvım. — 8 Catal., c. LXXX.
AUTEURS LATINS. LACTANCE. 913
n'était pas de Lactance. Lestocq a soutenu victorieuse-
ment le contraire, en prouvant que d'autres manuscrits
de Lactance portaient aussi ce nom de Cæcilius, et que
le style était bien celui de Lactance. Cet ouvrage, com-
posé vers 315, après la mort de Licinius, décrit la fin
tragique que Dieu a réservée aux persécuteurs des chré-
tiens et à ceux qui les imitent, pendant que le christia-
nisme triomphe à mesure qu’on cherche à l’étouffer. Cet
ouvrage, dont la fidélité historique est généralement
reconnue, complète heureusement l’histoire des persé-
cutions chrétiennes, surtout des dernières.
5. On lui attribue encore un petit poème Sur la Passion
du Seigneur. — Ses lettres, mentionnées par le pape
Damase!, sont perdues, de même que son Jtinéraire, ou
voyage d'Afrique à Nicomédie.
Nous avons parlé plus haut de son Symposion.
Outre les arguments qui lui sont communs avec les
autres apologistes, Lactance s’est surtout occupé de la
théodicée et de la providence. En psychologie, il combat
expressément Arnobe et se déclare en faveur du créatia-
nisme, serendarum animarum ratio uni ac soli Deo sub-
jacet?. Il a rendu moins de services à la théologie
chrétienne : constamment inexact, peu versé dans le
dogme, l'expression juste lui manque et il tombe dans
plus d’une erreur, ce qui faisait dire à saint Jérôme :
Ülinam tam nostra confirmare potuisset quam facile.
aliena destruæit ! Quand il parle du Verbe, il tombe dans
le subordinatianisme®, et saint Jérôme l’accuse d’avoir
nie, errore judaico, la personnalité du Saint-Esprit.
Ailleurs, il s'exprime dans la terminologie accoutumee®.
Lactance était surtout grand partisan des millénaires #.
Il est d’autant plus parfait sous le rapport du style.
On l'a comparé de bonñe heure, pour la pureté et l’élo-
quence de sa diction, avec Cicéron qu'il imite à dessein,
1 Ep. 1 ad Hieron.— ? Cf. De opif. Dei, c. xvu-xx.—3 Inst. divin.,
I, x; IV, vi. — + Iid., IV, zur. — 5 Ibid., IV, xu; VII, xxı.
214 MANUEL DE PATROLOGIE.
et dont il partage aussi les défauts : philosophie super-
ficielle, style un peu déclamatoire et prolixe. Lactan-
tius, dit saint Jérôme, quasi quidam fluvius eloquenti»
Tullianæ.
Principale édition, par Lebrun et Lenglet-Dufresnoy, Paris, 1748,
3 vol. in-40 ; Galland., Bibl., t. IV; la plus complète par Edeuard de -
S.-Xav., Rom., 1755. Edit. portat., par Oberthür, Patr. lat., 2 vol.,
avec de nombreux textes parallèles de Cicéron, par Bunemann,
Leips., 1739; par Fritzsche, Leips., 1842, 2 vol.; Migne, ser. lat.,
t. Viet VII. Cf. Stæckl, Philos. de l’ère patrist., p. 249; Woerter,
loc. cit.
$ 42. Corneille, Etienne et Denis, évêques de Rome. |
Epistolæ romanorum Pontificum, par P. Coustant, Paris, 1721.
Outre les ouvrages grecs écrits à Rome par les auteurs
déjà mentionnés ( Hermas, Hippolyte, Gaius ), il nous
reste à citer quelques productions grecques et latines
dues aux trois papes placés en tête de ce paragraphe.
1. Corneille (251-252), originaire de Rome, a écrit
plusieurs lettres à saint Cyprien, évêque de Carthage, et
à Fabien, évêque d’Antioche, sur l’hérétique Novatien
qu'il avait excommunie . C'est le pape Corneille qui a
dit: Unus Deus, unus Christus, unus episcopus. « Un Dieu.
un Christ, un évêque?. » « Lorsque les factieux entre-
prenaient de diviser l’épiscopat, dit Bossuet sur ce pas-
sage, une voix commune de toute l'Eglise et de tout le
peuple fidèle s'élevait contre cet attentat sacrilége par
ces paroles remarquables 5. »
2. Etienne (253-257) écrivit aux évêques des Gaules
à propos du schisme soulevé à Arles par Marcien, et
plusieurs lettres sur la validité du baptème des héré-
tiques, à Firmilien, évêque de Césarée, à saint Cyprien.
Il n'en reste que des fragments À.
4 Dans Coustant et Gallandi, Bibl. t. III; Routh, t. III; Migne, ser.
lat., t. VO. — 3 Epist. ad Cypr. — 3 Cit. du trad. Cf. Bossuet, Orais.
funeb. du P. Bourgoins. — * Dans saint Cyprien, Ep., n. 73 et 75;
Eusèbe, Hist., VII, v.
AUTEURS LATINS. CORNEILLE, ÉTIENNE, DENIS. 218
3. Denis (259-269) adressa 1. aux églises d'Egypte
une lettre encyclique contre les sabelliens, où nous
lisons ce remarquable passage sur la sainte Trinité :
« La sainte et admirable unité ne doit pas être partagée
en trois dieux, ni la dignité et la grandeur suréminente
du Seigneur ravalées par (le terme de) rolnu«; mais il
faut croire à Dieu Père tout-puissant, et à Jésus-Christ,
son Fils, et au Saint-Esprit, et que le Verbe est uni au
Dieu de l’univers ; » 2. une lettre à Denis d'Alexandrie,
où il le blâme d'avoir employé le terme zofnue en parlant
de Jésus-Christ; 3. une lettre à l'Eglise de Césarée pour
consoler les fidèles des maux que leur avait attirés l’in-
vasion des Barbares.
Ces trois hommes, identiques par leurs caractères gé-
néraux, offrent cependant des différences considérables
quant à leur caractère personnel et à leur tendance.
COUP D'ŒIL RÉTROSPECTIF.
Les auteurs que nous avons étudiés jusqu'ici, malgré
la différence des esprits et des opinions, ont une com- _
munauté de vues qu'il est impossible de méconnaître :
tendre à un même but par la liberté et la variété, tel est
le trait distinctif de l’ancienne littérature chrétienne. Les
Pères et les écrivains de ce temps ne croyaient pas que
la science chrétienne fût définitivement constituée; ils
pensaient, au contraire, qu'on y avancait progressive-
ment sous la double influence de l'Esprit d’en haut et
des efforts personnels. S'il arrivait qu'on s’eloignät de
la tradition une et immuable, l'Eglise s’en apercevait
bientôt, et en des termes plus ou moins doux ou sévères,
se hâtait de rappeler dans la bonne voie les esprits four-
voyés.
1 Galland., Bidl., t. III; Rœssler, Bidl. des Pères de l’Egl., 2 vol.,
p. 281.
216 MANUEL DE PATROLOGIE.
DEUXIÈME PÉRIODE.
LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE, DE L'AN 320 A LA FIN DU VII® SIÈCLE. |
S 43. Progrès de la littérature chrétienne.
COUP D'ŒIL GÉNÉRAL.
La paix accordée à l'Eglise, la faveur même qu'elle ‘
obtint de l'Etat, aidèrent au progrès de la science chré-
tienne. Le Seigneur, en lui accordant le don de la science,
comme il lui avait donné au temps des persécutions le
don de la foi, suscita aux quatrième et cinquième siècles
un nombre si prodigieux d'écrivains ecclésiastiques,
que cette période recut le nom de siècles des Pères de
l'Eglise.
Ce mouvement fut particulièrement accéléré par les
doctes écoles d'Alexandrie, Césarée, Antioche, Edesse,
Nisibe, Rinocorura, par les derniers efforts de la pole-
» mique paienne, et, en Orient, par les nombreuses héré-
sies des ariens, des nestoriens , des monophysites
et des monothélites, par les controverses d'Origène,
Photin, Apollinaire, et par l'affaire des trois chapitres;
dans le nord-ouest de l’Afrique, par le donatisme; en
Occident, par l’hérésie de Pélage. Au rationalisme
croissant des hérétiques les moines opposèrent le véri-
table esprit chrétien‘.
La décadence de la littérature chrétienne à la fin du
cinquième siècle, et surtout aux sixième et septième
siècles, s'explique à la fois par la situation extérieure el
par les embarras intrinsèques de l'Eglise; en Orient par
l'humeur conquérante, les passions sensuelles et adula-
trices de l’islamisme ; en Occident et en Afrique, par
1 La littérat. chrét. et le monach., par Mahler (Feuil. hist. et poli-
tiques, t. VII).
Pr
u u
PROGRÈS DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE. 917
es invasions des Germains. Uutre les disputes et les
kissions innombrables qui dechirerent le sein de l’Eglise,
ntre les subtilités fastidieuses des sectaires, les empe-
teurs grecs exercèrent sur la foi un despotisme complet.
C'était plus qu'il ne fallait pour perdre l’ancien monde et
étouffer insensiblement la littérature chrétienne chez les
Grecs et chez les Romains.
Cette période est encore remarquable par la disparition
soudaine de la langue grecque à Rome et en Occident
depuis Constantin. Il paraît que, sous le pape Zosime
(7), on ne possédait pas même à Rome le texte grec
des canons de Nicée, et en 430, le pape Célestin mandait
à Nestorius qu'il n’avait pas répondu plus tôt à ses
_ lettres, parce qu’il n’avait pas de traducteur latin!.
Progrès de la littérature chrétienne.
Non-seulement le champ de la littérature s'agrandit
. tonsidérablement, mais le progrès se relève encore en
ce que les diverses branches de la théologie sont traitées
séparément. Nous allons citer ses principaux représen-
tants dans ces diverses catégories.
1. L'Histoire ecclésiastique a été fondée par Eusebe,
évêque de Césarée. Ce Père de l’histoire de l'Eglise,
comme on l’a surnommé, eut pour continuateurs Philos-
torge, Théodore, lecteur de Constantinople, Evagre,
avocat d’Antioche. On vit paraître ensuite, chez les
latins : Rufin, continuateur et traducteur d’Eusebe ,
Cassiodore (Histor. tripart.), Sulpice-Sévère (le Salluste
thretien), Paul Orose; parmi les hérésiographes : Epi-
phane, évêque de Salamine, Théodoret, évêque de Cyr,
et Jean Damascène chez les Grecs; Philastrius, évêque de
Brescia, et Augustin chez les Latins. Citons enfin les
actes des conciles et les collections des canons, chez les
Grecs par Jean Scholastique, patriarche de Constanti-
nople; chez les Latins par Denis le Petit. Saint Jérôme,
'Dellinger, Hippolyte, etc.
218 MANUEL DE PATROLOGIE.
en rapportant dans son catalogue les travaux de ces
divers auteurs, a inauguré l’histoire littéraire du chris.
tianisme.
2. L’apologetique, chez les Latins, a été traitée dans
le sens d’Arnobe et de Lactance, par Firmin Materne, de
Sicile, et par Commodien, probablement son contempo-
rain ; chez les Grecs, par Cyrille d'Alexandrie, qui a refute
Julien à la facon d’Origene contre Celse; Grégoire de
Nazianze l’a fait aussi partiellement‘. L’apologetique
gagne en étendue dans la Préparation et la Démonstra-
tion évangélique d’Eusebe, et atteint à son apogée dans
saint Athanase* chez les Grecs, et dans saint Augustin
chez les Latins®.
3. L'’exégèse, au milieu des opinions divergentes sur
l'inspiration des Ecritures et la méthode d'interprétation,
a été largement cultivée dans les écoles rivales d’Alexan-
drie, d’Antioche et d’Edesse, d’une part par Athanase,
Didyme, Cyrille d'Alexandrie, Hilaire, Augustin; d'autre
part par Diodore de Tarse, Théodore de Mopsueste,
Théodoret, Ephrem le Syrien, mais surtout par saint
Chrysostome chez les Grecs, et saint Jérôme chez les
Latins, qui ont tenu le milieu entre ces deux écoles. Ce
dernier perfectionna aussi la critique biblique. Aux
exégètes succédèrent, avec Procope de Gaza, les collec-
tions de travaux d'exégèse, extraits des commentaires
et des homélies des meilleurs exégètes anciens, désignés
par le nom de Chaînes. On publia aussi d'excellents
guides pour l'explication et la lecture de la Bible. A
l'exemple du donatiste Tychonius, en ses Regulæ VII
ad investigandam inlelligentiam sacrarum Scripturarum",
saint Augustin traita ce sujet avec plus de details dans
son livre de la Doctrine chrétienne, et Cassiodore dans
son Jnslilulio divinarum lillerarum. .
4. Toutefois, c’est la polémique contre les hérésies qui
1 Invectivæ IT in Jul. apost. —3 Lib. II contr. Gent. — ® De civ. Dei.
_— s Galland., Bibl., t. VII.
PROGRÈS DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE. 219
a ouvert le plus vaste champ à la littérature chrétienne ;
aussi les plus éminents auteurs ecclésiastiques sont-ils
en même temps ceux qui ont écrit des hérésies.
Plusieurs Pères, après le malheureux essai d’Origene
dans le De principiis, se sont appliqués à réduire la
doctrine chrétienne en système, notamment, chez les
Grecs, Grégoire de Nysse dans son Aöyos xarnynrixde 6
téya, et Jean Damascène dans son “Exôeow, ou Exposition
de la foi orthodoxe; chez les Latins, saint Augustin
dans : De doctrina christiana; Enchiridion de fide, spe et
charitate; Fulgence de Ruspe : De ecclesiasticis dogma-
tibus.
5. Saint Ambroise est le seul qui traite ex professo de
la morale chrétienne, dans son De officiis (lib. ID,
opposé à la morale paienne du De officiis de Cicéron.
Sans cela, la morale ne paraît guère que dans les ser-
mons et les homélies.
6. La théologie pratique occupe une large place. Ce
sont : 4. des ouvrages sur le sacerdoce, par Ephrem le
Syrien, saint Grégoire de Nazianze et saint Chrysostome,
en Orient; par saint Ambroise, saint Jérôme et saint
Grégoire le Grand chez les Latins; 2. les instructions
catéchétiques de Cyrille de Jerusalem et de saint Chry-
sostome !, de saint Ambroise et de saint Augustin ?;
3. des homélies et des sermons innombrables.
7. La poésie religieuse est aussi cultivée par de nom-
breux poètes. Les plus remarquables sont, chez les
Grecs : Ephrem le Syrien, Grégoire de Nazianze, Syné-
sius, Amphilogue, l’ami de saint Basile, Jean Damascene;
outre ceux-ci, moins connus : Nonnus de Panopolis en
Egypte, Paul le Silentiaire, sous Justinien I", et Gré-
goire le Pisidien. Chez les Latins : l'Espagnol Juvence,
dont saint Jérôme a dit : Non pertimuit Evangelii majes-
talem sub metri leges mitiere; saint Ambroise, les papes
1 Deux catéchèses, Ad illuminandos (aux catéchumènes). — ® De
catech. rudib.
390 MANUEL DE PATROLOGIE.
Damase et Grégoire le Grand, sans compter les nom-
breux essais de Prudence de Saragosse, de Paulin de
Nole, de Ceelius Sedulius, de Prosper d'Aquitaine, de
Sidoine Apollinaire dans les Gaules, de Claudien Mamert,
prêtre de Vienne, de Vénance Fortunat, dans la haute
Italie, etc.
8. Le progrès de la littérature chrétienne est surtout
remarquable en ce quelle fait entrer dans son domaine
la philosophie, l'interprétation des classiques grecs et
latins, l’histoire nationale et militaire, et jusqu’à la juris-
prudence, la médecine et les sciences naturelles. La dé-
fense faite aux chrétiens par Julien d'apprendre et
d'enseigner les lettres, passait, dit saint Augustin, pour
le comble de l’insulte et de la cruauté, et Apollinaire en
prit occasion pour faire servir les classiques grecs d’en-
veloppe à des idées chrétiennes.
La lecture de ces ouvrages, si divers par le fond et la
forme, où toutes les questions pratiques sont abordées,
principalement dans les lettres, qui sont fort nombreuses,
loin d’être pénible et fatigante, est souvent pleine de
charme, de sel et de critique; parfois même le langage
y prend une singulière vivacité ?.
1 Alzog, Program. de litterar. grecarum atq. rom. studiis cum
theol. Christ. conjungendis. Frib., 1857.
2 Voir l’ouvrage : Carmina e poetis christianis excerpta, édition
classique, in-12. Le même traduit en francais sous ce titre : Les poètes
chréliens depuis le quatrième jusqu’au quinzième siècle; morceaux
choisis , traduits et annotés par Félix Clément, 1 vol. in-8°. Paris,
Gaume, 6 fr.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. EUSEBE. 291
LA LITTÉRATURE CHRETIENNE DE 320 A SAINT AUGUSTIN, 430,
DANS LES CONTROVERSES ARIENNES, DONATISTES, PÉLAGIENNES, ETC.
Cf. Villemain, Tableau de l’éloquence chrétienne au quatrième siècle.
CHAPITRE PREMIER.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX.
S 44. Eusèbe, évêque de Césarée (mort vers 340).
Cf. Prolegom. de vit. et script. Euseb., par Valesius; Fabricius, in
Bibl. græc., ed. Harless, t. VII, dans Migne, ser. gr., t. XIX.
Eusèbe naquit en Palestine entre 260 et 270 et fut
instruit par Pamphile, à Césarée en Palestine, siége
d'une riche bibliothèque. Uni d’une étroite amitié à Pam-
phile dont il avait adopté le nom, il partagea volon-
tairement la disgräce de son ami emprisonné sous Do-
mitien. Après le martyre de Pamphile (309), Eusèbe,
obligé de prendre la fuite, se réfugia à Tyr, et de là en
Egypte, où il resta quelque temps prisonnier. Vers 344,
il fut nommé évêque de Césarée en remplacement
d'Agapius.
Le premier des théologiens, si l’on regarde à l’étendue
du savoir, Eusèbe manquait de clarté et de rigueur
dogmatique; d’abord partisan des ariens, il se décida
pourtant à signer la profession de foi de Nicée (325).
Craignant, après la décision de ce concile, que son crédit
ne diminuät auprès de ses ouailles, il s’ouvrit à eux
dans un écrit où il présenta la question sous un point de
vue erroné et favorable à sa cause. Il déclare à plusieurs
reprises que c’est par l’empereur plutôt que par le con-
cile qu’il a été renseigné, et que c’est à cause de lui
qu'il a adopté le terme d’éuooûctos 4. Evêque courtisan
I Mehler, Athanase le Grand.
922 MANUEL DE PATROLOGIE.
dans plus d’une circonstance, il a nui considérablement
à sa renommée.
Admis dans l'intimité de Constantin, il est fort possible
qu'il ait eu quelque part aux décrets de ce prince con-
traires aux orthodoxes; car il participa lui-même aux
mesures dont ils furent l'objet, en presidant le synode
d’Antioche, où Eustathius fut déposé (330), en assistant à
celui de Tyr (338), où saint Athanase subit le même sort.
Il refusa le siege d’Antioche qui lui fut offert et mourut
à Césarée vers 340. Faible de caractère, il mérite cepen-
dant des éloges pour sa piété et pour les services qu'il a
rendus à l'Eglise.
Travaux historiques.
4. Histoire ecclésiastique (dix livres). Elle commence
à l’incarnation de Jésus-Christ et raconte l’histoire de
l'Eglise jusqu'à l’année 324. Elle fut vraisemblablement
composée avant le concile de Nicée (325), car l’auteur y
donne à la fin de grands éloges à Crispus, fils de
Constantin, ce qu'il n’eüt pas osé faire avant son exé-
cution.
2. La Chronique (deux livres) est un abrégé de l’histoire
du monde depuis la création jusqu’en 325, avec des
tables chronologiques où la chronographie de Jules
l’Africain est très-souvent utilisée, Nous avons de la
Chronique des fragments grecs et deux versions : l’une
est de saint Irénée, l’autre est une version arménienne
éditée pour la première fois à Milan en 1818 par le docte
Zohrab, et traduite en latin par Mai, beaucoup mieux par
Auchert.
3. Vie de Constantin. 4. Panégyrique du même, pro-
nonce le trentième anniversaire de son règne : ces deux
ouvrages sont tres-laudatifs.
1 Armen.-lat., avec fragm, grecs. Venet., 1818; avec : Samuelis
Aniensis tempor. ratio et D. Petavii recensio opusculor. chronol. veter.
script.; Migne, ser. gr., t. XIX.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. EUSÈBE. 233
3. Sur les martyrs de Palestine, ou plutôt de son temps;
contenant des renseignements sur un grand nombre de
martyrs de la persécution diocletienne. Cet ouvrage est
considéré à tort comme un appendice au septième livre
de l'Histoire de P’Egliset.,
6. Les Actes de saint Pamphile et de ses compagnons ne
sont qu’un extrait de la Vie de saint Pamphile, perdue.
Sont également perdus : un recueil d'actes de martyrs,
une description de l'Eglise de Jérusalem et un écrit sur
la fête de Pâques. |
Ouvrages apologétiques.
4. Préparation évangélique (quinze livres). Dans les
six prenliers livres Eusèbe justifie, par la critique de la
théodicée et du culte grecs, romains, phéniciens et
égyptiens, les chrétiens d’avoir échangé la religion de
leurs pères contre le christianisme. Dans les livres VII-
XV, il étudie le judaïsme, sa religion, son histoire, ses
institutions, qu’il compare avec le paganisme, pour mon-
trer que les chrétiens ont eu raison de lui donner la
préférence. C’est la description du monde avant Jésus-
Christ et une préparation à l’onvrage suivant ?.
2. Démonstration évangélique (vingt-deux livres, dont
ilne reste que les dix premiers). Eusèbe y démontre que
les chrétiens n’ont pas embrassé leur religion aveuglé-
ment et sans examen (c. ı). En montrant le lien qui
existe entre le christianisme et le judaïsme, le caractère
provisoire de ce dernier, il établit le droit qu'ont les
chrétiens de se servir des Ecritures juives. Du troisième
au dixième livre, il explique les prophéties relatives à
Jésus-Christ 5.
3. Les ’Exdoyal tpopntixai, en quatre livres, roulent sur
des sujets analogues; ce sont le plus souvent des expli-
' Dans Migne, excepté l'Histoire eccl., t. XX, ser. gr. — 3 Ed. Vi-
gerus, S, J., Par., 1628 ; Gaisford, Oxon., 1843, 4 vol.; Migne, sér. gr.,
1 XXL — 3 Ed. Montacutius, Par., 1628 ; Gaisford, Oxon., 1852, 2 vol.;
Migne, ser. gr., t. XXI.
224 MANUEL DE PATROLOGIE.
cations allégoriques de l’Ancien Testament‘. Les cinq
livres de la Théophanie, conservés en une version sy-
riaque, sont un extrait et un complément de la Prépara-
tion et de la Démonstration ?.
4. L’opuscule Contre Hiéroclès montre avec beaucoup
de verve et de perspicacité que le mage et le philosophe
Apollonius de Tyane ne saurait soutenir la comparaison
établie entre lui et le Christ par Hierocles.
Nous avons mentionné l’Apologie d’Origene (trois
livres), qu’il compösa de concert avec Pamphile.
Ouvrages dogmatiques et polémiques.
1. Deux livres Contre Marcellus, justement accusé de
sabellianisme, bien qu'avec une animosité visible.
2. Les trois livres de Théologie ecclésiastique sont
également dirigés contre Marcellus. Le mot théologie
est pris ici dans le sens de sermo de Filio Dei ejusque
natura divinu; car l'auteur y prouve par la Bible l’exis-
tence de la personne du Fils de Dieu.
3. L’opuscule Sur la solennité pascale traite du carac-
tere figuratif de la Päque juive, réalisée dans le Nouveau
Testament. On y lit ce beau passage sur l’Eucharistie :
« Les adhérents de Moïse ne sacrifiaient qu'une fois l'an,
le quatorzième jour du premier mois, vers le soir; dans
la nouvelle alliance, nous célébrons la Pâque tous les
dimanches, nous sommes continuellement rassasiés du
corps du Seigneur et nous participons sans cesse au
sang de l’Agneau » (c. vu).
4. Quatorze opuscules n'existent qu’en latin; les plus
importants sont : De fide adversus Sabellium ; De resur-
rectione; De incorporali anima; Quod Deus Pater incorpo-
ralis sit.
1 Ed. Gaisford, Oxon., 1842. — % Ed. Lee, Lond., 1842. Voir dans
Mai d'importants fragm. grecs, Bibl. nov. Patr., t. IV. — 3 Gaisford,
Oxon., 1859, a édité ces deux traités avec celui Contre Hiéroclès. —
* Tous se trouvent dans Migne, ser. gr., t. XXIV.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. EUSÈBE. 5
Ouvrages d’escegöse.
Ces ouvrages sont ou des prolégomènes ou des com-
mentaires. 1. De ses Topiques, ou description de la
Palestine et de Jerusalem, il ne reste que le catalogue
alphabétique des noms de lieux cités dans la Bible.
2. Canons évangéliques, sorte d'harmonie des évangiles.
3. Questions évangéliques (trois livres) : solution des con-
tradictions apparentes des évangiles. 4. Comimentaires
sur les Psaumes et Isaie : la plupart sont conservés.
De ses commentaires sur le Cantique des cantiques et sur
saint Luc, il ne reste que des fragments. La méthode
allégorique y predomine*.
Importance d’Eusebe dans l’histoire de la littérature
chrétienne.
1. Sa valeur consiste surtout dans ses travaux histo-
riques, qui lui ont valu le surnom de Père de l’histoire
ecclésiastique. Son histoire contient sans doute bien des
invraisemblances, des exagerations, des erreurs, mais
au fond elle est digne de confiance, car elle s’appuie sur
les documents et les auteurs anciens, et sur les pièces
‚officielles. Quand les sources lui manquent, il l’avoue
ouvertement?. Sa Chronique, on l’a dit depuis longtemps
et à juste titre, « a été pendant des siècles la source de
toute la chronologie historique du monde grec, latin et
oriental; partout traduite, continuée, résumée, elle a
servi de base à toute espèce de livres. » Quant à ses
travaux élogieux sur Constantin, ils sont une preuve :
frappante, malgré leurs mérites, de sa faiblesse de carac-
tere, mais non de son égoïsme. Constantin l’ayant invité,
pendant son séjour à Césarée, à demander quelque fa-
veur pour son Eglise : « Mon Eglise n’a besoin d'aucune
faveur, repondit-il; cependant comme je désire vivement
écrire la vie des martyrs, je vous prie de mettre les
1 Migne , ser. gr., t. XXIII et XXIV. — 2 Cf. Hist. eccl., IV, xxxv.
15
226 MANUEL DE PATROLOGIE. |
archives publiques à mon service. » Cette prière lui fut
accordée {.
9. Ses œuvres apologétiques, malgré toute leur va-
leur, sont moins importantes. Les renseignements de la
Préparation sur les anciennes mythologies sont pour le
philologue et le théologien un vrai trésor littéraire.
3. Ce qui satisfait le moins, ce sont ses explications
dogmatiques sur la question vitale du temps, la divinité
de Jésus-Christ : elles nuisent singulièrement à sa repu-
tation, et la faiblesse de caractère devient ici de la mau-
vaise foi. Malgré les qualifications hyperboliques qu'il
adresse au Christ, il retombe souvent dans le subordi-
natianisme et dans la terminologie des ariens*. Son
style, loin d’être toujours clair et coulant, est souvent
dur, laborieux et ampoule.
“ Migne est le seul qui ait donné une édition complète d’Eusèbe.
Nous avons signalé plus haut les meilleures éditions de ses ouvrages
détachés. La principale édition de l'Histoire ecclésiastique, faite à la
demande de l’épiscopat français, par Henri de Valois, renferme les
continuateurs d'Eusèbe , Paris, 1655, in-fol., 3 vol., avec de nombr.
correct. du texte et de savantes dissertations ; augmentée et mieux
ordonnée, par Reading, Cantabr., 1720 ; avec consultation d'anciens
manuscrits, par Stroth, Halle, 1779,'1 vol. La plupart des ameliore-
tions du texte de Valois et. des notes, y compris de nouvelles vues,
sont de Heinichen, en son édition de l’Hist. eccl., Lips., 1827, in-8°,
8 vol., de la vie et du pandyyrique de Constantin, ad sanctor. cœlum
oratio, Lips., 1829. Burton a fait une nouvelle révision du texte de
l'Histoire, Oxon., 1838, in-8°, 4 vol., ainsi que Læmmer, gr. et lat.,
Scaphus., 1859. Edition portat. de Schwegler, Tub., 1853. Cf. Tillem.,
t. VII; Dupin, Biblioth., Par., 1698, t. II; Ceillier, t. IV; ed. 2%,
t. II; Semisch, Réal-Encyclop. de Herzog, t. IV.
1 Hieron., Ep. ad Chromat. et Heliod. Cf. Héfelé, Diet. de l’Encycl.
cath., éd. Gaume. — ? Voir les témoignages des anciens pour ou
contre son orthodoxie après 325, dans Dupin, t. II, part. 1, p. 89.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. 8. ATHANASE, 297
S 45. Saint Athanase, arehevéque d'Alexandrie
(mort en 373).
Cf. Proleg. de vita et scriptis S. Athan., ed. Bened., op. Athan. :
Vita S. Athan., incerto auctore, et Elogia Veterum in Migne, ser.
gr., t. XXV ; Héfelé, Hist. des Conciles, 1er vol., p. 260.
Contrairement à Eusèbe, Athanase se montra le plus
héroïque adversaire de l’arianisme et mérita le surnom
de Grand et de Père de l’othodoæie. Il naquit de parents
chrétiens à Alexandrie, probablement entre 296 et 298.
Frappé de la précision avec laquelle le jeune Athanase
imitait les cérémonies religieuses, l’évêque Alexandre se
chargea de l’élever dans sa propre maison, et l’initia à
la théologie en lui faisant étudier les œuvres d’Origene.
Athanase partagea ensuite pendant quelque temps la
solitude de saint Antoine, où il puisa, avec le goût de
lascetisme, le véritable esprit ecclésiastique.
En 319, l’évêque Alexandre le promut au diaconat et
lui témoigna une confiance sans borne. Athanase la jus-
tifia par sa fameuse apologie, par le zèle et le succès
avec lesquels il luita contre l’arianisme. Il se distingua
surtout au premier concile œcuménique de Nicée (323)
où l'avait emmené Alexandre, à qui il succéda sur le siege
d'Alexandrie. Archevèque, il défendit envers et contre
tous la divinité du Christ contre les diverses fractions de
l'arianisme. Exilé cinq fois par les empereurs Constantin,
Constance, Julien et Valence, rien ne put fléchir son
courage héroïque. Chaque fois qu'il rentrait, le peuple,
malgré les plus odieuses calomnies répandues sur lui,
l'accueillait avec transport. « Les églises étaient dans la
jubilation, et partout on offrait à Dieu des sacrifices
d'actions -de grâces. » Partout où il allait, les évêques
se relayaient pour lui faire cortége. Sa vie, ses combats,
son génie servirent plus au triomphe du christianisme
que toute la puissance de Constantin. Tous ceux qui ont
écrit sa vie jusqu'à Mœhler, ont été, malgré eux, ses
298 MANUEL DE PATROLOGIE.
apologistes. Athanase mourut le 2 mai 373, quand l’aria-
nisme penchait vers son déclin, et que la divinité de
Jésus-Christ sortait victorieuse de tant d’assauts.
Dans une existence aussi tourmentée, il n’en a pas
moins composé de nombreux ouvrages, qui nous le
montrent aussi grand dans la science que dans la pra-
tique des affaires. Tous, à quelques exceptions près, ont
pour but la défense de l'Eglise et de sa doctrine.
Ouvrages apologétiques.
Réfutation du paganisme et défense du christianisme :
4. Discours contre les Grecs ; 2. Discours sur l’incarnation
du Verbe de Dieu!. Ces deux ouvrages sont sans doute
antérieurs à la querelle de l’arianisme, car ils n’en font
aucune mention, bien que le sujet s’y prêtât. Il a élevé
l’apologetique à l'état de science par la manière métho-
dique dont il l’a traitée; dans sa défense contre le chris-
tianisme, il se place à son propre point de vue, dans le
dogme de la rédemption. Contre les Juifs, il établit la
divinité du christianisme par les propheties ?.
Ouvrages polémiques contre les ariens, les macédoniens et
les apollinaristes sur la Trinité et l’Incarnation.
4. Expositio fidei; 2. In verba : Omnia mihi tradita
sunt a Patre meo; 3. Epistola encyclica ad episcopos ;
4. Epistola encyclica ad episcopos Ægyplti et Lybiæ, contre
les machinations des ariens; 5. Orationes IV contra aria-
nos, qu'on place souvent avant le quatrième ouvrage.
Dans sa cause personnelle, Athanase écrivit pour réfuter
d’odieuses calomnies.: 6. Apologie contre les ariens, citée
à tort dans les anciennes éditions sous le titre de Seconde
apologie ou Collection de monuments, car elle a été écrite
avant les traités suivants ; elle est dirigée contre les ca-
lomnies relatives à Mélèce, Ischyras et Arsène; 7. Apo-
logie à l’empereur Constantin; 8. Apologie de sa fuite.
1 Migne, ser. gr., t. XXV.—3 Drey, Apologét., 1er vol., Mayence.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. 8. ATHANASE. 229
Contre les macédoniens (pneumatomaques) et les apol-
linaristes, il a composé : 9. De l’Incarnation du Verbe de
Dieu et contre les ariens; 10. Quatre lettres à Serapion,
évêque ; 114. Le Traité de la Trinité et du Saint-Esprit,
en latin seulement, a beaucoup d’analogie avec le traité
précédent et avec les lettres ; 12. Deux livres contre les
apollinaristes, l’un sur l’Incarnation de Notre-Seigneur
contre Apollinaire, l’autre sur l’Avénement salutaire de
Jésus-Christ. Peut-être faut-il y joindre encore : 13. Le
Grand sermon sur la foi, dont Mai‘! a donné un nouveau
fragment. 14. Lettres à Epictète, évéque de Corinthe, à
Adelphius, évêque et confesseur, et à Maxime, philosophe.
Ouvrages hislorico-dogmatiques.
1. Lettres sur les décrets du concile de Nicée (perspecta
Eusebianorum calliditate); 2. Du Sentiment de Denis,
évêque d'Alexandrie, comme quoi il était opposé à l’hé-
resie arienne; 3. Histoire des ariens, aux moines (jus-
qu'en 357); 4. Lettre à Sérapion sur la mort d’Arius;
3. Des Conciles d’Ariminum en Ilalie et de Séleucie en
lsaurie; 6. Lettres aux principaux évéques d'Afrique ;
1. Tome (lettre synod.) adressé aux Antiochiens en réfu-
lation du schisme de Mélèce ; 8. Lettre à Rufinien. Les
trois dernières contiennent entre autres choses les décrets
du concile d'Alexandrie (362) sur la réintégration de
ceux qui sont tombés dans l’arianisme.
Nous devons encore comprendre dans cette catégorie :
9. La Vie de saint Antoine, écrite pour les moines de la
Gaule, excellent modèle de la vie réligieuse, où ils ap-
prendront ce qu'ils doivent faire et éviter, et comment,
quoique séparés de la société, ils peuvent lui être utiles.
Cette excellente biographie d’un homme aussi remar-
quable par son génie que par sa force morale, produisit
dans toutes les classes sociales les plus salutaires effets ?.
, 1 Nov. Bibl, Patr., t. II, p. 588; Migne, sér. gr., t. XXVI,‘'p. 1292.—
CL Aug., Confess., lib. VII, c. xıv et xxıx.
L
230 MANUEL DE PATROLOGIE.
« Ces deux noms (Athanase et Antoine) furent bient/t
confondus ensemble et représentèrent les deux directions
extrêmes du christianisme : la science et la simplicité
de la foi®. »
40. Les Lettres festivales, découvertes récemment en
langue syriaque, précisent et modifient en bien des
points la chronologie de l’histoire de l’arianisme ®.
Ouvrages d'exégèse et de morale.
Outre les textes de la Bible sur la Trinité et l’Incarna-
tion souvent commentés par Athanase, nous citerons :
4. Lettre à Marcellin sur l'interprétation des Psaumes,
exhortation à l’étude des Psaumes, où l’on trouve réuni,
sur la divinité et l'humanité du Christ, tout ce qui est
épars dans les autres livres de l’Ecriture, sous une forme
proportionnée à toutes les situations du cœur humain.
2. Expositions sur les Psaumes, toujours précédées d’un
argument qui indique le contenu des Psaumes, où l'au-
teur trouve une quantité innombrable de figures et de
prophéties relatives à Jésus-Christ. Un autre argument
: découvert plus tard et mis en tête de l’édition bénédictine
est une courte introduction sur la liaison des Psaumes,
sur leurs auteurs, sur l'esprit avec lequel il les faut lire.
Cette même édition contient, à la fin des Expositions,
des fragments sur les Psaumes dont Fleckmann a été le
premier éditeur.
3. Interprétation des Psaumes, ou Titres des Psaumes,
paraphrase avec de courtes explications littérales sou-
vent défectueuses.
4. Enfin, l’edition bénédictine renferme des fragments
exégétiques tirés des citations d'auteurs postérieures,
sur Job, le Cantique des cantiques, saint Matthieu et saint
Luc®.
1 Mœbhler, Athan., 2° éd. — % Editées en syriaque, par Cureton,
Lond., 1888. Cf. Ang. Mal, Nov. Bibl., t. VI, en syriaq. et en lat. —
® Voir dans Migne, t. XXVII, ser. gr., tous les travaux d’exögäse.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ATHANASE. 231
Parmi les œuvres morales et ascétiques sous forme de ,
lettres, nous devons mentionner spécialement la Lettre
au religieux Draconce, qui fuyait l’épiscopat; il l'invite,
par des exemples tirés de l'Ancien et du Nouveau Testa-
ment, à revenir et à recevoir l’episcopat; la lettre au
religieux Amunis (souvent classée parmi les lettres
canoniques des Pères) sur les souillures involontaires de
l'esprit et du corps, sur le mariage et le célibat, sur les
controverses inutiles.
Le symbole Quicumque, cette formule si précise du
dogme de la Trinité, attribuée à saint Athanase, est d’une
époque plus récente, car la seconde partie renferme déjà
les symboles des deuxième et troisième conciles œcumé-
niques (431 et 451). Les latinismes trahissent du reste
une origine latine!. .
On lui attribue encore de nombreux écrits, dont les
uns sont douteux, les autres évidemment apocryphes®.
Mœbhler caractérise ainsi l'ensemble de sa carrière
littéraire : « Rarement méthodique, il écrivait souvent
dans le feu de la persécution, rapidement, au péril de sa
vie, quand il trouvait de nouveaux arguments contre
les ariens ou qu'il y était contraint par les circonstances
extérieures. Il était souvent obligé de se répéter, et il
avait, du reste, pour principe qu'il est des vérités qu'on
ne saurait trop dire®. » Ces paroles manquent de
justesse et ne s'appliquent point aux deux Discours
contre les païens, aux quatre Discours contre les ariens,
ni aux quatre Lettres à Sérapion. Photius, un des plus
grands critiques, dit Bossuet, « admire partout, non-
seulement la grandeur des pensées et la netteté de
l'élocution, mais encore, dans l'expression et dans le
style, l'élégance avec la grandeur, la noblesse, la
dignité, la beauté, la force, toutes les grâces du
discours, à quoi il faut ajouter, dans les matières épi-
1 Voir la diatribe, dans l’éd. bénéd., t. II; Migne, t. XXVIIL, A la
fin. — % Migne, t. XX VIII. — ® Maler, Athan., préf., p. X.
232 MANUEL DE PATROLOGIE.
neuses et dialectiques, l’habileté de ce Père à laisser les
termes de l'art pour prendre, en vrai philosophe, la
pureté des pensées avec tous les ornements et la magni-
ficence convenable *. »
Doctrines et vues particulières de saint Athanase.
Saint Athanase a traité de la plupart des dogmes
ecclésiastiques. « Il prouve, dit Dupin, l'existence de
Dieu, la création du monde et 14 Providence, dans ses
livres contre les gentils. Il établit la Trinité des trois
personnes divines et l’unité de nature et de substance
presque dans tous ses ouvrages; mais il explique ce
mystère avec beaucoup de simplicité ; il ne veut point
qu'on s'amuse à disputer sur des termes. Il parle admi-
rablement de la chute du premier homme, des peines du
péché, de la nécessité et des effets de l’incarnation du
Fils de Dieu. Il explique ce mystère d’une maniere qui
combat également toutes les erreurs des hérétiques sur
cette matière; car il enseigne contre les paulianistes
que le Verbe s’est uni à l’humanité; contre les valenti-
niens, qu'il a pris un corps semblable au nôtre dans le
ventre d’une vierge ; contre les ariens et les apollina-
ristes, qu'il a pris une âme et un esprit; contre les
nestoriens, que la divinité est unie dans une même
personne avec l'humanité, de sorte que la Vierge peut
être appelée mère de Dieu; contre les eutychiens, que
les deux natures subsistent dans une même personne
avec leurs propriétés, sans confusion, sans mélange,
sans changement. Il a cru l’âme spirituelle et immor-
telle ; il ne fait point de difficulté d'assurer comme une
chose certaine que les saints sont heureux et avec Jésus-
Christ. Il parle de l'efficacité du baptême, il discute
celui des heretiques; il reconnaît que l’Eucharistie est
le corps et le sang de Jésus-Christ. Il loue la virginité et
1 Bossuet, Def. de la Trad. et des SS. PP., part. 1, t. IV, c. xı.
(Cit. du trad.)
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ATHANASE. 233
la préfère au mariage, quoiqu'il ne le croie pas défendu.
N reconnait l’Ecriture sainte pour la règle de la foi, et y
joint la tradition et l'autorité des saints Pères. Il remarque
que la foi est toujours la même, qu’elle ne change point,
et que les conciles ne font que déclarer qu’elle est la
doctrine de l'Eglise. Il enseigne que l’âme de Jesus-
Christ est descendue aux enfers.
« Pour ce qui regarde la discipline de son temps, on
peut remarquer dans ses ouvrages qu'on donnait en ce
temps-là la communion sous les deux espèces aux
hiques, que les prêtres seuls consacraient, qu'on offrait
Eucharistie sur un autel de bois, qu'on cachait les
mystères aux catéchumènes et aux paiens, que les
fidèles s’assemblaient dans les églises, qu'il y avait
quantité de moines qui étaient soumis à leur évêque,
et qu’on en faisait quelques-uns évêques. » Il traite des
rapports des fidèles avec leur évêque, que « le peuple et
le clergé choisissaient. Les évêques faisaient leurs visites
dans leurs diocèces ; l'Eglise de Rome était considérée
comme la première (car c’est toujours à Rome qu’Atha-
nase demandait protection pour sa personne et ses
droits), on jeünait pendant le carême et on celebrait la
fête de Pâques en grande solennite. »
Il y a peu de principes de morale dans ses ouvrages,
et ceux qui s’y rencontrent ne sont point traités dans
Inte leur étendue.
Nous nous contenterons ici de résumer ses grandes
ièses contre les paiens, les ariens, les pneumatomaques
&les apollinaristes, de montrer comment il a défendu le
thristianisme en face des paiens et des heretiques, et
mment il s’est comporté en face de l’immixtion des-
potique des empereurs dans les questions dogmatiques.
Dans la première apologie, Athanase combat le paga-
nisme par l’histoire même de son origine : l'oubli du
Verbe divin, à l’image duquel l’homme avait été créé.
Cet oubli, voilà ce qui a plongé l’homme dans les choses
234 _ MANUEL DE PATROLOGIE.
extérieures, dans les plaisirs sensuels, dans l’idolâtrie, ;
dans la servitude du péché. L’humanite ne peut sortir
de là qu'en revenant au Verbe; et il prouve, dans sn
second discours (De Incarn.), qu’elle peut y revenir. Le
Verbe est apparu en Jésus-Christ; ses miracles attestent
qu'il est le souverain de la nature, et son caractère té:
montre qu'il est saint et l'égal de Dieu; quant à la dirk
nité du christianisme, elle se révèle par ses effets dans
l'homme et ses progrès dans le monde; car ce ne
sont point les paroles, mais les faits, qui démontrant
la vérité du christianisme. « Qui ne voit le miracle?
Pendant. que les sages de la Grèce sont incapables de
persuader l’immortalité de l’âme à quelques hommes de
leur voisinage, le Christ seul, par de simples paroles et
par des hommes ignorants, a déterminé sur toute ls
surface de la terre un nombre d'hommes incalculable à
mépriser la mort, à penser à l'immortalité, à dedaigner
les biens périssables, à s'occuper de l'éternité, à fouler-
aux pieds la gloire humaine et à n’aspirer qu’au ciel. :
Quel baume a si bien enlevé les maladies de l’âme, que
les impudiques deviennent chastes, que les assassins
quittent le glaive et que les timides deviennent coura-
geux ? Qui a contraint les barbares à déposer leur féro-
cité et à vivre en paix, sinon la foi de Jésus-Christ et le
signe de la croix? Le Sauveur, en apprenant aux
hommes ce que les dieux n'ont pu leur apprendre,
prouve sa divinité. Que si son ouvrage est divin, pour-
quoi les paiens refusent-ils de le reconnaitre pour leur
maître? De même que celui qui veut voir le Dieu invi-
sible, le reconnait et le saisit dans ses œuvres; de même
celui qui ne voit pas le Christ peut le connaître et le
distinguer par les œuvres de son Incarnation, que ces
œuvres soient d’un homme ou d'un Dieu. Chaque fois
que vous regarderez l'œuvre du Christ, vous verrez la
divinité du Père et vous serez ravis en admiration. »
Les fins diverses et les conséquences de l’Incarnation
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ATHANASE. 233
peuvent, d’après les écrits de saint Athanase, se resumer
ainsi : Dieu est venu 1. pour restituer à l’homme la
notion obscurcie de Dieu, 2. détruire le péché, 3. raviver
en lui l’idée de l’immortalité, 4. anéantir l’idolätrie et
briser l'empire de Satan, 5. remplacer la crainte servile
de Dieu par la confiance filiale, 6. restaurer l'union de
l’homme avec Dieu par le Saint-Esprit, 7. ramener toutes
choses à leur origine.
Dans sa lutte contre les idées exclusives et la religio-
site superficielle de l’arianisme, Athanase déploie une
profondeur, une onction et une dialectique remarquables;
de à’ cette clarté, cette variété, cet air de conviction qui
règnent dans sa démonstration de la divinité du Christ
et du Saint-Esprit, et du mystère de la sainte Trinité.
En plaçant le point de départ de l’arianisme dans cette
idée que « le Christ est la première des créatures, et
dans cette maxime philosophique de Philon, que le Dieu
saint, infini, ne peut entrer en contact avec le monde
créé et fini, » il en révèle la contradiction intrinsèque;
c'està-dire que le Dieu parfait ne peut rien créer d’impar-
kit, et que cependant il peut créer un être, le Fils. Si la
création ne peut être produite immédiatement de Dieu,
comment le Fils de Dieu peut-il être créé par la nature
pure et incréée de Dieu? Saint Athanase appuie sa dé-
monstration sur cette idée fondamentale : « Celui qui
“pare le Fils de l’essence et de l'éternité du Père,
confond le Fils avec les créatures. »
Comme les ariens, pour établir leur subordinatia-
ıisme, en appelaient aux textes de la Bible qui leur sem-
blaent favorables *, Athanase posa en principe que « les
doctrines de l’Ecriture sont identiques à celles de l'E-
glie,» que c’est l'Eglise qui donne l'intelligence et la
vie à la lettre morte de l’Ecriture, et qu'il faut rejeter
oute explication contraire à la doctrine de l'Eglise.
! Epist. ad episc. Ægypt. — * Luc., 1, 30, 48 ; Matth., XXVI, 89;
m, 46; Jean, xıv, 28 ; Phil., 11, 6-11; Prov., VIN, 22.
236 MANUEL DE PATROLOGIE.
L’Ecriture, expliquée d'après l'ensemble du contexte,
démontre incontestablement l'identité de nature entre
le Père et le Fils, et justifie le terme d’homoousios. Il
montre aussi l’absurdite et la fausseté de la plupart de
leurs explications, principalement sur la production du
Fils. Faut-il l'entendre humainement, cette génération
de Dieu? Non, car Dieu n’est pas comme les hommes et
les hommes ne sont pas comme Dieu. Si l’Ecriture
emploie les mêmes expressions lorsqu'elle parle de Dieu
-que lorsqu'elle parle de l’homme, les hommes clair-
voyants doivent faire attention à ce qu'ils lisent, afin de
n'avoir pas sur Dieu des pensées humaines, et sur
l’homme des pensées divines. Il montre que la consé-
quence de ce passage : Tout m’a été remis par mon Père,
est directement contraire à celle qu'en déduisent les
ariens ; car si le Fils, en tant que créature, fait partie du
tout, il ne peut être l'héritier du tout.
Il prouve enfin l'insuffisance de la Redemption selon
la théorie arienne : « Quand même les crimes auraient
cessé quelque temps, le péché et la mortalité ne seraient
pas moins restés dans l'homme tels qu'ils étaient chez
les premiers hommes. Si le Christ n’était pas Fils de
Dieu, notre salut ne serait pas fondé en lui de toute
éternité et pour toute l'éternité. Il nous faut un sauveur
qui soit naturellement notre maitre, afin que nous ne
redevenions pas, par la rédemption, esclaves de quelque
idole *. Ainsi notre salut ne pouvait être fondé en aucun
autre que dans le Seigneur, qui est de toute éternité et.
par qui les temps ont été faits. Nulle créature ne pouvait
opérer la rédemption, puisque les anges ont péché et
que les hommes ont refusé d’obeir. »
Après la consubstantialité du Fils, Athanase démontre
contre les semiariens la divinité du Saint-Esprit; « car
après avoir nié la divinité du Verbe, ils faisaient les
mêmes outrages à son Esprit. » Quelques-uns allaient
1 Orat. contr._Arian., c. XVI.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ATHANASE. 937
même jusqu'à dire « qu'il était non-seulement une créa-
ture, mais encore un de ces esprits investis de quelque
ministère et placé à un degré seulement au-dessus des
anges. » Athanase établit sa divinité par sa nature et par
ses œuvres. « Le Fils est en lui et il est dans le Fils. »
ll est un avec le Fils, comme le Fils avec le Père; lui
aussi, par conséquent, est un avec le Père. « Quand on
nomme le Père, son Verbe y est aussi, et dans le Fils,
l'Esprit. — Où est la lumière, là est aussi l'éclat; et où
est le rayon, là est aussi son effet, et la grâce qui répand
l'éclat. » Si le Saint-Esprit n’était pas vrai Dieu, il ne
figurerait pas avec le Père et le Fils dans la formule du
baptême. De là ce mot de saint Paul: « La grâce de
Notre-Seigneur et l'amour de Dieu et la communion du
Saint-Esprit soit avec vous.» Les grâces qu’on recoit ont
leur source dans la sainte Trinité : le Père les envoie par
le Fils dans le Saint-Esprit?. Athanase enseigne encore
que le Saint-Esprit procède du Fils, que le Fils est la
source du Saint-Esprit, que le Saint-Esprit est le prin-
cipe sanctificateur, le sceau, l’onction; que par lui nous
devenons tous participants de Dieu.
Ainsi le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne forment
qu'un seul et même Dieu. Il y a en Dieu unité parfaite,
non-seulement de l'essence, mais encore des personnes
qui se rapportent naturellement à un seul principe; car
sil y avait en Dieu deux principes premiers, l’unité n’y
régnerait pas dans toute sa perfection possible, puisque
tout se rapporterait à deux, et pas à un. Mais, comme la
fécondité de la nature divine en multipliant les per-
sonnes, rapporte enfin au Père seul le Fils et le Saint-
Esprit qui en procèdent, tout se trouve primitivement
enfermé dans le Père comme dans le tout ?.
Malgré tous ses efforts cependant, Athanase avoue
qu'il ne saurait pénétrer ce sublime mystère, et il s’ecrie
I Con, xt, 18. —* Ep. 1 ad Serap.,c. xxx; cf. Ep. mad Serap.,
t. VI. —® De Incarn., c. IX. — * Saint Athanase commenté par Bossuet,
238 MANUEL DE PATROLOGIE.
avec saint Paul : « O profondeur de la richesse, de Fus
sagesse et de la science de Dieu!» Et ailleurs : « Pi
j'écrivais pour scruter la divinité du Verbe, plus
science s’eloignait de moi; je la sentais s’éloigr
d'autant plus que je croyais l’avoir mieux saisie. —
que j’ecrivais était moindre que l'ombre, si petite soit-
de la vérité dans mon esprit.» Il ne donne point s
ouvrage comme une exposition complète de la divini
du Verbe, mais comme une simple réfutation de li
piété des ennemis du Christ.
C'est avec la même sagacité profonde qu'il réfute le
apollinaristes, selon lesquels le Christ n'était pas u
homme parfait, la raison humaine étant remplacée €
lui par le Verbe, suivant ce qui est dit en saint Jean
« Le Verbe s’est fait chair. » Athanase leur fait voir quél::
ce mot chair doit s'entendre, comme en saint Paul, d
l’homme tout entier, que le Fils de Dieu a pris la forme
d'un esclave, et que ces mots, le Christ a prié, ne se rap
Christ, du crucifiement de Dieu, de la nécessité d'ad-K:.
mettre deux fils en Jésus-Christ et quatre personnes en €:
Dieu. Il faut absolument, dit-il, que Jésus-Christ ait pris 4...
la nature humaine dans sa plénitude, autrement la .!
rédemption n'a pas de sens. Puisque le péché vient 44
précisément de la nature raisonnable de l’homme, cette®,
nature doit aussi se trouver dans le Christ, afin que le *;,
Christ puisse l’affranchir du péché et devenir notre mo- „,
dèle. C'est dans ce sens que le Seigneur a dit: «Si le „.,
Fils vous délivre, vous serez véritablement libres.» A ;;,
cette objection capitale, que la doctrine catholique admet :},
deux Fils, dont l’un est une créature et reçoit l’adoration, ,.
il répond que dans le Christ l’humanité n’est pas adorée ,;
en tant qu’humanite, mais à cause de son union avec le ..
Verbe incréé. Au lieu de séparer en deux la divinité et
l'humanité, on doit adorer un Christ unique et complet.
a
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ATHANASE. 239
# Nous n’adorons point une créature à la façon des païens
= des ariens; nous adorons le maître des créatures, le
+ tbe de Dieu incarné!»
Mans tous ces combats, aussi bien que dans les affaires
:-klésiastiques, Athanase n’a jamais invoqué le bras
::$ulier ; toujours, au contraire, il a protesté solennelle-
nt contre l’immixtion des empereurs dans les ques-
fus dogmatiques : « Qui oserait, dit-il, donner le nom
: & concile à une assemblée présidée par l’écuyer de
empereur, assisté d’un satellite, où l’on introduit des
;-&rétaires impériaux au lieu de diacres ? — Quel synode
: Mit-ce que celui qui s’est terminé par l'exil ou la mort,
à gré de l'empereur? Dans quel canon est-il prescrit
fe l'écuyer de l’empereur commandera en matières
:&lésiastiques et promulguera par un édit le jugement
‚bs évêques? Si cela a lieu par les menaces de l’empe-
fur, à quoi servent donc les évêques? A-t-on jamais
lien entendu de semblable ? Quand un décret de l'Eglise
‚rt jamais reçu sa validité de l’empereur ? Bien des
‚wneiles ont été tenus avant nous, jamais les Pères n’y
nt sollicité le suffrage de l’empereur, et jamais l’em-
-bereur ne s’y est mêlé des affaires ecclésiastiques, placées
hors de sa sphère. »
. Dans toutes ces controverses, Athanase n’apporte que
.des sentiments de paix : « Tous ceux qui veulent avoir
ke paix avec nous et quitter la secte arienne, appelez-les,
recevez-les comme un père recoit son enfant. Ne con-
damnez, ne rejetez pas inconsidérément ce qu’ils disent.
‚Exhortez-les à éviter entre eux les discussions, les
_Vaines disputes de paroles, à vivre dans l'union et la
Piété. Peut-être le Seigneur, prenant pitié de nous, ré-
ira ce qui est séparé, et tous nous n’aurons plus qu un
seul chef, Notre-Seigneur Jesus-Christ. »
« Quand on embrasse dans leur ensemble les travaux
! Ep. ad Adelph., c. vu; cf. Adv. Apollin., 1. vi. — * Hist. ancien.
&L, LE
340 MANUEL DE PATROLOGIE.
de saint Athanase, dit Boehringer, on doit reconnaltze
qu'il a été le héros de son siècle. Quoiqu'il eût la figure
petite et que son corps decharne n’eüt rien d'apparent,
sa présence exerçait sur les esprits un charme irrésis-
tible, sur ceux-là même qui lui étaient hostiles, entre
autres Constantin et Constance. » Saint Grégoire de Na-
zianze a dit de lui, dans son panégyrique : « Il réunis-
sait en lui la nature de deux pierres précieuses : pour
ceux qui le persécutaient, il était un diamant; pour
ceux qui étaient séparés de lui, un aimant. »
Suivant Origene, nul d’entre les Grecs n’a exerté,
dans le sens vraiment orthodoxe, une influence aussi
féconde et aussi durable sur les docteurs suivants que
saint Athanase.
Avant 1601 on n’avait que des éditions latines des œuvres de saint
Athanase ; Vicent., 1482, Basil. (Erasme), 1527, 1556, gr. et lat
Heidelberg, 1601, ex offic. Commelini, in-fol., t. II. La meilleure des
éditions modernes est de Montfaucon, Paris, 1698, in-fol., 3 vol.;
emendatior et quarto volum. aucta (avec appareil littér.) par Justiniani
(episc. Patävin.), Patav., 1777, in-fol.; 4 vol.; réimpr. par Migne avec
plusieurs pièces nouvel., ser. gr., t. XXV-XXVIIL Biographies, Orat.
xxı Greg. Naz.; Gottfried Hermant, Par., 1671, 2 vol. in-4°: Mahler,
Athan. le Gr. Cf. Tilleın.,t. VII; Dupin, t. U; Ceillier, t. IV; Bœbrin-
ger, Hist. de l’Egl. en bioyr.; Voigt, Doctrine d’Athan., Brême, 1861;
Dorner, Dévelop. de la doct. sur la personne du Christ.; Stoeckl, Hist.
de la philos. de l’ère patristique.
$ 46. Saint Ephrem le Syrien (mort après 379).
Cf. Assemani Bibl. orient., et Prolegom. de l’édit. rom. de ses œuvres.
Les anciens monuments, difficiles à démêler sur ce
point, font naître saint Ephrem au commencement du
quatrième siècle (vers 306), à Nisibe, en Mésopotamie.
D’après ses propres confessions, ses parents auraient été
chrétiens ; quelques auteurs soutiennent le contraire.
Saint Jacques, évêque de Nisibe, l’instruisit en vue de
l'état ecclésiastique, le placa à la tête de l’école qu'il diri-
geait, et l’emmena avec lui au premier concile (325)
de Nicée. L'empereur Jovien ayant cédé Nisibe aux
Le at alle ee AT … —
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ÉPHREM. 9241
Perses, qui étaient venus l’assiéger de nouveau, Ephrem
l'aurait quitté dès 338, et se serait rendu à Edesse, en
Syrie, où il aurait accompli la plupart de ses travaux :
de là son surnom de Syrien. Ses relations avec les soli-
aires de ce pays le décidèrent à entrer en religion et à
donner à son ardeur pour l’étude un but à la fois plus
élevé et plus pratique.
À Edesse, Ephrem illustra et affermit l'école syrienne
de théologie, dont il fut peut-être le fondateur, et établit
un nouveau système d'explication de la Bible, qui tenait
comme le milieu entre les exagérations allégoriques des
alexandrins et l'interprétation grammatico -historique
des antiochiens.
Ephrem entreprit deux voyages, l’un à Césarée en
Cappadoce, pour visiter l’archevêque saint Basile, l’autre
auprès des solitaires d'Egypte, à l’adresse desquels ses
écrits contiennent des exhortations. On a cru générale-
ment qu'il n’était que diacre de l'Eglise d’Ephese ; mais
les Bollandistes, Pagi et d’autres, se fondant sur d’an-
ciens documents et sur ses écrits, ont présumé qu’il était
prêtre. Il mourut après 379, car il prononca encore cette
année là le panégyrique de saint Basile. |
La science remarquable et l’activité merveilleuse qu'il
a déployées dans des temps si calamiteux lui ont valu
les surnoms de prophète des Syriens, colonne de l'Eglise,
bouche éloquente, et, comme poète, celui de harpe du
Saint-Esprit. Saint Chrysostome l’appelle « l’aiguillon des
läches, la consolation des affligés, le maître de la jeu-
nesse, le guide des pénitents, un glaive contre les héré
tiques, l’asile des vertus et la demeure de l’Esprit-
Saint. » Au lit de la mort, il exhortait encore une dame
illustre à ne se pas faire porter en litière par des es-
claves, « puisque, selon l’Apôtre, Jésus-Christ est le chef
de tout homme. » Saint Jérôme! rapporte qu’en Orient
quelques-uns de ses discours étaient lus pendant l'office
' Hieron., Catal., c. cxv.
16
949 MANUEL DE PATROLOGIE.
après la lecture de la Bible; peut-être en fut-il de même
en Occident, où plusieurs de ses écrits furent traduits
de bonne heure en latin, et insérés sans doute dans
d'anciens homiliaires!. |
Les ouvrages qui restent de lui, les uns en grec et
traduits probablement de son temps, les autres en sy-
riaque, remplissent six volumes in-folio de l'édition
romaine. Il voyait dans cette fécondité, comme il le dit
dans son testament, l’accomplissement d’un rêve qu'il
avait eu étant enfant, d’après lequel il était venu à sa
langue une vigne chargée de fruits et de feuilles, et qui
se développait de plus en plus.
Ses ouvrages contiennent des explications sur toute la
Bible, des hymnes animées d'un feu tout oriental et
d’une véritable valeur poétique; des exhortations, des
homélies et des traités, un notamment sur le sacerdoce;
ses confessions et son testament, où il témoigne de son
érudition hébraïque et profane, attestée, du reste, par
l'éloge de saint Grégoire de Nysse.
Doctrine de saint Ephrem.
Malgré la prédominance de la partie morale et asce-
tique, les travaux dogmatiques sont loin d’être absents.
Contre les sabelliens et les ariens, il explique les dogmes
de la Trinité, de la divinité et de l'humanité du Christ,
l'union hypostatique des deux natures. Il qualifie la
sainte Vierge de mère de Dieu, dont la virginité est tou-
jours restée inviolable. Il parle de la nécessité du
baptême et de la confession des péchés, et voit dans
l'Eucharistie la présence réelle du corps de Jésus-Christ,
que nous devons recevoir avec foi et innocence, puisque
les anges eux-mêmes tremblent en sa présence. Il avait
une telle dévotion envers les saints anges gardiens, qu’il
mourut en prononcant ces paroles : « Je vous salue,
ange conducteur qui séparez l’âme du corps et la con-
1 Assem., in Op. Ephr., t. I, p. x1.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. EPHREM. 243
duisez dans les demeures qu'elle pourra de nouveau
habiter jusqu'au jour de la résurrection. » Nous appre-
nons de lui qu'on se servait des reliques des saints
pendant les offices divins et qu'il s’y faisait des miracles.
Il traite aussi de l’invocation des saints, surtout de la
sainte Vierge, et de la prière pour les défunts. Il nous
apprend encore qu’on conservait dans les églises et les
oratoires les images des martyrs. Il combat l'erreur des
millénaires, et entend les mille ans de l’Apocalypse dans
le sens d’éternité. Il décrit fort longuement la vie mo-
nastique ®. |
Les extraits suivants témoignent avec quel sérieux il
envisageait la vie chrétienne et sacerdotale : « Un jour,
dès l'aurore, m’etant levé, j'étais sorti avec deux de nos
frères de la ville d’Edesse la bien-aimee. J’avais levé les
yeux au ciel comme vers un miroir limpide qui réfléchit
l'éclat des astres sur la terre. Saisi d’admiration, je
disais: Si tout cela resplendit d’une telle gloire, combien
les justes et les saints, qui font la volonté de Dieu,
brilleront-ils d’une plus ineffable lumière à l’heure où
viendra le Seigneur ! Soudain s’offrit à ma mémoire ce
terrible avènement du Christ. Mes os en tremblèrent, et,
frissonnant du corps et de l’äme, je pleurai et je dis en
gemissant : Dans quel état serai-je surpris, moi pé-
cheur, à cette heure menacante?... Les martyrs montre-
ront leurs blessures, les solitaires leurs vertus; qu’aurai-
je à montrer, moi, que ma torpeur et ma négligence ? »
Sa dernière prière montre quel humble sentiment il
avait de lui-même : « Ne me déposez pas dans vos mo-
numents ; cette pompe ne convient ni à la pénitence d’un
pécheur, ni à l'humilité d’un chrétien, moins encore à
la perfection d’un diacre. Je vous défends d’allumer des
flambeaux autour de mon corps pour l’honorer; il vaut
mieux qu’ils brülent dans le sanctuaire. La bienséance
chrétienne interdit qu’un cadavre, qui bientôt pourrira
1 Cf. Dupin, Bibl. t. II, part. u, p. 187.
244 MANUEL DE PATROLOGIE.
dans la terre, soit entouré de plus de cierges qu'il n’en
faut pour éclairer plusieurs autels... J'implore aussi vos
prières : c'est le plus agréable et le plus doux parfum
que vous puissiez pour moi faire monter vers Dieu. »
Il commence ainsi son traité sur le sacerdoce : « Mi-
racle suprenant, puissance indicible, mystere redoutable
du sacerdoce ! Je demande à genoux, au milieu des
larmes et des soupirs, de pouvoir méditer sur cette
richesse du sacerdoce; je dis richesse pour ceux qui
savent le conserver dignement et saintement. C’est un
bouclier éclatant et sans pareil, une muraille impene-
trable, un solide et inebranlable fondement, qui atteint
de la terre jusqu’au ciel. Mais pourquoi célébrer la dignité
sacerdotale? Elle surpasse la prière, la science et toute
conception. C’est elle, je crois, qui faisait dire à saint
Paul : O profondeur de la richesse, de la sagesse et de la
science de Dieu! »
Ce qui reste de ses œuvres a été édité par P. Benedictus, S. J., et
Assemani, Rome, 1732, in-fol., 6 vol., dont trois en syriaque et en
lat. (t. I et UI, Exegetica), et 3 en gr. et en lat. L’Editio Oper. Congr.
Mechit., Venet., 1836, 4 vol., contient de plus une explication des
Evangiles en une traduction arménienne, et le Comment. sur les
Epitres de saint Paul (excepté la lettre à Philémon). Cf. Tillemont,
t. VIII; Ceillier, t. VII; 2% ed., t. VI; Rœdiger dans : Real-Encyel.
de Herzog, t. IV.
$ 47. Saint Cyrille, évêque de Jérusalem (mort en 386).
Dissertat. Cyrillian., de Touttée, dans Migne, ser. gr., t. XXXIIL.
Cyrille naquit vraisemblablement vers 345 (on ne sait
ou), et fut élevé à Jerusalem; il paraît avoir passé sa
jeunesse dans la vie religieuse. En 334 ou 335, il fut
promu au diaconat par Macaire, évêque de Jérusalem,
et en 345 au sacerdoce par Maxime, successeur de
Macaire. Il ne fut jamais chargé de l’enseignement du
ministère des catéchumènes ni de la prédication. En 351,
il succéda a Macaire, grâce surtout à l'influence des
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CYRILLE. 245
ariens, d’Acace et de Patrophile; de là les tracasseries et
les ennuis qui traversèrent son épiscopat. Il ne tarda
pas à avoir de violents démêlés avec son métropolitain,
Acace de Césarée, arien opiniâtre, sur la prééminence
que le concile de Nicée avait accordée à l'Eglise de Jéru-
salem. Acace était d'autant moins disposé à respecter ce
titre d'honneur qu'il était un des adversaires de ce con-
cile. Il fit tant que Cyrille fut déposé par un concile (358)
et chassé de Jérusalem. Rétabli par le concile de Séleucie
(359), Acace parvint à le chasser une seconde fois (360).
Réintégré par Julieg avec les autres évêques exilés, il
anéantit par ses prières les tentatives de l’empereur pour
rétablir le temple de Jérusalem. Acace revint à la foi
orthodoxe en 363, au concile d’Antioche, et mourut
en 366. Quoique débarrassé de cet ennemi, Cyrille n’en
fut pas moins exilé derechef en 367, par l’empereur
Valens , et eut beaucoup à souffrir des ariens. Il ne ren-
tra à Jérusalem qu'après la mort de Valens ( 378). Il ré-
tablit l’ordre et la paix dans son Eglise, et réconcilia une
foule d’hérétiques et de schismatiques. Il assista au
deuxième concile œcuménique de Constantinople, -où il
fit reconnaître la prééminence de son Eglise sur celle de
Césarée, expliqua son orthodoxie et la régularité de son
ordination faite par Acace ; il y fut loué pour la fermeté
de sa conduite. Saint Eusèbe rendait hommage à l’état
florissant de l'Eglise de Jerusalem, bien que, des trente-
cinq années de son épiscopat, il en eût passé seize en
exil. Cyrille mourut le 18 mars 386.
1. Son principal ouvrage sont les Catéchèses, mention-
nées déjà par saint Jérôme !. Ce sont des instructions sur
l'ensemble des vertus chrétiennes, faites à Jérusalem
par saint Cyrille avant son épiscopat ?. Les catéchu-
mènes étaient partagés en deux classes, les dcoutants,
qui assistaient à l'office jusqu’à l’offertoire et étaient
Isiruits par un catéchiste ; les compétents, qui devaient
I Catal., cxu. — ? Suivant Touttée, elles commencèrent en 847.
246 MANTEL DE PATROLOGIE.
être baptises a Pâques ou à la Penteeôte. Entre les cate-
“heses de Cynile. precedees d’une introduetion (proeaté-
chese), les dix-huit premières, données pendant le car&me
aux compétents, embrassent toute la doctrme chrétienne;
les cinq dernières ont été adressées aux néophytes pen-
dant la semaine sainte. et traitent du baptême, de la
confirmation. de l’eucharistie et de la liturgie, que la
discipline de l’arcane ne permettait pas d'expliquer au-
paravant : « Depuis longtemps, dit-il, je désirais vous
entretenir de ces mystères spirituels et célestes, et vous
préparer un festin de doctrines plus parfaites : mais j'ai
cru devoir attendre jusqu'à ce moment !. » Ces catéchèses,
qui portent le nom spécial de mystagogiques, forment
un tout avec les dix-huit autres. Les doutes élevés par
les protestants contre leur authenticité ne sont inspires
que par un intérêt dogmatique. Moins fondées encore
sont les objections contre l’ensemble de l’œuvre.
2. Nous devons encore à saint Cyrille quelques écrits
moins importants : 1. une Homelie sur saint Jean, v. 2-
16, commencant par ces mots : « En quelque lieu que
Jésus-Christ paraisse, la est le salut; » 2. une Lettre à
Constantin sur une croix lumineuse qu'on vit au ciel,
à Jerusalem, le jour où il prit possession du siége épis-
eopal; il la termine en invitant l'empereur à « glorifier
Ja sainte, consubstantielle (?) Trinité de notre vrai Dieu; »
3. nn abrégé de la liturgie de saint Jacques”? ; 4. l'ho-
melie sur la circoncision du Seigneur est apoeryphe°.
Doctrine de saint Cyrille de Jérusalem.
La doctrine des catéchèses est d'une haute importance ;
on y desirerait seulement plus de précision sur la sainte
Trinité. Cependant nous ne le classerons point, avec
saint Jérôme, Rufin, Socrate, Sozomène, parmi les ariens;
il était plutôt, au dire de saint Athanase*, du parti qui
8 Calech., xix. — % Voir l'avertissement et la Catéchèse xxm dans
l'éd, des Bénédictins. — ® Luc, 11, 23. — * De syn., c. XI.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CYRILLE. ' 247
adherait à la doctrine de Nicée, mais qui réprouvait
le terme d’öpooöcws, parce qu’il servait de manteau au
sabellianisme!. Il donna lieu à ce soupçon au commen-
cement de son épiscopat, en n’entrant pas franchement
dans le parti des orthodoxes.
Les catéchèses sont le plus ancien et le plus vaste ou-
vrage en ce genre que nous ayons de l'antiquité; il im-
porte donc de les résumer brièvement, pour qu'on en
connaisse le fond et qu'on puisse apprécier la methode
catéchétique usitée à cette époque.
La procatéchèse et la 1'° catéchèse indiquent aux caté-
chumènes la manière de se comporter pendant les in-
structions : « C'est le temps de confesser les fautes que
vous avez commises en paroles ou en actions, le jour ou
la nuit. » La 2° roule sur le péché et la pénitence; la
3° sur la nécessité du bapt&me pour obtenir la r&mission
des péchés; la 4° explique ces articles de la foi dans
l'ordre du symbole; la 5° traite de l’excellence, des effets
et de la nécessité de la foi : elle sert de transition à la
partie du symbole relative aux catéchumènes. La termi-
nologie de ce symbole tient le milieu entre le symbole
des apôtres et celui de Nicée. Les autres catéchèses ont
pour objet les articles particuliers; la 6°, l’unité de Dieu;
la 7°, la paternité et la filiation divines; la 8°, la Provi-
vidence ; la 9°, la création; la 10°, Jésus-Christ et sa
dignité; la 14°, la divinité du Verbe et sa génération
éternelle ; la 42°, l’incarnation ; la 13°, la mort et la pas-
sion du Christ; la 14°, sa résurrection; la 15°, son second
avenement; la 16°, le Saint-Esprit, son excellence, ses
opérations dans l’Ancien Testament; la 17°, ses opéra-
tions dans le Nouveau Testament; la 18°, la résurrec-
tion de la chair. Là se terminait la préparation des caté-
chumènes au baptème. Ils récitaient ensuite le symbole.
1 Cf. Touttée, Diss. II, c ı-m. Il n’emploie qu’une fois le mot
d'éuooûsuos, et encore dans un passage suspect. Ep. ad Const., c. VII.
Cf. Touttée, in hunc loc.
248 MANUEL DE PATROLOGIE.
Cyrille y joignit une courte instruction sur les articles
10 et 12, sur l'Eglise et la vie éternelle.
Partout le catéchiste se met au point de vue de ses
auditeurs, placés entre le paganisme et le christianisme.
L’apologie se mêle constamment à l'exposition de la
doctrine, qu'il présente sous forme d’homelie et qu'il
aime à relever par des récits bibliques. .
Les catéchèses mystagogiques initient à l'intelligence
du baptême, de la confirmation et de l’eucharistie, y
compris les cérémonies qui les accompagnent.
4. Saint Cyrille a sur le péché originel une grande
variété d'expressions, comme lorsqu'il dit : « l’homme
pécheur, notre race perdue!, etc. »
2. Il distingue deux sortes de foi, la foi proprement
dite et la foi qui se révèle par des miracles?. « La pre-
mière, la foi dogmatique, consiste dans l’assentiment de
l'esprit à une vérité, et contribue au profit de l’âme. »
a Conservez, dit-il aux catéchumènes, la foi que vous avez
reçue de l'Eglise et qui est attestée par l’Ecriture sainte.
Mais parce que tous ne peuvent lire l’Ecriture, les uns
à cause de leur ignorance, les autres à cause de leurs
travaux, nous avons résumé en peu de paroles tout ce
qu'on est obligé de croire, afin que nulle âme ne périsse
par ignorance. Que cette foi soit votre viatique pendant
toute votre vie; n’en acceptez jamais d'autre, dussions-
nous la changer nous-même, et enseigner le contraire
de ce que nous enseignons maintenant 5. »
3. L'Eglise est appelée catholique parce qu'elle est
répandue par toute la terre, parce qu'elle enseigne uni-
versellement et sans erreur tout ce que les hommes
doivent savoir, dans les choses visibles et invisibles,
terrestres et célestes ; parce qu’elle soumet au vrai culte
tout le genre humain, princes et sujets, savants et igno-
rants; parce qu'elle guérit universellement tous les
1 Catech., x, 15; ibid., 8. — ? 1 Cor., x, 8; Catech., v, x, XI. —
8 Ibid., c. xn.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CYRILLE. 249
péchés, soit du corps, soit de l'esprit, et possède uni-
versellement toutes les vertust. » Il explique ensuite le
mot d’Eglise, et avertit ses auditeurs de ne point parti-
ciper aux réunions religieuses des hérétiques. Ces mots
du symbole : Et la sainte Eglise catholique, ont pour but
de vous faire éviter leurs conventicules impurs et de
vous retenir toujours attachés à l'Eglise catholique dans
laquelle vous avez été regeneres?. »
4. Dans la 4° catechöse®, il cite le canon de l'Eglise de
Jerusalem, et il ajoute : « Apprenez aussi del’Eglise quels
sont les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, et
ne lisez aucun de ceux qui sont apocryphes. »
5. Sur la personne de Jésus-Christ, il enseigne claire-
ment les deux natures : « Le Christ était double, homme
en tant que visible, Dieu en tant qu'invisible®. Il n’a pas
été crucifié pour ses propres péchés, mais afin de nous .
délivrer des nötres®. Tl a vraiment souffert pour tous
_les hommes‘. Il est descendu dans les enfers pour y
délivrer les justes”. »
6. Bien que l’auteur insiste vivement sur la liberté de
l'homme, c’est à tort que quelques-uns l’ont accusé de
semi-pelagianisme : « L’äme, dit-il, a son libre arbitre;
le démon peut bien la tenter, mais de la forcer contre
son propre gré, il n’en a pas le pouvoir 8.»
1. Dans les sacrements, il explique surtout les céré-
monies du bapt&me?. Au sujet de la confirmation, qu’il
appelle la grâce du Christ et du Saint-Esprit, il men-
tionne, outre l’onction principale du front, une autre
onction sur le nez, les oreilles et la poitrine : « Pendant
qu'on oint le corps de cette huile visible, l’âme est sanc-
üfiée par l'Esprit saint et vivifiant 10. »
Voici comment il s'exprime sur l’Eucharistie : «Comme
le pain et le vin de l’Eucharistie, avant l’invocation de
1 Catech., XVII, xxm. — 2 Ibid., xxXIV. — 3 C. XXXV, XXXVI. —
IV, 1x. — sv, x. — 6 XIII, 1v. — TI, XI. — 8 IV, xxi. Cf. Touttée,
Dissert, III, c. vo. — 9 Cat., XIX et XX. — 10 XXI, 1.
250 MANUEL DE PATROLOGIE.
l’adorable Trinité, sont du pain et du vin communs, mais
qu'après cette invocation le pain devient le corps du
Christ et le vin le sang du Christ, ainsi,» etc. Rien de
plus complet et de plus solide que ce qu’il dit de la
transsubstantiation dans la 22° catéchèse : « Puisque le
Seigneur a parlé lui-même et a’dit du pain : Ceci est mon
corps, qui oserait encore douter ? Et puisqu'il a assuré
et dit lui-même : Ceci est mon sang, qui jamais en dou-
tera, disant que ce n’est pas son sang? — Ne les consi-
dérez donc pas comme un pain et un vin communs; car
c'est le corps et le sang de Jésus-Christ, selon l'assurance
du Seigneur : que si les sens ne vous en persuadent pas,
la foi vous en rendra certain. Ne jugez pas la chose par
le goût; mais, assuré par la foi, tenez pour certain que
vous avez reçu le corps et le sang de Jésus-Christ. —
Autrefois, à Cana en Galilée, il changea l’eau en vin,
et nous ne croirions pas qu'il a change le vin en sang»
La 23° catéchèse est une explication complete de l'Eucha-
ristie comme sacrifice, et de la communion. L'auteur
y enumere les principales parties de la liturgie de Jeru-
salem, c’est-à-dire de la messe des fidèles (les catéchu-
menes connaissaient depuis longtemps les parties pré-
cédentes, la messe des catéchumènes) : lavement des
mains, baiser de paix, sursum corda, préface, consécra-
tion, mémoire des vivants et des morts, Patèr, prépa-
ration à la communion (sancla sanclis), communion,
actions de grâces. Voici le passage relatif à la consé-
cration : « Sanctifies par ces cantiques spirituels, nous
prions le Dieu de bonté d'envoyer le Saint-Esprit sur les
dons offerts, afin qu’il fasse du pain le corps de Jesus-
Christ, et du vin son sang; car tout ce que touche le
Saint-Esprit est sanctifié et transmuté. » Après avoir parlé
de la mémoire des vivants et des morts, il ajoute:
« Nous offrons aussi à Dieu, de la même manière, des
prières pour les défunts, quoique pécheurs nous-mêmes ;
| Cat., XIX, c. VU,
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. DIODORE, THÉODORE. 2%4
au lieu de tresser des couronnes (comme les païens), nous
offrons le Christ immolé pour nos péchés, afin que celui
qui est si bon et si miséricordieux leur devienne favo-
rable aussi bien qu'à nous. » On recevait le corps du
Seigneur dans le creux de la main droite, que l’on sou-
levait de la main gauche; puis on recevait le calice :
« Quand vous approchez pour communier, il ne faut pas
venir les mains étendues ni les doigts ouverts; mais,
soutenant de la main gauche comme d’un trône votre
main droite, où doit reposer un si grand roi, vous rece-
vez le corps de Jésus-Christ dans le creux de cette main
en disant : Amen. »
Editions des œuvres de saint Cyrille, par Prévot, Paris; 1608; la
meilleure, par Touttée, continuée par Maran, Par., 1720 ; r&iınprimde
à Venise, 1763; ed. Reischl et Rupp, Monach., 1848, 2 vol. in-8°;
Migne, ser. gr.,t. XXXIII. Cf. Tillem.,t. VII; Dupin, t. Il; Ceillier,
t. VI; 2° &d., t. V; Plitt, De Cyril. Hieros. orationibus quæ exstant
catech., Heidelb., 1855.
S 48. Diodore, évêque de Tarse (mort vers 390);
Théodore, évêque de Mopsueste ( mort en 428 );
Ecole d’Antioche.
L'école que les prêtres Dorothée (vers 290) et Lucien
avaient fondée à Antioche, là même où dès le deuxième
siècle l’évêque Théophile avait rendu à l'Eglise et à la
science de signalés services , eut pour principaux repré-
sentants Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste, qui
rappellent Clément et Origène à Alexandrie. Ce furent
eux proprement qui assurerent la célébrité de cette
école, et lui imprimèrent une direction contraire à celle
d'Alexandrie. Ces deux écoles différaient principalement
sur l'inspiration et l'explication de la Bible, sur l'emploi
de la philosophie dans la théologie, sur les termes
dogmatiques à employer pour exprimer les rapports de
la nature divine et de la nature humaine dans le Christ.
Ne au quatrième siècle d'une famille notable d’An-
232 MANUEL DE PATROLOGIE.
tioche, Diodore reçut à Athènes et à Antioche une excel-
lente instruction scientifique et théologique. A Antioche,
il lut les ouvrages et assista aux lecons du célèbre
Eusebe d'Emése‘. Il montra tant d’ardeur pour l’asce-
tisme, que les plus grandes austérités ne répondaient
point à son idéal de perfection, et qu'au dire de saint
Chrysostome?, son corps decharne n'offrait plus qu'une
ombre de la forme humaine, ce que l’impie Julien consi-
derait comme un châtiment des dieux de l’Olympe.
A ces goûts scientifiques et ascetiques, Diodore joignit
comme prêtre un zèle infatigable et une intrépidité à
toute épreuve contre tous les ennemis de la foi qui agi-
taient Antioche et qui par des moyens divers tendaient
à un but commun. Habile à distribuer l’enseignement.
il compta parmi ses plus illustres disciples Théodore de
Mopsueste et saint Chrysostome.
Dans le schisme mélécien, provoqué par la déposition
de Mélèce, évêque d’Antioche, Diodore resta fidèlement
attaché à ce pontife, dont il partagea quelque temps la
persécution, les dangers et la fuite. Nommé évêque de
Tarse par Mélèce revenu de l'exil, il assista au deuxième
concile œcuménique de Constantinople (381), qui lin-
stitua métropolitain de la Cilicie, tandis qu’en cette
même année un décret impérial lui décernait le titre de
« boulevard de l’orthodoxie de Nicée.» «Martyr vivant,»
comme l'appelait saint Chrysostome, il mourut en 3%.
Ouvrages de Diodore.
De ces ouvrages, au nombre de plus de soixante, énu-
mérés par Suidas®, par le métropolitain nestorien Ebed-
Jesu® et par Fabricius®, il ne reste que de légers débris.
1. Ses écrits apologétiques, polémiques et dogmatiques
sont dirigés contre les païens, les juifs, les manichéens,
1 Hier., Catal., cix. — ? Orat. in Diod. — 3 Cf. Ed. Bernardy, t. 1.
— + Bibl. orient., t. II, p. 1877. — 6 Fabric., Bibl. græc., ed. Har-
less, t. XIX.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. DIODORE, THÉODORE. 953
es ariens, Photin, Sabellius, Marcellus, les apollina-
ristes, etc. Dans ce nombre, les fragments de ses deux
principaux ouvrages : Contre les synousiastes!, et sur le
Saint-Esprit ?, sont surtout remarquables, en ce que,
dans la lutte contre Apollinaire, le rapport des deux na-
tures en Jésus-Christ est présenté dans le sens du nesto-
ranisme, qui devait éclater plus tard.
Dans le traité du Destin, qui n’existe plus, l’auteur
avait établi la preuve cosmologique de l'existence ; dans
le Hept otxovoulas 5, il s’eleve contre l'éternité des peines
de l’enfer ; « la punition, dit-il, devant être surmontée
par la grandeur de la miséricorde divine. »
2. Dans ses commentaires sur la plupart des livres de
l'Ecriture , il combat la méthode allegorique d’Alexan-
drie, et défend la méthode grammatico-historique, dont
il a posé les bases dans le traité annexé au commentaire
des Proverbes. Il y tient trop peu de compte de l’élément
surnaturel et prophétique. Les vingt-trois fragments
exégétiques sur l'Exode, publiés récemment par dom
Pitra*, sont d’une authenticité douteuse et insigniflants
quant au fond.
Théodore de Mopsueste naquit aussi à Antioche vers
350, d’une famille distinguée. Il y assista aux lecons du
sophiste Libanius et du philosophe Andragathius. En
théologie, où il eut pour condisciple saint Chrysostome,
il fut formé par Diodore, l’évêque Flavien et Cartérius.
Saint Chrysostome le détermina à entrer dans le sacer-
doce.
Par l’éclat de ses lecons, Théodore fut le principal re-
présentant de l’école d’Antioche , dont la réputation
croissante attira des élèves distingués : tels que Jean,
qui fut évêque d’Antioche, et peut-être aussi Théodoret
et Nestorius. L'Eglise de Syrie lui a donné le titre hono-
! Dans Marius Mercator, ed. Baluze, p. 349, et Leont. Byzantinus,
Contr. Nest. et Eutych., 1, 1; Migne, ser. gr.,t. LXXXVI. — ? Pho-
Üus, cod. 102. — 3 Assemani, Biöl., t. IH. — * Spicil. Solesm., t. I.
254 MANUEL DE PATROLOGIE.
rifique d’Interpräte par excellence. Vers 392, il se rendit
auprès de son maitre Diodore, évêque de Tarse, et fut
nommé ensuite évêque de Mopsueste.
La position équivoque! qu'il prit dans la querelle de
Pelage, et qu’il accentua davantage dans la dispute
nestorienne, analogue à celle-là, a tellement nui à sa
gloire, qu’il fut condamné, quoique mort en 428, par le
cinquième concile œcuménique (553), ainsi que Théo-
doret, évêque de Cyr, et Ibas d’Edesse, dans l'affaire des
Trois Chapitres.
Ouvrages de Théodore de Mopsuaste.
Il ne s’est conservé que peu de ses nombreux écrits.
1. En dogme, il a composé quinze livres Sur !’Incarna-
tion (contre les ariens et les apollinaristes) ; vingt-cinq
livres contre l’ultra-arien Eunome, où il défend les traités
que saint Basile avait écrits contre lui; quatre livres
Contre Apollinaire, dont il combattit les erreurs sur les
rapports des deux natures en Jésus-Christ, pour tomber
lui-même dans l’extrême opposé , en séparant complète:
ment les deux natures et en n’admettant qu’une union
morale et extérieure. — Dans tous ses écrits, Théodore
exhale sa mauvaise humeur contre la philosophie, sur-
tout contre la philosophie platonicienne.
2. Plus nombreux sont ses travaux d’exégèse sur la
plupart des livres de l’Ecriture. Ennemi déclaré du pro-
cédé allégorique des alexandrins, il écrivit, dit-on,
contre Origène, pour établir sa méthode grammatico-
historique, un traité intitulé : De allegoria et historia,
où il poussa ses principes rationalistes jusqu’à nier que
les anciennes propheties s’appliquassent à Jésus-Christ.
Photius, tout en vantant ses connaissances bibliques et
la fécondité de ses pensées, lui reproche d’être trop dif-
fus, d’avoir un style embarrassé et obscur.
On en voit des preuves dans ce qu'il dit des fins der-
1 Woerter, le Pélagianisme, etc. Frib., 1866. |
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. DIODORE, THÉODORE. 255
nières : pour lui, l’avenir n’est pas seulement le souve-
nir, la restauration de l’état actuel, mais encore sa plé-
nitude et son couronnement. Il croyait que dans sa
condition primitive, l’homme était naturellement sujet
à la mort, condition imparfaite d’où il ne sortirait qu’a-
près avoir atteint sa plénitude. |
Entre tous ses écrits nous n’avons de complet que le Commentaire
sur les douze petits prophètes, édité partiellement et pour la première
fois d’après un manuscrit de Vienne, par Weynern, Berol., 1837;
complet, par A. Mal (Nov. collect., t. VI, et Nov. Bibl., t. VII); les
Fragments sur le Nouv. Test., par Fritzsch, Turici, 1847; voir dans
Migne des extraits des ouvrages dogmatiques, ser. gr.,t. LXVI; Pitra,
Spicileg. Solesm., t. I; cf. Tillem., t. XII ; Ceillier, t. VII, et Maller
dans Real-Encycl., de Herzog, t. XV.
Les trois amis saint Basile, saint Gregoire de Nazianze
et saint Grégoire de Nysse.
Ce qu’avaient fait saint Athanase pour la doctrine et
saint Antoine pour la vie religieuse fut maintenu et
développé dans l'Eglise orientale par les trois Cappado-
ciens Basile, Grégoire de Nazianze et Grégoire de Nysse,
qui ont transmis à leurs successeurs l'esprit qui avait
animé leurs ancêtres. Voici en quels termes saint Gré-
goire de Nazianze s'exprime dans une lettre sur la liaison
qui s'établit de bonne heure entre lui et saint Basile : -
« Nous aspirions tous deux à la science avec une égale
ardeur, mais sans rivalité ni jalousie. Cependant notre
principal effort, notre but suprême, c'était la vertu.
Nous travaillions à prolonger notre amitié, en nous pré-
parant une éternité bienheureuse et en détachant de plus
en plus nos cœurs des choses terrestres. La parole de
Dieu était notre guide; nous nous servions mutuelle-
ment de maîtres et de gardiens, et j’oserais dire, si je le
pouvais sans vanité, que l’un était la règle de l’autre. »
256 MANUEL DE PATROLOGIE.
S 49. Saint Basile.
Voir la préface de l'édition Gaume (3 vol. in-4° en six parties),
avec la notice de In Biölioth. de Fabricius, ed. Harless, t. IX.
Saint Basile naquit vers 330 d’une riche et pieuse fa-
mille de Césarée, en Cappadoce. Les dernières années de
son enfance furent dirigées par son père, rhéteur à Néo-
césarée. dans le Pont. D'un autre côté, sa mère Emmélie
et son aieule Macrine, disciple de saint Grégoire le Thau-
maturge, ne négligèrent rien pour assurer son éducation
religieuse et pour le former à la piété. « Je n’oublierai
jamais, disait plus tard saint Basile en parlant de son
aïeule Macrine, les profondes impressions que faisaient
sur mon âme encore délicate les discours et les exemples
de cette venerable femme. » Il fit ses études à Césarée
en Cappadoce, à Constantinople et à Athènes. Dans cette
dernière ville, il eut pour condisciples Grégoire de Na-
zianze et l’empereur Julien, qui y étudiait aussi dans le
même temps. Il quitta Athènes vers 359 et rentra dans
le Pont, où, entouré de ses pieux parents, il renonca à
toutes les idées mondaines et se décida pour la vie ascé-
tique. Il alla visiter les colonies monacales établies en
Syrie, en Palestine et en Egypte (360-361). Après son
retour, il se débarrassa de son patrimoine et vécut dans
la solitude religieuse avec sa pieuse mère et sa sœur
Macrine, non loin du village d’Amesi, dans le Pont.
Grégoire de Naziauze alla se joindre à lui pour partager
ses études et vivre dans son intimité. Plus tard, Grégoire
de Nysse, le plus jeune des frères de saint Basile, s’as-
socia à leurs travaux.
Promu au sacerdoce presque malgré lui par l’évêque
Eusebe, vers 364, il succéda à ce dernier (370) sur le
siége archiépiscopal de Césarée. Mais il lui fallut vaincre
bien des difficultés avant d’être généralement accepté
dans son diocèse. A partir de ce moment, il se montra le
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. 957
défenseur invincible de la foi de Nicée, surtout contre
l'empereur Valens et ses deux préfets Commode et Dé-
mosthènes. Valens déclara un jour, après une discussion
mémorable, « qu’il n’avait jamais entendu un évêque
lui parler avec autant de fermeté. » Il y eut même un
moment où l'empereur s’inclina devant lui : c'était à
Césarée, le jour de ’Epiphanie (372). Basile deploya la
même grandeur d'âme dans plusieurs calamités sociales.
En organisant la vie cénobitique, il a exercé une influence
si durable , que les basiliens, auxquels il a donné son
nom, sont restés jusqu'à ce jour le premier des ordres
religieux en Orient. Basile mourut le 1° janvier 379.
Ouvrages de saint Basile.
Parmi ses ouvrages, nous mentionnerons surtout :
1. Oratio ad adolescentes, quomodo possint ex gentilium
libris fructum capere, cité communément sous le titre :
De legendis gentilium libris. Ce traité se rapproche beau-
coup de celui de Plutarque : Comment il faut lire les
poèles; il est probable que saint Basile, déjà évêque, le
composa pour les membres de sa famille qui fréquen-
.taient les écoles paiennes de Césarée. Voici en quels
termes il en indique le but dans son introduction : « Ne
vous étonnez point si je crois avoir découvert aussi
quelque chose d’utile pour vous, qui frequentez jour-
nellement l'école et qui conversez avec les sages
de l'antiquité au moyen des livres qu'ils ont laissés.
Je voudrais vous conseiller de ne point confier sans
réserve à ces hommes le gouvernail de vos pensées,
comme s’il s'agissait du gouvernail d’un navire, de ne
les pas suivre partout où ils veulent vous conduire, mais
d'accepter d’eux ce qui vous est utile, tout en sachant
ce qu’il faut rejeter. Notre meilleur guide vers notre
destinée véritable (le ciel), ce sont les saintes Ecritures,
qui nous instruisent par des mystères. Mais puisque votre
jeunesse ne vous permet pas d’en approfondir le sens,
17
258 MANUEL DE PATROLOGIE.
nous voulons y preluder en nous appliquant & des ou.
vrages qui n’en different pas absolument, à l'exemple
de ceux qui s’exercent dans l'art de la guerre, afin que
cet exercice nous profite quand il nous faudra luttr
sérieusement. Persuadés que nous sommes destinés au
plus grand des combats, nous devons nous y préparer
en conversant avec les poètes, les historiens, les orateurs,
tous les hommes enfin qui peuvent contribuer à la eur
ture de notre âme. C’est seulement quand nous serons
habitués à regarder pour ainsi dire le soleil dans l'eau,
que nous pourrons lever les yeux vers la lumière même.
S’il y a quelque parenté entre les ouvrages païens et les
ouvrages chrétiens, la connaissance des premiers doit
être profitable; s’il n’y en a point, l’enseignement qui
résultera de leur comparaison pourra contribuer à nous
affermir dans l’étude des ouvrages chrétiens. Moïse, si
réputé chez tous les hommes pour sa haute sagesse,
arriva, dit-on, à la connaissance de la vérité en s’appli-
quant aux sciences des Egyptiens. »:
Dans ses conseils sur la littérature paienne , l’évêque
seplace évidemment au point de vue des idées et de la
morale chrétiennes; il suppose comme un point admis
qu'elle est utile, nécessaire même, au développement
de toutes les facultés intellectuelles et à la formation du
goût. Son dessein est d'enseigner à la jeunesse les moyens
d'étudier les auteurs païens sans péril pour leur âme,
de{ les utiliser dans la science sacrée et dans la vie chré-
tienne. La pauvreté du fond pouvait, dans des éditions
spéciales, être corrigée par des passages analogues em-
pruntés aux œuvres des Pères, tel que le panégyriqu
d’Origene par saint Grégoire le Thaumaturge.
Voir Doergens, S. Basile et les étud. class., Leip., 1852; éd. Dübne
et Lefranc, Paris, 1843; ed. gr. et germ., Lotholz, Léna, 1857; gr. €
germ., Wandinger, Munich, 1858.
2. Ses deux principaux ouvrages de polémique dog
matique sont: Libri V, quibus impii Eunomii apologeticu
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. 259
wertitur‘ et Liber de Spiritu sancto ad Amphilochium,
konii episcopum ®.
Le premier écrit est dirigé contre Eunome, évêque
de Cyzique , en Mysie, partisan outré de l’arianisme et
dont le subordinatianisme allait jusqu’à prétendre qu'il
ya une différence absolue entre celui qui engendre et
celui qui est engendré, et que le Christ, quoique supe-
rieur à la création, est tout-à-fait dissemblable au Père,
dvéuotos , quant à la substance, évômotos xar’ obalav xal xurd
züvra: de là le nom d’Anoméens donné à ses partisans.
Rationaliste prononcé, il s’inquiétait peu de la doctrine
de ’Ecriture et de l’ancienne croyance de l'Eglise sur le
Fils et sur ses relations avec le Père, et il comhattait le
nystère de la sainte Trinité par des arguments emprun-
&s à la dialectique. Théodoret lui reprochait à juste
ütre de transformer la théologie en une dispute de
mots®, Saint Basile, se plaçant au point de vue d’Eu-
1ome, s'élève contre l'expression de non-engendre, qu’on
le trouve point dans l’Ecriture. Il demande à son adver-
fire pourquoi il ne donne pas à Dieu le nom de Père,
ts’il veut être plus sage que le Sauveur. Entrant dans
k detail, il prouve que l’attribut de non-engendré, qui
est, selon Eunome, l’attribut divin le plus essentiel,
n'est qu’une propriété de Dieu, et, qui plus est, une pro-
priété toute négative, qui n’exprime pas son essence.
Contrairement à ce qu’enseigne ce rationaliste impie et
heretique, il soutient qu'il est impossible d’avoir de
Dieu une connaissance parfaite ; car la raison atteste que
Dieu existe, si elle ne dit pas ce qu'il est. C’est par le
même genre d'arguments qu’il rejette le sens inexact
qu'Eunome attache au terme engendré, en établissant
une opposition entre le Père et le Fils. Ce mot, dans sa
véritable acception, signifie : l'union naturelle du Père
et du Fils. Mais sa principale preuve contre Eunome lui
‘ Edition Gaume, t. Ier. — * Edition Gaume, t. III. — ® Hæret.
ab. IV, II.
Zr MANTE LE PATROLOGIE.
es Fire zar ces parcués de saint Jean : « Au commen-
cmt ea: € Verte. et » Verie etait en Dieu, et le
Verte etat item. » Par os d-ux termes : le Ferbe et élait,
l'Évsanz: ste a ferme ia porte à cette hérésie. Quant à
lement re:neux ırteresse dans cette controverse,
saint Base assure avec saint Athanase que « celui qui
separe le Fi: d'avec le Pere. qui l’exeint complètement
de la sc-kte du Pere. se ferme le chemin de la science.
Si le Fis est une créature. il ne nous représente pas la
nature du Pere: car on ne peut connaitre la nature de
œ:ui qui engendre que par la nature de celui qui est
engendre.»
Le second ouvrage. du Saint-Esprit, est dirigé contre
cette fraction de semi-ariens qui, pendant la grande
dispute de l'arianisme, arrivèrent, par une conséquence
nécessaire. à nier la consubstantialité du Saint-Esprit
après avoir nié cæ.le du Fils. et recurent le nom d’enne-
mis du Saint-Esprit =vcraxcoxyor). La consubstantialité
du Saint-Esprit etait une des questions dont on s'était le
moins occupé jusque-là. Ici encore, cependant, saint
Basile pouvait se rattacher à saint Athanase, et il
trouvait en même temps l’occasion de se prononcer sans
réserve en faveur de la divinité du Saint-Esprit, qu'il
avait moins accentuée précédemment, dans l'espoir de
ramener les ariens au dogme catholique et de prévenir
des soupcons odieux, pour ne pas dire des persécutions.
Saint Basile raconte lui-même en commencant quelle
a été l’occasion de son travail : « Comme je priais der-
nièrement avec le peuple et que je me servais pour louer
Dieu de cette double formule : « avec le Père et le Saint-
Esprit,» et: a par le Fils dans le Saint-Esprit,» quelques
assistants m’accuserent d’user d'expressions non-seule-
ment nouvelles et étrangères, mais encore contradic-
toires. » Saint Basile démontre que ces deux formules
sont également usitées dans l’Ecriture (n. 6), qu'il y est
dit du Père :-« par lequel, » du Fils et du Saint-Esprit :
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. 261
« duquel » (n. 7-42); il réfute ceux qui disent que le
Fils n’est pas avec le Père, mais après le Père, qu’il ne
faut pas dire du Fils : « avec lequel, » mais « par
lequel » (n. 43-24). Puis il démontre la consubstantialite
du Saint-Esprit, en expliquant ce qu’il faut entendre par
Saint-Esprit. Voici les principales propositions qu'il dé-
montre : « Le Seigneur lui-même, dans la formule du
baptême, a réuni le Père, le Fils et l'Esprit; or, ce qui
est uni dans le baptême l'est sous tous les rapports; il
n'est pas uni pour une chose et séparé pour une autre.
Dans cette force vivifiante qui élève notre nature de la
corruption à l’immortalité, la force de l'Esprit est com-
prise dans celle du Père et du Fils. » Et ailleurs : « Il
est impossible que ce qui diffère en nature soit égal en
efficacité; si l'efficacité du Père, du Fils et de l'Esprit
ne diffère sous aucun rapport, il s'ensuit nécessairement
qu'il y a unité de nature.» De là saint Basile tire cette
conclusion : « Comme le nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit est prononcé de la même manière (nous
confessons que) : le rapport qui existe du Fils au Père,
existe aussi du Fils au Saint-Esprit, selon l'ordre tradi-
tionnel des paroles usitées dans le bapt&me. Mais si l’Es-
prit est au même niveau que le Fils, et le Fils au même
niveau que le Père, il est évident aussi que l'Esprit est
égal au Père» (n. 43). Il faut donc rendre à l'Esprit le
même honneur qu’au Père et au Fils (n. 48), d’autant
que l’Ecriture l'appelle « Dieu » et « Seigneur » (n. 52),
que dans la Bible les expressions « avec l'Esprit » et
« dans l’Esprit » sont identiques (n. 60), et qu’enfin la
tradition tout entière se sert invariablement de cette
formule : « A Dieu le Père, et au Fils Notre-Seigneur
Jésus-Christ, avec le Saint-Esprit, honneur et puissance
soit dans les siècles des siècles » (n. 72). Saint Basile ter-
mine en jetant un coup d'œil rapide sur les querelles et
les fourberies des hérétiques, sur les attaques dirigées
Contre sa personne, « plus redoutables, dit-il, qu’une
262 MANUEL DE PATROLOGIE.
guerre générale et déclarée; » il trace là un tableau
effrayant de la situation de l'Eglise de son temps, « où
l'on avait transplanté la borne fixée par les Pères,
ébranlé la pierre fondamentale et le boulevard des
dogmes » (n. 76-77).
3. Parmi ses travaux exegetiques, les Homélies sur
l’Hexaméron, sont les plus connues; elles faisaient déjà
l'admiration de ses contemporains. « Quand je lis
l’Hexameron,, disait saint Grégoire de Nazianze, et
qu’avec lui je suis transporté au trône du Créateur, je
comprends alors toute l’économie de son œuvre crés-
trice ; je comprends mieux que je n'aurais pu le faire par
mes réflexions, l’auteur sublime et admirable de l’uni-
vers.» Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est la
foule des auditeurs qui se pressent dans les églises
grandioses construites par l’évêque, et qui se montrent
si sensibles à ses instructions : ce sont, comme il s’ex-
prime lui-même, des hommes simples et sans culture,
des artisans et des ouvriers, obliges de travailler pour
gagner leur pain de chaque jour. Saint Basile savait,
du reste, les préparer d'avance à un pareil enseigne-
ment; il les charmait en leur développant les miracles
de la création par des images sensibles, par des pein-
tures physiques en rapport avec ce qu'ils avaient jour-
nellement sous les yeux. « Il est des villes, s’ecrie
l'orateur, qui, depuis le lever du jour jusqu’au soir,
repaissent leurs regards du spectacle de mille jeux
divers; elles ne se lassent pas d'entendre des chants
dissolus qui font germer la volupté dans les âmes. Et
nous, que le Seigneur, le grand artisan des merveilles,
appelle à la contemplation de ses ouvrages, nous lasse-
rons-nous de les regarder, ou serons-nous paresseux d’en-
tendre les paroles de l’Esprit-Saint? Ne nous presserons-
nous pas plutôt autour de ce grand atelier de la
puissance divine, et, reportés en esprit vers les temps
antiques, ne saurons-nous pas embrasser d’un regard
2 WON
“CRIVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. - 263
-e de la création, selon les enseignements
a a donné à son serviteur Moïse 1? » —
ns la sérénité de la nuit, portant des
»xprimable beauté des astres, vous
r de toutes choses; si vous vous
lui qui a semé le ciel de telles
s le soir, vous avez étudié les
iv, et si vous vous êtes élevé,
vies, à l'être invisible, alors vous êtes
Lien préparé, et vous pouvez prendre place
u magnifique amphithéâtre ; venez : de même que,
prenant par la main ceux qui ne connaissent pas une
ville, on la leur fait parcourir, ainsi je vais vous con-
duire, comme des étrangers, à travers les merveilles de
cette grande cité de l’univers. » Elevant ensuite leurs
regards du spectacle du monde visible à la contempla-
tion des vérités éternelles, il continue : « Si les choses
visibles sont si belles, que seront les invisibles? Si l’im-
mensité des cieux dépasse la mesure de la pensée
humaine, quelle intelligence pourra pénétrer dans les
profondeurs de l’éternité?? » S’il désespère de pouvoir
décrire ce soleil périssable et pourtant si beau, « comment
dépeindre dans tout son éclat le Soleil de la justice di-
vine?» En se reconnaissant incapable d’apercevoir la
beauté de l’Océan tel qu’il parut aux yeux de son Créa-
leur, sa pensée se porte aussitôt vers quelque chose
dincomparablement plus beau : « Que si l'Océan est
beau et digne d’eloges devant Dieu, combien n’est pas
plus beau le mouvement de cette assemblée chrétienne,
où les voix des hommes, des enfants, des femmes, con-
fondues et retentissantes comme les flots qui se brisent
au rivage, s'élèvent au milieu de nos prières jusqu'à
Dieu lui-même 5? » A cette éloquence si persuasive et si
populaire, Basile sait allier aussi la science de l’orateur
!Homil. ıv, init.; cf. Hom. 1. — * Homil. vi, init. — ® Homil. ıv,
D, 7.
264 MANUEL DE PATROLOGIE.
formé aux écoles d'Athènes. Sans doute l'Hexaméres
contient plus d'une erreur de physique, commune, &
reste, à toute l’antiquité; mais il contient aussi quant
de vues justes et excellentes, à côté des plus magnifiqué
descriptions, comme l’a fait remarquer de nos jou
Alexandre de Humboldt. 4
Treize Homélies sur les Psaumes A, 4, 14; 28 et 99
32 et 33; 44, 48; 59, 61, 114 et 145. Garnier en a poréé
le jugement suivant : « Si l’on compare entre eux le
discours sur l’Hexaméron et sur les Psaumes, je ne nier
point que les premiers étaient chez les anciens beaucowg
plus célèbres que les derniers ; mais j’accorderai +.
ment qu'ils soient plus utiles. Pour l’eloquence et k
variété du récit, je souffrirai qu’on préfère l’Hexamé
mais si on regarde au fruit et au resultat, il n'en ser&:
plus de même. »
Commentarius in Isaiam prophetam. On a prétenda:
quelquefois que ce commentaire sur les seize premiers
chapitres d’Isaie n'était pas de saint Basile, mais les
critiques les plus autorisés s'accordent à le lui attribuer.
4. Nous connaissons son activité par les discours qu'il
a prononcés en différentes fêtes et sur les sujets les plus
variés, sous les titres de discours, homélies, sermons, ainsi
que par la liturgie qui porte son nom ou celui de sa
métropole. Les premiers appartiennent aux plus beaux
monuments de l’antiquité grecque chrétienne : « Celui
qui veut devenir un parfait orateur, disait Photius, na
besoin ni de Platon ni de Démosthènes, s’il prend Basile
pour modèle. Autant sa langue est abondante et belle,
autant il déploie de force et de variété dans ses argu-
ments » (Cod. 141). Saint Basile est le premier qui aï
transporté l’eloquence mondaine de son temps sur le
terrain du christianisme. Quant à la liturgie de saint
Basile , elle était fort estimée et trouva une grande
vogue en Orient.
1 Cosmos, t. II, p. 29.
‘IVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. 265
ıscetiques et morales jointes aux deux
(la grande et l’abrege) forment une
» ses œuvres!. Par ces deux règles,
omplètement la vie cénobitique,
« l'Eglise grecque, et il a fourni
. lèle des institutions monastiques.
1e le plus éloquent de l’activité univer-
.it Basile - nous est fourni par les trois cent
--six Lettres que nous avons de lui; trois sont
‚„elees Canoniques, parce qu’elles déterminent la ma-
nière et le temps de la pénitence publique. Cette corres-
pondance est d’un style si remarquable, qu’un rhéteur
païen, Libanius, n’hésitait pas à donner à son ancien
élève la préférence sur lui pour l'élégance et le bon goût
qui distinguent son style épistolaire.
On lui attribue encore d’autres ouvrages; mais ils ne
sont pas authentiques ?.
Doctrines dogmatiques et morales de saint Basile.
Outre les doctrines déjà relevées dans l’analyse de ses
écrits, nous insisterons principalement sur les points
suivants :
1. La nécessité de la tradition ecclésiastique, à côté des
saintes Ecritures, pour s’approprier et pour maintenir le
vrai christianisme. « Je tiens pour conforme à l'esprit
des apôtres d’adhérer aux traditions qui ne sont pas
contenues dans l’Ecriture, et saint Paul? lui-même nous
y exhorte®. Parmi les dogmes et les doctrines conser-
vés dans l'Eglise, les uns nous sont venus par l’ensei- :
gnement écrit, les autres par la tradition apostolique.
Les uns et les autres sont également efficaces pour la
piété, et quiconque connaît un peu par expérience l’éco-
nomie de l'Eglise ne contredira point cette vérité. »
(Suit l’'énumération de quelques exemples.)
1 Edit. Gaume, t. II. — % Appendice, éd. Gaume, t. Il et II. —
VII Thess., 11, 14. — * De Spiritu sancto, n, 71. — 5 Ibid. n. 66,
266 MANUEL DE PATROLOGIE.
2. A propos de la Trinité, dont il a traité longuement,
saint Basile fait la remarque suivante : « Ne prenez mes
paroles que comme un exemple et une ombre de la vérité,
et non comme la vérité des choses. » Il soutenait, en effet,
contre Eunome, qu'on ne pouvait pas arriver à la par-
faite connaissance de Dieu. « La nature humaine ne peut
pas en cette vie atteindre les mystères divins; chacun,
il est vrai, y fait des progrès incessants; mais il res-
tera au-dessous de l'excellence de son objet jusqu'à
ce que l’Etre parfait vienne faire cesser cette connais-
sance partielle. — Que personne ne croie donc avoir
atteint le plus haut sommet de la science : plus on fait
de progrès dans la connaissance, plus on sent sa fai-
blesse. De là vient qu'Abraham et Moïse s’humilierent
profondément lorsqu'il leur fut donné de voir Dieu, l'un
en reconnaissant qu'il n’était que cendre et poussiere,
l’autre en avouant qu'il avait la voix faible et la langue
pesante. »
3. Sur les merveilleux effets du baptême et sur ceux
qui le differaient : « O prodige! vous êtes renouvelé
sans être refondu, vous êtes transformé sans être brise,
vous êtes guéri sans éprouver de douleur, et vous n'ap-
préciez pas cette grâce ! Si vous étiez asservi à un homme
et qu’on vous offrit la liberté, quelle ne serait pas votre
hâte et votre empressement! Et maintenant qu’esclave
non plus de l’homme, mais du péché, le hérault vous
appelle à la liberté pour vous affranchir de l'esclavage,
ponr faire de vous un frère des anges, et vous institue
par la grâce enfant de Dieu et héritier des richesses
de Jésus-Christ, vous dites que le temps n’est pas encore
venu pour vous de recevoir ce présent! O honteuses €
interminables affaires ! »
4. Dans le sacrement de l’Eucharistie, saint Basik
reconnaît le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ.
« Qu'on s'approche dignement de ce festin sacré si 100
croit fermement ces paroles de Notre-Seigneur : Ceci éil
INS ORIENTAUX. S. BASILE. 367
‘vré pour vous. Si l’äme a foi en
‘re la majesté et la gloire du Fils
‘8 humble et obéissant jusqu’à
e nous, elle se sentira éprise
‚ pour son Fils. Tels doivent être
.s et les dispositions de celui qui veut
vain et au calice, »
-ement de pénitence est traité par saint Basile
‚utes ses parties essentielles : contrition, confession
satisfaction. « Le juge aura pitié de vous et vous fera
„articipant de toutes ses misericordes, mais à une con-
ion seulement : c'est qu'après avoir péché, vous soyez
„mmble et contrit, que vous pleuriez vos œuvres mau-
.-laises, que vous confessiez sans honte vos crimes secrets
: # suppliüiez vos frères *. Et comme la manière de se con-
-tertir doit correspondre à la manière dont on a failli, il
‚st nécessaire de confesser ses péchés à ceux qui ont reçu
la dispensation des mystères de Dieu; il faut faire aussi
‚de dignes fruits de pénitence’, c’est-à-dire des œuvres de
„Justice opposées aux péchés qu'on a commis#. »
- 6. Le culte des saints est attesté et recommandé dans
la lettre cxcvn° (n. 2), adressée à saint Ambroise, évêque
de Milan : « Votre zèle pour le bienheureux évêque
Denis témoigne de votre grand amour pour le Seigneur,
de votre vénération pour vos prédécesseurs et de votre
zèle pour la foi ; car les sentiments affectueux que l’on
montre pour de fidèles collaborateurs se rapportent au
maitre qu’ils ont servi; honorer ceux qui ont combattu
pour la foi, c'est montrer évidemment qu'on est animé
du même zèle pour la foi®.» « Tout ainsi que les abeilles
sortent de leurs ruches quand elles voient le beau temps,
et parcourant les fleurs de quelques belles campagnes,
sen reviennent chargées de cette douce liqueur que le
ciel y verse tous les matins avec la rosée; de même, aux
! Regul. brev., 172. — % Homil. in ps. xxxII, n. 3. — ® Regul. brev.,
288, — ® Regul. 287. — 5 Cf, Epist. CCLI et CCLVIL.
268 MANUEL DE PATROLOGIE.
jours illustrés par la solennité des martyrs, nous accou-
rons en foule à leurs mémoires pour y recueillir comme
un don céleste l'exemple de leurs vertus. »
7. Sur la morale chrétienne et l’ascétisme, les travaux
de saint Basile ne sont pas moins considérables ; ils ont
eu une grande influence. S'il parle souvent de l’impor-
tance de la science et de la nécessité d'exposer Ia foi
d’une manière intelligible, il insiste avec plus de force
encore sur le côté moral et religieux. « Quand je lis dans
saint Paul que «la charité ne meurt point, » je m'étonne
que les hommes s’appliquent avec tant de soins aux
objets passagers, qu'ils les aiment avec tant de passion,
tandis qu’ils n'ont aucun souci de ce qui est durable, la
charité, et contrarient même ceux qui s’y adonnent. »
— « Laissez donc là les recherches curieuses, les vains
combats de paroles, et contentez-vous de la parole des
saints et du Seigneur lui-même; songez à vous rendre
dignes de votre vocation céleste, et menez une vie con-
forme à l'Evangile, dans l'espérance de la vie éternelle. »
De même qu'en pratique il sacrifie tout à l’amour du
prochain et déploie dans le soulagement des maux phy-
siques une activité infatigable, de même dans ses
discours, il apparaît comme le plus intrépide champion
de la charité envers le prochain dans une époque diffi-
cile et malheureuse, où l’aumöne semble plus nécessaire
encore et la prodigalité plus coupable. « Dilatez et élevez
vos âmes, criait-il aux riches, et non pas vos murs.
Que votre maison soit plus ou moins spacieuse, elle vous
rendra le même service. — Les pauvres assiégent vos
portes, et par des plaintes touchantes implorent votre
compassion ; et vous répondez avec dureté que vous ne
sauriez satisfaire à tant d’exigentes. Mais je vois rien
qu'à votre main la preuve de votre mensonge. Ce dia-
mant qui orne votre doigt témoigne, quoique muet,
contre vous. Combien de malheureux consolerait le prix
1 Homil. vx, n. 1. (Addit. du trad.)
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. BASILE. 269
de ce diamant! » En même temps qu'il humilie les riches
et met à nu leur orgueil, il relève le pauvre à ses propres
yeux en lui rappelant qu'il est créé à l’image de Dieu
et qu’il a été racheté par le Dieu-homme. « Souvenez-
vous des biens que vous avez déjà reçus, et de ceux qui
vous sont encore assurés par les promesses divines.
Réjouissez-vous de ce que vous possédez, sans vous
affliger de ce que vous n’avez point. »
Le plus beau triomphe de saint Basile est d'avoir
éveillé le sentiment chrétien en faveur des esclaves, et
flétri le trafic des hommes autorisé par les lois. Le
tableau vivant et historique du désespoir d’un père
obligé pour vivre de vendre un de ses enfants, est d’un
effet indescriptible {.
L'ascétisme est encore un des objets qui ont le plus
occupé le saint docteur, l’ascetisme, qu'il appelle un
effort « pour devenir semblable à Dieu, pour mortifier
la sensualité de la chair, vivre surtout par l’âme et non
par le corps, car autant le ciel est éloigné de la terre,
les choses terrestres des choses célestes, autant il y a de
difference entre l’äme et le corps.» Saint Basile, qui en
avait fait lui-même l’heureuse expérience, place le point
culminant de l’ascétisme dans la vie monacale, « cette
vie anticipée des anges. » Aussi les descriptions qu'il en
trace sont aussi vraies qu’attrayantes.
On le voit, saint Basile occupe une place éminente soit
qu'on le considère comme théologien, comme prédica-
teur ou comme fondateur d'ordre. Pour compléter sa
physionomie, nous devons signaler encore sa belle et
noble carrière épiscopale, où il nous a laissé un modèle
qui ne sera pas atteint de longtemps. Il défendit victo-
rieusement la confession de Nicée contre les arguties
des ariens et le despotisme de Valens; il prevint la deca-
dence de la discipline ecclésiastique au milieu des que-
relles de l’arianisme, soutint ses droits de métropolitain
! Homil. in Luc., xu, 18, n. 4, édition Gaume, t. Il, p. 60.
970 MANUEL DE PATROLOGIE.
contre Anthime, évêque de Tyane, qui, après la nf
velle distribution de la Cappadoce, prétendait 4
mêmes droits archiépiscopaux que lui. La plupart
mesures qu'il adopta en matière de discipline ecclésh
tique et de liturgie ont été conservées dans l'Eg
orientale. Sans parler de ses controverses ecclésiastidi
des attaques incessantes dont il était personnelles
l’objet, quelle ardeur infatigable n’a-t-il pas mise auf
vice de la paix religieuse, sur son propre te
comme dans les régions les plus reculées ! |
Pour étouffer le schisme de Mélèce à Antioche
s’empressa d'appeler à son secours saint Athanase 4
pontife de Rome; mais il n’obtint de Rome qu’un
concours, et ses efforts n’eurent pas plus de succèsi
ceux qu'il tenta pour resserrer les liens qui uniss
l'Orient et l'Occident, pour renouveler les lois de‘
cienne charité, ramener à la première vigueur la‘
des ancêtres, ce céleste et salutaire présent du CH
qui s’est altéré dans le cours des âges. — Quoi def
désirable, en effet, que de voir des hommes, séparée
une si grande distance, ramenes par le lien de l'an
à l’unité des membres dans le corps de Jésus-Chri
Partout où saint Basile paraît et agit, dit Boehringen
impose le respect, parmi la jeunesse d'Athènes com
parmi les prêtres de Césarée, dans le monastère com
sur le siége épiscopal.
Oper., ed. græc., Basil., 1532; Venet., 1551 (singulièrement &
mentee); græc. et lat., ed. Fronton le Duc et Morel, S. J.,
et augmentée, 1638, 3 vol. ed. Combefis, Paris, 1679, 2 vol. 38
La meilleure édition est celle des Bénédictins, reproduite;
MM. Gaume, 3 vol., divisés en six parties. Sur l'authenticité et À
terpolation de plusieurs traités, voir Sinner, Paris, 1839, 3 volë
6 fasc.; sur les passages incriminés par la censure ecclésiastiés
Alb. Jahn, Animadvers. in S. Basil. Op., supplem. ed. Garnieril
Bern., 1842; Migne, ser. gr., t. XXIX-XXXII. Biographies : Greg. ME
Orat. in laud. Bas. Max.; G. Hermant, Vie de S. Bas. et Greg
Naz., Par., 1574, 2 vol. in-40. Cf. Tillem., t. IX; Dupin, t. II;
t. VI; ed. 2%, t. IV; Klose, Basile le Grand, d’après sa vie et sa
ÉCRIVAINS ORTENTAUX. S. GREGOIRE DE NAZIANZE. 971
fu, Strals., 1835; Bœbringer, Histoire de l'Eglise en biographies,
} part. mm, p. 469-274.
} $ 50. Saint Grégoire de Nazianze (mort vers 390).
l
€ Prefat. gener. in Opera Greg. Naz.; Vita Gregor. ex ejus scriptis.
grec, a Greg. presbyt.; Testimonia veterum et Præfat. aliorum in
Ted. Bened.; Migne, t. XXXV, ser. gr.
Grégoire naquit vers l’an 329, à Arianze, village de la
oce (le 9 mai 300, d’apres les Bollandistes).
Son père, qui avait appartenu jadis à la secte syncré-
des Hypsistariens, était entré dans le sacerdoce
sa conversion et avait été promu au siége épisco-
de Nazianze. Après avoir recu une éducation reli-
très-soignée, due principalement à sa mère, sainte
‚ le jeune Grégoire fréquenta d’abord les écoles de
, Capitale de la Cappadoce, où il fit la connais-
de saint Basile; puis il alla compléter son instruc-
à Alexandrie et à Athènes. Ce fut dans cette dernière
, où saint Basile habitait depuis longtemps, que les
jeunes hommes conclurent cette amitié qui devait
toujours enchainer leurs destinées.
Après de vastes et solides études sur la grammaire,
à rhétorique, les mathématiques, la philosophie et la
sie, sans même oublier la médecine, Grégoire, par-
m à l’adolescence, quitta Athènes, recut le baptême
Mans sa patrie, et y fit la promesse de consacrer sa
Bence uniquement au service de Dieu, et de « prendre
r épouse l’ascétisme. » Sur les instances réitérées de
int Basile, il s’unit à lui pour mener en commun la
mérémitique dans une campagne située pres du Pont,
is « se vautrèrent dans les privations, » cultivèrent
#ience et passèrent ainsi les plus beaux jours de leur
mistence. Ce fut là que leurs efforts réunis produi-
ent les Philocalies, œuvre méritoire tirée des livres
Türigene. Quoique résolu, comme Basile, à demeurer
ger aux controverses religieuses de son temps, il
972 MANUEL DE PATROLOGIE.
n’en fut pas moins, par la force des circonstances, des
même que son ami Basile, un des plus remarquable:
défenseurs de la foi de Nicée touchant la divinité dÿ
Jésus-Christ. « Il a mérité parmi les Grecs le surnom
théologien, dit Bossuet, à cause des hautes concepti
qu’il a de la nature divine‘. » Il partage ce titre
saint Jean l’Evangeliste. Son père, vieillard qui occu
le siége épiscopal de Nazianze, ayant souscrit
faiblesse de caractère un symbole de Nicée rédigé
les ariens sous une forme équivoque, son fils alla ls!
trouver et arrêta l'opposition qui le menacait en le denk
dant à faire publiquement une profession de foi orthon
doxe. Calmes désormais, les fidèles et le pasteur n'æj
désirèrent que plus vivement d’avoir Grégoire pour évé
que. Grégoire refusa. Une fête survint; pendant l'offiéé
public, le vieillard s’approche inopinement de son fie
et lui confère l’onction du sacerdoce (361). Gregoire,
jugeant indigne d’une si haute distinction, s'échappe
par la fuite et retourne auprès de son ami Basile, dans
cette solitude de Pont qui lui était devenue si chère
Mais les insistances chaque jour plus pressantes des
fidèles et de ses parents le déterminèrent, en 362, à aller
secourir son père. Ce fut alors qu’il prononca ce célèbre
discours sur la fuile (repl quyñs), où il justifie à la fois
son départ et son retour, et traite de la sublimite, de
l'excellence et des devoirs du sacerdoce, sans oublier
l'immense responsabilité qu'il impose.
Sur ces entrefaites, en 364, Basile était entré lui-
même dans le sacerdoce et était devenu, vers 310,
métropolitain de Césarée. Une querelle de juridiction
ayant éclaté entre Grégoire et l’évêque Anthime, de
Tyane, Basile contraignit Grégoire à se faire sacre
évêque de Sasime, diocèse limitrophe nouvellement créé.
Mais lorsqu'il connut l’état déplorable de ce nouveau
1 Bossuet. (Citation du trad.)
2 Edit. grecq. à part, par Alzog, avec des notes. Frib., 1858.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NAZIANZE. 973
diocèse, le site peu avantageux de ce siége épiscopal, il
refusa de l’administrer ; pendant longtemps, chaque fois
qu'il parlait de ce diocèse, il s’exhalait en plaintes amères
contre saint Basile. Cependant, il trouvait aussi pour
l'excuser de généreuses paroles : « Mon ami, disait-il,
était tellement habitué à ne considérer en toutes choses
que le côté spirituel et divin que, partout où il croyait
découvrir les intérêts de Dieu, il les préférait aux devoirs
de l'amitié, qui, du reste, lui étaient si sacrés. »
Rappelé une seconde fois de la solitude par les tendres
supplications de son père, il retourna à Nazianze en
372, et y resta désormais en qualité de coadjuteur,
jusqu'à la mort du vieillard, déployant la plus salutaire
activité soit par son zèle à défendre la foi, soit par le
dévouement dont il fit preuve pendant une sécheresse
effroyable. En 369, la mort lui ravit son jeune frère Ce-
saire, excellent jeune homme, qui avait été autrefois
médecin de la cour de Constantinople. Un peu plus tard,
ce fut le tour de sa sœur Gorgonie, si tendrement aimée
et que la mort surprit dans de touchants entretiens sur
la vie future. En 374, son père les suivit dans la tombe.
Sa pieuse mère, sainte Nonne, parvenue à une haute
vieillesse, ne tarda pas à les y rejoindre. Dans le senti-
ment de ce vide immense joint à la faiblesse de sa santé,
Grégoire se persuada qu'il était incapable de remplir les
fonctions d’évêque de Nazianze. Il se retira donc dans
la solitude de Séleucie, où la nouvelle de la mort de
saint Basile alla le surprendre et assombrir ses jours :
« Vous me demandez, écrivait-il, comment je me porte?
— Tres-mal. Je n’ai plus Basile, je n’ai plus Césaire,
ion frère selon la chair et selon l'esprit, et je puis dire
avec David : Mon père et ma mère m'ont délaissé. Mon
corps est maladif, les années s'accumulent sur ma tête,
les inquiétudes se multiplient ; — l'Eglise n’a point de
pasteurs capables. »
Telles étaient ses dispositions d’esprit lorsque, sous le
18
976 MANUEL DE PATROLOGIK.
Trinité des personnes. Les discours xxvu-xxxı, dirigés.
contre les eunomiens et les macédoniens, et appelé
théologiques, sont les plus célèbres. Grégoire « y défen
avec une force invincible, dans sa manière précise 4
serrée, la théologie des chrétiens sur le mystère de À
Trinite!. » |
Sous forme apologétique, nous avons les deux Discown
contre l’empereur Julien, cités ordinairement sous le tit
de Invectivæ contra Julianum imperatorem. Cet homme:
abominable, qu'il avait connu à Athènes, lui inspira
une si vive répulsion qu'il avait prononcé ce mot prophé;
tique : « Quelle calamité se prépare le peuple romain! #:
Maintenant que Julien, devenu maître absolu, mani-.
feste ouvertement sa haine et son mépris pour le chris:
tianisme, et les applique avec une sacrilége arrogance 4
afin de renverser le christianisme, Grégoire, plein de *
zèle pour la maison de Dieu, s'élève contre lui avec un.
accent amer et indigné. Comme savant et comme théo-
logien, il combattit surtout ce fameux édit en vert.
duquel Julien interdisait aux chrétiens le culte des lettres
‘ grecques. « Quiconque a le sentiment des joies de l’étude
et de la science, dit-il, partagera certainement mon
indignation. Sans réfléchir, je sacrifie volontiers tous
les autres avantages : richesses, naissance, gloire; la _
science est à mes yeux d’une valeur plus haute et plus
réelle. À quoi songeait donc cet homme, dont l’insensk- 1
bilité n’avait d’égal que sa haine irréconciliable contre *
le christianisme? Quel était donc son dessein quandil
voulait nous fermer les canaux de la science? ?»
Une autre apologie toute personnelle est celle de la
fuite, dont nous avons parlé plus haut5. Le rapport de ;
ce traité sur le sacerdoce avec les ouvrages analogues |
de saint Chrysostome et de saint Grégoire le Grand est :
parfaitement marqué dans l'avertissement dont il est
1 Bossuet. (Cit. du trad.) — 4 Orat. 1v contr. Jul.; prior invectiva,
e. XCVI-CV. — 3 Orat. 1, ed. Bened.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NAZIANZE. 277
précédé dans l'édition bénédictine : « Saint Chrysostome, _
dans les six livres Sur le sacerdoce, et saint Grégoire le
Grand, dans les quatre livres de la Sollicitude pastorale,
ont tellement puisé dans cet excellent ouvrage, ils ont si
bien exprimé celui qu'ils semblent avoir pris pour mo-
dèle, qu'ils ne paraissent guère avoir fait autre chose que
développer et amplifier ce qui avait été dit par le Théo-
logien avec plus de netteté, de concision et de vigueur. »
Pour saint Grégoire de Nazianze, le sacerdoce est « l’art
des arts et la science des sciences, » ch. xvı; il exige les
plus hautes qualités, il implique les plus graves dangers
et assume la plus lourde responsabilité. « Il faut être
pur avant de purifier les autres ; il faut être rempli de
la sagesse avant de l’enseigner aux autres; il faut être
une lumière pour pouvoir éclairer autrui; il faut s’être
approché de Dieu si l’on veut conduire les autres à lui;
il faut s’être sanctifié soi-même, quand on veut sanctifier
les autres, les conduire, les conseiller. »
Une autre partie de ces discours renferme les Sermons
pour les fêles du Seigneur, pour les féles des saints et
des martyrs, ou les discours d'occasion, d'installation,
d'adieu, de condoléance; sur l'amour du prochain, le
soulagement des pauvres, etc. Il faut signaler aussi, à
raison de leur caractère exceptionnel, les discours funè-
bres qu’il a prononcés sur son frère Césaire, sur sa sœur
Gorgonie, sur son père, en présence de saint Basile, et
sur saint Basile lui-même; il inaugurait ainsi dans la
littérature chrétienne une nouvelle forme d’eloquence
qu'il a marquée d’une empreinte originale.
Les discours de saint Grégoire de Nazianze occupent
la plus grande place dans ses écrits, car il est surtout
célèbre comme orateur chrétien. Il avait montré, dès sa
jeunesse, une prédilection marquée pour la rhétorique,
1 Dans Migne, sér. grecq., t. XXXV, p. 405.
2Cf. Charpentier, Etud. sur les SS. Pères, p. 324. Greg. de Naz.,
Sermons des fétes (en allem.), Soest, 1865.
278 MANUEL DE PATROLOGIE.
où il avait trouvé la plus douce jouissance. « Mon seul
désir, avait-il dit un jour, mon unique amour, était
l’eloquence; je la rencontrai en Orient, en Occident et
dans Athènes, cet ornement de la Grèce. Je m'y appli-
quai longtemps et avec ardeur ; cependant je finis par la
déposer aux pieds du Christ, et je la subordonnai à la
grande parole de Dieu, bien supérieure à toutes les doc-
trines inconstantes et passagères des hommes. » Cepen-
dant, il lui arrive assez souvent, même dans ses plus
beaux discours, de viser à la recherche, à l'effet et autres
artifices propres aux rheteurs de son temps. Aussi, mal-
gré son titre honorable de théologien, est-il inférieur à
saint Anathase et à saint Grégoire de Nysse pour l'ori-
ginalité des vues et le développement des idées scienti-
fiques.
2. Ses poésies, tour à tour biographiques, historiques,
dogmatiques et morales, et dont les sujets se prêtaient
peu aux formes de la poésie, ne sont le plus souvent
qu'une versification délayée et fort prosaïque ; on n'y
surprend aucun de ces élans poétiques qu'on remarque
dans ses discours. On y constate la diminution des forces
qu’amene la vieillesse. Les meilleurs et les plus attrayants
de ces morceaux sont les plus courts, les gnomes, les
vers didactiques, et surtout, quoique assez long, le De
vila sua, sous une forme légèrement satirique.
3. Deux cent quarante-deux Lettres, très-importantes
pour l'histoire contemporaine, rédigées avec précision,
clarté et agrément. La lettre à Evagre (243°) est apo-
cryphe. Les objections qu’on a faites contre l'authenticité
du Testament (Exemplum lestamenti), ne sont pas suffi-
samment justifiées. |
Doctrines el particularités de saint Grégoire de Nazianze.
1. Comme saint Basile, saint Grégoire de Nazianze
faisait grand cas des auteurs païens. Voici en quels |
termes il s’en exprimait dans son panegyrique de saint
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NAZIANZE. 279
Basile : « Il est un point sur lequel je crois que tous les
hommes qui pensent sagement sont unanimes : c’est
que la culture scientifique est le plus excellent de tous
les biens terrestres, je ne parle point de cette culture
plus noble, de celle qui nous appartient en propre
(à nous chrétiens), mais aussi de cette culture extérieure »
et paienne, « que le vulgaire des chrétiens, jouet d’une
opinion erronée, méprise comme une séduction, un
danger et une apostasie. »
2. Le dogme de la Trinit& est de toutes les doctrines
théologiques celle que saint Grégoire a traitée le plus
souvent et avec plus de détails. « La plus haute connais-
sance, dit-il, est la connaissance du Père, du Fils et du
Saint-Esprit. » C’est pourquoi «nous devons commencer
tous nos discours par la vertu de la sainte Trinité.»
Dans le passage suivant, il explique admirablement
l'unité de la nature divine et la distinction des per-
sonnes : « Que cette profession de foi soit le guide insé-
parable de votre vie : une seule divinité et puissance
qu’on trouve unie en trois et qui comprend trois choses,
non d'essence et de nature différentes, non augmentées
par quelque addition ni amoindries par quelque sous-
traction , égales sous tous les rapports, les mêmes dans
tous les sens, comme dans le ciel la grandeur et la
beauté; — l’union infinie de trois infinis; Dieu, si on les
considère chacun en soi, en tant que Père, Fils et Saint-
Esprit, -de sorte que chacun conserve son caractère per-
sonnel; — Dieu tous trois quand on les considère
ensemble, l’un à cause de légalité d’essence (consub-
stantialité), l’autre à cause de l’unité de la nature et du
principe (monarchie). A peine ai-je conçu l'un en esprit
que les trois m’enveloppent déjà de leur clarté; à peine
commencé-je à distinguer les trois, que je suis aussitôt
ramené au tout. Si je considère l’un des trois, je le
tiens pour le tout; mon œil est rempli, et cependant le
reste m’a échappé. Je ne puis embrasser la grandeur de
2e WANTEL RE PATROLOGIE.
ke monde sensible. ordre parmi les anges, ordre di
les astres et dans leur mouvement. — Le désordre,
contraire. c'est la rume du monde physique comme
monde social. — Le même ordre est également ned
saire à l'Ectise_ Il consiste en ce que les uns sont étd
pour étre brebis. les autres pour être pasteurs ; ce
pour commander. ceux-là pour obéir, — en vuei
l'harmonxæ et de la prospérité de tout. » Dans l’a
nisme corporel, les membres ne sont pas séparés
uns des antres. mais ils forment tous un même co
pour k mamben de la paix et de l'harmonie : « il en
de mème dans ke corps general de Jésus-Christ {. »
Saint Gregoire designe le sacrement de l’ordre di
les termes les plus explicites : « L’onction et l'Esprit
de nouveau descendu sur moi?, » dit-il, en parlant de
consécration comme évêque de Sasime; et il décrit
long le rite de la consécration épiscopale". Il enseig
aussi positivement que Pierre, cette colonne de l'Eglü
a transmis sa primauté à l’Eglise de Rome, dont l’évêd
« préside à tout l'univers chrétien et forme le lien
l’unite catholique*. »
4. La vie cénobitique, dont il fait la description à
l'éloge. il l'appelle « la philosophie par excellence 5,» d
mème que saint Grégoire de Nysse la qualifie de « philé
sophie d’en haut. » et saint Nil, de « philosophie divine.ı
in
Opera omnia græc., ed. Basil., 1550 ; Zat., Basil., 1550 et 1574; &
beaucoup préférable : grer. et lat., ed. Billius (et Morellus), par
1609, in-fol., 2 vol., et Paris, 1630; la meilleure, du bénéd. Clément,
Par., 1778, 1 vol. in-fol. (arrêtée par la révolution); t. II, par Caillot
Paris, 1840; Migne, ser. grecq., t. XXXV-XXXVIIT. Cf. Tillemont,
t. IX; Ceillier, t. VII, edit. 2, t. V. Hergenræther, /e Dogme de lı
Trinité divine selon Greg. de Naz., Ratisb., 1850; Ullmann, Grég. d
Naz. le Theol., Darmst., 1825 ; Behringer, 1 vol., 2° part., p. 357.
1 Orat. n,n. 3. —*®Orat. IX, n. 1-8. — ®Orat.x,n. 4. — ® Carr
advers. episc., Migne, t. XXXV, p. 120. — 5 Orat. x de fuga, c.
et v1.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NYSSE. 283
En $S 51. Saint Grégoire de Nysse (mort vers 395).
"- Notitia ex Fabric. Bibl. grec., ed. Harless, t. IX ; Prolegomena
. Morellianæ, dans Migne, ser. gr., t. XLIV.
I 1
ar Grégoire de Nysse, frère puine de saint Basile, naquit
x plusieurs années après 330, et probablement le jour
«anniversaire de Basile. Il ne parait pas qu'il ait fréquenté
les célèbres écoles de ce temps; il étudia sous la direc-
.tion de Basile et prit des lecons privees. Souvent, dans
" la suite, nous l’entendrons! donner à celui-ci le nom de
Y Pere et de Maitre, avec lequel il rivalisa, ainsi que son
frère Pierre, dans la vie cenobitique®. Lui aussi s’etait
:: consacré au service de l’Eglise; il était déjà parvenu au
- degré de lecteur, lorsqu'il échangea cet état contre celui
: de rhéteur et se maria avec Théosébie, qui mourut pré-
. maturément. Cependant les représentations de Basile et
… les vifs reproches de Grégoire de Nazianze, ses deux
.: amis, le ramenerent à l’état ecclésiastique : « On pre-
tend, lui disaient-ils, que le démon de l'ambition vous
entraine dans une fausse route sans que vous vous en
aperceviez, et que vous préférez le nom de rhéteur
à celui de chrétien®. » Il s’appliqua désormais à l’élo-
quence chrétienne et à l’etude du dogme. En 371, il fut
consacré évêque de Nysse, située dans la province de
son frère Basile. Attaqué, sous l’empereur Valens, par le
gouverneur Demosthenes, sous prétexte qu'il administrait
mal les biens de l’Eglise, il fut en même temps déposé
et banni (375) par les évêques ariens, qui prétendaient
que son élection avait été invalide. Apres que l’em-
pereur eut succombe dans une bataille contre les Goths,
Jovien lui permit de retourner auprès de son troupeau
(378). En 379, de terribles épreuves fondirent sur lui :
!In Hexaem., et Ep. x. — 3 Socrate, Hist. eccl., IV, xxvI1. — 3 Ep.
ZXXVIL.
984 MANUEL, DE PATROLOGIE.
la mort lui ravit son frère Basile et sa sœur Macrine,
qu’il aimait tendrement et qui jouissaient d’une grande
influence.
Le rôle considérable qu'il remplit au deuxième concile
cecumenique de Constantinople (381) lui a souvent fait
donner le titre de Père des Pères. Ce fut lui qui prononça
l'oraison funèbre de Mélèce, évêque d’Antioche, mort
pendant le concile. Après la clôture de l'assemblée,
l'empereur le qualifia, dans une lettre-circulaire, de
« colonne de l’orthodoxie catholique. » Mais ce qui lui fit
le plus d'honneur, ce fut d’être délégué par le concile
en Arabie et à Jérusalem, pour remédier à divers dé-
sordres, dont la plupart étaient probablement occasionnés
par les menées des apollinaristes. Autant il avait aspiré
vers les « sanctuaires de la miséricorde, » Bethléem, le
mont des Olives, le Golgotha , le tombeau du Sauveur,
qu'il visita avec une pieuse émotion, autant il éprouva de
résistance de la part des fidèles, divisés entre eux et sou-
levés contre leur vénérable évêque, Cyrille de Jérusa-
lem. Il se plaignait amerement de l'inanité de ses efforts:
« Tandis que l'univers entier s'est uni dans la vraie pro-
fession de la Trinité, il est à Jérusalem des hommes qui
montrent contre leurs frères une haine qu'ils ne devraient
avoir que contre le démon, contre le péché et contre les
ennemis déclarés du Sauveur. »
Les dernières nouvelles que nous ayons de lui nous
apprennent qu'il parut encore trois fois à Constanti-
nople : en 383, où il prononca probablement son discours
sur la divinité du Fils et du Saint-Esprit ; en 385, où il
fit les oraisons funèbres de la princesse Pulchérie et de
l’imperatrice Flacille ; en 394, où il assista à un concile
en vue d’apaiser les querelles de quelques évêques
arabes, puis à la consécration d’une église. Outre ses
nombreuses controverses avec les hérétiques, il eut
beaucoup à souffrir du successeur de son frère Basile,
Helladius, archevêque de Césarée, qui leur portait à tous
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NYSSE. 285
deux une haine que les plus généreux procédés furent
impuissants à etouffer.
Ouvrages de saint Grégoire de Nysse.
»*
41. Sur l’exégèse, Explication apologétique sur l’héxa-
méron, composée à la demande de son frère Pierre.
« Pourquoi exiger encore, lui dit-il, une nouvelle expli-
cation après le divin traité de notre Père et Maître sur le
même objet, et puisque tous ceux qui l’ont lu l’admirent
autant que les écritures mêmes de Moïse ? » Il veut pour-
tant essayer, soit pour défendre ce traité et dissiper les
malentendus qu’il avait provoqués, soit pour le com-
pleter. De là le titre d’apologie.
Ce travail se poursuit dans le De opificio hominis (trente
chapitres) , composé également à la prière de son frère
Pierre , à qui il est dédié. Saint Grégoire y combat la doc-
trine d’Origene sur la préexistence des âmes.
De vita Mosis seu de perfectione virtutis. L'auteur écri-
vit cet opuscule à la demande du jeune Césaire, pour
lui servir d'introduction à la perfection chrétienne. C'est
un traité à la fois théorique et pratique, où la doctrine
est appuyée d'exemples empruntés à la vie de Moïse, cet
homme privilégié de Dieu.
Libri duo in Psalmorum interpretationem , où l’on ex-
plique le but, l’ordre et le partage des Psaumes. Le but
est de conduire à la vertu dans tous les états et dans tous
les événements de la vie, d’elever l’esprit des choses de
la terre aux choses du ciel, et de pousser l’homme au
plus haut degré de perfection. Grégoire trouve dans les
cinq divisions qu’il adopte pour les Psaumes tous les de-
grés qu’on doit parcourir pour arriver à être parfait.
Quant à l’ordre, Grégoire montre qu’il n’est nullement
historique. Les psaumes 1-Lvin sont les seuls qu'il ait
commentés avec quelque detail. Il termine par un dis-
tours sur le psaume vi, en forme d’appendice.
.… Accurala expositio in Ecclesiasten Salomonis (hom. vun).
286 MANUEL DE PATROLOGIE.
Le commentaire finit au chapitre m, verset 43. Ces ex-
plications, pleines de simplicité et de naturel, sont par
cela même très-utiles et tres-attrayantes.
Homiliæ xv in Cantica canlicorum. Ici, au contraire,
saint Grégoire a poussé jusqu’à l’excès l'interprétation
allégorique, entrainé sans doute par la nature du sujet.
Parmi ses commentaires sur l’Ancien Testament, on
doit encore classer l’Epistola de Pythonissa, ad Theodo-
sium episcopum, Ileoi rc éyyastptméôov, explication du cha-
pitre xxvii, vers. 8 et suiv. du premier livre des Rois,
où il est dit que ce n’est pas l’äme de Samuel, mais un
démon déguisé en prophétesse, qui apparut à Saül.
Commentaires sur le Nouveau Testament : Homiliz v
de oratione dominica. Après des explications générales
sur la nécessité et la vraie méthode de la prière, son
excellence et ses avantages, l’auteur éclaircit avec beau-
coup de soin et un grand charme chacune des demandes
du Pater. Le même éloge convient à ses Huit homéles
sur les beatitudes, dans le sermon de la montagne.
Le commentaire sur ce texte de saint Paul : Quando
sibi subjecerit omnia, tunc ipse quoque Filius subjicietur a
qui sibi subjecit omnia, où les erreurs d’Ürigene se mon-
trent à découvert, est justement tenu pour apocryphe‘.
2. Ouvrages dogmatiques. Le plus étendu est un traite
polémique contre Eunome : Libri XII contra Eunomium.
Saint Grégoire y explique la doctrine catholique de Ja
consubstantialité du Fils et du Saint-Esprit, en même
temps qu'il recüfie les altérations commises dans les
écrits analogues de feu son frère Basile, qu'il venge des
atlaques dirigées contre sa personne par Eunome. Pho-
tius préfère cet écrit aux réfutations de Théodore et de
Sophronius, pour la beauté de la forme et la richesse des
pensées.
1 Krabinger en a donné une édition séparée. Landshut, 1840.
? Voir ses ouvrages d’ex&göse dans Migne, t. XLIV, ser. gr. L’Epis-
tola de Pythonissa se trouve seule au tome XLVe, p. 107.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GREGOIRE DE NYSSE. 287
Antirrheticus adversus Apollinarem ( cinquante-neuf
chapitres ), autre traité également excellent, où l’auteur
insiste avec force sur cette idée principale : Notre salut
vient de ce que le Christ a adopté la nature humaine dans
toute sa plénitude, esprit, âme et corps; c’est à cette con-
dition seulement qu'il pouvait être notre parfait modèle
et nous racheter. Ce premier écrit est complété par un
traité plus court, adressé à Théophile, évéque d’Aleæan-
drie, contre Apollinaire.
Les trois autres traités suivants, récemment décou-
verts par Angelo Maï, ont également un caractère polé-
mique : Sermo adversus Arium et Sabellium; Adversus
pneumatomachos Macedonianos: Electa testimonia adver-
sus Judæos ?. On doute de leur authenticité.
Un traité d’une nature moins polémique et le meilleur
ouvrage de l'auteur sur le dogme, est la grande Caté-
chèse (quarante chapitres), sur la manière d’instruire
les paiens (les athées eux-mêmes), les Juifs et les here-
tiques pour les amener au christianisme. Saint Grégoire
part de ce principe fondamental que celui qui enseigne
doit se placer constamment au point de vue de son ad-
versaire, et surtout commencer la discussion en s’ap-
puyant sur les vérités rationnelles dont on est convenu.
Par le fond du sujet et dans l'intention de l’auteur, cet
ouvrage est la démonstration philosophique de toute la
doctrine de l'Eglise, et le plus heureux essai d'un traité
méthodique, malgré cette division arbitraire : de la Tri-
nité et de la création du monde, de la rédemption, de
l'application de la rédemption au moyen des sacrements,
de la récompense et de la peine éternelle 5.
‘ D'autres parties du dogme sont traitées dans les ou-
vrages suivants : Quod non pulandum sit tres deos dici
1 Nova collectio, t. VIIL, p. 2; Migne, t. XLV, à la fin. — ? Græc. et
lat., ed. Zacagnius, in Collectan. monum. vet. Eccl. græc., Roms,
1698, p. 288; Galland., Bibl., t. VI; Migne, t. XLV, p. 193. Cf.
Ceillier, t. VIII ; ed. ga, t. v1. — 5 Edition séparée, par Krabinger,
grecq. et lat., Munich, 1838.
288 MANUEL DE PATROLOGIE.
oportere ; — Ad Simplicium, tribunum, de Fide, seu de
Patre, Filio et Spiritu sancto ; — Contra fatum, disputa-
tatio cum ethnico philosopho ; — Adversus ethnicos de Deo
trino, ex communibus nolionibus ; — De differentia essen-
lie et hypostaseos, ad Petrum fratrem; — Macrinia, sive
de anima et resurrectione, écrit immédiatement après la
mort de sa sœur Macrine. Il met dans la bouche de sa
sœur mourante des explications théologiques sur l’âme,
la mort, la résurrection et le renouvellement de toutes
choses 1; — De infantibus qui præmature abripiuntur,
ad Hierium, Cappadociæ prefectum.
3. Ouvrages pratiques el ascétiques. A la premiere
classe appartiennent les discours : Contra eos qui diffe-
runt baplismum ; — Exhortalio ad pœnitentiam; — Con-
tra usurarios sive feneratores, et contra fornicarios, sur
I Cor., vi, 18; — De pauperibus et beneficentia ; — Cum
episcopus ordinalus esset.
Nous avons en outre de nombreux discours pour les
fetes, discours funebres, discours de consolation ; sur la
Nativité du Seigneur, la Résurrection et l’Ascension du
Sauveur, sur la Pentecôte, sur le meurtre des enfants de
Bethléem; un panegyrique de saint Etienne; un discours
sur la Chandeleur, sur la mère de Dieu et le juste Simeon ;
panégyriques d'Abraham, des quarante martyrs, de Gre-
goire le Thaumaturge, de saint Ephrem, du martyr
Théodore, de son frère saint Basile ; les oraisons funèbres
du patriarche Mélèce, de la princesse Pulchérie et de
l'impératrice Flacille, de sa sœur Macrine ; à quoi il faut
ajouter encore : Non esse dolendum de morluis, qui ex
hac vita ad sempiternam transierunt.
L'élément ascétique domine surtout dans les ouvrages
suivants : Quid nomen professiove christianorum sibi ve-
lit, ad Harmonium ; — Liber de perfectione el qualem opor-
teat esse christianum, ad Olympium monachum ; — Sum-
1 Edition séparée, grecq. et lat., par Krabinger, Leips., 1837 ; en
grec et en allem., par Œhler, Leips., 1858.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. 8. GRÉGOIRE DE NYSSE. 289
maria descriptio veri scopi vilæ asceticæ. Parmi ces trai-
tés, il en est un d’une importance particulière, c’est celui
de la Virginité. Saint Grégoire, envisageant tour à tour
son sujet dans l’acception restreinte et dans le sens large
du mot virginité, décrit la vie supérieure de l’âme et sa
destinée. Ce qui s’est passé corporellement dans le sein
de Marie, dit-il, s’accomplit spirituellement dans l’âme
virginale. Et il ajoute : « C’est la virginité qui fait que
Dieu ne refuse pas de venir vivre avec les hommes :
c'est elle qui donne aux hommes des ailes pour prendre
leur vol du côté du ciel ; et étant le lien sacré de la fa-
miliarité de l’homme avec Dieu, elle accorde par son
entremise des choses très-éloignées par nature. » « Les
vierges ont en la chair quelque chose qui n’est pas de la
chair, et qui tient de l’ange plutôt que de l’homme t. »
La virginité lui apparaît comme le dépouillement total
des objets matériels et terrestres, et le plus sûr moyen
d'atteindre au but suprême de l’ascétisme, la vision de
Dieu, l’union et la société avec lui. Néanmoins, tout en
reconnaissant dans la virginité proprement dite un plus
haut degré de perfection, il n’a garde de ravaler le ma-
riage, «puisqu'il a été sanctifié par la bénédiction divine
et qu'il a son fondement dans la nature humaine. »
Le caractère de la piété et du véritable esprit religieux
est également expliqué dans une instruction adressée à
un religieux : Epistola de is qui adeunt Hierosolymam,
seu de sacris el religiosis peregrinantibus, où l’auteur,
critiquant les abus de ces fréquents voyages, remarque
que « ce qui plaît à Jésus-Christ, ce n’est pas d'avoir été
à Jerusalem, mais d’y avoir vécu saintement. »
4. Parmi les Lettres, au nombre de vingt-six, les sui-
vantes, y compris celle qui précède, méritent surtout
d'être signalées : Epistola canonica ad Letoium, episco-
pum Melitines, sur la discipline ecclésiastique, sur les
apostats et autres grands pécheurs ; Epistole ad sorores
1 Addit. du trad.
49
990 MANUEL DE PATROLOGIE.
Euslathiam et Ambrosiam, filiamque Bastlissam. Elles
complètent les instructions de saint Grégoire sur la vie
spirituelle. Les autres n’interessent que les controverses
dogmatiques et l’histoire ecclésiastique contemporaines.
Doctrines el vues particulières de saint Grégoire
de Nysse.
Les adversaires innombrables que Grégoire eut à con-
battre et ses essais pour réduire la doctrine de l'Eglise à
un ordre systématique, supposent que ce saïnt docteur,
de même que saint Cyrille, a embrassé une grande éten-
due de matières, où il est nécessaire de recueillir les
traits caractéristiques de sa doctrine. En théologie, il
penche plus visiblement du côté d’Origene que ses amis
de Cappadoce, tout en tenant compte des progrès et de la
forme plus accentuee de la foi chrétienne, afin d’eviter
les erreurs de son célèbre devancier. Il rejette surtout
d’une manière non équivoque l'influence doctrinale de
Platon, et déclare qu'il n’admet pas d’autre base et
d'autre règle de la science que l'enseignement de lE-
glise 4. Séparée de la foi, la science n’est selon lui qu'une
vaine et stérile spéculation ®. Si, malgré cela, on trouve
que ses théories ne s'accordent pas pleinement avec
le dogme ecclésiastique, il faut se rappeler l'explication
qu'il a donnée lui-même, c'est que, dans ces sortes de
questions, il n’a pas voulu établir un dogme, mais seu-
lement énoncer une opinion, où y&p ddypa Tv Adyov romü-
udn Gore épopuhv Bobvar rois Saba Ahoustv 5. Du reste, plu-
sieurs critiques pensent que ses écrits ont été altérés
par les origénistes.
4. Dans le système de saint Grégoire, la doctrine de
l'unité de Dieu dans la trinité des personnes occupe le
point culminant ; c’est de beaucoup celle qu’il a le plus
développée. Il trouve la preuve rationnelle de l'existence
1 De anima et resurr., Migne, t. XLVI, p. 49; cf. Ibid., p. 108. —
2 De vita Mosis. — 3 Hexaem., lib. I, Migne, t. XLIV, p. 68.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NYSSE. 994
de Dieu dans l’idée innee de l'Etre suprème, puis dans
la sage et harmonieuse ordonnance du monde. Selon
lui, l'unité de Dieu résulte de la notion même de l'être
parfait ; « car il est impossible de concevoir deux êtres
absolument parfaits. »
Suivant saint Grégoire, c’est par la faculté de con-
naître que l’homme démontre le mieux l'origine divine
de son âme ; on constate chez lui un effort plus marqué
encore que dans saint Grégoire de Nazianze pour établir
l'existence de la Trinité par la nature de l’homme, dans
lequel l’âme, l'intelligence et l'esprit ne constituent qu'un
tout indivisible. Il va même jusqu’à dire que cette preuve
tirée de la connaissance de nous-mêmes est la plus sûre
et la plus solide.
Saint Grégoire a fixé le sens encore incertain alors des
termes oüol« et önderacız dans les trois écrits intitulés :
De differentia essentiæ et hypostasis; — Quod non sunt
tres Dii, et: De Deo trino ex communibus nolionibus. Il
n'emploie le mot oöcl« que pour designer la substance,
tandis qu'il se sert indistinctement de éxéoraou et de npo-
swrov pour exprimer la personne. La même nature di-
vine, dit-il, existe dans chaque personne, chaque per-
sonne est Dieu, et cependant il n'y a pas trois dieux.
L'unité la plus étroite existe aussi entre les trois per-
sonnes divines. Le Père n’opère jamais rien sans le con-
cours du Fils, ni le Fils sans le concours du Saint-Esprit,
Toute opération de Dieu dans les créatures émane du
Père, passe par le Fils et se termine dans le Saint-Esprit.
ll trouve que cette démonstration du dogme de la Trinité,
en même temps qu'elle réfute le monothéisme glacé des
Juifs et le polythéisme paien , aide à les concilier ‘.
2. Contrairement à la théorie de l’emanation, qui
avait encore de nombreux apologistes, et à l'encontre du
dualisme, selon lequel le monde aurait été formé d’une
matière éternelle, saint Grégoire enseigne positivement
? Cf. Dorner, Entwicklungsgeschichte, etc.
992 \ MANUEL DE PATROLOGIE.
que le monde a été tiré du néant, signe manifeste de la
toute-puissance , de la bonté et de la sagesse de Dieu.
Toutes les créatures se ressemblent en ce qu'elles sont
passées du non-être à l'être, et qu’en vertu même de leur
origine elles sont sujettes au changement et à la varia-
tion. La créature est spirituelle ou corporelle, visible ou
invisible. Saint Grégoire traite ici à fond de la doctrine
des anges.
3. Il traite aussi fort longuement de l'homme et sur-
tout de l'âme. Nous avons déjà remarqué qu’il combat
énergiquement l'opinion d’Origene sur la préexistence
des âmes. et celle de la métempsycose, qui en découle.
L'homme, dit-il, naît en méme temps quant à son corps
et à son âme. Sur l’origine de l’âme , il semble moins in-
cliner vers le créatianisme que vers le génératianisme,
car il affirme que la semence de l’âme humaine n'est
ni une âme corporelle, ni un corps inanimé, mais « un
être vivant et animé, engendré par des corps animés et
vivants ?. »
4. Incarnation et Redemption. C’est pour anéantir le
péché et la mort et pour faciliter à l'homme le retour à
sa beauté primitive, que le Fils de Dieu s’est fait homme
et s’est offert lui-même pour nous en sacrifice : la réali-
sation de ce sacrifice a commencé dès la dernière cène.
Vrai Dieu et vrai homme, il s’est immole lui-même,
comme notre seul grand Pontife, en sacrifice de rédemp-
tion : « Il a offert son âme pour notre âme, son corps
pour notre corps, afin que la mort fût détruite dans l'un
et l’autre, et que tous deux fussent rétablis dans leur
première magnificence ®. »
5, Sacremenis. Saint Grégoire s’est surtout occupé du
baptême, de la confirmation, de l’Eucharistie et de
l'ordre ; il établit la croyance de l'Eglise en s'appuyant
1 Cf. Kleinkeidt, Greg. Nyss. Doctrina de angelis, Frib., 1860. —
2 Cf. Mahler, Greg. Nyss. doct. de huminis nat. cum Origen. compa-
rata, Halle, 1854. — 9 Orat. in Christ. resurr.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. GRÉGOIRE DE NYSSE. 293
sur l'Ecriture, puis sur la tradition, qu'il appelle « un
héritage qui nous est venu des apôtres par l’entremise
des saints ,» velut hæreditas quædam per successionem
ex apostolis per sancios ad nos sequentes transmissa 1.
« L'Eglise, dit-il, a ses décisions, ou plutôt sa foi, laquelle
est plus ferme et plus certaine que toute explication. »
6. Sa théorie des fins dernières offre plus d’une prise
à la critique, notamment lorsqu'il dit de la vie future
«qu'elle n’est point un lieu, mais un certain état de
l'âme , » lorsqu'il nie l'éternité des peines, sous prétexte
que tout mal doit disparaïtre. Il se trompe aussi dans
ce qu'il dit de la résurrection ?. Déjà le patriarche Ger-
main de Constantinople (713-770) avait essayé, dans
son "Avramodorıxds À dvoleuros 5, de réfuter diverses accu-
sations de ce genre et de venger Grégoire des erreurs
origénistes qu'on lui imputait ; le moine Barsanuphius *
et de nos jours Louis Vincenzi ® se sont proposé le même
but.
Si, par l’ensemble de ses travaux, saint Grégoire est
évidemment inférieur à saint Basile dans ce qu'il dit du
gouvernement de l'Eglise, il est également inférieur à
Grégoire de Nazianze sur le terrain de l’eloquence ; en
revanche, il les surpasse tous deux par le développe-
ment scientifique des grands problèmes de théologie et
de philosophie, comme par l'ordonnance systématique,
et ce n’est pas à tort qu'après Origène on l’a placé au
premier rang des auteurs ecclésiastiques grecs pour la
fécondité des vues. Photius $ lui reconnaît un style élevé
et agréable, une grande richesse de pensées, relevées
par des exemples explicatifs. |
Opera omnia S. Greg. Nyss., d'abord en latin, Colon., 1537; Basil.,
1 Orat. m contr. Eunom. — % De anim. et resurr. — 3 Voir des
fragments dans Phot., cod. 283.— * Montfaucon, Bibl. Coisliana,
Paris, 4745, in-fol., p. 397, et Fabricii Bibliothec. græc., t. IX, p. 124.
— In S. Greg. Nyss. et Orig. scripta et doct. nova recensio, Rome,
1864, 1 vol. — ® Biblioth., cod. 6.
294 MANUEL DE PATROLOGIE.
1571, et Paris, 1573. Plus complet et mieux soigné, par Fronton
Duc, Paris, 1603 ; du même, ed. gr. et lat., avec un appendice
J. Gretser, S. J., Par., 1618 ; ed. 11°, Paris, 1638, encore tr&s-ins
sant. Pour une meilleure édition complète, on trouvera de précie
secours dans les éditions critiques des ouvrages publiés à part
mentionnés plus hant, et dans les divers morceaux édités par
gelo Mai (Nova collect., t. VII et VII, et Nova Bibl.,t. V, réimpri
dans Migne, sér. gr., t. XL-XLIV. Cf. Tillemont, t. XIV; Dupin, t. I
part. I; Ceillier, t. VIII, ed. 2%, t, VI; Rupp, Vie et opinions de Gré
goire de Nysse, Leips., 1834. Boehringer, Hist. ecclés. en biograpk,,
4 vol.; Ritter, Histoire de la philos. chrét., 2 vol.; Steckl, Hist. de la
philos. de l’ère patristig.; Hubner, Philosophie des Pères de l’Eglis,
p- 188.
L’Eglise d'Occident, qui enviait peut-être à l’Eglis
orientale ses trois grandes lumières de la Cappadoce.
eut la joie de pouvoir leur opposer trois hommes non
moins remarquables; nous avons nommé saint Ambroise.
saint Augustin et saint Jérôme. |
$ 52. Didyme l’Aveugle (mort en 394).
Notitia, de Fabricius ; Bibl, grec., t. XVIII. Commentarii de D:
dymo, lib. II, et: Epistola, de Mingarelli, dans son édit. Oper.
Migne, sér. grecq., t. XXXIX.
Didyme, né à Alexandrie en 309, perdit la vue des
l'âge de quatre ans. Ce malheur ne l’empêcha point de
cultiver les sciences et de devenir un des plus savants
hommes de son temps.
« Il acheva d'apprendre à lire au moyen de caractères
mobiles qui lui servaient à composer des mots et des
phrases. Il sut bientôt ce que les clairvoyants pouvaient
savoir, et bien plus qu'ils ne savaient : l’étude était de-
venue la seule condition de sa vie. Assidu aux lecons des
professeurs les plus célèbres, il étudia tout: grammaire.
rhétorique, poésie, philosophie, mathématique et jusqu'à
la musique, qui faisait alors partie de cette derniere
science. Nul n’interpretait mieux Platon, nul ne parlal
si bien d’Aristote, Ce qu’on citait surtout comme une
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. DIDYME. 295
rveille, c’est qu'étant aveugle, il sut résoudre les pro-
mes les plus compliqués de la géométrie sur des
nures qu’il n'avait jamais vues. Dans la science sacrée,
s prodiges surpassaient tout cela. Didyme savait par
eur les deux Testaments, de manière à en réciter, rap-
tocher, commenter les textes avec la sûreté de mémoire
ıe ses travaux exégétiques réclamaient !. »
Aussi, comme il se plaignait à saint Antoine du sort
ont il était affligé : « O Didyme, s’écria le saint, ne par-
Z pas ainsi ! Ne vous plaignez pas du lot que le ciel vous
‚fait. Si Dieu vous a refusé les yeux du corps, qui sont
ommuns à tous les hommes, et même aux animaux les
lus immondes, aux serpents, aux lézards, aux mouches,
l vous a donné les yeux des anges pour le contempler
face à face *. » Didyme était laïque et dirigeait avec dis-
lünction l’école catéchétique d'Alexandrie. De nombreux
auditeurs se pressaient autour de lui; d’autres se sont
formés par la lecture de ses écrits, tels que saint Jérôme,
Rufin, Pallade, Isidore de Péluse, etc. Il mourut en 394,
ou, d’après Tillemont, en 399.
Ses travaux roulent sur le dogme et sur l'exégèse.
Travaux dogmatiques de Didyme. -
1. Ses trois livres de la Trinité, son principal ouvrage,
rédigés après 379, ont été découverts par Mingarelli; on
à prouvé qu'ils étaient identiques avec l’ouvrage que les
anciens lui attribuent sous ce titre 5. Le premier livre, au-
quel manquent les six premiers chapitres, et qui renferme
plusieurs autres lacunes, démontre l’inanité des objec-
tions ariennes contre le dogme de la Trinité (c. vri-xvn).
(\traite ensuite de l’unité de Dieu, de la consubstantia-
lité et de la trinité des personnes, qu’il établit par de
nombreux passages de l’Ecriture; de la consubstantia-
1 Ed. Thierry, Revue des Deux-Mondes, 1er mai 1865 (Cit. du trad.).
— 4 Socrate, Hist. eccl., lib. IV, cap. xxv. — 3 Socrate, Hist. eccl.,
lb. IV, cap. xxv ; Cassiod., Hist. trip., lib. VII, cap. vin.
296 MANUEL DE PATROLOGIE.
lité du Fils (c. xvm-xxxvi). Le deuxième livre s’occupe
de la divinité, de la procession et de la personnalité du
Saint-Esprit (c. vi-x), de ses effets dans le baptême,
dans les apôtres et dans l’Eglise. Au troisième livre,
Didyme démontre, dans l’introduction, comment les pas-
sions troublent la raison et éloignent de la connaissance
de Dieu (c. 1), puis il résume brièvement, sous la forme
de cinquante-cinq syllogismes , les points principaux du
dogme de la Trinité (c. 11) et consacre le reste de son
traité (c. m-xLır) à élucider les textes de la Bible dont
différents hérétiques abusaient contre la divinité de Jésus-
Christ.
2. Le traité du Saint-Esprit, connu seulement par la
version latine de saint Jérôme, était, au dire de ce Père,
fréquemment usité et copié chez les Latins. Il examine,
dans un style coulant et lumineux , la doctrine du Saint-
Esprit, sa personnalité, sa divinité, mais surtout son
opération dans les prophètes et dans les saints. Par le
fond des idées, il se rapproche beaucoup de l’ouvrage
précédent.
Le livre Contre les manichéens combat les doctrines
manicheennes sur le principe du mal. 1l réfute d’abord,
par des arguments rationnels, leurs opinions sur les
deux principes bon et mauvais, puis leurs idées sur le
bien et le mal dans le monde moral, notamment sur la
dépravation inhérente à la matière et au corps.
Les ouvrages suivants, dont nous ignorons le con-
tenu, mais qui avaient probablement un caractère dog-
matique, sont perdus : Ilpèc Yuocopov, Ilspt Gowudro,
contra Arianos libri II, sectarum volumen, spi xpovolæs xat
xploews. Les plus célèbres de ses ouvrages perdus étaient :
les “Yrouvipare elç a nepl "Apyav Qpryévous, où il essayait
de justifier le De principiis d’Origene, ce qui lui valut
quantité d'attaques et de soupçons.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. DIDYME. 297
Ouvrages d’exégèse.
Ils étaient fort nombreux. Les plus complets que nous
ayons sont d’abord ses remarques sur les Psaumes, dont
plusieurs ont été retrouvées par Mai ‘; puis les Commen-
taires sur Job, sur les Proverbes et sur la plupart des
Epitres des apôtres *.
Outre les sujets dogmatiques sur lesquels il a spécia-
lement écrit, il en a traité plusieurs autres. Dans un pas-
sage, il dit positivement que le Saint-Esprit procède aussi
du Fils, c’est dans le Traité du Saint-Esprit (cap. xxx1v)
où il fait dire au Verbe : « Il procède du Père et de moi,
car il subsiste et il parle, et cela il le tient du Père et de
moi. » Ex Patre et ex me est, hoc enim ipsum quod sub-
sistit et loquitur, a Patre et me illi est®. Mais dans son
ouvrage de la Trinité, il ne lui rend témoignage qu’in-
directement, lorsqu'il dit que « le Fils possède tout ce
qu'a le Père, excepté d’être Père, » il possède donc aussi
la spiration; au livre II, chapitre v, il appelle le Saint-
Esprit une image du Fils. Didyme attribue principale-
ment au Saint-Esprit la sanctification de l’homme et la
distribution de la grâce : «Tous les hommes imaginables
n'ont pas été enrichis par le Saint-Esprit... Ceux-ci sont
les seuls qui le possèdent d’une manière permanente
avec le Père et le Fils, et sont éclairés et spiritualisés par
sa divine lumière ; éclairés , ils deviennent, autant qu’il
est possible, semblables à celui qui les éclaire, ils parti-
cipent à sa lumière et à son nom, et reçoivent le contre-
poison de la grâce divine qui leur arrive sans obstacle.
Alors ils volent sur les ailes de celui qui apparut un jour
sous la forme d’une colombe, ils échappent à leurs
propres pensées, évitent les embüches du démon, et re-
\ Nova Bibliöth. Patr., t. VIL — ? Cf. Lücke, Quæstiones ac Vin-
diciæ Didymianæ, Gotting., 1839. — 8 Cf. c. xxxVIl.
298 MANUEL DE PATROLOGIE.
nonçant aux objets inconstants et périssables de ce monde,
ils contemplent sa magnificence !. »
Les citations suivantes acheveront de caractériser sa
théorie de la grâce. « L’excellence » de la création « con-
siste en ce qu'elle participe de la bonté de Dieu, qu’elle
lui est attachée par l'obéissance et par l’amour?. » Cette
question : « Pourquoi Dieu permet-il que des justes
comme David tombent quelquefois dans le péché? » est
résolue ainsi : « lis seraient tentés, s’ils ne pechaient ja-
mais, d'attribuer leur vertu à leurs propres forces, et non
à la coopération de Dieu. En leur enlevant cette haute
opinion , la grâce divine ne les empêche pas © de pécher,
afin qu'on voie éclater tout ensemble et la faiblesse na-
turelle de l’homme et l'assistance qu'il recoit de Dieu *.»
La confirmation est appelée par Didyme cppæyts Xprotoë
iv perorw et yplona®. Il la distingue du baptème. Il qua-
lifie la messe de dvaluexros Aurpela 5, et il ajoute que Dieu
a placé dans ses églises sacrées, dans ses maisons de
prières, comme dans les autres cieux ?, ses biens à jamais
inépuisables. » Faisant allusion à la discipline de l’ar-
cane, il parle de la pâque tant désirée que nous célébrons
journellement par la participation du corps et du sang
de Jésus-Christ 5. Quoique saint Jérôme ait été, à cause
d’Origene, un adversaire de Didyme, et bien qu’il l’ac-
cuse d’avoir enseigné la préexistence de l’âme, il rend
cependant hommage à la pureté de sa doctrine sur la
Trinité, et à la profondeur de son savoir ; il reconnait
qu'il parle de la Trinité en bon catholique : Didyınus certe
in Trinitate catholicus est’. Son style est simple et sans
ornements, clair et agreable.
+ 4 De Trin., lib. II, c. xx. — ? Ibid., 1, xviH.
3 C’est évidemment par bévue que la particul&æ oi manque dans le
texte des éditions de Mingarelli et de Migne ; autrement ce passage
dirait le contraire de ce. qu’il doit signifier.
+ Expos. in Ps. L, vers. 1. — 5 De Trin., Il, xu. — 6 Ibid., I, xxv.
— 1 On suppose qu’il faut lire éspoïs Ou oixoıs, au lieu de s5paæyots.
— 8 Ibid., II, xxı. —°® Adv, Ruf., lib. Il
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. MACAIRE ET AUTRES. 299
Opera, ed. Gombefis, dans l’Auctuar. noviss., t. II, ei dans les Leçons
de Canisius, ed. Basnage, t. I. Cf. Galland., Bid/., t. VI. Mingarelli,
De Trinit., Bonon., 1769 ; Migne, sér. grecq., t. XXXIX. Cf. Tillemont,
t, X, et Geillier, t. VII, ed. 2%, t. V.
$ 53. Maeaire l’Aine ou l’Egyptien (mort en 390),
et autres auteurs qui ont éerit sur l’ascétisme et la
vie cénobitique.
Entre les anciens écrivains qui ont porté le nom de
Macaire, nous devons signaler surtout Macaire le Grand,
qu'on a surnommé l’Egyptien , pour le distinguer d’un
jeune contemporain surnommé l’Alexandrin ou le Cita-
din. Il s'appelait aussi Macaire l’aine. Il ne faut pas non
plus le confondre avec saint Macaire , ami et disciple de
saint Antoine, supérieur du monastère de Pispir.
Macaire l'Egyptien naquit en l’an 300 et arriva en 330
dans le désert de Scète, où l’on conserve encore de nom-
breux souvenirs de lui et or : homonyme. Il y vécut
jusqu’en 390 dans l’ascétisn_ 1e plus rigoureux ‘. Il pas-
sait pour un grand thaumaturge, et les autres religieux
l'avaient en si haute vénération, que dès l’âge de qua-
rante ans, ils l’appelerent le « jeune vieillard, » parce
qu'il egalait en perfection les moines à cheveux blancs.
Nous savons par un passage de Palladius qu'il était
prêtre. |
Ses ouvrages sont : 1. Cinquante Homelies spirituelles,
exhortations adressées aux moines, où il traite de la vie
ascétique, de la perfection chrétienne et de ses degrés,
des difficultés et des tentations qu’on y rencontre.
2. Sentences sur les objets de la vie ascétique, sur les
expériences qu’elle fournit ; les réponses de Macaire aux
demandes de ses disciples ont été probablement recueil-
lies par ces derniers?. Gœrrès, parlant de l'influence
1 Ce caleul résulte de l’Historia ad Lausum, c. xıx. Comparer la fin
avec les chapitres 1 et var du commencement. — ? Migne, t. XXXIV,
P.
+
300 MANUEL DE PATROLOGIE.
que ces homélies ont exercée plus tard sur les dévelop-
pements de la mystique, dit « qu’on y trouve déjà toutes
les formes de la mystique avec ses nuances les plus déli-
cates !. »
3. Deux ou trois lettres circulaires aux moines, et une
courte prière, le tout édité pour la première fois en 1850,
par H.-J. Floss. |
Les sept Opuscules ascétiques, dont Poussines a donné
en 1683 une premiere édition , ne sont point de Macaire,
mais une compilation de ses homélies faite par Siméon
Logothète ?.
4. Quant à l’autre Macaire, surnommé l’Alexandrin,
prêtre et religieux de Nitrie, on ne peut lui attribuer
sûrement que trois petites sentences® et un court traité
intitulé : Sermo de exitu aunimæ justorum el peccatorum.
5. Nous devons aussi à d’autres moines de l'Egypte,
des sermons , des règles monastiques, des sentences et
des lettres sur la vie ascetique et la vie monacale. Nous
en avons de Orsiesius, abbe de Tabennese, mort vers 380;
de Serapion , évêque de Thmuis, mort en 359 (il existe
encore de lui un petit écrit contre les manicheens) ; de
Pacöme, abbé de Tabennèse, mort en 348 ; d’Antoine le
Grand, mort en 356 ; d’Isaie et de Marc !’Ermite. Dans la
suite, le plus important écrivain parmi eux, fut Evagre
du Pont, né vers 350, et mort en 399 comme moine d’E-
gypte. Plusieurs de ses écrits sont perdus; il ne reste
que son Monachus, seu de vita activa, et quelques autres
traités ascétiques peu étendus.
6. Les œuvres de Palladius, évêque d’Helenopolis,
tres-importantes pour l’histoire des ordres religieux au
quatrième siècle, sont une des principales sources à con-
sulter quand on veut étudier cette matière. Palladius,
1 Préface des œuvres de H. Suso, éd. de Diepenbrock, Ratisb.,
4837. Lindner, Symbolæ ad hist. theolog. myst. de Macario, Lips,
4846. — 3 Cf. Galland., Bibl. Patr., t. VII, p. 161. — ® Migne,
t. XXXIV, p. 263.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ÉPIPHANE, 301
moine et ascète lui-même depuis 388, et depuis 401 évêque
d’Helenopolis, connaissant personnellement un grand
nombre d’ermites et d’ascetes de l’un et de l’autre sexe,
consigna par écrit, en 421, sous le titre de: Historia Lau-
staca, continens vilas sanclorum Patrum, tout ce qu'il avait
vu ou entendu sur les ermites de l'Egypte, de la Lybie,
de la Thébaïde, de la Cyrène, de la Mésopotamie, de la
Palestine, de la Syrie, de Rome et de la Campanie; il ra-
conte surtout leurs miracles avec une prédilection mar-
quée. On trouve de nouveaux renseignements dans sa
très-vaste collection de Sentences des Pères, et dans l’His-
toire des moines égyptiens, ou Paradis‘. Mentionnons
aussi les différentes règles monastiques qu'on attribue
aux Macaires ou à d’autres supérieurs d'ordres *.
Voir la collection de ces divers ouvrages, avec les recherches
qu’ils ont provoquées, dans Migne, ser. grecq., t. XXXIV ; Galland.,
Biblioth., t. VIL; Holstenius, Cod. reg. monach., t. I, p. 19; P. Pos-
sinus, Thesaurus ascetic., Tolosæ, 1684 ; Floss, Macarii AEgyptii
Epistol.,homil. lucos, etc., cum vitis Macariorum AEgyptii et Alexand.,
Colon., 1860 ; Tillemont, t. VIIL; Ceillier, t. VII. Les auteurs des écrits
mentionnés au n° 5 se trouvent dans Migne, ser. grecq., t. XLX,
p. 867 et suiv; ceux de Marc, ibid., t. LXV.
S 54. Saint Epiphane (mort en 403). “
Vita S. Epiph., de Polybius, ev. de Rhinocorura, Migne, t. XLI.
Epiphane, né vers 310, dans un village de Palestine,
non loin d’Eleuthöropolis, passa, dans le but de s’ins-
truire, une partie de sa jeunesse en Egypte, où il résista
vaillamment aux séductions des gnostiques qui tâchaient
de l’attirer dans leur parti. Il embrassa ensuite la vie
monastique, qui était alors dans tout son éclat, et établit
pres de son village natal un couvent qu'il dirigea pen-
dant plus de trente années. En 367, sa réputation de
sainteté le fit nommer évêque de la métropole de Sala-
A
mine, dans l'île de Chypre. Evêque, il fut chargé par
1 Migne, série grecq., t. LXV. — 3 Migne, t. XXXIV, p. 967,
309 MANUEL DE PATROLOGIE.
l'empereur de travailler à éteindre le schisme d’An- |
tioche, et entreprit à cette occasion le voyage de Roms
en 382. Mais sa principale sollicitude était la vie monas-
tique et la pureté de la foi chrétienne, où il déploya sou-
vent un zèle excessif qui lui faisait dépasser le but. Doué,
il est vrai, d’un savoir étendu (il parlait cinq langues),
il pechait par le défaut de pénétration. et de connais-
sance des hommes : de là certaines démarches irrefle-
chies et peu mesurées.
Les erreurs d’Origene lui semblaient très- préjudiciable
à la foi chrétienne ; il les considérait même comme ce qui
avait été imaginé de plus absurde avant et après lui, et
comme la véritable source,de l’arianisme. Dès qu'il s’agis
sait d’Origene, son ardeur ne connaissait point de bornes.
Ce fut lui qui, dans un voyage en Palestine, en 394,
provoqua la querelle de l’origénisme, en s’élevant contre
Jean, évêque de Jerusalem, très-attaché à Origène. Bien-
tôt après, Théophile d'Alexandrie, esprit rusé et vindi-
catif, abusa de l’aversion d’Epiphane contre Origene
pour décréditer saint Chrysostome. A force de lui répé-
ter qu’il était nécessaire d'empêcher l'introduction de l'o-
rigénisme dans la capitale, où s'étaient réfugiés des
moines partisans de cette doctrine, les quatre frères longs,
il le décida à faire le voyage de Constantinople : c'était
en 402. Epiphane, convaincu que saint Chrysostoine fa-
vorisait l’origenisme, y déploya une grande hostilité
contre lui. Il s’apercut plus tard qu’on l’avait trompé.
Chrysostome lui ayant demandé d’un air surpris : « Sage
Epiphane, est-il vrai que vous ayez parlé contre moi?»
il lui fit cette réponse un peu embarrassé : « Athlète du
Christ, sois éprouvé et triomphe. » Puis il quitta l'éclat
faux et trompeur de Constantinople ; car «il avait hâte,»
disait-il, en prévision sans doute de sa mort prochaine.
En effet, le vaisseau qui l’emmenait ne le conduisit pas
vivant jusqu’à l’île de Chypre. Accablé de vieillesse, il
était immobile , rappelant à deux prêtres fidèles dont il
. .
BR. ‚nike
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. ÉPIPHANE. 303
tait accompagné les épreuves de sa vie, ses luttes contre
es sectes diverses. Une tempête s'étant élevée vers le
joir, il resta longtemps dans l'abattement et dans le si-
ence, le Livre des évangiles placé sur son cœur. Puis s’e-
ant ranime, il fit apporter des charbons et de l’encens,
le fit brûler par ses prêtres, pria longtemps avec eux,
leur dit adieu en les embrassant, et expira lorsque la
tempête s’apaisait. Ses restes, ramenés à Salamine, y
furent ensevelis avec de grands honneurs; et son nom
demeura célèbre dans l’Orient et consacré dans les deux
Eglises 4. »
OEuvres de saint Epiphane.
1. Contre les quatre-vingts hérésies, ou Iavapuv, en trois
livres. Cette « boîte aux remèdes, » ainsi qu'il l’appelait,
doit son existence à la prière de deux religieux. Leur
lettre et sa réponse, où il fait une revue sommaire de
son sujet, précédent le premier livre. Le Panarion lui-
même est l’histoire des doctrines de quatre-vingts héré-
sies, dont les matériaux sont empruntés à saint Irénée
et à Hippolyte, qu'il cite souvent mot à mot. L'auteur a
surtout imité le second ; comme lui, il mentionne les
écoles philosophiques des Grecs et les sectes juives qui
seloignent de la révélation ; comme lui enfin, il termine
par une profession de foi. Il donne quantité de rensei-
gnements qu'on ne trouverait point ailleurs, ce qui
assure à son travail une valeur durable, d'autant qu'il
est encore le plus complet. Il est regrettable que la
critique y soit souvent absente. — L’Exposition de la foi,
travail fort étendu (trente-un chapitres), forme l’appen-
dice du précédent ouvrage. Lipsius a fait connaître les
1 Villemain, Tableau de Péloq. chrét. au IVe siècle. (Cit. du trad.)
Cf. Eberhard, Participation d’Epiphane à la controverse contre Ori-
gene, Trèves, 1859, et L. Vincenzi, In Greg. Nyss. et Origen. scripta
el doctrinam nova recensio, t. II.
304 » MANUEL. DE PATROLOGIE.
sources d’Epiphane, et publié des tables comparatives
pour aider à la critique de ces sources !.
2. L'auteur a rédigé lui-même un abrégé de son livre
sous le titre de : Récapitulation.
3. L’Anchorat fut écrit en 374, un an avant le Pans- :
rion, à la prière de deux prêtres et d’un magistrat de
Suedri, en Pamphylie. Il est dit dans les lettres qui la
servent de préambule, qu’une portion des adversaires
du Saint-Esprit s'étant rapprochée de l'Eglise, il s’agis-
sait maintenant de les instruire convenablement. Comme
il n'y avait là personne qui fût en état de le faire, on s'a
dressa à l'homme le plus marquant et le plus rapproché,
pour lui demander des instructions. Epiphane répondit
par son Exposition de la foi chrétienne, Anchora, où i
explique longuement les dogmes de la Trinité et del’n- :
carnation , de la résurrection, du jugement et de la vie ”
éternelle, mais en y mêlant bien des éléments étrangers
à son sujet, tels que la réfutation d'erreurs païennes e
manicheennes, de longs commentaires sur certains ob-
jets mentionnés dans la Bible, etc.
4. Nous avons encore de lui quelques Excursions bibli-
ques, 1. dans le traité des Mesures et des Poids, très-utile
pour les études d'introduction à l'Ancien Testament. Il y
explique les signes critiques et grammaticaux, parle des
traductions et rapporte une foule d’autres détails pre-
cieux pour la science de l’herméneutique. I] traite enfin
des mesures et des poids dans les quatre derniers cha-
pitres (xxI-xxIv ); 2. dans les Douze pierres précieuses,
explication des noms, de la figure et des propriétés des
douze pierres précieuses qu’Aaron portait sur ses habits
pontificaux, entremèêlées d’interpretations morales et alle
goriques. Nous n'avons de cet écrit qu'une traduction
latine et un ancien extrait en grec.
5. Deux lettres d’Epiphane, traduites en latin, sont
mêlées aux lettres de saint Jérôme.
1 Vienne, 1866.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. 8. CHRYSOSTOME. e 303
Ouvrages douteux ou apocryphes.
De prophelis eorumque obitu et sepullura ; — Sept ho-
mélies ; — Tractatus de numerorum mysteriis ; le Physio-
logue , recueil de notices merveilleuses sur les propriétés
et les énergies naturelles de divers animaux, et sur les
applications morales qu’on en peut faire.
Enfin, on attribuait jadis à saint Epiphane un long
Commentaire sur le Cantique des cantiques , parce que la
traduction latine, seule connue pendant longtemps et
un peu différente du texte, le lui attribuait. Mais après
la publication du texte grec par M. A. Giacomelli, il est
devenu évident qu'il émane de Philon, évêque de Car-
pasium en Chypre, ami et évêque suffragant d’Epi-
phane !.
Epiphane a le style prolixe, quelquefois enjoué ; il
manque de méthode. Mais il faut louer son érudition,
son amour de la vie monastique et ascélique.
Opera S. Epiph., græc. et lat., ed. Dion. Petavius, Par., 1622, in-fol.,
2 vol.; Œhler, Berol., 1859 et seq.; en grec seulement, par Dindorf,
Lips., 1860 et seq.; Migne, ser. grec., L. XLI-XLIH. Philonis Carpasii
Enarratio in Canticum canticorum, ed. Giacomellus, Roms, 1772.
Gallandius, t. IX, in appendice ; Migne, ser. grecq., t. XL; cf. Tille-
mont, t. X; Ceillier, t. VIU, ed. 2%, t. VI; Doucin, Hist. de la vie de
S. Epiph., Paris, 1720.
$ 55. Saint Jean Chrysostome (mort en 407).
Voir la Préface de ses œuvres dans le premier vol. de l'édition
Gaume (26 vol. gr. in-80 ); la Vie de saint Chrysostome, etc., même
édit. (tom. XIII, pars prior).
Jean, surnommé le Constantinopolitain, à cause de la
position officielle qu’il occupa à Constantinople, et Chry-
sostome ou Bouche d'Or, à raison de son aptitude ex-
ceptionnelle pour l’éloquence, était né en 347, dans la
1 Voir sur Philon, Polybius, Vita S. Epiph., c. xLix. Epiphanii
Epist. ad Joann. Hieros., c. I.
20
306 , MANUEL DE PATROLOGIE.
ville d’Antioche. Fils d’un père illustre, Sécundus, qui
occupait le poste élevé de « maître des milices d'Orient, »
il appartenait également, du côté de sa pieuse mère
Anthuse, à une famille illustre et considérée. Veuve des
l'âge de vingt ans, sa mère se consacra tout entière à
son éducation et jeta dans son jeune cœur ces semences
de piété dont l'influence s’étendit sur toute sa carrière
et sur tous ses travaux religieux !. Sa première culture
scientifique lui fut donnée par le rhéteur Libanius et
par le philosophe Andragathius, sans préjudice de sa
foi. L’admiration qu’excitaient ses progrès avait fait dé-
sirer à Libanius de l’avoir un jour pour successeur, et ce
célèbre rhéteur se plaignait amèrement que « les chre-
tiens le lui eussent ravi par un sacrilége. »
Chrysostome, après avoir plaidé quelque temps dans
le barreau, renonca au tumulte des affaires publiques,
malgré les perspectives brillantes qui s’ouvraient devant
lui, pour se vouer à la vie solitaire et contemplative et
s'appliquer à l’étude des saintes lettres, à l'exemple de
Basile, cet ami de jeunesse auquel il était étroitement
lié. Mélèce, le pieux évêque d’Antioche, développa les
germes précieux de cette rare intelligence, et après l’a-
voir initié aux vérités chrétiennes, le baptisa vers 369,
et au bout de trois ans lui conféra le degré de lecteur. Ce
vénérable pontife ayant abdiqué ses fonctions vers 370,
et d’autres siéges étant devenus vacants autour d’An-
tioche pour les mêmes motifs, plusieurs cités tournèrent
leurs regards vers Chrysostome et son ami Basile. Ils
s'étaient réciproquement promis de se soustraire à une
semblable élection. Cependant saint Basile finit par céder
aux instances de son ami, dans l'espoir que celui-ci en
ferait autant. Saint Chrysostome ayant refusé par humi-
1 Le païen Libanius, faisant allusion aux vénérables mères des
grands docteurs de l'Eglise, Nonne, Anthuse, Monique, etc., s’écriait :
« O Dieu de la Grèce, quelles femmes se trouvent parmi ces chré-
tieus | » (Note du trad.)
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 307
lité, on en vint à des explications en suite desquelles
Chrysostome rédigea son célèbre opuscule du Sacerdoce,
pour justifier son pieux stratagème.
Vers le même temps, Chrysostome ayant perdu sa
sainte mère Anthuse, se retira dans la solitude auprès
des moines fixés autour d’Antioche, où il se félicitait
« d’avoir échangé ce port assuré contre les flots d’une
mer tumultueuse. » Associé à d’autres hommes travaillés
des mêmes goûts, tels que Théodore, depuis évêque
de Mopsueste, et Maxime, il s’adonna à la vie ascétique
sous la direction du savant abbé Diodore, qui fut plus
tard évêque de Tarse, et de Carterius, jusqu’en 380.
À cette époque se rattachent ses premiers écrits : contre
les ennemis de la vie cénobitique , laquelle lui paraît su-
périeure à l’empire ; l’apologie de la virginité; deux
lettres à Théodore, qui avait momentanément déserté la
solitude et songeait à se marier. Sa santé affaiblie le con-
traignit de retourner à Antioche, où il reçut le diaconat
des mains de l’évêque Mélèce, revenu de l'exil ; après la
mort de Melece, il fut ordonné prêtre par l'évêque Fla-
vien, qui lui confia, à cause de son grand âge, la charge
de prédicateur dans son église.
Une insurrection provoquée par une taxe que l’empe-
reur avait, etablie pour célébrer le cinquième anniver-
saire de son fils Arcadius, venait d’eclater à Antioche
(387) : on renversa les statues de l’empereur et celles de
l'impératrice. Ce fut là, pour Chrysostome, l’occasion de
déployer l'énergie de son caractère et la mâle austérité
de sa science chrétienne. Tandis qu’une députation, ayant
Flavien à sa tête, se hâtait vers Constantinople pour flé-
chir la colère de l’empereur, Chrysostome pronongait
devant le peuple d’Antioche, effrayé et abattu, ces fa-
meuses homélies sur les statues, où il console, ranime et
censure tour-à-tour son auditoire consterné, et où éclatent
avec la sagesse du pasteur, la science du théologien et
l'éloquence brillante de l’orateur chrétien. Douze années
308 MANUEL DE PATROLOGIE. y
plus tard, sa puissante parole obtint à Antioche les
mêmes résultats, d’une part, contre les menées des hé-
rétiques et des sectaires, de l’autre contre le paganisme
et la superstition des mœurs, et surtout contre la passion
des jeux du cirque et des comédies.
C'est de sa période d’action à Antioche que datent ses
meilleurs travaux d’exégèse : les Commentaires sur la
Genèse, sur les évangiles de saint Matthieu et de saint
Jean, sur la plupart des epitres de saint Paul, outre de
nombreuses homelies.
Contre ses vœux et ses prévisions, l'empereur Hono-
rius le nomma, en 397, patriarche de Constantinople,
après la mort de Nectaire. Chrysostome recut la consécra-
tion des mains de Théophile d'Alexandrie, qui devait
bientôt après le précipiter de son siége.
Lorsque Chrysostome, avec une énergie croissante,
renouvela dans la résidence impériale les anciennes atta-
ques contre les anoméens et les novatiens, et qu'il s’en
prit à la fois au peuple, aux grands et à la cour; lorsque,
nouveau Jean-Baptiste, il critiqua sans ménagement les
opinions hétérodoxes du puissant ministre Eutrope et de
l’imperatrice Eudoxie ; lorsqu'on le vit agir vigoureuse-
ment contre certains évêques indignes de son ressort, on
fit les derniers efforts pour le perdre.
Tous les partis hostiles se groupèrent autour d’Eu-
doxie, blessée au vif dans son orgueil, et d’Eutrope. Ils
tächerent surtout de gagner à leurs criminels desseins
Théophile d'Alexandrie, jaloux du poste éminent qu'oc-
cupait Chrysostome. Ils y parvinrent d’autant plus faci-
lement que Théophile, chargé de graves accusations,
devait se justifier en présence de Chrysostome , dans un
concile tenu à Constantinople. Il ajourna son voyage, et
sur ces entrefaites abusa de la confiance de saint Epi-
phane pour décréditer Chrysostome, en le représentant
comme un origeniste. Il arriva ainsi, chose incroyable,
que Théophile arrivant à Constantinople assuré de l’ap-
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 309
pui de l’impératrice, y parut non plus en accusateur,
mais en juge. Chrysostome, qu'on avait chargé de griefs
ridicules, fut déposé au concile du Chéne (403), après
avoir justement refusé d'y comparaître. Lorsque, en
vertu du décret de deposition , l’empereur Arcadius, prié
d’expulser violemment saint Chrysostome de son siege
patriarcal, le fit conduire, au mois de septembre 403, en
Bithynie, à la faveur de l'obscurité du soir, une fermen- -
tation extraordinaire éclata parmi le peuple, qui se sou-
venait alors de tous les bienfaits qu'il avait recus de son
père et de son pasteur. Le retour du patriarche fut ré-
clamé au milieu des malédictions et des menaces profé-
rées contre les auteurs de cet attentat, et arraché à l’em-
pereur. Chrysostome fut ramené dans son église au
milieu d’une indescriptible allegresse.
Humiliés à ce point et obligés de fuir, les ennemis du
patriarche épiaient le moment favorable de se venger et
d'exécuter leur complot avec le concours de l’impera-
trice; ils y comptaient d'autant plus qu’Eudoxie avait
été tout récemment humiliée et aigrie par un discours
du patriarche sur Herodiade. Cette fois encore, on eut
recours à Théophile pour consommer le forfait, mais
n’osant comparaître à Constantinople, il conseilla par écrit
d'appliquer à Chrysostome le quatrième canon du concile
d'Antioche (341) employé autrefois contre Athanase, et
en vertu duquel un évêque déposé par un concile ne
pouvait être réintégré que par un concile. On adopta
ce parti, et le patriarche dut reprendre la route de l'exil.
Chrysostome implora le secours de l’évêque de Rome,
Innocent I”, qui s’intéressa vivement à ses malheurs.
Toutefois, ses ennemis ne réussirent pas moins, à force
d’imposture et de calomnies, à le faire exiler par Arcadius
(c'était en 404, après la Pentecôte) ; et pour lui enlever
tout espoir de relour, ils lui firent donner l’archidiacre
Arsace pour successeur. Pendant ses courses à travers .
la Bithynie, la Phrygie, la Galatie, la Cappadoce, la
319 MANUEL DE PATROLOGIE. :
Cilicie et l'Arménie, le saint patriarche. d’une com- |
plexion délicate, épuisé. fut en proie à toutes les
douleurs physiques. et essuya en plus d’un endroit les
mauvais traitements d'un derge hostile et prévenu.
A Constantinople, on décida encore le faible Arcadius à
ordonner que l’illustre exilé serait déporté de Cucuse,
en Arménie, où il poursuivait activement l'œuvre dela
conversion des Goths commencée à Constantinople, à
Pityus en Colchide, sitné aux extrêmes limites de l’em-
pire, sur la rive orientale de la mer Noire. Le généreux
athlète succomba à tant de fatigues avant d’avoir atteint
le terme de son voyage, et mourut le 14 septembre 407,
en prononcant ces paroles de Job : « Beni soit le Sei-
gneur en toutes choses! » Cédant aux instantes prières
des fidèles emus de tant de souffrances, Théodose II fit
ramener à Constantinople le corps du saint pontife :
L’Hellespont était en feu, les rues de la ville éelairés :
par des flambeaux, quand les restes mortels de saint
Chrysostome furent ramenés triomphalement et inhumés
dans l’église des Apôtres. L'empereur, agenouillé devant
son cercueil, implorait de ses parents, de sa pieuse mère
surtout, l’oubli des injustices et des tourments infligés à
ce fidele pasteur.
Ouvrages de saint Chrysostome.
De tous les Pères grecs, Chrysostome est celui qui a
laissé le plus d'ouvrages. Ce sont : des explications de
l'Ecrilure sainte, des sermons, des traités de dogme et de
controverse, de morale et d’ascétisme, des lettres !.
Commentaires sur l'Ecriture sainte.
Ces commentaires embrassent la majeure partie de
ses travaux littéraires ; ils occupent près de neuf volumes
de l'édition Gaume (ou benedictine), et s'étendent à la
118 volumes en 26 parties, édition Gaume.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 311
plupart des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Quoique présentés sous forme d’homelies, ils donnent
cependant, dans la première partie, des explications très-
exactes sur les mots, sur les particules elles-mêmes et
sur les choses. Le sens est solidement établi d'après le
contexte et l'esprit général des saintes Ecritures. La
seconde partie est réservée aux exhortations morales
et ascétiques. Cette méthode déjà employée par saint
Ephrem le Syrien, concilie les deux procédés contraires
d’Antioche et d'Alexandrie ; elle n’étend pas l'inspiration
aux mots eux-mêmes, comme le faisaient les alexan-
drins, mais uniquement aux vérités’ dogmatiques et
morales ; et, contrairement à l’école d’Antioche, elle ne
bannit pas absolument la recherche du sens allégorique;
seulement elle se garde de l’exagerer et ne le croit pas
essentielle dans l'explication de l’Ecriture. -
Parmi les commentaires sur l'Ancien Testament, on a
toujours préféré les suivants : soixante-sept Homélies et
neuf Sermons sur la Genèse, Expositions sur les Psaumes
M-XII, XLI-XLIX et CVII-CL?; cinq Sermons sur Anne, et
trois Homelies sur David et Saul®; Commentaire sur le
prophète Isaïe, e. ı-vın, 10; six Homélies sur ce texte:
« J'ai vu le Seigneur“; » deux Homélies sur l’obscurité
des prophéties. — L’authenticite, ou du moins l'intégrité
du Commentaire sur le prophète Daniel est révoquée en
doute 5. |
Parmi ses explications sur le Nouveau Testament,
on tient en grande estime les quatre-vingt-dix Homélies
sur saint Matthieu, et particulièrement sur le sermon de
la montagnef. Moins heureuses sont les quatre-vingt-
huit Homélies sur saint Jean” et les cinquante-cinq Homé-
lies sur les Actes des apötres®. Les meilleures sont
incontestablement les Homélies sur toutes les épîtres de
Tom. IV. —?T.V. —®T.IV. —* Is., c. vi, 1. — 8 Cf. Montfau-
con, in ed. Gaume, ad hunc lib.; Mai, Collect. nov., t. I, p. XXXII
(à partir d’Isaie, tome VI). — © T. VIL — 7 T. VIIL — ST...
3123 MANUEL DE PATROLOGIE.
saint Paul‘, que saint Chrysostome lisait avec üne pré- :
dilection particulière. Voici en quels termes il s’exprime
dès le début de l’homélie qui sert d'introduction à l’épitre
aux Romains: « Si j'entends autrement certains endroits
de saint Paul, je ne le dois pas à l'excellence et à la
pénétration de mon esprit, mais à la lecture incessante
de ses écrits et à l’amour ardent que je lui porte. En
entendant lire ses écrits deux fois par semaine, souvent
même trois et quatre fois, quand nous célébrons la mé-
moire des martyrs, je me réjouis au son de cette trom-
pette spirituelle, je tressaille, je brüle de desir..., et il
me semble que jé le vois présent. »
On a souvent attaqué l'authenticité de la Synopsis
Veleris et Novi Testament, quasi commonitorii (commen-
tarii brevis?)?
Discours religieux.
1. Dogmatiques et polémiques. Douze Homiliæ contra
Anomæos, seu de incomprehensibili, ıd est, de incomprehen- .
sibili Dei natura. La plupart ont été prêchées à Antioche
avant l’épiscopat du saint docteur; les dernières sont de
l'évêque de Constantinople. Les huit Homélies contre les
en . -
m nn ms net ee an 1 U WEPERPPEEEF URS
Juifs sur la divinilé de Jésus-Christ (quod Christus sit
Deus) datent de sa période sacerdotale à Antioche®.
L’Homelie sur la résurrection des morts roule sur la
démonstration de ce dogme fondamental du christia-
nisme*.
A cette catégorie, nous pouvons ajouter encore :
Les vingt et une Homélies sur les slutues, au peuple
d’Anlioche?, car on y trouve, à côté d’exhortations mo-
rales, plusieurs grandes vérités dogmatiques déve-
loppées d’une façon originale. |
Deux Catéchèses (ad illuminandos), où prédomine l’élé-
ment moral. Elles sont adressées aux catéchumènes et
aux néophytes. |
1 T. IX-XIL —32T. VI. — ST, L —4T. IL — TU.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 313
La Liturgie de saint Chrysostome occupe une place im-
portante parmi les liturgies orientales.
2. Homélies pour les féles du Seigneur, et Panégy-
riques des saints.
Homélie pour la nativilé de Notre-Seigneur, de l’année
386; Homélie sur le baptéme de Jésus-Christ et sur
l’'Epiphanie; deux Homélies sur la trahison de Judas;
Homélie sur le cimetière et la croix; deux Homélies sur
la croix et le larron; Homélie sur la résurrection, le
saint et grand jour de Pâques; Homélie sur l'ascension
du Seigneur ; deux Homélies sur la Pentecôte.
Entre les Panégyriques des saints, celles de son apôtre
favori méritent la préférence :
Sept Homélies sur les louanges de l’apôtre saint Paul,
prononcées à Antioche; sur plusieurs saints de l’Ancien
Testament : Job, Eléazar, les Maccabées et leur mère;
sur des saints du Nouveau Testament : d'abord trois
Homélies sur les martyrs en général, savoir : Sermon
des saints martyrs; Homélie sur les marlyrs, et Homélie
sur tous les saints martyrs. Viennent ensuite d’autres
homélies sur des martyrs particuliers : Julien, Barlaam,
Juvence, Maxime, etc.; puis sur les saints évêques de
l'Eglise d’Antioche : Ignace, Babylas (et aussi contre
Julien et les Gentils), Philogon, Eustathe et Mélèce, sur
le prêtre et martyr Lucien ; une Homélie à la louange de
Diodore, évéque de Turse; une Homélie à la louange de
Théodose le Grand. L’Encomium sancti Gregorii illumi-
naloris, et plusieurs homelies sont donnés pour apo-
cryphes ou comme interpolés dans l'avertissement qui
les précède dans l’édition Gaume, t. XII, p. 1065.
3. Discours moraux pour exciter à la plupart des
vertus chrétiennes, détourner des vices grossiers et des
mauvaises habitudes, comme la fréquentation du cirque
et du théâtre. On y trouve également cinq homélies sur
la prière et une sur la pénitence. Les Sermones de conso-
IT. XI, édition Gaume.
314 MANUEL DE PATROLOGIE.
latione mortis n'ont été conservés qu’en latin, de même
que : Sermones aliquot de terre motu, à l'occasion de
fréquents tremblements de terre.
Traités moraux et ascéliques.
Le plus connu et le plus divulgué sont les six livres |
de son traité du Sacerdoce; nous avons dit plus haut à
quelle occasion ils ont été écrits. L'auteur, dans un lan-
gage magnifique, diffus et déclamatoire en certains
passages, décrit l’excellence et la sublimité du sacerdoee,
les devoirs et les responsabilités qui y sont attachés:
il recommande instamment de les inculquer à tous ceux
qui aspirent à l’ordination sacerdotale, dont lui-même
se jugeait indigne.
Appuyé sur saint Jean‘, il considère le sacerdoee
comme la plus grande preuve d'amour envers Jésus-
Christ; il est d’autant plus magnifique qu’il est utile &
une foule innombrable d’hommes, puisque le prêtre,
tenant la place de Dieu, dispense aux hommes les rr !
chesses du salut. Quand il compare la dignité sacerdo- .
tale avec la dignité royale, il trouve que la première *
l'emporte autant sur la seconde que l’äme est plus
excellente que le corps. « Quand vous voyez le Seigneur.
immolé et étendu sur l’autel, le prêtre incliné sur la
victime et priant, tous les assistants couverts de ce sang
précieux , pouvez-vous croire que vous êtes encore
ici-bas parmi les hommes?? Mais aussi plus la dignité
est élevée, plus la responsabilité est lourde; elle serait
trop lourde même pour les épaules des anges. Quelle
pureté surtout et quelle crainte de Dieu ne doit pss
avoir le prêtre pour offrir le redoutable sacrifice, rece-
voir dans ses mains le Maitre de l’univers, pendant que
les anges se tiennent autour de lui, que le chœur des
Vertus célestes acclame le Seigneur et environne l'autel
2 =
pour honorer la victime! Que ne doivent pas être, je le |
1 xx], 46. — 3T, INT, 1.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 315
demande, les mains qui font un tel office, la langue qui
prononce de telles paroles (celles de la consécration)!
Combien doit être pure et sainte, plus pure que toutes
choses, l’âme destinée à recevoir un tel esprit! Il faut
donc que le prêtre l'emporte en vertu sur tous les
autres, de même que Saül était au-dessus de tout le
peuple d'Israël. Et quels écueils, et quels orages n’a-t-il
pas à éviter! « L’äme du prêtre est assaillie par plus
de vagues et d’orages que l'Océan lui-même. » Il doit
connaitre les choses de la vie humaine autant que ceux
qui sont le plus mêlés au monde, et en être en même
temps plus dégagé que les solitaires qui vivent dans les
montagnes. Quelle vigilance, quelle connaissance des
âmes , quelle science théologique ne faut-il pas pour
instruire et diriger tous les états, chacun selon ses
besoins! « Le même mode ne convient pas pour gou-
verner tous les esprits, pas plus que les médecins ne
prescrivent le même remède à tous les malades. » —
Que lui sert-il de bien combattre les Grecs, si les Juifs le
volent, ou de vaincre les uns et les autres, s’il se laisse
piller par les manichéens? Pour cela, le prêtre doit
posséder à un haut degré la force de la parole. « En
dehors des œuvres, nous n’avons qu’un instrument,
qu'un moyen de salut, la parole et la doctrine; elles
nous tiennent lieu de médecine, de feu, de fer : veut-on
brûler ou couper, c'est là ce qu'il faut employer; si
cela ne sert à rien, tout le reste est inutile. » Cependant,
malgré tous les soins qu'il donne au fond et à la forme
de sa prédication, le prêtre ne doit point se laisser sé-
duire aux applaudissements de la multitude. Il doit
posséder le don de la parole et mépriser la louange. En
travaillant ses discours, il ne doit songer qu’à plaire à
Dieu. Et quelle n’est pas la responsabilité du prêtre,
oblige de répondre non-seulement de ses propres fautes,
mais encore de celles d'autrui !
Exhortlatio ad Theodorum lapsum, Libri II; — Adver-
316 MANUEL DE PATROLOGIE.
sus oppugnalores vilz monasticæ, libri II], auquel est
annexé, dans l’edition Gaume, la Comparaison du roi et
du moine; — De compunctione ad Demetrium monachum,
libri III; — Ad Stagirium ascelam a dæmone vezxalum,
de Providentia, libri III; — De virginilate; — Ad
viduam juniorem et De non iterando conjugio, libri II;
— Adversus eos (clericos) qui habent virgines subiniro-
ductas, et Quod regulares feminæ viris cohabitare non
debeant!; — Liber, quod nemo læditur a se ipso, et Liber
ad eos qui scandalisali sunt ob adversitates?.
Letires.
L’edition Gaume en contient deux cent quarante-
trois ; elles donnent d’importants renseignements sur la
vie et les travaux de saint Chrysostome, et sur l’histoire
ecclésiastique contemporaine.
Doctrine et particularités de saint Chrysostome.
La seule énumération de ses œuvres laisse deviner
dans quelle large mesure il a dü s'occuper des différentes
parties du dogme et de la morale chrétienne. L’educa-
tion qu’il avait recue à l’école d’Antioche et la tournure
naturelle de son génie lui donnaient peu de goût pour
l'exposition spéculative des vérités dogmatiques. Il les
aborde surtout par le côté pratique. Son importance
n'est pas dans le dogme, mais dans la morale; il sait
admirablement personnifier les vertus chrétiennes, il les
embellitetles recommande puissamment par les exemples
qu'il emprunte à l'Ancien et au Nouveau Testament.
4. Aussi sa théodicée n’offre rien de particulier. Ce qui
l'intéresse avant tout, c'est qu'on donne un sens divin
aux expressions humaines qu'on applique à Dieu et à
ses attributs : « Ne vous arrêtez point a l’imperfection
des termes, mais expliquez-les d'une manière digne de
Dieu. Quand vous entendez dire que Dieu engendre, ne
1 Tous ces traités dans le tome I. — 3 T. III.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 317
songez point à un partage, mais à une communauté d’es-
sence ; ces expressions et beaucoup d'autres, Dieu les
a empruntés à nous, et nous les avons empruntées à lui,
— pour notre honneur. »
Sur la Trinité, il s’en tient à cette formule de l'Eglise :
unité de l'essence, diversité des personnes, qu’il explique
par des textes de lEcriture. Il entre d'autant moins
dans l’exposition spéculative de cette doctrine, que par-
tout, mais surtout en face des subtilités des anoméens,
il insiste énergiquement sur la nécessité de foi. « Si
l'homme est incapable de comprendre les choses ter-
restres qui l’environnent, s’il ignore comment il est né,
comment il se nourrit et se développe, à plus forte raison
ne peut-il comprendre les choses supra-terrestres, sur-
tout la nature divine, qui surpasse toute conception. »
2. Dans l’anthropologie, au contraire, et dans la doc-
trine de la rédemption, il entre dans de nombreux et
longs éclaircissements ; il est souvent original, surtout
dans sa diction. Il enseigne que dans l’origine l’homme
élait immortel, même quant à son corps ; « car s’il eût
été mortel , il n’aurait pas été condamné à la mort comme
à un châtiment. » Ces mots : Dieu a créé l’homme à son
image et à sa ressemblance, ne doivent pas s’entendre
d'une égalité de nature, mais d’une ressemblance de
pouvoir. Nous devons ressembler à Dieu par la douceur,
par la miséricorde, par toute sorte de vertus ; nous de-
vons régner sur nos pensées , sur nos désirs deraison-
tables et mauvais, et les soumettre à l’empire de la rai-
son. » Le point de vue pratique, comme on le voit,
reparait aussitôt dans le cours de ses explications. La
chute et ses conséquences spirituelles et corporelles sont
surtout traitées avec de grands détails.
3. Quand saint Chrysostome aborde la personne de
Jésus-Christ et l'œuvre de la rédemption, il a grand soin
de ne pas séparer les deux natures, la « parfaite nature
divine et la nature humaine, » contrairement à ce qu’on
318 MANUEL DE PATROLOGIE.
avait coutume de faire dans l’école d’Antioche : « Etre
concu par une mère et reposer dans son sein, c’est là,
dit-il, un attribut de l’humaine nature ; mais être conçu
par une mère qui n’a jamais été reconnue, cela passe la
nature humaine en magnificence. » Voilà pourquoi le
Christ possède à la fois la nature divine et la nature hu-
maine. « Si la forme divine est un Dieu parfait, la forme
d’esclave est aussi un esclave parfait. — Gardons-nous
de les confondre aussi bien que de les séparer. Quand je
dis un, je dis union des deux, je ne dis pas mélange,
ou changement d’une nature en l’autre. » Et comme les
anomeens invoquaient les textes de l’Ecriture où le Christ
se déclare lui-même et est déclaré par les apôtres infe-
rieur au Père, Chrysostome répond qu'ils ont fait cela
pour quatre raisons : 4. pour convaincre les hommes à
venir que le Christ a véritablement pris la nature hu-
maine, et non pas un corps fantastique ; 2. à cause de la
faiblesse de leurs auditeurs ; 3. pour leur enseigner l'hu-
milité, 4. pour nous empêcher de croire que cette union
sublime et ineffable qui a lieu dans la Trinité, ne consti- |
tue qu’une personne divine. |
4. La rédemption a eu trois avantages : 1. elle a de-
truit les maux et les peines de la première chute; 2. elle
nous a rendu les biens que nous avions perdus, en sorte
que maintenant le Christ est libre tout en étant dans la
servitude, ce qui vaut mieux que la première liberté,
3. le Christ nous a promis des biens plus excellents que
ceux que nous avions dans le commencement et avant la
chute. — La victoire est parfaite, rien ne manque plus à
notre triomphe.
5. L'Eglise est une avec le Christ. « De même que le
corps et la tête constituent un homme, de même le Christ
et l'Eglise ne font qu'un. » L'Eglise est donc unique par
toute la terre, parce qu'elle n’a qu'un maître qui est com-
mun à tous. Elle est fondée par le Saint-Esprit, qui est
venu sous forme de langues de feu, afin de purifier de
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOME. 319
es souillures le monde qui avait été désuni par la c5n-
usion des langues. »
6. Sur les sacrements, considérés comme signes sen-
ibles de la grâce invisible, saint Chrysostome enseigne
que «le Christ ne nous y donne rien de sensible, mais
eulement des choses spirituelles sous des éléments vi-
ibles. » — « Si vous étiez sans corps, il aurait pu vous
ommuniquer ses dons d'une manière tout incorporelle;
nais votre âme étant unie à votre corps, il vous donne
les choses spirituelles sous des formes sensibles ?, » Il
lit en parlant des effets des sacrements : « C’est par les
acrements que le Christ s’unit aux fidèles. »
1. L'Eucharistie, saint Chrysostome le répète en divers
passages, est «le corps et le sang du Christ,» — «un
sacrifice saint et redoutable. » — « Ne regardons pas à
qui est devant nous, mais demeurons fermement atta-
ches à la parole du Christ. Sa parole est infaillible , tan-
dis que nos sens sont sujets à l'illusion. Et puisqu'il a
dit: Ceci est mon corps, soumettons-nous et considérons-
le avec les yeux de notre esprit. » Aussi exhorte-t-il les
fidèles, de toute la puissance de son âme, à se bien pré-
parer à la réception du corps et du sang de Jésus-Christ :
«‘J'exposerais plutôt ma vie, dit-il, que de donner le
corps du Seigneur à un indigne ; » — car « s’il n’est per-
sonne qui osât recevoir un roi avec irrévérence, ni même
toucher son vêtement avec des mains impures, comment
pouvons-nous traiter avec tant d’irrévérence le corps
de ’Homme-Dieu, qui est au-dessus de tout, ce corps pur
etimmacule qui est uni à la nature divine, et par qui
nous avons la respiration et la vie? Ah! je vous en prie,
le nous précipitons pas nous-mêmes dans la mort, mais
ıpprochons-nous de lui avec respect et une grande pu-
tele. Et quand vous le verrez là étendu, dites-vous :
Grâce à ce corps, je ne suis plus cendre ni poussière, je
de suis plus un captif, mais un affranchi. Par lui, j’es-
!Hum. 11 in Pent.; Hom. xxxV in I Cor. —% Hom, LxxxIu in Matth.
320 MANTEL DE PATROLOGIE.
père la vie éternelle, la condition des anges, le com-
merce de Jésus-Christ. Ce corps percé d’épines et flagelle,
la mort n'a pu le retenir. Devant lui, le soleil s’est voile
de ténèbres quand il l’a vu suspendu à la croix. — Voilà
ce corps qui a été inonde de sang, percé d'une lance et
qui a ouvert pour l'univers entier deux sources de salut
d'où l’eau et le sang ont jailli. — Voulez-vous encore
éprouver sa vertu d’une autre manière : interrogez cette
femme affligée d’un flux de sang et qui toucha, non pas
sa personne, mais seulement la frange de son habit. In-
terrogez la mer qui le porta sur ses vagues. Demandez
aux mauvais esprits d'où vient que leur puissance a été
brisée , à l'enfer ce qui lui a ravi sa victoire : ils ne vous
nommeront pas autre chose que ce corps crucifié. De-
mandez aussi à la mort : D'où vient que ton aiguillon est
émoussé et ta force abattue? autrefois si redoutable à
tous, comment es-tu devenue douce même aux enfants?
Et elle sera contrainte d’en attribuer la cause à ce corps.
En effet, dès qu'il fut attaché à la croix, les morts res-
susciterent, les sépulcres s’ouvrirent et les morts revin-
rent à la vie. Et ce corps, il ne l'a pas seulement livré à
nos embrassements, mais, pour nous prouver toute l’in-
timité de son amour, il nous l’a encore donné à manger.
Mais aussi, plus le bienfait est grand, plus grand sera
notre chätiment, si, par notre indifference ou par nos
sentiments impurs, nous nous rendons indignes d’un tel
bienfait. »
8. Les explications aussi developpees qu’attrayantes
sur les rapports de la liberté et de la grâce, servent de
transition entre le dogme et la morale, qui est le veri-
table terrain de saint Chrysostome.
9. Parmi les différents moyens de salut, saint Chry-
sostome recommande surtout la prière : « Un roi, dans
son. vêtement de pourpre, a moins d'éclat que n’en donne
à l’homme en prière son entretien avec Dieu. Si, en pré-
sence de toute l’armée, des généraux et des princes, un
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. S. CHRYSOSTOMÉ. 391
homme s’avance et s’entretient en particulier avec le
prince, il attire aussitöt sur lui tous les regards et ac-
quiert par là une plus grande considération. Ainsi en
est-il de celui qui prie. Reflechissez, en effet, à ’impor-
tance de cette action : un homme, en présence des anges,
des archanges, des séraphins, des chérubins et de toutes
les puissances célestes, ne craint pas d'approcher en
toute joie et confiance le Roi des rois, et de s’entretenir
avec lui! Quel honneur peut égaler celui-là? Mais ce
n'est pas seulement un honneur, c’est encore un grand
profit que nous retirons de la prière, avant même d’a-
voir reçu ce que nous demandons.
En effet, sitôt qu’un homme élève ses mains au ciel
et invoque le Seigneur, il déprend son cœur de toutes les
choses terrestres et s'élève en esprit dans la vie future.
Il ne pense plus qu'aux affaires du ciel, et pendant qu'il
prie, si toutefois il prie bien, il n’a rien de commun
avec la vie d’ici-bas. Si sa colère s’enflamme, elle est
facilement apaisée par la prière. De même qu'au lever
du soleil, toutes les bêtes féroces prennent la fuite et se
cachent dans leurs repaires, de même, quand la prière
sort de notre bouche et de nos lèvres comme un rayon
du soleil, et que notre âme est illuminée, toutes les
pensées impures et animales disparaissent et se cachent,
pourvu que nous priions avec ferveur, avec un esprit
attentif et une âme vigilante. La prière est un port au
milieu de la tempête, une ancre au sein des flots tumul-
tueux ; pour celui qui chancelle, c’est un soutien, pour le
pauvre un trésor, pour les riches un gage de sécurité,
un préservatif contre les maladies et une garantie de la
santé. — La prière est le refuge de la douleur, la source
de la gaîté, une cause de joie incessante, la mère de la
Vraie sagesse. — « Cependant, je ne parle pas d’une
prière faite du bout des lèvres, mais d'une prière qui
sort du fond du cœur. Comme les arbres qui ont de
profondes racines résistent aux assauts des vents mille
21
329 MANUEL DE PATROLOGIE.
fois répétés, ainsi la prière qui jaillit des profondeurs
de l'âme, ayant de vigoureuses racines, s’élève tran-
quillement dans les hauteurs et n’est troublée par
l'orage d'aucune pensée. De là, cette parole du pro-
phète : «Du sein de l’abime, j'ai crié vers vous, Ô mon
Dieu. »
Mais la prière qui monte le plus haut est celle qui
s'élève d'un cœur oppressé, mais fervent; de même que
les eaux qui traversent la plaine et qui se répandent au
loin ne peuvent s'élever dans les airs, tandis que, con-
tenues et poussées dans des canaux, elles s’élancent
dans l’air plus rapides qu'une flèche; ainsi l’äme hu-
maine, tant qu'elle jouit d’une grande liberté, se dissout
en quelque sorte. Si, au contraire, elle est opprimée
par le malheur, elle envoie au ciel de pures et harmo-
nieuses prières, et c'est ce qui fait dire au prophète:
« Dans ma détresse, j'ai crié vers le Seigneur, et il m'a
exaucé !! »
Tout bien pesé, nous trouvons que la qualité qui do-
mine au milieu des œuvres si diverses de saint Chrysos-
tome, c'est une éloquence douce et gracieuse, quoique
dans le goût du temps, une exégèse assez méthodique,
et un zele vigoureux, couronné souvent de grands
succès, pour la discipline ecclésiastique.
Omnia opera, edit. emend. et aucta, 26 vol. in-8°, 2 col., ap. Gaume,
fratres. Cette édilion, qui est la reproduction de celle de Montfaucon,
est la meilleure : 400 fr. — Edit. Salvilius, Etonæ, 1619, in-fol., 8 vol.;
græc. et lat., ed. Fronto Ducæus et Morellus, Par., 1609-1633, in-fol.,
42 vol., recus. Paris, 1636. Venet:, 13 vol. in-fol. Cf. Tillemont, t. X];
Dupin, t. II, p. 1; Ceillier, t. IX, ed. 2%, t. VII; Neander, Jeun Chry-
sostome et l’Eglise à son époque, surtout ’Eglise d’Orient, 3° éd.
Augsb., 1848, 2 vol. ; Héfelé, Postilles de saint Chrysostonie, soixaute-
quatorze sermons tirés de ses Œuvres, 3° édit., Tubing., 1857.
1 Orat. de incomprehens., contra anom., V.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. SYNÉSIUS. "+ 393
S 56. Synésius, évêque de Ptolémaïs (mort vers 414).
Cf. Notitia historica ex Petavii notis ad Synes. Opera. Notitia litte-
raria ex Fabricii Bibl. græc., t. IX ; et l’article Synésius de Krabinger
dans le Dictionn. encyclop. de la théol. cath., &d. Gaume.
Synésius, issu d’une famille noble et illustre, naquit
à Cyrène, dans la Pentapole égyptienne, entre 370 et
375. Il fit ses études à Alexandrie, fut initié aux mathe-
matiques et à la philosophie (néoplatonicienne) par les
leçons d’Hypatie, cette fille spirituelle du mathématicien
Théon , cette femme en manteau de philosophe, à
laquelle il donne encore dans sa dernière lettre les noms
de mère, de sœur et d’institutrice, et qui fut assassinée
dans une insurrection populaire (415). La force remar-
quable d’eloquence où il atteignit après ses premières
années d’études, décida ses concitoyens à l'envoyer à
Constantinople, quoique très-jeune encore, porter une
couronne d'or à l’empereur Arcadius (390). Il attendit
un an avant d'obtenir audience. Il y prononca un
discours sur la royauté, qui, malgré sa franchise et sa
hardiesse, fut mieux accueilli que la couronne. Après
avoir passé à Constantinople trois années malheureuses
et tourmentées, il retourna à Cyrène, mélant au goût
des lettres et des sciences la passion de la chasse et de
l'agriculture. Cependant, au milieu de ses travaux phi-
losophiques, la solitude lui pesait?, et comme on ne
cessait de lui répéter de toutes parts « qu'il devait aller
à Athènes, » il s’y rendit enfin; mais le désenchante-
ment ne se fit pas attendre. « De tant de magnificences,
disait-il, les Athéniens n’ont plus que le nom, la philo-
sophie elle-même les a quittés; c'est l'Egypte qui est :
maintenant le foyer de la philosophie, dont les semences
y ont été répandues par Hypatie®.» ll résida de nou-
1 Edition grecq. et allem., par Krabinger, Munich, 1825. — ? Ep. ci.
— 3 Ep. cXXXVI.
F- — LaNTI IE PAYRHOCE-
Dar ı Axa oem 2 jesquaun commenct-
mec 0: sie le om epugmr de probablement sa
TES rss agaele» ’’archesèque d'Alexandre,
Tbargécs ont : wur use dent d eut trois fils.
Rap: Cam Crremsiqme où à se livra derechef
ass rage sv es ja vorı de peuple et du clergé
+ drmumöa QUEÇDE mar. pour évèque de Ptolemais
‘49 _ Some reprassa d'aburd ces offres, d'une parti
case Ôe ia ke de cfa : car « D me voulait ni se séps-
rer de sa em ur vivre fartivement avec elle comme
un aebvre - 'astre part parce qu'il ne croyait ps
ane Que Ses <GinuRs sur la preexisience de l'âme,
sr ds mad et la resarrection des morts fussent
aa kurmier- avec la évrtrme de l'Eglise. Cependant les
Biss <oeravmt qu la eräne divine, qui déjà avai
pere en nc da 3 zramdes choæs acheverait son ou-
vrase. et. en ‘ai meimirami la pleine vérité, lui donnerait
ia fre de » resemer. Cet espoir ne fut point déçu‘. .
Promu à lvèche de Piolemais, et investi par Théo-
phix de la jersbrtion metropolitaine sur la Pentapok,
Stmsus. masre la difficulie des temps, remplit fidèle
ment sa char et «int de grands succès. Il réconcilia
ks parts reirwux. mainkınt la discipline ecclésiastique,
notamment en fa» des cruautes du gouverneur Andro-
nique. mourut probablement en 414, attristé par les
frequentes incursions des Barbares dans sa patrie, que
ni son courage militaire. ni ses connaissances mathé-
matiques et strategiques, ni surtout la mort de ses trois
fils ne purent sauver. La mort de cet homme éloqueni
- termine l'histoire de la Pentapole lybienne, où le chris-
tianisme avait penetre de bonne heure?, et dont les
monuments grandioses font encore aujourd'hui l’étonne-
ment du voyageur.
" Cf. Evagr., Hist. eccl., I, xv. — ? 4ct., u, 10 et 13, 1; Marc., X,
sn atunhibe à.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. SYNÉSIUS. 395
Travaux littéraires de Synesius.
De ses nombreux travaux littéraires, nous. possédons
seulement :
4. Cent cinquante-cing Lettres (cent cinquante-six avec
‘e supplément de Possinus). Elles témoignent de la ri-
chesse de son génie, de sa grandeur d'âme, de son
activité universelle et de ses progrès dans les idées
chrétiennes; on y trouve aussi de nombreux détails sur
la situation politique et religieuse du temps. — Nous
avons cité plus haut son Discours sur la royauté.
2. Traités : Dio, vel de ipsius vitæ institulo; De in-
somniis. Pétau trouve que l'esprit païen domine encore
entièrement dans l’une et l’autre : Liber de somnüs,
dit-il, merum culiorem deorum redolet, neque vel pilum
christiani habet nominis... nec aliud de Dione judicium est.
L’Eloge de la calvitie (calvitii enconium) est évidemment
une satire dirigée contre les sophistes!; Æogypiius seu
de providentia ?. Dans la lettre cinquième, Synésius
exhorte les prêtres de son diocèse à ne rien négliger
pour expulser la secte des eunoméens qui s’etait glissee
dans son diocèse. De doro astrolabii dissertatio.
3. Homélies et sermons. De ses deux homélies, nous
n'avons que des fragments. Nous n’avons également
que deux sermons sous le titre de Catastasis (1. dicta in
maximam barbarorum excursionem; 2. Constilulio, seu
Elogium Anysii).
4. Hymnes. Hymni decem, lyrico carminis genere. Les
cinquième, sixième et neuvième attestent nettement les
vues orthodoxes de Synésius, car il y invoque le Fils de
la Vierge et chante un hymne à la Trinité, animarum
medico, medico corporum, Patri simul excelso, Spiritui-
que sanclo.
1 Edit. grecque et allemande, par Krabinger, Stuttg., 1834.
3 En grec et en allemand, par Krabinger, Solisb., 1835,
326 MANUEL DE PATROLOGIE.
Photius a dit d'une partie de ses écrits que « le style
en est sublime et grandiose, mais qu'il incline vers la
diction populaire (d'autres écrivent poétique). Ses lettres
sont pleines Je charme et de douceur, avec des pensées
fortes et abondantes : » Stylus ille sublimis quidem el
grandis, sed qui ad popularem (alii poeticam) simul dic-
tionem inclinet. Epistole venustate et dulcedine fluentes
cum sententiarum robore et densilate.
Contenu des écrits de Synésius.
Les écrits de Synésius offrent fréquemment le mélange
d'idées paiennes et chrétiennes, exprimées dans un style
tout païen et avec les formes du néo-platonismet. En
général, la période chrétienne offre plus d’un ouvrage
qui demande à être apprécié au même point de vue que
diverses productions de la renaissance au quinzième
siècle. On trouverait, surtout en Italie, même chez les
plus hauts dignitaires de l'Eglise, un pareil amalgame
d'expressions paiennes et chrétiennes, malgré l’incon-
testable orthodoxie de ceux qui s’en sont servis. Du
reste, dans les écrits que Synésius a composés comme
prêtre et comme évêque, on remarque un progrès sen-
sible vers la foi chrétienne. « L’enthousiasme un peu
fanatique disparaît insensiblement devant la précision
dogmatique, et la fantaisie du poète finit par se con-
fondre avec la croyance de l’évêque. » Déjà, avant son
épiscopat, il écrivait à un certain Jean qui, après une
vie orageuse, voulait se retirer dans la solitude du
cloitre : « Je loue tout ce que vous ferez pour l’amour
du ciel; — je me réjouis donc avec vous que vous
soyez heureusement arrivé au but où je touche à peine
après de si longs efforts. Priez pour moi, afin que pareil
bonheur m’echoie, que je retire quelque profit de mes
travaux philosophiques, et que je n’aie point consumé
inutilement ma vie dans les livres. » La plus touchante
* Cf. Huber, Philosophie des Pères de l'Eglise, p. 315.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. SYNÉSIUS. 397
expression de ses sentiments religieux se trouve dans
le chef-d'œuvre de son éloquence, la première catastasis,
qu'il termine ainsi, en faisant allusion à la ruine pro-
chaine de Ptol&mais : « Il approche le jour de la tempête,
ce jour où les prêtres, en présence des dangers qui les
menaceront, devront se réfugier dans le temple de Dieu.
Pour moi, je resterai à mon poste dans l’église; je pla-
cerai devant moi les vases sacrés, j'embrasserai les
colonnes du sanctuaire qui soutiennent la table sainte;
jy resterai vivant, j'y tomberai mort; je suis ministre
de Dieu, et peut-être faut-il que je lui fasse l’oblation de
ma vie; Dieu jettera quelques regards sur l’autel arrosé
par le sang du pontife. » Cependant, peu de temps aupa-
ravant, dans le même discours, ses souvenirs païens
s'étaient réveillés, et il les mêlait à ses pensées chré-
tiennes avec une touchante naïveté : « O Cyrène, s’ecriait-
il, dont les registres publics font remonter ma naissance
jusqu’à la race des Héraclides! Tombeaux antiques des
Doriens, où je n’aurai pas de place ! Malheureuse Ptolé-
mais, dont j'aurai été le dernier évêque! Je ne puis en
dire davantage; les sanglots étouffent ma voix. »
Opera omnia, ed. H. Turneb., Paris, 1555; græc. et lat., ed. D. Peta-
vius, Par., 1612; augmentées des Œuvres de Cyrille de Jérusalem,
éd. 1633. La meilleure édit. est celle de 1640 ; ad codd. mss. fidem
recognovit et annot. crit. adjecit Krabinger, Landesh., 1850 (tom. I,
ne contient que les discours et des fragments d’homélies); Migne,
ser. gr., t. LXVI. La meilleure reproduction des Hymnes se trouve
dans le Sylloge poetarum græcor., de Boissonade, Paris, 1825, t. XV.
On trouve de nouveaux secours pour la critique si nécessaire du
texte dans les Odservaliones criticæ in Synes. epist., ed. Kraus,
Solisb., 1863. Cf. Tillemont, t. XII; R. Ceillier, t. X ; ed. 24, t. VIII;
Clausen, de Synesio philosopho, Lybiæ Pentap. metropolita, Hafn.,
1831 ; Toussaint, Etudes (société littér. de l’univ. de Louvain, 1840,
vol. 4); Druon, Etudes sur la vie et les œuvres de Synésius, Paris,
1859 ; Dr Kraus, Etudes sur Synésius de Cyrène (Revue trim. de Tub.,
1865, livr. 3 et 4; 1866, livr. Are). Ce travail fournit des renseignements
sur la vie et les écrits de Synésius , sur son sacre, sur ses progrès
dans la foi chrétienne et donne l’énumération complète des ouvrages
qui ont paru sur Synésius.
328 MANUEL DE PATROLOGIE.
S 57. Eerivains secondaires de cette époque.
Asterius, Nemesius, Nonnus et Proclus.
I. Saint Asterius, métropolitain d'Amasée, dans le
Pont, vivait dans la seconde moitié du quatrième siecle.
Il reste encore vingt et une de ses homélies recueillies
par Photius!; on y trouve plusieurs panégyriques de
martyrs et de saints.
Ses œuvres ont été éditées par J. Brontius, Antwerp., 1615;
Combefis, dans son Auctuarium, les a augmentées de six homélies,
Paris, 1648; Migne, ser. gr., t. XL.
II. Némésius. Tout ce que nous savons de lui, c’est
qu’il fut évêque d’Emese en Phénicie, probablement vers
le commencement du cinquième siècle. On lui doit un
traité philosophique Sur la nature de l’homme, passable-
ment étendu et qui n’est pas sans importance. Il y traite
de la physiologie et de la psychologie, et y critique les
opinions des anciens en bon philosophe. S’il incline forte-
ment vers le néo-platonisme et s'il soutient la préexis-
tence des âmes, il n’en dit pas moins ailleurs, au point
de vue chrétien, une foule d'excellentes choses, par
exemple, lorsqu'il parle de la dignité de l’homme et de
son rang dans l’ensemble de la création, de l’immortalité
de l’âme et de la liberté. |
Ses œuvres ont été éditées à Anvers, 1565; dans l’Auctuarium
Bibl. Patr., Paris, 1691 ; Oxon., 1671 ; Migne, ser. gr.,t. XL. Cf. Ritter,
Hist. de la philos. chret., 2° vol., p. 461.
III. Nonnus de Panopolis, auteur de poésies profanes
(les Dionysiacu), a fait aussi, en vers hexametres, une
description poétique de l'Évangile de saint Jean, sous le
titre de : Merabodh voù xara ‘Loavynv äyiou eûæyyehtou 2.
IV. Proclus, d’abord secrétaire d’Atticus, patriarche
de Constantinople, fut promu par lui au diaconat et à
la prêtrise, et nommé sous son successeur évêque de
1 Biblioth., cod. 271. — 3 Migne, ser. gr., t. XL.
AUTEURS LATINS. COMMODIEN. 329
Cyzique; mais il fut empêché de prendre possession de
son siege par un contre-parti qui voulait établir un autre
évêque. Plus tard, en 434, il devint patriarche de Cons-
tantinople, et comme tel combattit avec zèle le nesto-
rianisme. Il mourut en 447. Nous avons de lui un grand
nombre de lettres et d’ecrits synodaux, vingt-cinq ho-
mélies pour les fêtes du Seigneur et de différents saints.
Parmi ces dernières se trouve le fameux discours pro-
noncé contre Nestorius, où il revendique le titre de mère
de Dieu, que Nestorius refusait à la sainte Vierge.
Editeurs de ses œuvres : Combéfis, Auctuarium, t. I; Gallandi,
Bibl., t. IX; Migne, ser. gr., t. LXV.
CHAPITRE IL.
AUTEURS LATINS.
S 58. Commodien (Gazæus).
Gennade est le premier qui ait fait mention de Com-
modien, dont il apprécie parfaitement la valeur littéraire.
On a conclu de la ressemblance de son style avec celui
des auteurs africains qu’il était né en Afrique. Le sur-
nom de Gazæus, qu’il avait pris lui-même, a fait supposer
à quelques-uns qu’il était ne à Gaza en Palestine; mais
il est probable que ce mot gaza, ou trésor, est une simple
allusion au trésor de vérités qu’il trouva dans le chris-
lianisme après sa conversion. On n’est point d'accord
sur le temps où il vécut; suivant les uns, il serait pos-
térieur à Lactance, dont il aurait adopté les opinions
millénaires; il aurait donc vécu au début du quatrième
siècle, sous le pape Sylvestre (314-335); les autres croient
qu'il écrivait vers 267-270, parce qu'il dit dans un en-
droit « qu'il s’est écoulé 200, et non encore 300 ans,
depuis l'introduction du christianisme *. » Mais ce pas-
sage peut s'entendre d’une introduction postérieure à
1 De script. eccles., c. xv.— % Instr., XVI, 2.
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tt tit ibn WERDE CUIR.
ais tasse sors, que Commxien etail
bosses Gum aulte ouvrage 'aacersus Pigancs) assigné
IR Ménosst, ont Ve Wa muorlıb, perserut. de Lactance, c. x et XL
AUTEURS LATINS. FIRMICUS MATERNUS. 331
à Paulin de Nole par Muratori. De nos jours, dom Pitra
lui a attribué, avec assez de vraisemblance, le Carmen
apologelicum adversus Judæos et gentes, intitulé dans le
manuscrit : Traclatus sancli Episcopi. Ge carmen, qui a
beaucoup d’analogie avec les Institutiones, a été décou-
vert dans un manuscrit du huitième siècle, rapporté
d'Italie en Angleterre (Middle Hill), et reimprime dans le
Spicilegium Solesmense, tomes I et IV, avec des prolé-
gomènes et des éclaircissements. Pitra presume que le
titre, incomplet dans le manuscrit, pouvait être celui-ci :
Commodiani, episcopi africani, carmen apologeticum ad-
versus Judæos et gentes. Il croit que les deux ouvrages
sont du commencement du troisième siècle.
Découvertes par le jésuite J. Sirmond, les Instructiones ont été
éditées par N. Rigault, Tulli Leucorum, ap. Belgrand, 1650 ; editio
repetita per Priorium, avec lcs œuvres de saint Cyprien, Par., 1666 ;
avec des dissertalions par Dodwell et Schurzfleisch, Viteb., 1750;
ed. Davidius, avec l’Ocfavius de Min. Felix, Cantabr., 1712; ed.
Œhler, duns la Bibl. Patr. eccles. latin., de Gersdorf, vol. xm,
avec Min. Félix, Materne, et le Poème de Paulin contre les païens.
Cf. Lumper, p. xıu, 390-407; Ceillier, t. IV, ed. 24, t. III.
$ 59. Firmieus Maternus.
D’apres les renseignements fournis par son ouvrage,
il était probablement originaire de Sicile, où il remplis-
sait, comme paien, une charge importante. Ses JJuit
livres de mathématiques et d'astronomie, respirent encore
tout-à-fait l'esprit païen !. Après sa conversion, il rédigea,
vers l’an 348, le livre intitulé : De errore profanarum re-
ligionum libellus ad Constanlium et Constanlem Auguslos.
La difference d’esprit qui regne dans ces deux ouvrages,
le style plus correct du second ont fait soupconner qu'ils
n'étaient pas du même auteur. Ce petit traité apologe-
tique se distingue en ce qu'il parle non-seulement de la
religion des Grecs et des Romains, mais encore de celle
1 Ed. Venet., 1501, et Basil., 1551.
332 MANUEL DE PATROLOGIE.
des peuples barbares. Materne mit au service du chris-
tianisme un zèle infatigable ; son ardeur inconsideree
le poussa jusqu’à demander aux empereurs Constance
et Constant, de faire disparaître par la violence les
derniers vestiges du pagänisme, parce qu'il est écrit au
Deutéronome : « Après la destruction du temple, la puis-
sance de Dieu nous a élevés plus haut‘. » A part cette
singularité, sa polémique ne renferme rien qui n'ait été
dit par Arnobe, Lactance et saint Cyprien; seulement elle
est encore plus aggressive contre le paganisme que celle
de Lactance. Sa diction est souvent uniforme et diffuse.
En matière dogmatique, on trouve dans Materne un
éclatant hommage au dogme de l’Eucharistie; il dit, en
faisant allusion au chapitre vi de saint Jean : « Nous bu-
vons le sang immortel du Christ; ce sang du Christ se
mêle au nôtre et nous confère l’immortalite. »
Ed. Galland., in Bibl., t. V; Migne, ser. grecq., t. XII. Edit. Ober-
thür, renfermant Arnobe (Patr. lat.,t. V); ed. Münter, Hafniæ, 1826;
ed. (Ehler, loc. cit., vol. XII; ed. Bursian, Lips., 1856.
6 60. Marius Vietorinus Ll’Africain (mort entre 370 et 382).
La colonne que lui avait érigée Rome païenne pour
reconnaître ses talents de rheteur (354), ne l’empêcha
pas d’embrasser le christianisme dans une haute vieil-
lesse (avant 361), « au grand étonnement de Rome et
à la joie de l'Eglise. » Saint Augustin a fait un récit
touchant de sa conversion, où il trouvait un motif de
s’affermir dans la sienne ?. Victorin a composé plusieurs
écrits en reconnaissance des grâces qu'il avait reçues
dans l'Eglise. En voici la nomenclature :
1. Liber ad Juslinum manichæum contra duo principia
manichæorum, el de vera carne Christi. 2 De verbis
Scripturæ : Factum est vespere et mane dies unus. Cæ-
peritne a vespere dies, an u matutino ? 3. Liber de gene-
I Deut., x, 6-10. — 3 Confess., lib. VII, c. u et seq.
AUTEURS LATINS. S. HILAIRE. 333
ralione divina ad Candidum arianum : refutation d'un
petit traité de Candide encore existant. 4. De öpoouctw
recipiendo. Plus importants sont ses Quatre livres contre
Arius, bien qu’ils renferment de grandes obscurites et
des vues contraires à l’enseignement catholique. Ils ont
été composés vers 365. 5. Les Commentaires sur l'épttre
aux Ephésiens, livres II, et sur l’épttre aux Galates,
livres II, outre les Petits commentaires de Victorin,
évêque de Petau, en Steiermark, sur l’Apocalypse, sont
les premiers débuts de l’exégèse biblique en latin.
6. Trois hymnes sur la Trinité.
Le De physicis, ou mieux : Adversus physicos ( contre
les physiciens qui attaquaient la doctrine de l’Ecriture
sur la création) est douteux. Le Carmen de vu fratribus
Maccabeis, est certainement apocryphe.
Ses œuvres ont été rééditées par Gallandi, Biblioth., t. VIII, et par
Ang. Mai, Nova Collect. veter. script., t. III; Migne, ser. lat., t. VIU.
Cf. Ceillier, t. VI; ed. 2%, t. IV.
S 61.-Saint Hilaire de Poitiers (mort vers 366)?.
Voir la Préface générale et la Vie dans l’éd. de Coustant, augm. par
le docte Seip. Maffei. Vita S. Hilarii, par Fortunat.
Saint Hilaire naquit vers 320 d’une famille noble de
Poitiers, où, malgré le luxe effréné et la corruption des
mœurs, les sciences, notamment la grammaire et la
rhétorique, étaient plus florissantes qu'en aucune autre
partie de l'empire romain. Après une étude approfondie
du latin, sa langue maternelle, il acquit une connais-
sance complète de la langue grecque. Mécontent, dé-
goûté même du paganisme et de sa philosophie, il se
tourna vers la lecture de la Bible, et cette fréquentation le
1Cf. Hionym., Catal., 101. — ? La librairie Gaume publie en ce
moment une nouvelle édition des œuvres complètes de S. Hilaire,
d'après les manuscrits les plus authentiques, l’édition des Bénédictins
(1693) et l'édition de Vérone (1730). La révision du texte est confiée à
un excellent philologue, M. F. Dübner. (Note du trad,
336 MANUEL DE PATROLOGIE.
d'épwoucto. Nous avons donc ici une discussion toute pa-
cifique, puisqu'elle a pour but de réconcilier des esprits
séparés seulement par l’obscurité de leurs idées.
2. Cet écrit ayant été attaqué par Lucifer de Cagliari,
comme trop indulgent, saint Hilaire se justifia dans
l’Apologetica ad reprehensores libri de synodis responsa,
et s’expliqua avec plus d’exactitude.
3. L'ouvrage Contra Constantium imperatorem , liber
unus, rédigé avant la mort de Constance, mais publié
seulement après, est écrit avec une grande précision.
L'auteur y accuse Constance d'avoir ruiné la foi et l’E-
glise, sous prétexte de rétablir l’unité de croyance.
A cette tactique déloyale il préfère ces temps de persecu-
tion ouverte, où du moins l’on ne trompait pas les chre-
tiens sur l'objet de leur croyance et ne leur enlevait pas
le mérite du martyre. « Maintenant, s’écrie-t-il, je dois
à Jésus-Christ de rompre le silence » (c. m). Il rappelle
à Constance les violences exercées contre les chefs de
l’orthodoxie, et justifie la confession de Nicée : « Je te dé-
nonce, à Constance, ce que j'aurais dit à Néron , ce que
Dèce et Maximin auraient entendu de ma bouche : Tu
combats contre Dieu , tu es acharné contre l'Eglise, tu
persécutes les saints, tu détestes les prédicateurs du
Christ, tu détruis la religion : tu es le tyran non des
choses humaines, mais des choses divines. Tu es le pré-
, curseur de l’antechrist, dont tu commences les mystères
d’iniquite !. » .
4. Le Liber II ad Constantium , est un court mémoire
sur des questions d’orthodoxie, destiné à être remis à
l'empereur. Saint Hilaire l’ayant écrit précédemment, à
une époque où il en espérait encore quelque résultat,
y traitait ce prince avec plus de douceur. C’est dans ce
livre qu'on lit cette belle et généreuse parole : « Si un
pareil moyen (la contrainte) était employé à l’appui de
la vraie foi, la sagesse épiscopale s’y opposerait et dirait :
1 C. 1V-VII.
AUTEURS LATINS. S. HILAIRE. 337
Dieu est le Seigneur de tout, il n’a pas besoin d'un
hommage forcé, il ne veut pas d’une profession de foi
arrachée !,
5. Contra Auxentium. Dans ce traité, Hilaire cherche à
démasquer Auxence, évêque intrus et arien de Milan,
qui, par considération pour l’empereur Valentinien,
cachait son arianisme sous des formules ambiguës.
6. On attribue encore à saint Hilaire quinze Fragments
historiques, ou morceaux détachés de son livre contre
Valens et Ursace. Mais il n’y a guère que le premier, le
second tout au plus, qui soit certainement authentique.
Sur les autres, l’opinion des critiques est partagée.
Ouvrages dogmatiques.
Dans les douze livres Sur la Trinité, son plus grand
et son plus important ouvrage, saint Hilaire expose,
d'après la Bible, le « mystère de la foi évangélique, » la
génération éternelle du Fils unique dans l'unité de
l'essence divine, et réfute les objections des ariens. Du
Saint-Esprit, il n’en parle qu’en deux endroits, ce qui a
fait supposer qu’autrefois ce traité avait un autre titre,
celui-ci peut-être : De fide adversus arianos. Il l’Ecrivit
pendant son exil.
Ouvrages exégétiques.
Saint Hilaire est, parmi les latins, le premier exégète
marquant. Nous avons de lüi : 4. un Commentaire sur
l'Evangile de saint Matthieu, écrit vers 355. La forme en
est allégorique ; il n’y est pas tenu compte du texte grec
ni des ouvrages d'Origène. 2. Trailes sur les Psaumes,
composés après son retour de l'exil. Sont authentiques
les traités sur les psaumes 1, II, IX, XIII, XIV, LI-LXIX, XCI,
exvIn-CL; apocryphes les traités sur les psaumes xv,
xxxı, xLI. Les autres sont perdus.
Contrairement à la méthode suivie dans ses autres
1C.ı.
22
338 MANUEL DE PATROLOGIE.
écrits, et particulièrement dans le livre sur la Trinité, où
il avait adopté l'explication grammaticale et historique,
l'auteur préfère ici, alors qu'il ne s’agit plus de démon-
trer à des hérétiques un dogme par l’autorite de la Bible,
la méthode typique et allégorique. qui sert mieux à l’é-
dification. On s'aperçoit aussi qu'il est plus familiarise
avec la langue grecque et avec les exégètes, et l’on re-
connait l'influence du commentaire d’Origene sur les
Psaumes, déjà remarquée par saint Jérôme : In quo opere
imitatus Origenem, nonnulla etiam de suo addidit 1.
D'autres de ses ouvrages sont également perdus, no-
tamment un petit livre contre un médecin paien, Dios-
core, un ouvrage liturgique Sur les Mystères et le livre
des Hymnes. De même que le Psautier dit de saint Am-
broise n'est certainement pas de lui, il est également
très-douteux que l'explication des épiîtres de saint Paul,
découverte par dom Pitra ?, soit authentique, aussi bien
que les deux homelies sur les commencements du pre-
mier et du quatrième évangiles, trouvées par A. Maïs.
Il en faut dire autant des hymnes qu'on lui attribue et de
la lettre à sa fille Abra ®.
Doctrine de saint Hilaire.
4. L'enseignement de saint Hilaire a pour but princi-
pal l'exposition du dogme chrétien, qu’il exprime de la
manière la plus complète dans le passage suivant : Le
Père et le Fils « sont un, non par le mystère de l’éco-
nomie du salut, mais par une génération substantielle,
car Dieu, en engendrant son Fils de lui-même, ne dé-
génère point en lui, » il ne produit point un être subor-
donné.
Sur le Saint-Esprit, il enseigne qu’il est une personne
distincte et unie aux deux autres personnes. Quant à
1 Catal., c. c. — 4% Spicil. Solesm., t. I. — 3 Nova Bibl. Patr.,
t. I. — ® Reinkens, Hilarius, p. 273 et suiv. — 5 De Trinit., lib. II,
C. XXIX.
"'TEURS
| LACTINS. S. HILAIRE. 339
“ment il s'exprime à la fin de son
“le Dieu lni-même : Quod ex te
“anctus Spiritus tuus est, etsi
», sed tamen teneo conscientia.
* Trinité est incomprehen-
ler; si saint Hilaire ose
*s hérétiques l’ont forcé
mble et infirme pa-
‚oit point le parfait : »
‚.ctum, neque quod ex alio
‚„loris sut potest inlelligentiam
4 La connaissance humaine n’est
sure de ce qui est possible et connais-
ı toute incrédulité est-elle une folie : Omnis
‚fidelitas stultitia est, quia imperfecti sensus sui
pientia, dum omnia infirmitalis suæ opinione mode-
ır, putat effici non posse quod non sapil. Causa enim
fidelitatis de sententia est infirmitatis, dum gestum esse
quis non putat, quod geri non posse definial .
3. Dieu a revêtu ses vérités révélées de certaines
expressions qui s'adaptent au sujet aussi convenable-
ment que le permettent les bornes du langage humain.
Il faut en maintenir le sens véritable : « Dieu a dit qu’il
faut baptiser les nations au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit. La forme de la foi est donc certaine, mais
le sens en est incertain pour les hérétiques. Il ne faut
donc rien ajouter aux préceptes ?.» Et plus loin : Immen-
sum est autem quod exigitur; incomprehensibile quod
auditur, ut ultra præfinitionem Dei sermo de Deo sit.
Posuit naturæ nomina Patrem, Filium, Spiritum sanctum.
Extra significantiam sermonis est, extra sensus inten-
tionem, extra inlelligentiæ conceptionem, quidquid ultra
quærilur; non enunliatur, non altingitur, non tenetur.
4. Il parle surtout, dans un beau et lumineux lan-
gage, de la nécessité d’une révélation et de l'obligation
1 De Trinit. II, xxıv. — 2 Ibid., lib. IE, c. v.
330 MANUEL DE PATROLOGIE.
l'origine même du christianisme. Comme il est fait allu-
sion dans d’autres passages de cet écrit à des faits sur-
venus au commencement du cinquième siècle, et que les
badinages littéraires ne conviennent guère à une époque
de persécutions, on peut admettre peut-être que son
apologie fut écrite vers 411.
Ses Instructiones adversus gentium deos pro christiana
disciplina per lilleras versuum primas, sont partagées en
deux livres et en quatre-vingts chapitres. C'est la divi-
sion adoptée par Etienne Baluze, d'après un ancien ma-
nuscrit de Saint-Albin d'Angers. Dans le premier livre,
l’auteur dévoile aux paiens l’absurdite de l’idolätrie, et
les exhorte à embrasser le christianisme. Il s'efforce
ensuite d'attirer les Juifs à la religion chrétienne, et
traite en particulier de l’antechrist, qui est, dit-il, apparu
en Néron. Dans le deuxième livre, après avoir parlé du
dernier jugement et de la résurrection, il adresse, dans
un langage affectueux et brülant de zèle, des instructions
aux catéchumènes, aux fidèles, aux clercs, aux chrétiens
entaches de différents vices. Ce traité renferme différentes
erreurs sur le système millénaire, la chute des anges et
l'antechrist. Ses idées sur la Trinité manquent de pré-
cision. Commodien se complait dans les jeux de mots. Il
écrivit en vers rhythmiques, poésie populaire usitée
chez les Romains et qu'on trouve déjà avant lui.
Ce qui lui appartient en propre, ce sont, outre plu-
sieurs expressions africaines inusitées, les acrosliches.
Le contenu des chapitres est indiqué par les lettres ini-
tiales de chaque vers. La préface elle-même est traitée
en acrostiches. A la fin, c'est-à-dire au quatre-vingtième
chapitre, intitulé Nomen Gasæi, les lettres initiales, en
allant du dernier vers au premier, forment ces trois
mots : Commodianus mendicus Christi.
Gallandi a pretendu, sans succes, que Commodien etait
l’auteur d’un autre ouvrage (adversus Paganos) assigné
1 Cf. Baluze, sur le De mortib. persecut, de Lactance, c. x et XL
AUTEURS LATINS. FIRMICUS MATERNUS. 331
à Paulin de Nole par Muratori. De nos jours, dom Pitra
lui a attribué, avec assez de vraisemblance, le Carmen
apologelicum adversus Judæos et gentes, intitulé dans le
manuscrit : Traclatus sancli Episcopi. Ce carmen, qui a
beaucoup d’analogie avec les Institutiones, a été décou-
vert dans un manuscrit du huitième siècle, rapporté
d'Italie en Angleterre (Middle Hill), et réimprimé dans le
Spicilegium Solesmense , tomes I et IV, avec des prole-
gomenes et des éclaircissements. Pitra presume que le
titre, incomplet dans le manuscrit, pouvait être celui-ci :
Commodiani, episcopi africani, carmen apologeticum ad-
versus Judæos et gentes. Il croit que les deux ouvrages
sont du commencement du troisième siècle.
Découvertes par le jésuite J. Sirmond, les Instructiones ont été
éditées par N. Rigault, Tulli Leucorum, ap. Belgrand, 1650 ; editio
repetita per Priorium, avec les œuvres de saint Cyprien, Par., 4666 ;
avec des dissertalions par Dodwell et Schurzfleisch, Viteb., 1750;
ed. Davidius, avec l'Octavius de Min. Félix, Cantabr., 1712; ed.
(Ehler, dans la Bibl. Patr. eccles. latin., de Gersdorf, vol. x,
avec Min. Félix, Materne, et le Poème de Paulin contre les paiens.
Cf. Lumper, p. xl, 390-407; Ceillier, t. IV, ed. 29, t. II.
S 59. Firmieus Maternus.
D’après les renseignements fournis par son ouvrage,
il était probablement originaire de Sicile, où il remplis-
sait, comme paien, une charge importante. Ses [uit
livres de mathématiques et d'astronomie, respirent encore
tout-à-fait l'esprit paien ‘. Apres sa conversion, il rédigea,
vers l’an 348, le livre intitulé : De errore profanarum re-
ligionum libellus ad Constantium el Constanlem Augustos.
La difference d’esprit qui regne dans ces deux ouvrages,
le style plus correct du second ont fait soupconner qu'ils
n'étaient pas du même auteur. Ce petit traité apologé-
tique se distingue en ce qu’il parle non-seulement de la
religion des Grecs et des Romains, mais encore de celle
Ed. Venet., 4501, et Basil., 4551.
349 MANUEL DE PATROLOGIE.
luciférien. En 863, Lucifer retourna à Calaris et mourut en 371. Son
schisme lui survécut encore quelque temps ; et en 384, un prêtre de
ce parti, nommé Faustinus, adressait encore sous le titre : De Tri-
nitate, seu de fide contra Arianos, un écrit à l’impératrice Placidie,
où il défendait son parti et accusait ses adversaires, surtout le pape
Damase. D’autres écrits de Lucifer, qui ont mérité les éloges de saint
Athanase, sont, outre quelques lettres : 4. De non conveniendo cum
hæreticis, ad Constantium imperatorem, où il démontre, par l’autorité
de l’Ecriture, qu'il ne pouvait, au concile de Milan, se réunir aux
ariens, comme le voulait l'empereur ; 2. De regibus apostaticis ad
Constantium imperatorem. L'occasion et l'objet de cet écrit sont in-
diqués dans ces paroles du commencement : « Puisque vous osez dire
que vous seriez mort depuis longtemps si votre foi n'était point in-
tacte et les mesures que vous prenez contre nous agréables à Dieu,
j'ai éprouvé le désir de vous soumettre l’histoire de quelques rois à
qui vous ressemblez dans l’apostasie et la cruauté, afin de détruire
l'opinion qui consiste à dire : Si la foi d’Arius, c’est-à-dire la mienne,
n’était pas la foi catholique, et si en persécutant la foi de Nicée je
n'étais pas agréable à Dieu, aujourd’hui mon empire ne serait cer-
tainement plus florissant. 8. Pro sancto Athanasio ad Constantium
imperatorem, libri II. L'auteur, dans ce livre, démontre qu'il n'est
pas permis de rejeter la vraie foi en condamnant Athanase. Cons-
tance, étonné de la franchise et de la violence de cet écrit, le fit
remettre à son auteur. Lucifer, non content de s’en déclarer l’au-
teur, justifia encore sa conduite dans un nouvel écrit intitulé : 4. De
non parcendo in Deum delinquentibus, ad Constantium imperatorem.
C’est le devoir des évêques, dit-il, de ne se point taire par crainte
des hommes, en présence des fautes et des erreurs des princes.
5. Son dernier écrit : Moriendum esse pro Filio Dei, ad Constantium
imperatorem, poursuit le même but ; il y montre un désir ardent de
subir la mort du martyre. Suivant Coleti, ces divers écrits furent
rédigés de 356 à 860.
Editeurs : J. Tilius, Paris, 1586 ; la meilleure édition est de Coleti,
Venet., 1775; avec des Prolégomènes, dans Migne, sér. lat., t. XII.
UI. Pacien, après un mariage heureux, fut à cause de la sainteté
de sa vie, promu au siége épiscopal de Barcelone en 370, et resta à
la tête de cette Eglise jusque vers l’an 391. C’est à son fils, Dexter
Paciani, que saint Jérôme dédia son Catalogue des écrivains eccle-
siastiques. Nous avons de Pacien : trois lettres à Sempronius contre
jes novatiens ; Parænesis ad panttentiam, douze chapitres; Sermo de
baptismo , sept chapitres. C'est dans la première lettre à Sempronius
qu'on lit ces célèbres paroles : « Mon nom, c’est chrétien ; mon sur-
nom, c'est catholique : » Christianus mihi nomen, catholicus cognomen.
AUTEURS LATINS. S. OPTAT. 343
5 62. Saint Optat de Milève.
Cf. Dupin, Prolegomena, historia Donatistarum et geographia sacra
Africæ, dans son édition.
Optat était évêque de Milève, en Numidie. Tout ce
qu’on peut dire de précis sur le temps où il vivait, c’est
qu’il écrivit contre les donatistes vers 370, et qu'il
existait encore à l'époque du pape Sirice et sous le règne
de Théodose.
Son traité du Schisme des donatistes contre Parménien,
en sept livres, et d’abord en six seulement, le septième
ayant probablement été ajouté plus tard , lorsqu'il revisa
son travail, était une réplique aux détestables écrits de
Parménien, évêque donatiste de Carthage ‘. Je commen-
cerai, dit-il, 4. par faire l’histoire du schisme et de son
origine? : «Ne de la colère, il a été nourri par l’ambition
et affermi par l’avarice 5; » 2. je montrerai quelle est
l'Eglise et où elle est; 3. je prouverai que nous n’avons
pas demandé de soldats et que nous ne sommes point
coupables des crimes qu'on dit avoir été commis par
ceux qui ont voulu procurer la réunion; 4. s’il est vrai
que les catholiques soient de grands criminels; 5. du
baptème ; 6. sur diverses pratiques liturgiques des dona-
tistes, non justifiées et offensantes pour les catholiques,
comme de laver les autels sur lesquels les catholiques
avaient célébré, etc. Le septième livre examine à quelles
conditions on doit recevoir les donatistes qui reviennent
à l'Eglise.
L'ouvrage de saint Optat, d'une étendue commune,
est infiniment estimable; outre les notices historiques
qu'il contient, il expose avec beaucoup de clarté, de
précision et de justesse plusieurs points essentiels de la
doctrine catholique, et donne une foule de détails pra-
tiques d’une grande valeur. Il dit, en parlant de l'Eglise
1 Cf, Lib. 1, n. 6. — 3 Lib. I, n. 7, —"# Lib. I, 19.
344 MANUEL DE PATROLOGIE.
visible, sur l’unité de laquelle il insiste en divers
endroits ! : « Que devient donc la propriété de ce nom
de catholique, puisque l'Eglise est appelée catholique
par la raison qu'elle est répandue partout? Si comme
vous le préteridez, elle est renfermée dans un étroit
espace (comme la secte donatiste), que devient le mérite
du Fils de Dieu? ? » Il énumère cinq caractères de
l'Eglise, qu'il présente sous l'emblème d’une chaire,
d’un ange, d’un esprit, d’une source et d’un sceau. Il dit
du premier : « Vous ne pouvez nier que vous ne sachiez
que la chaire épiscopale a été donnée à Rome, premiere-
ment à Pierre, en laquelle a été assis Pierre, le chef de
tous les apôtres, qui a été pour cela appelé Céphas;
c'est dans cette chaire que l'unité devait être gardée
par tous les fidèles, afin que les autres apôtres ne
pussent pas s’attribuer la chaire, et que celui-là füt tenu
pour pécheur et pour schismatique, qui élèverait une
autre chaire contre cette chaire singulière 5. » Sous la
figure de l'ange, il entend les évêques des Eglises parti-
culières : ils sont au-dessus des prêtres, et les prêtres
au-dessus des diacres. L'Eglise n’en est pas moins
sainte pour renfermer des pécheurs dans son sein *.
De l'homme, saint Optat enseigne qu’etant naturelle-
ment faible et imparfait, il a besoin de la grâce : Est
Christiani hominis quod bonum est velle, et in eo quod
bene voluerit currere; sed homini non est datum perficere,
ut post spalia, quæ debet homo implere, restet aliquid
Deo, ubi deficienti succurrat, quia ipse solus est perfectio°.
Trois choses sont nécessaires à la validité du bap-
tème : Prima species est in Trinitale, secunda in credente,
tertia in operante. Les deux premières, l'opération de
Dieu et la foi dans celui qu’on baptise, sont indispen-
sables. L’indignite du ministre ne nuit pas à la validité
du sacrement, car « les sacrements sont saints par eux-
mêmes et non par les hommes, » Si la foi est nécessaire,
1 Lib. Il, D, 1. — 8 Ibid. — Il, 4, —! VIL,3. — 6, 20. — 6 V, &,
AUTEURS LATINS. S. ZÉNON, PHILASTRE. 345
c'est seulement aux adultes; le baptême des enfants est
aussi valide.
Optat reconnait clairement la présence de Jésus-Christ
dans l'Eucharistie, où nous devons lui offrir nos ado-
rations. Il mentionne divers usages qui se rattachent au
sacrifice : on l'offre sur un autel, on y emploie des
calices, qu’il appelle « des porteurs du sang du Christ; »
l'Eglise l'offre sur toute la surface de la terre.
Il traite aussi des cérémonies usitées dans la peni-
tence publique, de la virginité, qu'il appelle consilium et
spirilale nubendi genus, du culte des reliques.
Son style, comme on l’a vu lorsqu'il caractérise le
donatisme, est vigoureux et expressif, mais il manque
d'élégance et d'harmonie; ses expressions sont un peu
acerbes, quoique modérées encore si on les compare au
langage des donatistes. Les interprétations allégoriques
semblent déplacées dans un ouvrag de discussion
dogmatique. Pour juger de son mérite, il suffit de
savoir que saint Augustin renvoie au travail d’Optat
contre Parménien ceux qui désirent connaitre à fond
la querelle donatiste. Fulgence le place à côté de saint
Augustin et de saint Ambroise.
Operis S. Optat., prim. ed., Mogunt., 1549 ; Paris, 1569, et mieux
1631, cum observ. et not. Albaspinæi ; la meilleure, de Dupin, Par.,
1700 ; Awstel., 1701 et Antw., 170%; dans Oberthür, cum not. select.,
Wirceb., 1790, 2 vol.; Galland., Bibl., t. V ; Migne, ser. lat.,t. XI;
cum lilter, apparat., par Dupin et autres. cf. Tillem.,t. VI; ; Ceillier,
t VI; ed. 34,t. V.
$ 63. Saint Zénon de Vérone (mort vers 380);
Philastre de Bresse (mort vers 387).
Voir les dissertations et les Prolégomènes de Ballerini et de Bo.
nacchi sur Zénon, et la préface de Galeardi sur Philastre, dans Migne,
ser, lat., t. XI.
I. En l’absence de données suffisantes sur la vie de
Zenon, on ignore s’il naquit en Grèce, en Syrie, ou, à
Let MANTE JE FATBOLDGIE
Ze à = Dre zw. en Afrique. Huitième évêque
m Verne ı ur à DE sous l'empereur Julien, il |
LIL »rer-rzmme ja doctrine orthodoxe contre
Tam Ace. rg 3 Milan. mamlınt la disciple
nature. ae wm grand nombre de paies,
Jena ce es zremves Tune charilé peu commune
ax Un zym: et aux victimes de la guerre, d
Le ss vırzzı Seraires. inoonnus de l'antiquité
chris. us Dies seine discours (traités) longs
et SaKr-Twet-wpt arts : on les trouve parmi ks
> Vans 1% et Se Verone ‘15161. Les frères Ballerini
ke ere ac obus: mars tous les doutes ne sont pas
sages. Les Ecvaurs. dont les uns sont fort courts, les
autres mivreks. ct ete. selon les Ballerini, recueillis
de ss paréers apres sa mort. On a souvent discuté de
ne kers sur la vazur dogmatique de ces discours :
Dorner. sapçuvant sur Petau. pense que l’auteur, ser-
vant & transition entre Tertullien, Hippolyte et Denis
de Rome. vivait dans le troisième siècle.
Ein:cs es Rule, Vénxe, 1739; Aug. Vind., 1758; Gall., Bibl.
LV: Mt: U Tem. t IN ; Caillier, t. V1; Fessler, t. I; Schütz,
Iren. 22 20 Termin. dxirima christ., Lips, 1854; Zazdzewski, Zeno,
Verm. szix. Ris. 1862: Herzog, Real-Encyel.,t. XVII.
IT. Philastre naquit en Espagne ou en Italie dans
l'epoque asitee de l'arianisme naissant. Pendant ses
lointaines missions, il combattit avec une égale ardeur
les ariens, les paiens et les juifs ; les mauvais traitements
ne purent ralentir son proselvtisme. On dit qu’il s’oppos
vigoureusement à la promotion d’Auxence sur le siege
de Milan. Nommé lui-mème évêque de Bresse, il mourut
vers 337, après une carrière feconde en résultats.
Evèque. il continua de combattre contre l’hérésie, et
composa, à l’exemple de saint Epiphane, son livre de‘
Heresies, en se servant de l'ouvrage grec de son devax
en nn mn = >
= Mid nt
ee
AUTEURS LATINS. S. AMBROISE. 347
er. Saint Augustin s'étonne que Philastre, beaucoup
moins savant et moins exact que saint Epiphane, ait
compté un bien plus grand nombre d’hérésies; saint
Epiphane en avait cité quatre-vingts; à ce nombre Phi-
lastre en ajoute soixante-seize. Il n’avait pas une notion
exacte de l’hérésie. Cet ouvrage, « lu avec prudence, »
dit Bellarmin, peut rendre des services ; il a toujours été
estimé et il l’est encore.
Première édition du livre des Hérésies, par J. Sichardus, Basil.,
1528, souvent réimpr.; cum notis Fabricii, Hamb., 1721, in-80 ; avec
des additions aux notes de Fabr., ed. Galeardus, Brix., 1738, et Aug.
Vind., 1757, in-4°; cum Vita Philastrii per Gaudentium, ejus succes.,
et la description de six nouv. hérés., d'après un manusc. du couv. de
Corbie ; avec de nouv. supplém., dans Gallandi, Bibl., t. VII; Migne,
t XII, ser. lat.; Œhler, Corpus hæreseolog., Berol., 1856, t. I;
Tillem., t. VII; Ceillier, t. VI, 2% ed., t. V.
$ 64. Saint Ambroise, évêque de Milan (mort en 397).
Vita S. Ambrosii, a Paulino, ejus notario; autre Biographie tirée de
ses écrits dans les Prolégomènes de l’éd. bénéd., avec une excellente
indication des dates pour sa vie et ses œuvres.
Ambroise, fils d'un préfet de la Gaule, naquit vrai-
smblablement à Trèves entre 335 et 340. Sa famille
comptait parmi ses aieux un grand nombre de consuls
et de hauts fonctionnaires. Après la mort de son père
(vers 350), il fut, tres-jeune encore, conduit à Rome
avec sa mère, sa sœur aînée Marcelline, et son jeune
frère Satyre, pour y continuer ses études.
Entré dans le barreau, il plaida des causes avec tant
d'éclat, qu'il fut nommé procurateur de la Ligurie et de
la province Æmilia. Milan fut le siége de sa résidence.
L'évêque .de cette ville, Auxence, toujours attaché à
Yarianisme, étant venu à mourir (374), les catholiques
etles ariens furent unanimes pour le demander comme
évêque, après qu’un enfant se fut écrié à l’église
Ambroise, évéque! Ambroise, encore catéchumène, ré-
348 MANUEL DE PATROLOGIE.
sista d’abord par des moyens désespérés, mais il céda
enfin à la volonté de Dieu qui se révélait avec une telle
évidence. Baptisé par un évêque orthodoxe, huit jours
après il était sacré évêque sans avoir reçu aucune in-
struction théologique. Mais Dieu, qui l’avait appelé à œ
ministère sublime, par sa grâce y supplea; les fidèles de
Milan admirerent en lui l'idéal de l’évêque, l'Eglise un
des plus habiles et des plus courageux défenseurs de sa
croyance et de ses droits, les malheureux un protecteur
dévoué et infatigable. Il entra en fonctions dans la ma-
turité de l’âge, en appliquant sa fortune à des œuvres de
bienfaisance. Consacrant à l’erudition théologique, sous
la direction de Simplicien, qui lui succéda, tous ses
instants de loisir, il étudia les écrivains de la Grèce,
Clément, Origène, Didyme et surtout saint Basile, celui
de tous qu'il a le mieux imité dans ses écrits comme
dans le gouvernement de son Eglise.
Parmi les grandes œuvres de son épiscopat, nous
mentionnerons sa lutte persévérante contre l’arianisme
dans laquelle il assura la nomination d’un évêque catho-
lique à Sirmium et élimina (381) cinq évêques ariens.
Il résista deux fois, au risque de perdre la vie ou d'aller
en exil, aux injonctions de la cour, qui lui ordonnait de
céder les églises catholiques aux ariens. « Qu'on nous
les enlève par force, répondait-il, je ne résisterai pas;
mais je ne les livrerai jamais; je ne livrerai pas l’heri-
tage de Jésus-Christ; je ne livrerai pas l'héritage de
nos pères , l'héritage de Denis qui est mort en exil pour
la cause de la foi, l'héritage d’Eustorge le confesseur,
l'héritage de Mirocles et des autres évêques fidèles, mes
prédécesseurs !. » Dans cette lutte, il était soutenu par
son peuple, qui le mettait à l’abri des violences et des
avanies.
Il résista avec la même énergie et le même succès
aux instances que le rhéteur Symmaque faisait auprès
1 Epist., lib. I, ep. xx. (Substit. du trad.)
Le ee tmmmmems…
AUTEURS LATINS. S. AMBROISE. 349
des empereurs pour replacer dans la salle des séances
du sénat la statue de la déesse Victoria, enlevée par les
empereurs Constance et Gratien.
De même qu'à Trèves (381) il avait refusé d'admettre
à la communion Maxime, le meurtrier de Gratien, tant
que Maxime n'eut pas expié son crime par la pénitence,
il fit de même à l’égard de l’empereur Théodose, qui,
en 390, s'était souillé du sang de sept mille Thessaloni-
ciens, dont plusieurs étaient complètement innocents,
jusqu'à ce que ce prince se fût soumis à la pénitence
publique. Plus d’une fois aussi, dans des circonstances
graves, les souverains éprouvèrent les heureux effets de
sa puissante intervention.
Un autre mérite de saint Ambroise est d’avoir conquis
à l'Eglise celui qui devait être son plus grand docteur,
sant Augustin. Enfin, en protestant contre la peine de
mort invoquée contre Priscillien par des hommes d’Eglise,
il se rendit d'autant plus vénérable à ses adversaires,
que dès le début de son pontificat il avait toujours in-
tercédé en faveur des condamnés à mort. Il mourut le
4 avril 397. L'Eglise de Milan a honoré la mémoire de
son grand évêque en conservant jusqu'à nos jours la
liturgie qui porte son nom.
Ouvrages de saint Ambroise.
Saint Ambroise a déployé en littérature la même acti-
vite que dans les œuvres pratiques. L'enseignement
étant à ses yeux un devoir essentiel du sacerdoce, il
instruisait son peuple tous les jours de dimanches et de
fêtes, quum jam effugere non possimus officium docendi
quod nobis refugientibus imposuit sacerdolii necessilas!.
Il s’y sentit obligé dès le commencement de son ponti-
ficat, « bien que, transporté soudainement des tribunaux
et des emplois de la vie civile au sacerdoce, je fusse
obligé d'enseigner ce que je n’avais pas appris, d’ap-
t De offic., I, u.
350 MANUEL DE PATROLOGIE.
prendre et d’enseigner en même temps‘. » Il ne pröcha
d’abord que ce qu'il avait trouvé dans l’Ecriture sainte
par un travail assidu et ce qui lui avait été révélé par
celui qui, étant le véritable Maître, est le seul qui n'ait
pas besoin d’apprendre ce qu'il enseigne à tous?.
Ses travaux littéraires ont pour but la réfutation ou
plutôt la comparaison du paganisme avec le christia-
nisme : ils roulent sur la controverse dogmatique, l’exé-
gèse, la morale, l’ascétisme, sans parler de ses lettres et
de ses hymnes.
4. La première occasion de combattre le paganisme
lui fut offerte sous les empereurs Gratien (382), Valen-
tinien II et Théodose, lorsque Symmaque voulut relever
l'autel de la Victoire dans le sénat romain. Dans ses
lettres à Valentinien?®, il réfute les accusations de Sym-
maque qui imputait aux chrétiens la désertion des dieux
du paganisme et la ruine du sénat : « Ce n’est pas
aux dieux, dit-il, mais à sa vaillance, que Rome doit
l'empire du monde. » A cette objection, qu’il y a plu-
sieurs chemins pour arriver à Dieu, il répondait : « Venez
et entrez sur la terre dans la céleste milice ; c’est là que
nous vivons et combattons. Que j’apprenne les mystères
du ciel par les témoignages du Dieu qui l’a créé, et non
par celui de l’homme qui ne se connait pas. » On disait
aussi que les dieux se vengeaient par les calamités pu-
bliques qui désolaient l'empire, de la désertion de leur
culte, Saint Ambroise s'étonne que les dieux aient at-
tendu que leur culte fût aboli pour se venger des offenses
qu'on leur a faites, En exhortant l’empereur à ne point
céder à ces suggestions, il lui montre que le paganisme
est tout l’opposé du christianisme. Ici, c’est le vrai Dieu,
source de tout salut; là, ce sont de faux dieux, avec
l'erreur et l’imposture. Le vrai Dieu doit être préféré à
tout, et l’on ne fait tort à personne en donnant la préfé-
rence au Très-Haut. Votre foi lui appartient ; et comme
4 De offic., ©. ıv. — 3 Ibid., c. 1. — 8 Epist. XVII et XVII.
AUTEURS LATINS. S. AMBROISE. 351
vous ne pouvez forcer personne à honorer Dieu malgré
lui, que la même chose vous soit permise à vous. Il n’est
rien de plus grand que la religion, de plus sublime que
la foi, surtout pour un empereur. De même que tous le
servent, il doit, lui, servir son Dieu et la vraie foi. « Si
aujourd’hui, ce qu'à Dieu ne plaise, un empereur païen
erigeait un autel aux idoles, et voulait forcer les chre-
tiens d’assister aux sacrifices des ministres des idoles,
s’il portait cet ordre en plein sénat et en présence des
chrétiens qui y forment une si grande majorité, est-ce
que tout chrétien ne considérerait pas cette démarche
comme une persécution? Mais que penserait-il d’un em-
pereur chrétien qui commettrait un tel sacrilége? Voilà
pourtant, ö empereur, le crime dont vous vous rendrez
coupable en signant le decret qu’on vous propose. Du
reste, si vous commandiez cela, il n’est pas un évêque
qui le supportät ou qui y fût indifférent. Vous pouvez
venir à l’église, mais aucun évêque n’y sera pour vous
recevoir ; ou s’il y est, ce sera pour vous résister et
refuser votre offrande. » Interpellant ensuite l’empereur :
« Que répondriez-vous, lui dit-il, à votre frère Gratien,
si, du fond de sa tombe, il vous disait : Je me console de
mes malheurs parce que j’ai remis l’empire entre tes
mains, et que je me survis dans les institutions que j'ai
établies en faveur d’une religion immortelle. Mon assas-
sin n’a pu m’enlever que la vie; mais toi, en supprimant
mes ordres, tu as fait plus que celui qui a porté les armes
Contre moi. Choisis entre les deux : si tu signes volon-
lairement, tu condamnes ma foi; si tu cèdes à la vio-
lence, tu trahis ton frère. » Ambroise l’emportat.
Saint Ambroise nous offre une intéressante compa-
raison de la morale chrétienne avec la morale païenne,
dans son De officiis ministrorum, où il imite visiblement
‘ CE Schmieder, Griefs de Symmaque et réponses de S. Ambroise,
Halle, 1790 ; Villemain, De Symmaque et de S. Ambroise, tableau de
l'éloquence chrétienne au quatrième siècle.
Li HANTEL JE PATMMOCE.
te ver mu og 2 wi sur + De som jade à part par Krahinger. _
CE Tiens ,2 1: Dıgm,ı EE: caler, ı VE, 2» éd,t V; Silbe,
Ver de same dr, Var, Lai
$ &. Suäpiee Sévère ur zur W6)
CL Inmertei. zu 15. Eros, de Pre), ei Prolegomena ad Salpie.,
Galkand.. Bill. : VIL
Severe. surnomme Sulpsoe. naquit vers 363 d'une fs-
mille noble de l’Aquitame. Apres avoir fréquenté l'école”
des rheteurs de Bordeaux , il se consacra à l'étude da :
poque où. à la prière-de sa belle-mère, il était allé rendre
visite à saint Martin (393) et avait concu le dessein de
transmettre à la postérité la vie de cet illustre pontife,
dont il recueillit les matériaux dans de fréquentes visites.
Selon de Prato, il serait mort peu de temps après l’an 406.
Cette étrange nouvelle donnée par Gennade, que, «dans
sa vieillesse, Sévère s'était laissé séduire au pélagianisme
et s'était imposé pour penitence de se taire pendant tout
sa vie,» a été sans doute imaginée pour expliquer a
subite disparition.
Ouvrages de Sulpice Sévère.
4. Vie de saint Martin, composée pendant les sept der-
1 De script. eccl., c. XIX.
…
Lan cmt ee
AUTEURS LATINS. SULPICE SÉVÈRE. 361
nières années de la vie du saint, et publiée après sa
mort. Outre les miracles notoires, Sulpice, imbu de l’es-
prit .credule de son temps, rapporte quantité d’autres
faits merveilleux, « mais de telle sorte qu'on reconnait
facilement le fond naturel des événements, lequel fond
n'exclut pas l'influence surnaturelle ?. »
2. Histoire sacrée, depuis l'origine du monde jusqu'au
prernier consulat de Stilicon ( 400 ans après Jésus-Christ),
composée entre 400 et 403 ; chef-d'œuvre de concision
et d'élégance, qui a fait appeler Sulpice le Salluste chre-
tien *. On y trouve à la fin des détails précieux et exacts
sur Priscillien 5. Bernays a dit de cette histoire « qu'elle
est un des ouvrages qui sont appelés à remplir la tâche
gigantesque qui incombe à l’humanité et qui consiste à
concilier la Bible avec la civilisation grecque etromaine®. »
C'est aussi à cette fin qu’on l’employait souvent autrefois
dans les écoles savantes.
3. Ses Dialogues entre Gallus et Posthumianus (405) ;
le premier sur les vertus des moines d'Orient ; le second
et le troisième sur celles de saint Martin et des moines
d'Occident, complètent la Vie de saint Martin.
4. Lettres à Paulin, évèque de Nole; au prêtre Eusebe,
Contra æmulos virtutum beati Martini; au diacre Auré-
lius, De obitu et apparitione beati Martini; à sa belle-
mère , Quomodo beatus Martinus ex hac vita ad immor-
talitatem transierit.
D'autres lettres (Migne, append., ser. lat., t. XX, p. 223) sont con-
sidérées comme apocryphes par les meilleurs critiques; cf. Fessler,
t. Il.
L’Historia sacra parut pour la première fois à Bâle en 1556; cum
comment. Sigonii, Bon., 1581; Francof., 1592. Severi Opera, emend.
et illustr. Giselin, Antw., 1574; Par., 1575. La meilleure, de Jér. de
Prato, Véron., 1741, in-4°, t..1I, sans les lettres; avec les lettres,
1 Reinkens, Martin de Tours, Thaumat., moine et évéq., Bresl., 1866.
— ? Ita brevitati studens, ut pœne nihil gestis subduxerim. Lid. I,
c. I. — $ Editée à part par Dübner, Par. 1851. — ® Chronol. de Sulp.
Severe, Berl., 1861.
362 MANUEL DE PATROLOGIE.
Gall., Bibl., t. VII; Migne, ser. lat., t. XX. C£ Tillem., t XI; Dopin,
t. I, part. Im ; Ceillier, & X; ed. 2, t. VII.
5 66. Rufin, pretre d’Aquilée (mort en 410).
Cf. Rufin. Vit. lib. II; notitia ex Schœnemanni Bibi. Patr. lat.
dans Migne, sér. lat.,t. XXI.
Rufin (Tyrannius) naquit vers 345 à Julia Concordia,
près d’Aquilee. Il vécut, n’etant encore que catéchu-
mène, dans un couvent d’Aquilee où, après son baptême
(370), il reçut probablement le diaconat ; de là son surnom
d’Aquilde. Depuis longtemps, il s’y était lié d’une étroite
amitié avec saint Jérôme, et lorsque celui-ci partit pour
l'Orient (373), il quitta son pays et se rendit d’abord en
Egypte, où il rencontra la spirituelle et pieuse Mélanie,
qui séjournait depuis quatre ans dans ce berceau de la
vie érémitique, consacrant à Dieu son veuvage et ses
richesses aux pauvres, dont souvent elle nourrissait
jusqu’à cinq cents par jour. Il s’attacha à elle d’une ami-
tie indissoluble et ’accompagna dans ses voyages. Rufin
se sentit également attiré par les moines du désert de
Nitrie, et par les savantes lecons de l’aveugle Didyme,
chef de l’école d'Alexandrie.
D’Egypte, Rufin alla en Palestine, où il dirigea plu-
sieurs années les ermites du mont des Olives, de même
que Mélanie y était à la tête d’un couvent de femmes. Il
resserra les nœuds qui l’unissaient à saint Jérôme, lequel
sejournait habituellement à Jérusalem avec la vénérable
Paula, et, avant même son arrivée à Jérusalem , l’avait
recommandé comme un homme d'une vertu exem-
plaire.
Cependant Rufin demeura à Jérusalem, captivé par
l'évêque de Jérusalem, comme lui partisan fanatique
d’Origene. Il recut de ses mains l’onction sacerdo-
tale (390).
Grâce aux agitations qu’un certain Aterbius avait
AUTEURS LATINS. RUFIN. 363
excitées contre Origène, et en suite desquelles on repro-
cha à Jean et à Rufin, voire même à saint Jérôme, d’être
ses admirateurs, bien que celui-ci eût désapprouvé ses
erreurs, il arriva qu'en 394 saint Epiphane prêcha contre
Origène en présence de Jean et de Rufin, et, contraire-
ment aux saints canons, conféra les ordres à Paulinien,
frère de saint Jérôme. Dans la querelle qui surgit ensuite
entre les deux évêques, Rufin prit le parti de Jean et
Jérôme celui d’Epiphane. Une rupture qui allait éclater
entre les deux amis fut prévenue par Mélanie, et la ré-
conciliation eut lieu en 397.
Peu de temps après, Rufin accompagna en Italie
Mélanie, dont la jeune nièce, qui portait son nom, se
proposait, ainsi que son aïeule, de vivre dans la conti-
nence parfaite avec le consentement de son mari. A
Rome, Rufin traduisit l’apologie d'Origène, par Pamphile
et Eusèbe, puis le De principiis d'Origène, en s’autori-
sant du jugement favorable qu’en avait autrefois porté
saint Jérôme. Il omit ou modifia dans sa traduction plu-
sieurs passages scabreux, et essaya, dans un épilogue,
de prouver que les hérétiques y avaient fait de nom-
breuses altérations 1.
A Rome, ce travail fit sensation; dès que saint Jérôme
en fut informé, une violente dispute littéraire s’ensuivit
entre les deux. Rufin, obligé par le pape Anastase de
donner des éclaircissements, n’evita l’excommunication
que par une profession de foi orthodoxe, et vécut désor-
mais presque constamment à Aquilée. Les invasions des
Goths sous Alaric le contraignirent de prendre la fuite.
Il voyagea en Sicile avec la jeune Marcella (nièce de
Mélanie), et avec son époux Pinian, et mourut à Messine
(410).
Mérite littéraire de Rufin.
1. Son mérite est d’avoir, par ses nombreuses traduc-
1 Sur la méthode arbitraire de Rufin, voir $. Jérôme, Ep. ad Avit,
= BSUX ME SRE
ns. onu “ones sur plaseexrs ouvragu
zmes_ eus «ris u: Jmerpse Fu, T Hüstsure erch-
sertie PissAr_ mans 2 suseaers d’Origens, de
sant Jasie_ sanc mesure fr Nazızser, d'Ergn
br Fmr. es devpnouez zemesitrurs, Les Marines de
Sax # jeisenrren. ur] are Sscsramené au pags
fe = MD JUSENrTS pee massages. eér. Sa {re
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1 mer jiméeurs mare x mime Evre. katze de
vont zent +» premire zur base de sa continualion',
Une zuire tradartaın d> Rain est T’Histeria menach-
rum, sea Die de u. Pazrum «iremke-tross chapiires):
vies de iremire- russ samés de desert de Nitrie : Narre-
tous cz. sat le premmer editeur. Roswesd. suni ex
grzcı, =: opousr, transis£r ?.
2 Quer prommds - Ayeiogia adversus Hierony-
zum Gb Il. à agerile om a donne à tort le nom dh :
vertires:_ Rufın v refoie en termes violents et peu chs-
ritabies les reproches que lim faisait saint Jérôme. La
réponse de ce dernier, en deux livres. suivis d’un troi-
seme. est vive. mais decente et mesurée : « Quells
édification pour des spertateurs, s'écriait saint Jeröme,
que de voir deux vieillards se quereller. d’autant plus
qu'ils veulent passer tous deux pour orthodoxes!
1 La meilleure édit. est de Th. Cacciari, ad cod. Vatic., Rome, 114,
in-4*, 2 voL Sur le reproche exagéré fait à Rufin par Valésins et Hot
(Declar. interpr.,, d'avoir usé de trop de liberté dans l’élaboratie
d'Eusébe, voir : "Dissertat. de rita, fide et Eusebiana ipsa Rufei
translatione, ed. Cacciari, et Kimmel, De Rufino Euseb. interpreie,
Ger., 1838.
3 Autw., 1618, souv. reimpr.
AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 365
Donnons-nous plutôt la main et unissons nos cœurs !. »
Apologia ad Anastasium, Romanæ urbis episcopum, où
il fait cette déclaration : Origenis ego neque defensor sum
neque assecior, neque primus inlerpres.
De benedictionibus Patriarcharum (lib. IT), écrit à la
prière de Paulin (de Nole?); suivant Gennade?, Rufin y
explique le chapitre xııx de la Genèse dans le sens his-
brique, moral et mystique.
Le meilleur travail de Rufin est son Exposition ou
Commentaire du Symbole des Apôtres, rédigé à la demande
& l'évêque Laurent. Très-estimé de l’antiquité, il est
encore utile pour l’histoire des dogmes.
L'authenticité des Commentaires sur les soixante-
quinze premiers psaumes, sur Osée, Joël et Amos, de la
Vie de saint Eugène et du Traité de la foi, ete., est dou-
teuse. |
Opera, ed. De la Barre, Par., 1580, in-fol.; la meilleure, de Valarsi,
Vérone, 1745 (un seul vol., incomplète) ; Migne, sér. lat., t. XXI.
C. Tillem., t. XII; Dupin, t. II, part, 1; Ceillier, t. X; ed. 28,t. VII.
S 67. Saint Jérôme (mort en 420).
C. Proleg. ed. bened., et de l'édition de Vallarsi et de S. Maffei,
meilleure encore que la première.
Jérôme (Sophrone-Eusèbe) naquit entre 340 et 342
difficilement en 331), à Stridon en Dalmatie. Il fut élevé
à Rome par le célèbre grammairien Donat, et peut-être
par le rhéteur Victorin. Le baptême, « ce vêtement du
Christ et de l’innocence, » il le reçut certainement des
Mains du pape Libère ; mais il le profana bientôt « dans
les sentiers scabreux de la jeunesse, où sa chasteté
»ssuya plus d’un naufrage » qu'il pleura amerement
lans la suite. Pour compléter ses études, il se mit à
1 Cf. Buse , Jérôme et Rufin (Revue scientif. et artist. de Bonn,
s ann.) — ? De script. eccl., c. XVII.
366 MANUEL DE PATROLOGIE.
voyager, passa quelque temps à Trèves, où l'éclat de ki
cour, dont il fut un instant ébloui, lui fit envisager le
vie par son côté sérieux et prendre la résolution dest
consacrer sans partage au service de Dieu. n
Après ce voyage dans la Gaule, il est probable qui.
se rendit à Aquilée, auprès de son ami Rufin, poæ
lequel il avait transcrit à Trèves le commentaire sur les‘
Psaume et le traité des Synodes, de saint Hilaire de:
Poitiers. Epris d'amour pour la vie religieuse, il s’atia-
cha étroitement à Rufin, ainsi qu'à Chromace, Eusebe, :
Jovin, Chrysogone et Nicéas. A la suite d’une commotios :
dont nous ignorons les details, il quitta Aquilée ave .
Evagre, prêtre d’Antioche, Héliodore, Innocent et Nieeas,
et entreprit son premier voyage en Orient (372). Ils tra-
verserent, avec de grandes fatigues, le Pont, la Bithynie,
la Galatie, la Cappadoce, la Cilicie, au milieu d’un ét
brûlant, et, entrés en Syrie, ils trouvèrent enfin la ville
d’Antioche (373). Innocent mourut quelques jours après. :
Jérôme, depuis l'automne jusqu’au printemps, fut ‘
éprouvé par diverses maladies. Ce fut alors sans doute
qu'il promit au Christ de renoncer à la lecture de ses
auteurs favoris, Térence, Plaute, Virgile, Cicéron et
Quintilien, que Rufin lui reprocha dans la suite avec
autant d’indélicatesse que de mauvais goût. Il prit aussi
des leçons d’exégèse auprès d’Apollinaire, si estimé
avant ses erreurs, et, séduit à la vie monastique par
un pieux vieillard de la contrée, Malchus, il se retira
dans le désert de Calchis, sur la côte orientale de la
Syrie, où il vécut quatre ou cinq années dans l’ascétisme
le plus rigoureux.
Tout en gagnant sa vie par le travail de ses mains, il
s’appliquait avec ardeur à l’étude, particulièrement de la
langue hébraïque, aidé par un Juif converti. C’est là
aussi qu’il écrivit la vie du premier ermite, saint Paul
de Thèbes, outre différentes lettres à Héliodore pour lui
reprocher sa désertion : « Que fais-tu dans le siècle, lui
AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 367
dit-il, toi, plus grand que le siècle? » Retourné à An-
tioche, il fut, malgré sa résistance, ordonné prêtre (479)
dans un temps où cette Eglise était déchirée par le
schisme de Mélèce. Jérôme prit le parti de Paulin, et
rédigea son Dialogue entre un luciférien et un orthodoxe.
Quittant de nouveau Antioche, il passa quelque temps à
Constantinople pour y recevoir les lecons de Grégoire de
Nazianze sur l'interprétation de l’Ecriture. Après avoir
terminé sa traduction de la Chronique d’Eusebe et divers
travaux d’exégèse, il se rendit à Rome sur la demande
& pape Damase, avec Paulin, évêque d’Antioche, et
Biphane, évêque de Salamine, pour assister à un con-
de touchant le schisme de Mélèce (382).
À Rome, il traduisit en latin deux homélies d'Otigène
ar le Cantique des cantiques, et le traité de Didyme sur
k Saint-Esprit, rédigea sa controverse contre Helvidius,
et, sur l'invitation du pape Damase, consacra ses grandes
Connaissances en linguistique et son génie critique à la
révision de la version italique de la Bible. Il réunit
autour de lui un grand nombre de personnes attirées
vers la vie religieuse, surtout des femmes, des veuves,
des vierges de haute naissance et d’un grand esprit,
dont les plus remarquables sont Marcella, Principia,
Asella, Mélanie, Paula, Eustochium, Fabiola et Felicitet.
Sur leur demande, il rédigea plusieurs traités ascétiques,
ansi que des lettres, où il commente des passages et
quelquefois des livres entiers de la Bible.
Après la mort de son protecteur, le pape Damase,
Jérôme quitta Rome (385) avec son frère Paulinien et le
trêtre Vincent, et entreprit son second voyage en Orient
après avoir reçu l’assurance qu'il y serait suivi de Paula
et de sa sœur Eustochium. Paula le rejoignit effective-
ment à Antioche, d’où ils allerent ensemble dans la
Terre-Sainte en traversant la Cœlé-Syrie et la Phénicie.
Après avoir visité les lieux saints et satisfait leurs goûts
!Reinkens, les Ermites de saint Jérôme, Schaffh., 1864.
368 MANUEL DE PATROLOGIE.
scientifiques, ils visiterent l'Egypte, où Jérôme assistt
avec un vif intérêt aux leçons de l’aveugle Didyme, &
parcoururent les stations monastiques de la Nitrie. Ren-
trés dans la Terre-Sainte, ils se fixèrent au berceau &a
christianisme, à Bethléem, où s’eleverent bientôt deux
couvents, l’un d'hommes, pour saint Jérôme, Paulinien,
Vincenti et leurs amis ; l’autre de femmes, pour Paula, :
Eustochium et les nombreuses vierges de toute condi
tion qui se groupèrent insensiblement autour de cs
nobles romaines. Saint Jérôme, tout en se consacrant
aux œuvres de l’ascetique, déploya une activité infat-
gable, surtout dans l’explication de la Bible et dans les
controverses religieuses de son temps; il suffit de rap-
peler les noms d’Origene, Nestorius, Pelage, Jovinien,
Vigilance, Helvidius. Il mourut le 30 septembre 4%, &
fut inhumé à Bethléem. Plus tard ses restes furent
transportés à Rome.
Ouvrages de saint Jérôme.
4. Saint Jérôme est surtout renommé dans l'Eglis
occidentale pour ses travaux sur l’Ecriture sainte, aux-
quels il se prépara par des traités dont la plupart sont
traduits du grec; ce sont :
Liber de nominibus hebraicis, seu de interpretation |
nominum hebraicorum, dans lequel il traduisit en latin le
livre du juif Philon qui porte le même titre. Il y explique
les noms propres des deux Testaments, non d’après le
sens étymologique, mais d’après la méthode allégorique
de Philon. Ses explications sont souvent forcées et tout-à-
fait inexactes. Liber de situ et nominibus locorum hebraico-
rum, traduction libre de l'ouvrage d’Eusebe sous le même
titre : Transtulimus, dit-il, relinquentes ea quæ digna
memoria non videntur, et pleraque mutantes. Il y con-
signe les témoignages des anciens sur le même sujet.
Liber hebraicorum quæstionum in Genesim, avec des Te-
marques sur les passages difficiles de la Genèse. L’auteur
AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 369
yeompare l’ancienne version latine avec le texte hébreu
et les Septante, et la rectifie en plusieurs endroits avec
l'aide du Juif Bar-Anina et d’un autre savant versé dans
lhébreu et le chaldaïque : travail unique en son genre,
fort estimé alors et jugé indispensable dans la littérature
grecque et romaine de cette époque.
Après ces travaux préparatoires et les commentaires
qe nous citerons encore, saint Jérôme pouvait entre-
prendre la révision complète de l’ancienne version latine.
ll commença en traduisant lui-même en latin les deux
Testaments d’après les textes hébreux et grecs!. Pen-
dant que les Goths, au dire de Sunnia et Fretella®, lui
savaient gré de ses travaux, les « Grecs demeuraient
assoupis, » et saint Augustin lui écrivait que sa version,
différente en bien des points de l’ancienne traduetion,
profondément enracinée dans le peuple, excitait plus
d'un mécontentement 5. Cependant, après avoir conseillé
d'éviter ces sortes d’écarts en ce qui concerne l’Ancien
Testament, saint Augustin reconnut plus tard qu'il était
utile de s'éloigner des Septante.
Commentaires. Saint Jérôme y préluda par sa traduc-
tion des deux homelies d’Origene Sur le Cantique des
Canliques. « Origène, dit-il, ayant surpassé tous les inter-
pretes dans tous les livres de l’Ecriture, s’est surpassé
li-même dans l'interprétation du Cantique. » Il y faut
joindre le Commentaire sur l’Ecclésiaste, commencé à
Rome pour Blésilla, et achevé à Bethléem pour Paula
1 Sous le titre de Bibliotheca divina, dans Valarsi, t. IX-X ; Migne,
& XXVIII-XXIX. — 2 Ep. cvı, al. cxxxv.
3? Nam quidaın frater noster episcopus, cum lectitari instituisset in
ecclesia cui præest interpretationem tuam, movit quiddam longe aliter
2bs te positum apud Jonam prophetam, quam erat omnium sensibus
nemoriæque inveteralum, et tot ætatum successionibus decantatum.
‘actus est tumultus in plebe, maxime Græcis argueutibus et inflam-
nantibus calumniam falsitatis, ut cogeretur episcopus, Judeorum
2stimonium flagitare. — Quid plura? Coactus est homo velut men-
ositatem corrigere, volens, post magnum periculum, non remanere
ne plebe (iuter Hieron. Epist., n. 104).
24
370 MANUEL DE PATROLOGIE.
et Eustochium, ut in morem commentarioli obscura
que dissererem, ul absque me posset inlelligere g:
gebat.
Vinrent ensuite les commentaires plus étendus s
quatre grands et sur les douze petits prophètes
saint Matthieu, sur les Epitres aux Galates, aux
siens, à Tite, à Philémon : saint Jérôme y suit la mé
grammatico-historique, sans rejeter la méthode &
rique d’Origene. Son dessein est « d'élever un !
spirituel sur le solide fondement de l’histoire (k
littéral ou historique), en tenant le milieu entre
toire et l’allégorie, comme entre Scylla et Charyb
Une correspondance animée s’établit entre lui et
Augustin sur le verset 44, c. u, de l’Epître aux Gal
Ses commentaires sont très-inégaux, et plusieur
trop hâtés par le défaut de temps; ils manquent 80
de solidité et de profondeur. Il disait lui-même : D
quodcumque in buccam venerit.
On doute de l’authenticité du Comment. in lib. Job, du Bra
Psalterium; du Liber in expositione Psalm., et Præfat. de lib. ]
de l'Explan. in ps. xLı et cxvu, de l’Expos. IV Evang., €
attribue presque unanimement à Pélage les Comm. in Ep. S.
excepté celui de l’Epitre aux Hébreux.
2. Travaux polémiques et dogmaliques. Nous
déjà cité l’Apologie contre Rufin, où il oppose cà et
ton passionné et violent de Rufin, un langage non
äpre et blessant, ce qui faisait dire à saint Augı
« Quel est l’ami qu'il ne faille craindre comme s’il ı
devenir un ennemi, si ce que nous déplorons.a pu €
entre Rufin et Jérôme“? » — Dialogue contre les |
riens, ou altercation entre un luciférien et un ortho
nous en avons déjà marqué l’objet. — Livre contr:
vidius, sur la perpétuelle virginité de Marie, contre
qui égalent le mariage à la virginité et préte
1 Pref., lib. VI Comment. in Is. — 3% Comm. in Nahum, c
8 CI Moehler, Jérôme et Aug., Mélanges, t. I, p. 1-18. — +
inter Ep. Hieron.
AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 371
qu'après la naissance du Sauveur, Marie a eu d’autres
enfants. — Contre Jovinien, sur le même sujet. Des amis
en ayant trouvé certaines expressions trop vives, l'au-
teur se justifia dans son Apologie à Pammaque!.— Livre
contre Vigilance (vers 406), où règne la même âpreté de
langage contre Vigilance, qui attaquait le culte des
martyrs, des reliques, etc. À ceux qui lui reprochaient
son ton virulent, saint Jérôme répondait : Hærelicis nun-
quam peperci; hosies Ecclesiæ mihi quoque hostes*. Sur la
fin de sa vie (vers 445), il s’attaqua aussi aux pelagiens
dans trois Dialogues, où un certain Atticus défend la
doctrine de l'Eglise contre l’hérétique Critobule; cette
lutte lui valut d’être littéralement assiege dans son cou-
vent de Bethléem. L’ordination de son frère Paulinien
par Epiphane (vers 399) le détermina à écrire contre Jean
de Jérusalem, dont il combattit les vues origénistes.
Mentionnons encore sa traduction latine déjà citée du
. Livre du Saint-Esprit, par Didyme ®.
3. Ouvrages historiques. Traduction latine de la Chro-
nique d’Eusèbe, qu'il continua à Constantinople en 384,
et conduisit de l’an 325 à l’an 378*. — Le De viris illus-
tribus, seu De scriptoribus ecclesiasticis, chef-d'œuvre
de biographie concise et exacte, indique les ouvrages
des plus remarquables écrivains ecclésiastiques, depuis
les apôtres jusqu’à l’auteur. C'était le premier essai de
ce genre chez les catholiques; saint Jérôme en avait
trouvé la plupart des matériaux dans l'Histoire ecclésias-
tique d’Eusebe. — Vie de saint Paul, premier ermile; —
Vie de saint Hilarion et Vie de saint Malchus®. — Le
Martyrologe de saint Jérôme, précédé de sa correspon-
dance avec Chromace et Héliodore, quoique tres-ancien,
n'est pas de lui‘. |
1 Ep. xLvn; cf. XLIX, L.— 3 Prol. dial. adv. Pelag. — ® Voir dans
Valarsi, t. II; les ouvrages polémiques; Migne, ser. lat., t. XXII. —
*T. VUI; Migne, t. XX VII. — 5 Migne, t. XXII. — °C. Fessler, t. II,
p. 194.
372 MANUEL DE PATROLOGIE.
4. Entre les cent cinquante lettres publiées par Va-
larsi‘, cent seize seulement sont de lui; les autres lui
ont été adressées, ou bien elles ont été ajoutées pour
l'intelligence du sujet. Ces lettres, si importantes pour
la vie de l’auteur et les événements contemporains, ont
été rangées par Valarsi dans les cinq classes suivantes :
Lettres 4 à 18 (ann. 370-384); lettres 19 à 45 (de Rome
jusqu'en 385) ; lettres 46 à 95 (de Bethléem) ; lettres 96 à
444 (de 401 jusqu’à sa mort, en 420); lettres dont la date
ne peut être rigoureusement fixée.
Parmi ces lettres, il en est plusieurs qui sortent des
bornes ordinaires d’une correspondance et sont de véri-
tables traités. Les lettres bibliques expliquent des noms,
des personnages, des objets mentionnés dans l’Ecriture,
et montrent quel profit -on peut tirer de sa lecture?; les
autres sont d’une nature dogmalico-polémique, morale
et ascétique, historique et familière. Celles qui roulent
sur la Bible sont de beaucoup les plus nombreuses. On
estime surtout les lettres au pape Damase et à saint
Augustin, de même que les lettres morales et ascétiques.
Il y faut joindre : la Lettre à Nepotien sur la vie des clercs
et des moines, la Lettre à Océan sur les vertus d’un évéque,
les conseils sur la perfection chretienne et la vie mo-
nastique, adressés à des amis et à des amies, telles
que Paula et ses filles Eustochium, Marcella, Fabiola,
Asella, etc. Comme on lui faisait remarquer qu’il louait
la virginité aux dépens du mariage, il répondait naive-
ment : Laudo nuptias, laudo conjugium, sed quia mihi
virgines generant. Plus honorantur nupliæ quando quod
de illis nascitur plus amatur ?.
Parmi les lettres dogmatico-polémiques, nous devons
citer encore les lettres quinze et seize au pape Damase :
An tres hyposiases in Deo dicendæ sunt; la lettre cent
vingt-six à Marcellin et à Anasphychie, sur l’origine de
l’äme, hortans ut reliqua pelant ab Augustino; la lettre
4 Migue,t. XXII. —? Ep. Lui ad Paulinum. —3 Epist., XXII, c. xx.
AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. 373
cent quarante-six à Evangèle, quid sit discriminis inter
episcopum, presbyterum et diaconum!.
Ses nombreux owvrages perdus sont partagés en deux
classes dans Valarsi ?: ouvrages réellement perdus, et
ouvrages qu'on croit perdus, mais dont l’existence est
encore douteuse 5.
Doctrine de saint Jérôme. Son importance.
4. L’Ecriture, dont toutes les parties sont inspirées et
promulguées par le Saint-Esprit, contient les mystères
de Dieu sur la création et la rédemption. Mais il faut
l’entendre dans le sens de l'Eglise, spirituellement. Si on
l’entend d’une manière charnelle, « c’est le démon qui
parle par l’Ecriture, et toutes les hérésies en sortent ;
l'Evangile du Christ devient l'Evangile de l’homme,
ou, ce qui est pire encore, du démon. » Quoique
ramassee dans un étroit espace, l’Ecriture contient un
fond inépuisable : Quantum dilatatur in sensibus, tantum
in sermone constringitur 5. Aussi la véritable vie con-
siste-t-elle à l’étudier : « Que peut être la vie sans l’étude
de l’Ecriture sainte, qui nous fait connaître le Christ, la
vie de ses fidèles 5? »
2. 1! y a sans doute une connaissance naturelle de
Dieu”, basée sur la considération de la grandeur et de
la beauté du monde; mais elle se limite au Père: le Fils
et les mystères de la Rédemption ne peuvent être connus
que par la révélation ®. Si, dans l’Ancien Testament, la
Trinité divine a été tantôt manifestée plus clairement,
tantôt cachée sous des figures, Jésus-Christ est le seul
qui ait vraiment révélé ce mystère aux hommes”. Père,
Fils et Saint-Esprit sont trois personnes ou hypostases
dans une seule substance ou divinité. Les trois sont
1 S. Hieron. Epist. select., Vesont., 1839. —3T,. I, præf., Pars altera,
n. 45-33. — ® Migne, t. XX, p. XVII-XXXVIN. — ® Comm. in Jerem.,
xxIx, 8; in Gal., 1, 11. — ® Comm. in Eccl., x11, 12. — 6 Epist. xxx
ad Paulam. — T Comm. in Gal., 1, 16; in Tit., 1,10. — 8 In Gal.,
m, 2. — © Prolog. in Genes.
374 MANUEL DE PATROLOGIE.
également éternels ; il faut donc rejeter le subordinatia-
nisme d’Origene et plus encore celui d’Arius, ainsi que
le faux monarchianisme de Sabellius et de Photin ‘. Le
Saint-Esprit a la même nature que le Pere et le Fils®,
contrairement à ce qu'ont enseigné Macédonius, Eunome
et d’autres hérétiques.
3. Saint Jérôme traite longuement de l’homme et de
la Redemption, surtout dans sa polémique contre le pela-
gianisme ®.
4. Voici comment il parle des rapports que les fideles
doivent avoir avec l’Eglise : « Quiconque se sauve, se
sauve dans l'Eglise; quiconque se tient hors de l’Eglise
du Seigneur ne peut être (parfaitement) pur. Cela est
vrai non-seulement des Juifs et des paiens, mais encore
et surtout des heretiques*. Les assemblées de ces der-
niers ne sont point des Eglises du Christ : (Sicut) una
Eva mater cunctorum viventium, et una Ecclesia parens
omnium christianorum... quam hæretici in plures Ecclesias
lacerant, que juæta Apocalypsin * synagogæ magis dia-
boli appellandæ sunt quam Christi conciliabula®.
5. Les deux passages suivants sur la hiérarchie ont
donné lieu de croire que saint Jérôme contestait la pré-
éminence de l'évêque sur le prêtre : Idem est presbyter
quod et episcopus”, et : Quid facit, excepta ordinatione,
episcopus, quod non faciat presbyter®? On voit, cepen-
dant, dans ce dernier passage qu'il reconnait la supé-
riorité de l’évêque dans un point essentiel, l’ordination;
et voici, du reste, comment il termine cette même lettre:
Ut sciamus traditiones apostolicas sumptas esse de Veleri
Testamento; quod Aaron et filii ejus alque levitæ in
templo fuerunt, hoc sibi episcopi et presbyteri et diaconi
1 Ep. xvin ad Damas., c. IV; Comment. in Zach., Iv, 12; in Is., LXV,
16; in Eph., W, 5; Ep. LXV ad Princip. —% In Is., LXIN, 10; in Amos,
1V, 12. — ® Voir les textes groupés dans Wcerter, Rapports de la
grä:e et de la liberté, p. 649. — + Comm. in Joel, 11. 3; in Ezech.,
va, 19; Ep. Lx ad Ocean., c. 1x. —3 1,9. — 6 Comm. CXxIII ad
Agaruch., c. x. — 7 Comm. in Tit., c.1. —® Ep. CXLVI ad Evang.
AUTEURS LATINS. S. JÉRÔME. | 375
vindicent in Ecclesia. Il va jusqu'à dire : Ecclesis salus
in summi sacerdotis dignitate pendel, cui si non exsors
quedam et ab omnibus eminens detur polestas, tot
in Ecclesia efficientur schismata quam sacerdotes 1.
Mais c’est à l'Eglise romaine qu’appartient le premier
rang : elle est la chaire de Pierre, l’arche du salut, le roc
qui supporte tout : Quicumque extra hanc domum agnum
comederit profanus est?. Et voici la raison de cette pré-
éminence de Pierre : Propterea inter duodecim unus eli-
gitur, ut, capite conslituto, schismatis tollatur occasio®.
L'Eglise romaine est donc la règle de la foi et de la
doctrine *. Saint Jérôme explique ainsi le titre de clerc
donné aux ministres de l'Eglise : St enim xñpoç græce,
sors latine appellatur : propterea vocantur clerici, vel
quia de sorte sunt Domini, vel quia ipse Dominus sors, id
est pars clericorum est. Qui aulem vel ipse pars Domini
est, vel Dominum partem habet, talem se exhibere debet
ut et ipse possideal Dominum, et possideatur a. Domino.
Qui Dominum possidet et cum propheta dicit : Pars mea
Dominus S.
6. Sur les fins dernières, saint Jérôme enseigne, con-
trairement aux Grecs, que ce qui se fera pour tous au
jour du Seigneur, a lieu pour chaque individu le jour de
sa mort, et non pas seulement au jugement universel :
Diem autem Domini, diem inlellige judicii, sive diem exi-
lus uniuscujusque de corpore. Quod enim in die judicii
‚[uturum est omnibus, hoc in singulis die mortis impletur®.
Nous ignorons si le passage suivant s'applique au pur-
gatoire : Inter morlem autem et inferos hoc interest : in-
fernus, locus in quo animæ recluduntur, sive in refrigerio
sive in pœnis , pro qualilale meritorum ’. 11 ne rejette pas
moins expressément cette opinion attribuée à Origène,
I! Adv. Lucif. — ? Ep. xv et xv1 ad Damas. — ® Adv. Jovin., 1, 26.
—+ Ep. XLVI ad Marcel., c. x1 ; Ep. ıxıı ad Theoph., c. . — 6 Ep. Lu
ad Nepot., c. v. — ® Comm. in Joel, c, 11. — 7 Comm. in Os., x, 16;
cf. Valarsi, ad À. I.
376 MANUEL DE PATROLOGIE.
que tous les êtres, y compris le démon, seront régéné-
rest. Quant au règne de mille ans, il le qualifie d’opi-
nion judaïque ridicule et indigne d’un chrétien ?.
La haute valeur de saint Jérôme a toujours été recon-
nue, malgré quelques jugements injustes et malveil-
lants. Valarsi® a recueilli, dans les différentes époques,
les témoignages honorables qui lui ont été rendus. Saint
Augustin dit qu'il était le lien de l'Orient et de l’Occi-
dent, « à cause qu'étant célèbre par la connaissance non-
seulement de la langue latine, mais encore de la langue |
grecque et même de l’hébraïque, il avait passé de l’E-
glise occidentale dans l’orientale pour y mourir à un âge
décrépit dans les Lieux-Saints et dans l’étude perpétuelle
des livres sacrés". » « Les hérétiques le haissent, pour-
suit Sulpice Sévère, parce qu'il ne cesse de les attaquer;
les clercs, parce qu'il censure leur vie et leurs crimes ;
mais tous les bons l’admirent et l’affectionnent. » Ce qu'il
y avait de trop passionné dans son langage et d’excessif
peut-être dans ses mortifications extérieures , ne venait
que de l'excès même de son amour de Dieu et de l'Eglise.
Il est indubitablement un des plus doctes Pères de l’E-
glise latine, et ses travaux comptent parmi les plus inte-
ressants et les plus variés de la littérature chrétienne.
Pourtant, il serait exagéré de dire avec Erasme : In Hie-
ronymo quæ phrasis, .quod dicendi arlificium ! quo non
christianos modo omnes longo post se inlervallo reliquit,
verum eliam cum ipso Cicerone cerlare videlur. Ego certe,
nisi me sanclissimi viri fallit amor, cum hieronymianam
orationem cum ciceroniana confero, videor mihi nescio
quid in ipso eloquentiæ principe desiderare ®. Loin d’être
l’egal de Cicéron, il n’est pas même aussi pur et aussi
classique que Lactance. Mais, pour la puissance et la
force du style, il est incomparable.
1 Comm. in Is., XIV, 20; xxvIl, 1; LXVI, 24, etc. — 3 Præf. comm.
in Is., et LXVI, 23. — ® Selecta Veter. Testimon., t. 1. — + Cit. du
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 371
Opera, ed. Erasm., Basil., ap. Froben., 1516 et seq., in-fol., 9 vol.;
Marian. Victorius Reatin., ep., Rom., 1565, in-fol., 9 vol.; ed. bened.
(Poujet et Martianay), Par., 1693-1706, in-fol., 5 vol. La meilleure
édition, de Valarsi, Véron., 1734, in-fol., 12 vol.; 1766, in-4°, 41 vol.
Voir dans Migne, t. XXX, p. 902, l’ordre dans lequel se succèdent
les ouvrages dans les anciennes éditions. Cf. Tillemont, t. XII; Dupin,
t. I, part. 3 ; Ceillier, t. X, ed. 2%, t. VII; Gollombet, Hist. de S. Jer.;
Behr, Théol. clret. rom., p. 165; Fessler, t. I, p. 131; Zoeckler;
Jérôme, sa vie et ses œuvres d’après ses.dcrits, Gotha, 1863.
S 68. Saint Augustin (mort en 430).
Augustini (S.), Hipponens, episc., Opera omnia, post Lovaniens.
theologorum recensionem castigata, denuo ad manuser. cod. Gallic.,
Belg., etc., necnon ad edit. antiquior. et castigatior., op. et stud.
monach. ord. S. Bened.— Edition Gaume, 22 vol. gr. in-8° à deux
colonnes.
Aurèle Augustin naquit à Tagaste en Numidie (354).
Son père, qui y exercait les fonctions de curiale, ne se
convertit qu'à la fin de ses jours; sa mère Monique, était
née dans le christianisme et compte parmi les plus illus-
tres chrétiennes de l'antiquité. Augustin fut instruit à
Madaure et à Carthage. Admirablement doué au point de
vue intellectuel et moral, élevé avec le plus grand soin
par sa pieuse mère, devenue veuve de bonne heure,
Augustin tomba néanmoins, sous le double rapport de
l'intelligence et du cœur, dans les plus grands écarts. A
dix-huit ans, il eut à Carthage un fils auquel il donna le
nom d’Adeodat. Ramene à des pensées plus sérieuses par
la lecture de l’Hortersius de Cicéron !, il :’appliqua avec
ardeur à l’étude de la philosophie, et son premier traité
De apto et pulchro, composé à l’âge de vingt-six ans, lui
valut beaucoup de gloire. Toutefois, ce ne fut qu'après
un sévère examen de tous les systèmes philosophiques,
y compris celui des manicheens, auxquels il fut attaché
depuis l’âge de dix-neuf ans jusqu’à l’âge de vingt-huit,
qu'il trouva dans les leçons chrétiennes de saint Ambroise
1 Confess., IH, ıv.
378 MANUEL DE PATROLOGIE.
la vérité et les grâces nécessaires à une vie plus parfaite.
I quitta la carrière de rhéteur qu’il avait remplie à
Rome (383) et à Milan (384) avec un grand succès, et
suivi de quelques amis, se retira dans la villa de Cassia-
ciacum (386). C'est là qu’il posa en quelque sorte les bases
de ses futurs travaux en philosophie et en théologie, par
ses ouvrages Contre les académiciens, de la Vie heureuse,
de l'Ordre, et plus tard par les Soliloques et le traité de
l’Immortalilté de l’âme. La veille de Pâques, en 387,
saint Ambroise lui administrait le baptême, ainsi qu'à
son fils et à son ami Alype, maitre de grammaire dans
sa ville natale et converti par Augustin. Ainsi s’accom-
plissait cette parole prophétique de l'évêque à sainte
Monique : « Il est impossible qu’un fils pleuré avec de
telles larmes périsse jamais. » Augustin a, du reste, dé-
peint dans un tableau inimitable les luttes qu’il dut sou-
tenir pour secouer pleinement le joug des passions mon-
daines, et trouver ailleurs que dans les séductions des
sens la paix où aspirait son âme inquiète et déchirée.
Bientôt après, il retourna en Afrique avec ses amis ;
mais ayant perdu à Ostie sa mère qui le protégeait de ses
ferventes prières , il résolut d'aller passer quelque temps
à Rome. Il y écrivit De moribus Ecclesiæ catholicæ, De
moribus manichæorum, De quantitate animæ et De libero
arbitrio; mais il ne publia ces deux derniers ouvrages
qu’en Afrique. A la fin de l’année 388, il se retira avec
ses amis dans une campagne qu'il possédait près de
Tagaste, résolu de se consacrer à l'étude et aux exer-
cices de la piété, après avoir distribué aux pauvres une
partie de sa fortune. Il y composa, De musica, De magis-
tro, De vera religione, De Genesi, contra manichxos. La
réputation qu'il se fit par ces nouveaux ouvrages, fut
“ cause que pendant un séjour à Hippone, l’évêque de cette
ville, Aurele, l’ordonna prêtre malgré sa resistance, et
lui confia le ministere de la prédication, que son grand
âge l’empéchait de remplir. On peut juger du crédit qu'il
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 379
jouissait des cette époque par l'explication qu'il fit du
symbole en présence des évêques réunis en concile gé-
néral à Hippone en 393, et qui devint plus tard le traité De
fide et symbolo. Successeur d’Aurèle sur le siége d’Hip-
pone, vers 395, il se révéla non-seulement comme un des
plus remarquables évêques de son temps, mais comme.
le plus grand docteur de tous les siècles. En continuant
le régime claustral qu’il avait commencé, il fit de sa de-
meure épiscopale une sorte de couvent où il vécut en
commun avec son clergé; aussi l’a-t-on considéré
comme l’instituteur des séminaires et de la vie cano-
nique des clercs. La force de génie , le zèle infatigable
qu'il déploya dans ses luttes verbales ou écrites contre
les donatistes, les manichéens et les pélagiens, unis à la
sainteté de sa vie et à l’eloquence de sa parole, ont fait
de lui le docteur de l'Eglise le plus influent et le plus uni-
versel ; car, on l’a dit avec justice, le plus grand theolo-
gien du moyen-äge, saint Thomas, n’a été que « le meil-
leur interprète de saint Augustin. » Ecoutons le père
Garnier : « J’augmenterai plutôt que de diminuer les
éloges de ce Père, que je regarde comme le plus grand
de tous les esprits, comme celui où l’on trouve le dernier
degré de l'intelligence dont l'humanité est capable, un
miracle de doctrine, celui dont la doctrine nous montre
les bornes dans lesquelles se doit renfermer la théologie,
l'apôtre de la grâce, le predicateur de la prédestination,
la bibliothèque et l’arsenal de l’Eglise, la langue de la
vérité, le foudre des hérésies, le siége de la sagesse, l’o-
racle des treize derniers siècles, l’abrege des anciens
docteurs et la pépinière où ceux qui ont suivi se sont for- _
mes. Il developpe les mystères de la prédestination et de
la grâce comme s’il les avait vus dans l'intelligence et
dans la pensée de Dieu même.» Après une carrière si
bien remplie, Augustin mourut avant que les barbares
1 Steph. Dechamps, De hæres. jans., lib. II, disp. L
(Addition du trad.)
380 MANUEL DE PATROLOGIE.
eussent ravagé son pays et son siége épiscopal, le troi-
sième mois de l'invasion (28 août 430). Augustin fut
le dernier grand homme de l’Afrique ; après lui com-
menca la barbarie. |
Ouvrages de saint Augustin.
Pour faciliter la revue de ses ouvrages, les premiers
éditeurs de saint Augustin les ont partagés en un certain
nombre de catégories, d’après la similitude des sujets.
De toutes les classifications qui ont été tentées, celle des
bénédictins est encore la meilleure, Ils ont eu l’heureuse
idée de mettre en tête deux ouvrages qui sont la meil-
leure introduction à sa vie et à ses écrits : les Rétracta-
tions et les Confessions.
1. Les Rétractalions (deux livres), écrites sur la fin
de sa vie, vers 427, sont l'examen critique de tous ses
écrits, dont il marque le but spécial : le premier livre a été
écrit avant son épiscopat, le second pendant. Le but de
cette révision était de mieux préciser certaines doctrines,
d’en corriger et rétracter d’autres, d’eclaircir certains
points demeurés obscurs. En exerçant sur lui-même cette
critique inexorable, saint Augustin voulait prévenir les
fausses conséquences qu'on pouvait tirer de certains
passages contradictoires en apparence ou en réalité, tout
en initiant le lecteur à sa méthode et aux progrès suc-
cessifs qu'il avait faits dans le christianisme et dans la
science. « Ce n’est pas moi, disait-il, mais la lumière de
l'éternelle vérité, que je désire voir briller devant le
monde. »
4
1 Le tome 4er contient tous les ouvrages de la première époque,
alors que saint Augustin était encore laïque, outre les Réfractations
et les Confessions; le 2° vol. contient les Lettres ; le 8e, les travaux
d’exegese; le 4°, les Homélies ; le 5°, les Sermons ; le 6°, les Œuvres
morales; le 7°, la Cité de Dieu; le 8°, les controverses contre les
manichéens, les priscillianistes et les ariens ; le 9°, contre les dona-
tistes : le 10e, contre les pélagiens avec des appendices renfermant
les écrits douteux ou apocryphes ; le 11e, les Tables.
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 381
2. Ecrites vers l’an 400, ses Confessions, prodige d’hu-
milité qu’on ne comprendra jamais, nous ouvrent sur sa
vie tout entière de vastes perspectives. Elles commen-
cent par cet hymne touchant : Magnus es, Domine , et lau-
dabilis valde. Fecisti nos ad ie, et irrequielum est cor nos-
lrum, donec requiescat in te. C’est la peinture assez fidèle
des années de son enfance, de ses égarements et de ses
combats. « Augustin n’a rien voulu taire : il a proclamé
à la face de l’univers tout entier le mal qu’il a fait, dit et
pensé. Il n’excuse rien, mais il avoue sa faute et en de-
mande pardon à Dieu. Il n’est donc pas étonnant que tous
ceux qui aspirent sérieusement à mener une vie sainte
et agréable à Dieu, aient toujours reçu de ce livre,
unique en son genre, la plus profonde impression ; qu'ils
en aient fait le gardien de leur vie et l’aiguillon de leur
conscience {. » La différence de ce livre avec les Pensées
sur ma vie, de Hagemann, et surtout les Confessions de
Rousseau, prouve combien il est inimitable. Rousseau
parle en parfait naturaliste, Augustin en chrelien con-
sommé. — Les trois derniers livres contiennent des ré-
flexions sur le récit biblique de la création ?.
Dans l’énumération suivante, nous n’aurons en vue
que les ouvrages principaux.
Ouvrages philosophiques.
Ils ont été rédigés, les uns avant son baptême, les
autres avant son ordination.
1. Contre les académiciens (trois livres), écrits vers
386, en forme de dialogue, contre l'impossibilité pré-
tendue d’arriver à la connaissance de la vérité : Scripsi
ul argumenta eorum quæ mullis ingerunt veri inveniendi
1 Ch. de Raumer, préf. de son éd. des Confess. — ? En français par
L. Moreau, 6e éd. avec le texte latin, in-8°. Le même ouvr., traduct.
française seule, in-12 ; traduction couronnée par l'Académie; chez
Gaume. — Edit. critique, par Pusey, Oxon., 1838; éd. de Raumer,
d'après les notes de Pusey. Stuttg., 1856.
382 MANUEL DE PATROLOGIE.
desperalionem, et prohibent cuiquam rei assentiri et
omnino aliquid tanquam manifestum ceriumque sit, appro-
bare sapientem, cum iis omnia videntur obstura et incerta,
ab animo meo, quia et me monebant, quantis possem ratio-
nibus amoverem !.
2. De la Vie heureuse, adressé à un savant de Rome,
Manlius Théodore, pour établir que « le bonheur ne
réside que dans la connaissance de Dieu. »
3. Traité de l'Ordre (deux livres), en forme de dia-
logue. Saint Augustin se demande si l’ordre providentiel
qui règne dans le monde s'étend aussi au mal; et
comme il suppose que ses jeunes lecteurs ne sont pas
préparés à de si difficiles questions , il termine en
traitant de l’ordre qui doit régner dans les études : Ad
discendum necessarie dupliciler ducimur : auctoritate
atque ratione. Tempore aucloritas, re autem ratio prior
est. Aliud est enim quod in agendo anteponilur, aliud
quod pluris in appetendo zstimulur. Ilaque, quamquam
bonorum auclorilas imperite multiludini videatur esse
salubrior, ratio vero aptior eruditis®.
4. Les Soliloqués (deux livres) sont de la même époque
et aussi en forme de dialogue : Me interrogans mihique
respondens, lanquam duo essemus". Le premier livre
montre dans quelles dispositions il faut être pour com-
prendre la vérité; le second traite de la vérité et de
l'erreur , et prouve que la vérité ne meurt jamais, ce
qui est un argument en faveur de l’immortalité de
l’âme *.
. 5. Le traité de l’'Immortalilé de l'âme devait servir de
conclusion au précédent. Saint Augustin en était peu
1 De Trinit., lib. XV, 0.12 — %Lib. I, n. 28-29; lib. I, »21. —
8 Lib. II, n. 26. — * Retract., I, n. 4. — 5 Les Soliloques ne doivent
pas être confondus avec un autre ouvrage du mème titre, souvent
attribué à saint Augustin et publié avec des méditations qu'on lui a
également attribuées. Cet ouvrage est probablement d’un théologien
du moyen-âge. Ed. Sommalius, Aug. Vind., 1765; ed. Westhof,
Colon., 1855.
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 383
content; il le trouvait vague dans ses deductions, obscur
dans ses termes, et regrettait sa publication prématurée.
6. Le De quantitate animæ, commencé à Rome et
achevé en Afrique, s'occupe de la constitution et de
l'excellence de l’âme, et démontre qu'elle est immaté-
rielle.
7. Le traité du Maître, dialogue entre lui et son fils,
rappelle le Pédagogue de Clément d'Alexandrie, et montre
que Jésus-Christ est le seul maître véritable et parfait.
8. Citons encore le traité de la Musique (six livres),
sur le caractère général de cet art, sur le mètre, la pro-
sodie et le rhythme, sur l'influence que la musique exerce
sur l’äme humaine : il est probable qu'il servit de mo-
dèle aux études de la musique comprises dans le plan
tracé par le quadrivium au moyen-âge. Il en faut dire
autant des écrits perdus sur la grammaire, la dialec-
tique, la rhétorique, la géométrie, l’arithmétique et la
philosophie. Ce dernier ouvrage, saint Augustin lui-
même le déclare, n’avait été qu'ébauché!.
Ouvrages purement dogmatiques.
1. Le traité de la Vraie Religion, quoique rédigé contre
les manichéens (vers 390), roule plutôt sur le dogme en
général. La vraie religion, dit saint Augustin, consiste
dans la connaissance de l’unité et de la trinité divine :
on ne la trouve ni chez les philosophes et les Juifs, ni
chez les hérétiques et les schismatiques, mais seulement
dans l'Eglise ?, à laquelle les hérétiques eux-mêmes
donnent le nom de catholique : Velint, nolint enim ipsi
quoqgue hæretici et schismatum alumni, quando non cum
suis, sed cum ectraneis loguunlur, catholicam nihil aliud
quam catholicam vocant5. Nous y arrivons, avec l’aide de
Dieu, par une double voie, l'autorité et la raison : Ipsa
Quoque animæ medicina, quæ divina providentia et ineffa-
bili beneficentia geritur, gradalim distincteque pulcher-
! Retract., I, VI. — 3 N. 1-2. — N. 12.
384 MANUEL DE PATROLOGIE.
rima est. Distribuilur enim in auctoritatem atque ratio-
nem. Auctorilas fidem flagitat et rationi præparat honi-
nem. Ratio ad intellectum cognitionemque perduciti. C'est
ainsi seulement que nous sommes conduits à Dieu et
unis à lui : Religet ergo nos religio uni omnipotenti Deoi.
2. Le Livre du symbole et de la foi, excellente expli-
cation du Symbole des apôtres, fut d’abord rédigé en
vue du synode général d’Hippone (393), et réduit en
livre à la demande de ses amis : Quam disputationem in
librum contuli, in quo de rebus ipsis ita disseritur, ul
tamen non fiat verborum illa conteætio, quæ tenenda me-
moriter competentibus traditurs.
3. De fide rerum quæ non videntur (un livre, vers
399), sur la nécessité de la foi. Il y a quantité de choses
après Dieu, que nous croyons sans les avoir vues. De
là cette exhortation : Vos autem qui hanc fidem habelis,
vel qui nunc novam habere capistis, nutriatur et crescal
in vobis®.
4. Manuel à Laurent, sur la foi, l'espérance et la cha-
rité (vers 421). Cet abrégé de la science chrétienne, l’un
des meilleurs écrits de saint Augustin, résume l'enr-
semble de ses vues dogmatiques *.
5. De agone christiano (vers 396). Cet opuscule, ana-
logue au précédent, indique comment il faut éviter le
mal et pratiquer la doctrine chrétienne, dont il offre un
court abrégé.
6. Le Livre de la foi et des œuvres (vers 413) rélute
divers écrits adressés à saint Augustin, où l’on soutenait
que la foi sans les œuvres suffit pour le salut.
__ À ces traités se rattachent les deux grands ouvrages
dogmatiques suivants :
7. De la Trinité (quinze livres). Quoique composé à
l'occasion des ariens, cet ouvrage s’en tient presque tou-
jours au point de vue général du sujet. Les sept
1 N. 45. — 2 N. 413. —5 Retract., 1, XVI. — à N. A1. — 5 Edité à
part par Krabinger, Tubing., 1861.
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 385
premiers livres présentent la doctrine d’après l’Ecriture
sainte et réfutent les objections tirées de la raison. Dans
les huit derniers, on montre que l’homme peut, jusqu'à
un certain point, s'élever à l'intelligence de ce mystère
par l’étude de la création et de la nature humaine. Saint
Augustin trouve dans l'esprit humain une foule d’ana-
logies. La preuve suivante, qui rappelle saint Grégoire,
est celle qui a eu le plus de succès auprès de la posté-
rité : Sic enim in homine invenimus Trinitatem : mentem,
el notitiam qua se novit, ef dilectionem qua se diligit
(memoria, intellectus, volunlas, caritas). Sed hæc tria ita
sunt in homine, ut non ipsa sint homo. — Et una per-
sona, id est singulus quisque homo, habet illa tria in
mente. Quapropler singulus quisque homo, imago est
Trinitatis in mente. Trinitas vero illa, cujus imago est,
nihil aliud est tota quam Deus, nihil aliud tota quam
Trinitas :. Toutefois, saint Augustin avoue lui-même
que ce ne sont là que d’imparfaites images; car ce ne
sont point des sujets, maïs seulement des facultés qui
constituent le sujet, c’est-à-dire la personne; en Dieu,
au contraire, le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne sont
pas comme des facultés dans une personne, ils sont eux-
mêmes des personnes indissolublement unies ?.
8. Cité de Dieu (vingt-deux livres), commencée en 413
et terminée vers 426. La cité de Dieu, ce sont les fidèles
de l’ancienne et de la nouvelle alliance. Saint Augustin
traite de son origine, de ses luttes continuelles contre
l'empire de Satan, de la protection que Dieu ne cessera
de lui accorder jusqu’à la fin des siècles. L'auteur, dans
son travail, a constamment en vue cette objection des
paiens , que les grandes calamités, la ruine dont
l'empire est menacé par l’emigration des peuples, sont
une suite de l’adoption du christianisme et de l'abandon
des dieux. La réfutation de ce dernier grief, entreprise
XV, va, n. 41. —12 XV, xx, n. 42. Cf. Gangauf, Doctrine spéculat.
de saint Augustin sur la Trinité divine, Augsb., 1866.
25
386 MANUEL DE PATROLOGIE.
par Orose, prêtre d’Espagne, à la demande d’Augustin,
n'ayant pas satisfait celui-ci, il se mit lui-même à
l'œuvre, et écrivit un livre qui est à bien des égards le
chef-d'œuvre de la littérature patristique.
La Cité de Dieu est à la fois une apologie, une histoire
des dogmes et une philosophie de l’histoire. Aux vastes
commentaires de Louis Vivès sur ce grand ouvrage!
Reinkens * a joint de nos jours une excellente analyse
des principales pensées de saint Augustin sur l'histoire
du monde. « Augustin, dit-il, par la puissance de son
génie, a créé une philosophie de l'histoire à la lumière
des idées chrétiennes, c'est-à-dire au point de vue de la
révélation. Telle est l’impression qu'il a produite que,
pendant plus de mille ans, il n’a eu que des imitateurs.
ll est vrai que son argumentation s'appuie souvent sur
l'autorité divine d’une façon qui n’est nullement scienti-
fique, et que le fil du dogme est mêlé à tout le tissu de
l'ouvrage; mais on aperçoit partout son regard divina-
toire, et dans l'appréciation des faits historiques son
talent de critique le conduit souvent à une méthode
véritablement scientifique. Joignez à cela le don artis-
tique merveilleux qui éclate dans l'ordonnance des
matières et qui assure à cet ouvrage une valeur impé-
rissable. »
Le traité de la Divination des démons, contre les palens (composé
entre 406.et 411), a aussi un caractère dogmatique. Il traite des arts
divinatoires des païens, et montre la différence qui existe entre les
prophéties des démons, que Dieu permet quelquefois, et les oracles
des prophètes.
Ouvrages polémiques.
Son opuscule des Hérésies à Quoduultdeus (quatre-
vingt-huit chapitres, vers 429, depuis Simon le Magicien
.t Basil., 1822, in-fol., cum comment. L. Vivis et L. Coquæi, Paris,
1656, et Hamb., 1661, t. II, in-4°; éd. stéréop., Lips., 1825 ; Colon.,
1852, t. LI, in-8°. — 3 Philos. de l’hist. de saint Aug., Schaffh., 1866.
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 387
jusqu’à Pélage) nous fournit une première preuve de la _
sollicitude que lui inspiraient les plus funestes ennemis
de l'Eglise, les heretiques*. Sans entrer dans les détails,
il caractérise parfaitement les origines et les idées prin-
cipales des hérésies qu'il cite. Mais ce fut surtout contre
les trois grandes hérésies suivantes qu'il déploya les
ressources de sa polémique :
4. Contre les manichéens. Attaché lui - même à cette
secte pendant neuf ans, il n’en connaissait que mieux
les erreurs et les dangers, et il la combattit ensuite avec
d'autant plus d'énergie. Ses principaux ouvrages contre
les manichéens sont : De moribus Ecclesiæ catholicæ et
De moribus manichæorum (388); De utilitate credendi
(vers 394), et De libero arbitrio (trois livres); De Genesi
contra manichæos (deux livres, vers 389); Contra Faustum
manichæum (trente-trois livres, 404) ; Contra Adimantum
(vers 394); Liber contra epistolam manichæi quam dicunt
Fundamenti ; Acta seu disputatio contra Fortunatum, sur
une discussion publique qu’il eut à Hippone, vers 392,
avec Fortunat, qui soutenait que la nature du mal était
éternelle comme celle de Dieu; De actis cum Felici (deux
livres, vers 404), sur le même objet 2.
Dans ces ouvrages, saint Augustin réfute en détail, et
souvent avec un brillant succès, les erreurs fondamen-
tales des manichéens. Il repousse surtout avec force
leur prétention vaniteuse d’être seuls en possession de
la vérité. La vérité, leur dit-il, ne vient que du Fils de
Dieu, sous la garantie de l’Eglise; et il énonce à ce
propos ce principe essentiel du catholicisme : Evangelio
non crederem, nisi me commoverel Ecclesiz auctoritass.
ll réfute aussi leur théorie des deux principes empruntés
au parsisme, la théorie des deux âmes humaines, selon
laquelle l’homme ne serait pas libre d’opter entre le
bien et le mal. Augustin-se montre ici le plus zélé et le
1 Edition Gaume, t. VII. — ? Voir ces ouvrages dans l'édition
Gaume , t. VIII. — ® Contr. Ep. fundam., c. v.
390 MANUEL DE PATROLOGIE.
donnant au mot grâce un double sens. De nuptiis et
concupiscentia (419), en réponse à ce reproche des péla-
giens, que la doctrine de saint Augustin sur le péché
originel portait atteinte au sacrement de mariage.
Contra duas epistolas pelagianorum, adressé, vers 420,
à Boniface I", auprès duquel Julien d’Eclane et les
évêques pélagiens cherchaient à se justifier et accusaient
saint Augustin. Dans les Six livres contre Julien le pela-
gien, il s'attaque directement à ce dernier, qui faisait
entrer le pélagianisme dans une phase nouvelle, celle du
semipélagianisme. Les deux premiers livres établissent
que les plus célèbres d'entre les anciens Pères sont
formellement antipélagiens. Les quatre livres suivants
sont une longue et sévère critique de l’ouvrage de
Julien. Saint Augustin, peu de temps avant sa mort,
commença contre lui un nouveau travail qu'il n’acheva
point; de là son titre d’Opus imperfectum contra Ju-
lianum. |
Contre les semipélagiens saint Augustin écrivit le
traité de la Grâce et du libre Arbitre (vers 427), en ré-
ponse aux doutes des religieux d’Adrumet, qui crai-
gnaient qu'il ne détruisit le libre arbitre et la coopération
de l’homme à son propre salut. Il acheva de dissiper
ces doutes dans le De correptione et gratia, où il a le
plus nettement exprimé sa doctrine antipélagienne, et
développé avec une grande vigueur de logique sa théo-
rie de la prédestination, qui devait être si sévèrement
interprétée dans la suite. Comme les conséquences qu'il
en déduit avaient fort mecontente les moines de la
Gaule, entre autres Cassien, il écrivit son traité de la
Prédestination des saints, suivi du Don de la persévé-
rance, oü il expose sa doctrine et adoucit ses vues.
a Ces deux derniers livres, écrits dans sa derniere
vieillesse, sont comme le testament de ce Père, et ont je
ne sais quelle autorité plus grande, tant à cause qu'ils
ont été travaillés avec une extrême application et une
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 391
longue méditation de cette matière, qu'à cause aussi que
l'erreur de ceux contre qui il écrivait était plus subtile,
ils ont été composés avec plus de pénétration‘. » Voici
comment il définit la prédestination : Prædestinatio sanc-
torum est præscientia et præparalio beneficiorum Dei,
quibus cerlissime liberentur, quicumgue liberantur. Cæ-
teri autlem ubi, nisi in massa perditionis juslo divino
judicio, relinguuntur? Et il marque ainsi le rapport de
la prédestination et de la grâce : Inter gratiam et præ-
destinationem hoc tantum interest, quod prædestinatio est
gratiæ præparatio, gralia vero ipsius prædestinationis
eflectus ?.
Dans ces écrits, la doctrine de saint Augustin est en
opposition directe avec celle des pélagiens et des semi-
pélagiens sur l’état du premier homme avant et après la
chute, sur la mort et sur le péché originel. Contre la
suffisance orgueilleuse des pelagiens, il défend l’exis-
tence et la nécessité de la grâce concomitante avec
d'autant plus de vigueur qu'il en avait lui-même senti
douloureusement le besoin. Avec l'Eglise, il divise la
grâce en grâce habituelle ou sanctifiante, et en grâce
actuelle, et cette dernière en grâce prévenante, concomi-
tante et subséquente.
On ne peut nier que saint Augustin ait parlé de l’effi-
cacité de la grâce (qu’on croirait irrésistible) et de la
prédestination en des termes d’une singulière énergie,
soit en se servant de passages bibliques captieux 5, soit
en pressant trop la notion de la grâce, soit par le sou-
venir de ses propres égarements. Ses expressions ont
été souvent mal interprétées jusqu’à nos jours : au
cinquième siècle, par Lucile, prêtre de la Gaule; au
1 Suarez, Proleg., lib. VI, c. v1; rapporté par Bossuet. (Cit. du trad.)
3 De don. persev. n. 35. L’Hypomnesticon ou Hypognosticon (lib. VI)
contra Pelagianos et Cœlestinianos. souvent attribué à saint Augustin,
est probablement de Marius Mercator ou d’un autre ami inconnu de
saint Augustin. — 8 Jean, xv, 5; I Cor., Iv, 7; x, 8; II Cor., 11, 5
;
Rom., RK, 10-1 6.
3m MASTEL RE PATROLOGIE.
neuve scie par le mome Gottschalk ; au seizième,
par les reformaieurs. et an &ix-sepüème par Jansenius.
Tosteiss. sun Anuvestin m'a contesté ni la liberté de
l'homme. wi sa cocperabce à la grâce dans l'œuvre du
salut. et il na pas enseigne la double predestination au
salut et à la damnation Ces bévues et ces malentendus
viempent de cœ quon na pas distingué les écrits de
sant Augustin contre Les diverses fractions du pelagia-
msme. ei. en cœ qui concerne le libre arbitre, de ce
qu on n'a inierprete sa doctrine à l'aide de ses ouvrages
contre les manichéens.
Aux écrits d:rmatiznes et polémiques appartiennent encore : Lib.
coatvr. scren Anamor. de &5R : Collet. cum Meximino, arian. epix.
Contre eumdem. — Li. ed Ores. contre Priscilian. et Origenist. —
Adr. Judeos. Ed Gaime,t VIIL
Oucrages d'exégèse.
Saint Augustin v préluda par le traité de la Doctrine
chrétienne (quatre livres. vers 397), excellent guide pour
ceux qui veulent étudier et lire avec fruit l’Ecriture
sainte, et en découvrir les différents sens. Il complète
ce que saint Jérôme avait omis dans sa lettre cent une à
Pammaque. Saint Augustin sentait vivement le besoin
d'un dictionnaire de la Bible‘. À mesure qu'il avance,
son travail d'exégèse et d’hermeneutique devient peu
à peu un corps systématique de la doctrine chrétienne;
aussi a-t-1l servi de modèle à la disposition des Sentences
de Lombard, au moyen-äge. On trouve des explications
plus ou moins longues de l’Ancien et du Nouveau Testa-
ment dans les écrits suivants : De Genesi ad litteram liber
imperfectus, contre les manicheens (393); De Genesi ad
litteram (douze livres); Locutionum libri VII et LXXXII
quæstionum in Heptateuchum (Moïse, Josué et les Juges),
sur les expressions et les tournures qui s’eloignaient
de la langue de son temps et du texte grec et hébraïque:
Lib. I, c. xvu,n. 23.
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 393
Enarrationes in psalmos, cent cinquante explications dont
quelques-unes ont été dictées et le plus grand nombre
adressées au peuple sous forme de sermons; De consensu
Evangelistarum (quatre livres, vers 400) : tentative arti-
ficielle et avoriée pour concilier les différences apparentes
ou réelles des Evangiles; Quæstionum evangelicarum
(deux livres, vers le même temps) sur quarante-sept
passages de saint Matthieu et cinquante et un de saint Luc;
De sermone Domini in monte (deux livres); Tractatus (124)
in Evang.Joann.; Tractatus(10)inepist. I Joann. (vers 416);
Escpositioguarumdam (84) propositionum ex epist.ad Rom.;
Expositioinchoataepist. ad Rom.; Expositio epist.ad Galat.
Si la partie philologique (saint Augustin était peu versé
dans l’hébreu et dans le grec) et la méthode exégétique
laissent beaucoup à désirer, l'interprétation des textes
dogmatiques et l'intelligence de l’Ecriture sont dignes
de toute estime : « S’il me fallait, dit Luther, opter entre
ces deux choses : comprendre l’Ecriture sainte comme
l'ont comprise saint Augustin et les Pères, en admettant
même que saint Augustin n’a pas toujours bien saisi les
mots et les lettres hébraïques, et comprendre certains
mots et certaines lettres des Juifs, mais saus avoir l'in-
telligence de saint Augnstin et des Pères, je sais bien ce
que je choisirais : j’enverrais au diable les Juifs avec
leur intelligence et leurs lettres, et, sans leurs lettres,
j'irais au ciel avec l'intelligence de saint Augustin. »
Ouvrages moraux et ascéliques.
Ces ouvrages sont la plus pure production de son
intelligence éclairée par la grâce divine, de son âme
inondée de reconnaissance et aspirant de toutes ses
forces vers la perfection chrétienne. Ces qualités éclatent
surtout dans les Confessions et les Soliloques, ainsi que
dans ses vues dogmatiques à propos des pélagiens.
Viennent ensuite : De sacra Scriptura speculum (428),
explication de maximes tirées de l’Ecriture; Liber de
394 MANUEL DE PATROLOGIE.
mendacio : dans quelles circonstances le mensonge off-
cieux peut être permis (395), et Contra mendacium (420),
contre ce principe des priscillianistes : Jura, perjura,
secretum prodere noli. Saint Augustin condamne for-
melement le dessein d’un catholique qui voulait se
donner pour priscillianiste, afin de découvrir leurs mys-
tères; Liber de patientia, mentionné dans la lettre 231,
n. 7; De continentia (vers 395); commentaire du psaume
cxLı, 3 et 4, pour exhorter les chrétiens à la conti-
nence, contrairement aux manicheens qui attribuaient
leurs débauches au mauvais principe qui agissait en eux.
Dans le De bono conjugali, il défend la sainteté du ma-
riage contre Jovinien, et indirectement contre les mani-
chéens. Les traités De sancta virginitate et De bono
viduilatis célèbrent les avantages de la virginité. Dans
le De adulterinis conjugiis (deux livres), saint Augustin
démontre, d’après 7 Cor., vn, 40, que les époux séparés
ne peuvent point se remarier. Dans le De opere mona-
chorum, il tonne contre la dissolution des moines, fruit
de la paresse, de l’orgueil et du vagabondage; sur
l'obligation du travail manuel, en s'appuyant sur l’Evan-
gile et l’exemple de saint Paul : Qui non vull operari
non manducet. C’est dans cette occasion qu'il a écrit ces
paroles mémorables : « Si j'ai trouvé difficilement des
hommes meilleurs que de bons religieux dans de bons
couvents, je n’en ai point vu de pires que de mauvais
moines. » Le De cura mortuorum (vers 424), à son ami
l'évêque Paulin, de Nole, traite surtout de l'utilité de la
prière pour les défunts.
Ouvrages pratiques du ministère ecclésiastique.
4. Trois cent soixante-quatre sermons, non compris
deux cent trente et un qui sont douteux ou apocryphes',
et plusieurs autres récemment découverts et publiés
par Maï*. La véritable éloquence chrétienne, dit saint
1 Edition Gaume , t. V. — 3 Nov. Bibl. Patr., t. 1.
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 395
Augustin, a pour but et pour mission de faire ut verilas
paleat, ut veritas placeat, ut veritas moveat; les discours
d'un prêtre doivent être pleins de l’Ecriture sainte.
« Celui qui veut parler sagement doit parler le langage
de l’Eeriture; et plus il est lui-même pauvre d’expres-
sions, plus il doit être riche des termes de l’Ecriture,
afin que, dans sa pauvreté d’elocution, l'autorité de pa-
roles graves lui donne plus de poids. » Saint Augustin
n'ayant pas révisé ses sermons ni ses lettres, comme il
avait fait pour ses traités scientifiques, on les a dis-
posés fort diversement. La meilleure distribution, celle
des Benedictins, les partage en quatre classes : Sermones
de Scripturis (183); Sermones de tempore (88); Sermones
de sanctis (272-340); Sermones de diversis (341-364).
Quoique saint Augustin ait eu comme orateur une assez
grande réputation, et que le manicheen Secundus l'ait
appelé summus orator et Deus pœne totius eloquentiæ,
ses sermons n’en sont pas moins la plus faible partie de
ses écrits.
2. De catechizandis rudibus, liber unus, composé vers
400, à Carthage, sur la demande du diacre Deo-Gratias.
Excellent manuel pour l’enseignement de la religion !.
Lettres.
L'édition bénédictine en contient deux cent soixante-
dix, y compris celles qui ont été adressées à saint
Augustin; elles sont rangées en quatre classes par ordre
chronologique : 4. avant son épiscopat (an 386 à 395);
2. de 396 à 410; 3. de 441 à 430; 4. lettres dont la date
ne peut être fixée. Toutes fournissent des renseigne-
ments importants sur sa vie et sur l'histoire de son
temps. Quelques-unes sont des traités scientifiques.
Quant au fond, elles sont, ou dogmatico-polémiques, ou
1 Edité à part, par Roth, Fundamenta artis catecheticæ; S. Aug.,
lib. de catech. rud., et Gersonis tract. de parvulis trahend, ad Christ,,
Mogunt., 1865,
396 MANUEL DE PATROLOGIE.
morales, ou de condoleance, ou familières. Voici les plus k
remarquables : |
Lettres à Paulin et à Sixte, auxquelles saint Augustin a
renvoie à la fin du livre du Don de la persévérance, pour &\
établir que depuis ses premiers écrits sur les pelagiems W°*
il a toujours suivi les mêmes principes ‘.
Lettre à Vital. « Elle ne le cède à aucune de celles
de saint Augustin, dit le père Garnier, et, en découvrant
le sacré mystère de la grâce prévenante, elle donne {
douze règles où la doctrine catholique sur cette matière
est contenue ?. »
Lettre Volusien. Saint Augustin, dit Bossuet, fait
sentir l'esprit dont l’Ecriture est remplie, en dix où
douze lignes de sa lettre à Volusien, plus qu'on me
pourrait faire en plusieurs volumes®.
Dans l'édition bénédictine, les nombreux écrits perdus, -:
douteux ou apocryphes, sont accompagnés d'excellentes
remarques ‘.
Place exceptionnelle de saint Augustin dans la littérature
chrétienne.
L’immensite de ses œuvres et la multiplicité de ses
écrits de controverse ne nous permettent pas d'exposer
complètement sa doctrine, disposée presque toujours
dans un ordre systématique. Après l’analyse que nous
avons faite de ses traités, nous nous bornerons à relever
les points les plus caractéristiques.
1. Les ouvrages philosophiques de sa première pé-
riode nous offrent une preuve irrécusable de ses progrès
intellectuels, depuis son scepticisme académique jusqu'à
sa pleine adhésion aux vérités chrétiennes. Tout homme,
dit-il, qui aspire à la vérité doit la chercher dans 501
propre esprit : « Ne vous répandez pas au dehors,
rentrez en vous-même : c’est dans l’intérieur de l’hommt
1 Cit. du trad. — 2 Def. de la trad. (Cit. du trad.)— 8 Ibid. part.
livr. IV, c. xvi. (Cit. du trad.) — * CI. Fessler, t. II, p. 481.
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 397
ns réside la vérité!.» Dans le monologue suivant, il
montre que le scepticisme est inadmissible : « Toi, qui
"ux te connaître, sais-tu si tu existes ? — Je le sais. —
Foù le sais-tu? — Je l’ignore. — Te sens-tu simple ou
multiple? — Je l'ignore. — Sais-tu qui te meut? —
k ne sais. — Sais-tu si tu penses? — Je le sais?. — Il
at donc certain que tu existes, car si tu n’existais pas
k ne pourrais pas te tromper 5. » La conscience prise
mme point de départ pour arriver à la connaissance
philosophique marque une des phases de l’histoire de la
philosophie. En poursuivant son examen, saint Augus-
tin découvre deux sources de connaissance : l’autorité et
la raison, dont l’une correspond à la foi, l’autre à la
science. « Le commencement de l'intelligence, c’est la foi;
k fruit de la foi, c’est l'intelligence. Initium sapientiæ
fides, fides fructus intellectus. Ceux qui ne peuvent par-
vair à l'intelligence mettent leur salut en sûreté par la
fimplicité de leur foi*. » Tout ce que l’homme connaît
id-bas, il le connaît par ces deux voies 5. Dans le deve-
kppement de ses idées philosophiques, saint Augustin a
parfaitement apprécié et utilisé Platon, Aristote et le
néoplatonisme ®.
2. Voici le jugement qu'il porte de la philosophie
paienne : « Ce que les philosophes, tel que Platon, ont
enseigné de vrai et de conforme à la foi, le chrétien n’a
pas à le craindre. Employons-le plutôt à notre usage,
comme en étant les légitimes possesseurs. Les Egyptiens
n'avaient pas seulement des fardeaux et des idoles de-
testés et rejetés par le peuple d'Israël, ils avaient aussi
I De ver. relig., c. xxxx,n. 72 — 3% Solilog., IL, 1. — $ De lib. arb.,
I, m, n.7.—* Contr. Ep. Man., n. 5. (Addit. du trad.)— 5 De util.
ered., c. II; De Magistro, c. u.
‘Saint Augustin dit de Plotin : « Os illud Platonis, quod in philo-
Sophia purgatissimum est et lucidissimum, dimotis nubibus erroris
emicuit, maxime in Plotino, qui platonicus philosophus ita ejus
ämilis judicatus est, ut simul eos vixisse, tantum autem interest tem-
Poris, uf in hoc ille revizisse putandus sit (contr. Acad., III, xvu,
u. 4).
Bun MANTEL HE PAYER COCEE
rs vases Cor ei d'argent. des vetements et d’autres
esensies precwux. que le peuple de Dieu, en sortant
d'Esvpte aprropra à wa meiker usage. non de sa
propre autarne mes par andre de Dieu. Il en est de
méme des paisns : ils omi des fahles et des superstitions,
de sourds farössıı que les chreiems doivent abhorrer
et reprouver: mass is cost aussi des arts libéraux qui
peuvent ounocurir au service de la vérité, des règles
morales ut is à lien des égards ei contenant sur le culte
du Lieu unique bien des vérités, qu'ils n'ont pas puisées
en eux-mémes. mais tirées de cette source de vérilé qui
se repand pariout sous La conduite de Dieu‘. » — « Un
bon et vrai chrétien reconnaît que la vérité, en quelque
beu qu'ii la trouve, appartient à son Maitre. »
3. La sagacite philosophique de saint Augustin éclate
surtout dans la manière profonde et juste avec laquelle
pologie. œuvre de la rédemption, notamment dans les
quinze livres de la Trinité et dans la Cité de Dieu. Le
but de tous ses travaux était : Li ea quz fidei firmitate
jam lenes, ea rationis luce conspicias?, mais en partant
toujours de ce principe : Fides præcedit intellectum. La
foi prépare la raison à mieux saisir la vérité, non point
en ce sens qu'après avoir accompli cette tâche elle de-
vienne superflue et se confonde avec la science : elle doit
toujours rester la base de toute connaissance supérieure
et ne jamais disparaitre ®.
4. Ses sentiments orthodoxes sur la tradition, l’auto-
rité de l'Eglise et du Saint-Siége sont exprimés dans les
célèbres textes qui suivent : « Ce qui est admis de toute
l'Eglise et qui, sans avoir été défini par les conciles, a
été observé de tout temps, il faut croire qu'il a éte
transmis par l’autorité apostolique *, » telles que : la cé-
lébration de la fete de Pâques, de l’Ascension, de la
1 De doctr. cehrist., Il, Lx. — * Ep. cxx ad Crescent., n. 2. —
8 Solilog., I, vu. — ® De baptismo, IV, xxıv, n. 31.
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 399
Pentecôte , la validité du baptème des hérétiques et des
enfants : Disputare contra id quod universa Ecclesia
senti! insolentissimæ infamiæ est‘. Quant à l’autorité de
l'Eglise, il disait aux manichéens « qu'il ne croirait pas
à l'Evangile si l’autorité de l'Eglise ne l’y déterminait ; »
et sur le pouvoir du Souverain Pontife, il écrivait à
propos de la controverse pélagienne : Roma locuta est,
causa finita est; ulinam aliquando error finiatur ?.
Voici avec quel enthousiasme il exprimait sa recon-
naissance d’appartenir à l'Eglise catholique : In Ecclesia
catholica, ut omittam sincerissimam sapientiam, mulla
sunt alia quæ in ejus gremio me justissime teneant. Tenet
consensio populorum atque gentium, tenet auctoritas mi-
raculis inchoala, spe nutrila, caritale aucta, vetustate
firmala; tenet ab ipsa sede Petri Apostoli, — usque ad
pr&senlem episcopalum successio ; tenet postremo ipsum
catholicæ nomen, quod non sine causa inter tam mullas
hereses sic ista Ecclesia sola obtinuit. Apud vos autem,
ubi nihil horum est quod me invitet ac teneat, sola per-
sonat veritatis pollicitatios.
5. Malgré l’ardeur infatigable avec laquelle saint
Augustin combattait les hérétiques, il ne les considérait
pas moins comme quelque chose de providentiel : Uta-
mur eliam isto providentiæ beneficio, et il les considérait
comme relativement utiles : Prosunt enim Ecclesiæ hære-
ses non verum docendo, sed ad verum quærendum catho-
licos excitando®. « Nous avons appris, dit-il, que chaque
hérésie apporte à l’Eglise des difficultés particulières,
contre lesquelles on défend plus exactement les Ecritures
divines que si l’on n'avait point eu de pareille nécessité
de s’y appliquer >. »
Avant la naissance des hérésies, il ne faut pas exiger
des Pères la même précaution dans leurs expressions
que si les matières avaient déjà été agitées, « parce que
1 Ep. cxvm.— Serm. cxxxn, n. 10.— 3 Contr. ep. fundam., c. W. |
—+ De ver. relig., c. vu. — 5 De dono persev., c. xx, (Cit. du trad.)
400 MANUEL DE PATROLOGIE.
la question n'étant point émise et les hérétiques ne leg:
faisant pas les mêmes difficultés, ils croyaient qu'on
entendait dans un bon sens, et ils parlaient avec plus
sécurité t, » |
« Les disputes des hérétiques font paraître dans
plus grand jour et comme dans un lieu plus éminent:
que pense l'Eglise et ce qu’enseigne la saine doctrine
« Plusieurs choses étaient cachées dans les Ecrit
les hérétiques séparés de l'Eglise l'ont agitée par
questions; ce qui était caché s’est découvert, et o
parfaitement de la Trinité avant les clameurs des ari
ni de la pénitence avant que les novatiens s’éleva
contre, ni de l'efficacité du baptème avant nos rebag:
seurs. On n’a pas même traité avec la dernière ex
Jésus-Christ, avant que la séparation qui mettait hi
faibles en péril obligeät ceux qui savaient ces vérit&:;
les traiter plus à fond, et à éclaircir entièrement tom:},
les obseurites de l’Ecriture. Aussi, loin que les erret;,.
aient nui à l’Eglise catholique, les hérétiques l'ont affly a
mie, et ceux qui pensaient mal ont -fait connaître cd; Pe
qui pensaient bien. On a entendu ce qu'on croyait av Araet
piété 5. » log
Il ne veut pas que l'Etat sévisse contre les donatid.
par la peine de mort, bien que ceux-ci l’eussent invoqén de.
les premiers. Malgré les violences et les meurtres qd.
exercaient sur les catholiques, « cherchant l’union dr $
la guerre, etla paix dans la violence, » saint Augud
! ° LA + d
n’en déclare pas moins «qu'il faut les soumettre à 4,
discipline salutaire, les corriger et non les tuer. » « Na
1 Lib. I, Contr. Jul., c. vi, n. 22. (Addit. du trad.) —3 Conf., %s. |
Vill, ec. xx, (Cit. du trad.) — ® In ps. Liv. (Cil. du trad.) le
- “ . VI,
AUTEURS LATINS. 8. AUGUSTIN. 401
: devons pas rendre le mal pour le mal; nous n'avons
int à combattre avec le glaive, mais avec la parole de
eu, ce glaive de l’esprit. » « Il faut rappeler les héré-
jues plutôt par des témoignages de charité que par
ıs contestations echauffees!. » Quand l’Eglise invoquait
bras séculier contre la fureur des circellions, Augustin
sait : « Elle a demandé secours à l’empereur chrétien,
on pas tant pour se venger que pour se garantir. Si elle
e l'avait pas fait, au lieu de louer sa patience, il fau-
rait justement blämer sa négligence. — Cela est si peu
ne persécution, que si nous ne faisions pas ce qui peut
ervir à les effrayer et amender, nous leur rendrions
kritablement le mal pour le mal. »
| 6. Si dans sa lutte contre les pelagiens il s’est exprimé
mn termes un peu sévères sur la valeur morale des actes
k ceux qui n’ont pas été régénérés par la grâce divine,
Bn’a garde cependant de ne leur attribuer aucune vertu
Riurelle, et surtout d'appeler les vertus des païens des
ces brillants, car c’est lui-même qui a écrit dans la
Pac Dieu : « Dieu a montré dans ce magnifique em-
re romain tout ce que peuvent les vertus civiles sans
véritable religion, afin que l’on sût, quand celle-ci
iendrait s’y ajouter, que les hommes sont devenus ci-
ens d’un autre état qui a pour roi la vérité, pour loi
our, et l'éternité pour durée. »
à Pour caractériser en quelques mots l’œuvre littéraire
Bint Augustin et son importance dans la littérature
tienne, nous dirons qu'il fut, dans les premiers
les, un des plus éminents évêques, et dans tous les
lsle plus grand docteur de l’Eglise. Inférieur à saint
me pour l’érudition, il le dépasse par son génie créa-
et original. Il a fermé l'ère de la spéculation chre-
ependant la période patristique, et ses écrits sont
plus vastes que nous ayons des écrits conservés des
ns Pères. En disant adieu à l’ancien monde, il a
ln Joan, tr. Vi, n. 18. (Cit. du trad.) — 2 De civit., II, xx.
26
402 MANUEL DE PATROLOGIE.
laissé aux Germains, tout imprégnés de l'esprit chrétien,
un levain généreux, et aux siècles futurs une mine iné-
puisable d'idées pour l'édification d’une science colos-
sale. Et cependant, tant de lauriers recueillis dans le
champ de la littérature n’ont pu étouffer dans son âme
ce cri admirable d’humilite : Quæ vera esse perspexeris
lene, et Ecclesiæ catholicæ tribue, quæ falsa respue, et
mihi, qui homo sum, ignosce !.
Ordre dans lequel il faut lire ses ouvrages.
«A l'égard de saint Augustin, dit Bossuet, je voudrais
le lire à peu près dans cet ordre : les livres de la Doctrine
chrélienne ; le premier : théologie admirable. Le livre
De catechizandis rudibus; De moribus Ecclesiæ catholicæ;
Enchiridion ad Laurentium; De spiritu et litiera; De
vera religione; De civitate Dei (ce dernier, pour prendre
comme en abrégé toute la substance de sa doctrine).
Mélez quelques-unes de ses épîtres : celles à Volusien, ad
Honoratum, De gratia Novi Testamenti, ainsi que quelques
autres. Les livres De sermone Domini in monte, et De con-
sensu Evangelisiarum?. »
Style de saint Augustin apprécié par Bossuet.
Saint Augustin « a des digressions, mais, comme tous
les autres Pères, quand il est permis d’en avoir, dans
les discours populaires, jamais dans les traités , où il faut
serrer le discours, ni contre les hérétiques. Il a des allé-
gories, comme tous les Pères, selon le goût de son
siècle, qu’on a peut-être poussé trop avant, mais qui
dans le fond était venu des apôtres et de leurs disciples.
Les pointes, les antithèses, les rimes mêmes, qui étaient
encore du goût de son temps, sont venues tard dans ses
discours. Erasme, qui sans doute ne le flatte guère, cite
les premiers écrits de saint Augustin comme des mo-
1 De vera relig., c. xx. — 3% Lecture des Pères pour former un
oraleur. (Cit. du trad.)
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 403
dèles, et remarque qu'il a depuis affaibli son style pour
saccommoder à la coutume et suivre le goût de ceux à
qui il voulait profiter. Mais après tout, que ces minuties
sont peu dignes d'être relevées ! Un savant homme de
nos jours dit souvent qu'en lisant saint Augustin on
n'a pas le temps de s'appliquer aux paroles, tant on est
saisi par la grandeur, par la suite, par la profondeur des
pensées. En effet, le fond de saint Augustin, c’est d’être
nourri de l’Ecriture, d’en tirer l'esprit, d’en prendre les
plus hauts principes, de les manier en maître et avec la
diversité convenable. Après cela qu'il ait ses défauts
comme le soleil a ses taches, je ne daignerais ni les
avouer, ni les nier, ni les excuser ou les défendre. Tout
ce que je sais certainement, c'est que.quiconque saura
pénétrer sa théologie aussi solide que sublime, gagné
par le fond des choses et par l'impression de la vérité,
n'aura que du mépris ou de la pitié pour les critiques de
nos jours, qui, sans goût et sans sentiment pour les
grandes choses, ou prévenus de mauvais principes,
semblent vouloir se faire honneur de mépriser saint Au-
gustin qu'ils n’entendent pas !. »
Opera, ed. Amerbach, Basil., 1506, in-fol., t. XI ; ed. Erasm., Basil.,
1529, in-fol., t. X; ed. stud. theol. Lovaniens., Antw., 1577, in-fol.,
t. X: les trois souv. réimpr.; la meilleure édition est celle des Béné-
dictins, reproduite par MM. Gaume, 22 vol. gr. in-8°. — Sur les diffé-
rends qu'elle a soulevés : Tassin, Hist. des savants de Saint-Maur,
Franckf., 1773, un vol., p. 467. Cf. Tillem., t. XII, Ceillier, t. XII,
2 ed., t. IX; Stolberg, Hist. de la relig., part. xiv etxv, append.;
Kloth, S. Augustin, Aix-la-Ch., 1840, 2 vol.; Poujoulat, Vie de saint
August.; Bindemann, S. Aug., Berl., 1844, 2 vol.; Bæœhringer, 1 vol.;
Ritter, Hist. de la philos., 2 vol.; Stoeckl, op. cit.; Huber, op. cit.;
Michelis, Hist. de la phil., p. 151.
1 Defense de la tradition et des SS. Pères. (Citation du traduct.)
404 MANUEL DE PATROLOGIE.
CHOIX DE TEXTES TIRÉS DE SAINT AUGUSTIN 1.
Ame.
a Le véritable mouvement de l'âme est de rappeler ses
esprits des objets extérieurs au dedans de soi, et de soi-
même s'élever à Dieu » (De quant. anim., n. 55).
a L’äme qui s’est éloignée de la source de son être ne
connaît plus ce qu'elle est. Elle s'est embarrassée dans
toutes les choses qu'elle aime, et de là vient qu'en les
perdant elle se croit aussitôt perdue elle-même » (De
Trinit., üb. VI, 0. 7).
a Il y a deux sortes de vie en l’âme, l’une qu'elle
communique au corps, et l’autre dont elle vit elle-même.
L'âme est la vie du corps, Dieu est la vie de l’äme »
(Tract. xix in Joann., n. 12; Serm. cLx1, n. 6).
« Celui-là possède le tout qui tient la partie dominante;
en toi, la partie qui est la plus noble, l’âme, est celle
qui domine. Dieu, tenant ce qu'il y a de meilleur,
c'est-à-dire ton âme, par le moyen du meilleur il entre
en possession du moindre, c'est-à-dire du corps »
(Serm. czxi, n. 6).
« Le vice de notre nature n’a pas tellement obscurci
dans l’âme humaine l’image de Dieu, qu’il en ait effacé
jusqu'aux moindres traits » (De Spirit. et litt., n. 48).
« Quand l'âme possède ce qu'elle aimait, comme les
honneurs, les richesses, elle se l’attache à elle-même par
la joie qu’elle a de l’avoir, elle se l’incorpore en quelque
façon, si je puis parler de la sorte; cela devient comme
une partie de nous-même et comme un membre de notre
cœur » (De lib. arb., Lib. I, c. xv).
« Les larmes sont le sang de notre âme » (Serm. ceui,
n. 7). |
4 Ces extraits ont été insérés par le traducteur.
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 405
Amour de Dieu et du prochain.
« Si un père et un époux mortel doit être craint et
aimé, à plus forte raison notre Père qui est dans les
cieux et l’Epoux qui est le plus beau de tous les enfants
des hommes, non selon la chair, mais par sa vertu;
car de qui est aimée la loi de Dieu sinon de ceux qui
l’aiment lui-même ? Et qu'a de triste pour de bons fils la
loi d’un bon père » (Serm. xxx1) ?
« Vous devez aimer Dieu de tout votre cœur, en sorte
que vous rapportiez toutes vos pensées, toute votre vie
et toute votre intelligence à celui de qui vous tenez
toutes les choses que vous lui rapportez » (De doct.
christ., lib. T).
« Si Dieu venait en personne et vous disait de sa propre
bouche : « Péchez tant que vous voudrez, contentez-
vous ; que tout ce que vous aimez vous soit donné; que
tout ce qui s'oppose à vos desseins périsse; qu'on ne
vous contredise point; que personne ne vous reprenne ni
ne vous bläme; que tous les biens que vous désirez vous
soient donnés avec profusion; vivez dans cette jouissance
non pour un temps, mais pour toujours, je vous dirai
seulement que vous ne verrez jamais ma face : mes
frères, d’où vient le gémissement qui s’élève parmi vous
à cette parole, si ce n’est que cette crainte chaste, qui
demeure aux siècles des siècles, a déjà pris naissance en
vous » (In ps. CXXVII) ?
« Mon Dieu, que la flamme de votre amour brûle tout
mon cœur, qu'elle ne laisse rien en moi qui soit pour
moi, rien qui me permette de me regarder moi-même,
mais que je brûle, que je me consume tout entier pour
vous; que tout moi-même vous aime, et que je sois
tout amour, comme étant enflammé par vous » (In
PS. CXXXVII).
« Je ne demande point les félicités de la terre ; je sais
les désirs qu’inspire le Nouveau Testament; je ne de-
106 MANUEL DE PATROLOGIE.
mande point mon salut temporel; vous m'avez appris ce
que je dois demander; c'est de psalmodier avec les anges,
d'en désirer la compagnie et l'amitié sainte et pure dont
Dieu est le lien, de désirer les vertus : voilà les vœux
qu’il faut faire expressément; et vous n'avez rien à
désirer davantage, parce que la vertu comprend tout ce
qu’il faut faire, et la félicité tout ce qu'il faut désirer »
(In ps. cxxxu; De civit. Dei, IV, xzı). :
a Chacun chante ce qu’il aime. Les bienheure
chantent les louanges de Dieu; ils l’aiment parce qu'ils le
voient, et ils le louent parce qu'ils l’aiment » (Zn ps. cxLv,
n. 3).
« Celui-là ne se réjouira jamais comme citoyen dans la
plénitude de la joie, qui ne gemira comme voyageur
dans la ferveur de ses désirs » (Serm. xxx1v, n. 6).
« J'appelle la charité le mouvement de l'âme qui tend à
jouir de Dieu pour Dieu même, et du prochain pour
Dieu » (De doct. christ., lib. Ill, c. x).
« Dieu veut que nous l’aimions, non par le désir qu’il
a d'avoir de nous quelque chose, mais afin que ceux qui
l'aiment reçoivent de lui le bien et la récompense éter-
nelle, qui n’est autre que celui qu'ils aiment » {De doct.
christ., lib. I, c. xxix).
« On n'aime pas ce qu'on ignore, mais quand on aime
ce qu'on a commencé à connaître un peu, l'amour fait
qu'on le connaît plus parfaitement » (Tract. xcvı in
Joann., n. 4). _
« Ceux qui aiment Dieu se soumettent à sa loi non par
la crainte de la peine, mais par l’amour de la justice ;
non effrayés par ses menaces, mais charmés par sa
beauté et par sa droiture » (Serm. xı in ps. cxvın).
« Nous devons toujours la charite, et c’est la seule
chose de laquelle, encore que nous le voudrions, nous ne
laissons pas d’être redevables ; car on la rend lorsqu’on
aime son prochain, et en la rendant on la doit toujours
parce qu'on ne doit jamais cesser de l'aimer» (Ep. cxcn).
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 407
a Jamais vous ne donnez sincèrement la charité, si
vous n'êtes aussi soigneux de l'exiger que vous avez été
fidèle à la rendre » (Ibid., n. 2).
Les deux amours.
«a L’un est « l'amour de soi-même poussé jusqu'au
mépris de Dieu; » l’autre est « l'amour de Dieu poussé
jusqu’au mépris de soi-même » (De civit. Dei, XIV,
XXVIN).
Baptéme.
« On ne fait autre chose dans le bapt&me des petits en-
fants que de les incorporer à l'Eglise, c’est-à-dire de les
unir au corps et aux membres de Jésus-Christ » (De pec-
cator. mer. et remiss., liv. III, c. ıv).
« Jésus-Christ est mort une seule fois, mais il meurt
pour chacun de nous, lorsqu’en quelque âge que ce soit
nous sommes baptisés en sa mort, et c’est alors que sa
mort nous profite » (Contr. Jul., lib. VI, c. v).
Bonheur, récompense éternelle.
« On n'est jamais malheureux quand on a ce qu’on
veut et qu'on ne veut rien de mal » (De Trin., lib. XIII,
C. V).
« La béatitude est une joie qui naît de la jouissance
de la vérité, » gaudium de veritate (Conf., lib. X, c. xxın).
« Dieu sera toutes choses à tous les esprits bienheu-
reux, parce qu'il sera leur commun spectacle, il sera
leur commune joie, il sera leur commune paix » (In
PS. LXXXIV, n. 40).
« Autres sont les biens que Dieu abandonne pour la
consolation des captifs, autres ceux qu'il a réservés
pour faire la félicité de ses enfants » (In ps. cxxxvVI, n. 5).
« Celui qui ne gémit pas comme voyageur ne se
réjouira pas comme citoyen » (/n ps. CXLVIN, n. 4).
wm WAWPL DE PATAELIFIE.
hätıment du péché.
« Le desorire n'est pas dans la peine. mais la peine.
cest (wire di crime » id Æimarut. ep. ACEV, n. di.
« Ve vois-tu 5as que. pendant l'hiver. l'arbre mort et
larore vivant paraissent aux; ils sont tous deux sans
Fritz et sans ‘miles. Quand estce qu'on les pourra
liseerner? Ce sera lorsıme le pr’ntempe viendra renou-
veier la nature. et ‚me cette verdure agréable fera pa-
raitre ans toutes es branches la vie que La racine tenait
fermer » In ps. cxLvmn.n. 16.
Connaissance de soi-même.
énigmes de la nature » De Tris., Gb. IV, m. bh.
_
Comversion ; gräce.
« Quoi’ tu ne pourras pas ce qu'ont pu ceux-ci et celles-
la? Est-ce que ceux-ci et celles-là le peuvent par eux-
mémes, et non pas par leur Seigneur leur Dieu ? Leur
Seigneur leur Dieu m'a donné à eux (et vent que je
sois de leur nombre) ; pourquoi est-ce que tu t’appuies
sur toi-möme, et que par là tu demeures sans appui ?
Jette-toi entre les bras de Dieu; ne crains rien : il ne se
retirera pas, afin que tu tombes; jette-toi sur lui avec
confiance et il te guérira » (Conf., bb. VII, c. xn).
Compelle, « forcez, contraignez, ne marque pas une
violence qui nous fasse faire le bien malgré nous, mais
une toute-puissante facilité de faire que de non-voulants
nous soyons faits voulants, volenies de nolentibus.....
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 409
Quand vous entendez le prêtre de Dieu lui demander à
l'autel qu'il force les nations incrédules à embrasser la
foi, ne répondez-vous pas Amen? Disputerez-vous contre
cette foi? Direz-vous que c’est errer que de faire cette
oraison, et exercerez-vous votre éloquence contre ces
prières de l'Eglise » (Ep. ad Vital., c. ccxvn) ?
« Dieu agit tellement en nous que nous consentons si
nous voulons; et si nous ne voulons pas, nous faisons
que l'opération de Dieu ne peut rien sur nous et ne nous
profite point» (Ibid.).
a C’est par sa volonté propre qu’on abandonne Dieu
et qu’on mérite d’être abandonné. Qui ne le sait pas?
Aussi c’est pour cela qu’on demande qu'on ne soit point
induit en tentation, afin que cela n’arrive point; et si
l'on est exaucé dans cette prière et que ce mal n’arrive
point, c’est que Dieu ne l’aura pas permis, étant impos-
sible qu'il n'arrive rien que ce qu'il veut ou ce qu’il
permet. Il peut donc, et tourner au bien les volontés,
et les relever du mal, et les diriger à ce qui lui est
agréable, puisque ce n’est pas en vain qu'on lui dit :
Seigneur, vous nous donnez la vie en nous convertis-
sant » (De dono persever., c. vi).
«Si je n’ai pas péri à jamais dans l'erreur et dans le
mal, ce sont les larmes de ma mère qui me l’ont obtenu» .
(Ibid., c. xx).
«Si Dieu est assez puissant pour opérer, soit par les
anges bons ou mauvais, ou par quelque autre moyen
que ce soit, dans le cœur des méchants dont il n’a pas
fait la malice, mais qu'ils ont ou tirée d’Adam ou accrue
par leur propre volonté, peut-on s'étonner s’il opère par
son esprit dans le cœur de ses élus tout le bien qu'il
veut, lui qui a auparavant opéré que leurs cœurs de
mauvais devinssent bons » (De grat. et lib. arb., c. xxı)?
« On ne doit désespérer de la conversion d'aucun de
ceux à qui Dieu prolonge la vie par sa patience, parce
que, comme dit l’Apôtre, il ne le fait point pour autre
410 MANTEL BE PATROLOGIE.
dessem que pour les amener à la penitence » (De ca-
techizandıs rudibus).
« Dieu a envoyé son Fils pour sauver les hommes des
peines éternelles, s'ils ne sont point ennemis d’eux-
mêmes et qu'ils ne resistent point à la miséricorde de
leur Créateur » (Ibid.).
« Que nul ne pense pouvoir commettre tous les jours,
et racheter autant de fois par des aumönes ces crimes
horribles qui excluent du royaume des cieux ceux qui
s’y abandonnent. I faut travailler à changer de vie,
apaiser Dieu par des aumönes pour les péchés passés, et
ne pas prétendre qu'on puisse en quelque sorte lui lier
les mains et acheter le droit de commettre impunément
le péché » (Enchirid., ec. Lxx, n. 19).
« Il faut changer en un usage plus saint les membres
de ce corps, afin qu'ayant servi à l'impureté de la con-
voitise. ils servent maintenant à la grâce de la charité »
(Serm. ax. n. 6).
« Il vaut mieux pour notre salut que le Seigneur
n’accomplisse pas si précipitamment les désirs de son
malade, afiu qu'il assure mieux sa santé; car il nous
assiste en differant, et le délai même est un secours »
(Sera. cLxm, n. 7).
« La voie du salut exclut premièrement ceux qui s’e-
garent , elle exclut en second lieu ceux qui retournent
en arrière et qui, sans sortir de la voie, abandonnent
les pratiques de la piété qu'ils avaient embrassées ; elle
exclut enfin ceux qui s'arrêtent et qui, croyant avoir
assez fait, ne songent pas à s’avancer dans la vertu »
(Serm. de cant. nov., n. 4).
« Cette voie veut des hommes qui marchent toujours, »
ambulantes quærit (Ibid.).
a Cessez de discourir avec vos passions et avec vos
faiblesses » (In ps. cxxxvi, n. 21).
a Qu'ils viennent seulement ces bourreaux qui ont
mis la main sur Jésus-Christ; qu’ils viennent boire par
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. LIE
la foi ce sang qu'ils ont répandu par la cruauté, et ils
trouveront leur rémission même dans le sujet de leur
crime » (Serm. LXXVIL, n. 4).
« On ne va pas à Dieu avec des pas, mais avec des
désirs ; et y aller, c’est le vouloir, et le vouloir forte-
ment, et non pas tourner et agiter de cà et de là une
volonté languissante » (Confess., lib. VII, c. vin).
Dieu, auteur de tout bien.
« Jl ne peut se présenter aucun bien ni à nos sens,
ni à notre intelligence; ni en quelque matière que ce
soit à notre pensée, qui ne nous vienne de Dieu »
(I Retract., c. 1x).
« Si l’on dit que la bonne volonté vient de Dieu, à
cause que c'est Dieu qui a fait l’homme, sans lequel il
n’y aurait point de bonne volonté, on pourra, par la
même raison, attribuer à Dieu la mauvaise volonté, qui
ne serait pas, non plus que la bonne, si Dieu n'avait pas
fait l’homme; et ainsi, à moins d’avouer que non-
seulement le libre arbitre dont on peut bien et mal user,
mais encore la bonne volonté dont on n’use jamais mal,
ne peut venir que de Dieu, je ne vois pas qu'on puisse
soutenir ce que dit l’Apötre : Qu’avez-vous que vous
nayez point recu? Que si notre libre arbitre, par lequel
nous pouvons faire le bien et le mal, ne laisse pas de
venir de Dieu, parce que c’est un bien, et que notre
bonne volonté vienne de nous-mêmes, il s’ensuivra que
ce qu'on a de soi vaudra mieux que ee qu'on a de Dieu,
ce qui est le comble de l’absurdité, que l'on ne peut
éviter qu’en reconnaissant que la bonne volonté nous
est donnée divinement » (De pecc. mer. et rem., c. cxvin).
« Dieu fait beaucoup de bien dans l’homme que
l'homme ne fait pas; mais l’homme n’en fait aucun que
Dieu ne lui fasse faire » (Ad Bonif., c. vin).
«Le Saint-Esprit a prévu que nul homme ne serait
fidèle à la grâce autant qu'il faudrait, ni ne deploierait
=. SANTE, HE PAYBDLOGER_
ac ie lors D = va Qu'il est nécessaire pour
= weile ou ua sum “éme, le Saint-Esprit a
prie Dir vur mme sea porbeur. faible et impar-
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Om _ mt. cır ame vite Ecrire et vous même :
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= IMPIX is CHOSE OL E CAD à Qui mon ardeur @!-
Raums pur Eire ne Geplat pas? Encore un coup,
GEI 22 ODE | HDBF. JUQUe C'est TOUS qui m'avez
dom sé sur. J vum: k dersande par Jesus-Chris,
an nur On Sum: des sam: et que personne ne me
Tone dem: nen macbarche » ad. c sen). |
«32 m unachn aver arûmmr et avıdıte au style véné-
rahie de veire Espri-Samt suriet dans les épitres de
samt Pan: et vas same: veriles s'inonrporaient à mes
<atraïles quai je Eu les ecrits de plus petit de vos
aptres. et R rerandss: vos CNVragvs avec frayeur?
Pei_, NE. zum.
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 413
« Superbe que j’etais, je cherchais dans les Ecritures
ce qu'on n'y pouvait trouver que lorsqu'on est humble.
Aussi je me fermais à moi-même la porte que je croyais
mouvrir. Que vous êtes heureux, peuples catholiques,
vous qui vous tenez petits et humbles dans le nid où
votre foi se doit former et nourrir : au lieu que moi,
malheureux, qui croyais voler de mes propres ailes, :
j'ai quitté le nid et je suis tombé avant de pouvoir
prendre mon vol. Pendant que, jeté à terre, j'allais être
écrasé par les passants, la main miséricordieuse de
mon Dieu m’a relevé et m’a remis dans ce nid » (Serm.
LI, D. 6).
Eglise.
« Je crois que cette partie du monde vous doit suffire,
où Dieu a voulu couronner d’un très-glorieux martyre
le premier de ses apôtres » (Contr. Jul., lib. I, c. rv).
« C’est en vain que vous en appelez aux évêques
d'Orient, puisqu'ils sont sans doute chrétiens et que
leur foi est la nôtre, parce qu'il n’y a dans l'Eglise
qu'une même foi » (Ibid.).
« L'Eglise a péri, dites-vous ; elle n’est plus sur la
terre. — Voilà ce que disent ceux qui n’y sont point :
parole impudente. Elle n’est pas, parce que vous n'êtes
pas en elle! C’est une parole abominable, detestable,
pleine de présomption et de fausseté, destituée de toute
raison, de toute sagesse, vaine, téméraire, insolente,
pernicieuse » (Zn ps. ci, n. 8).
« Où sont ceux qui disent que l’Eglise est périe dans
le monde, elle qui, loin de tomber, ne peut pas même
pencher pour peu que ce soit, ni jamais être ébranlée ;
elle est prédestinée pour être la colonne et le soutien de
la vérité » (Serm. n1, n. 5; Serm. 1, n. 17).
a C'est là qu’on écoute et qu'on voit : celui qui est
hors de l’Eglise n’entend ni ne voit; celui qui est dans
l'Eglise n’est ni sourd ni aveugle » (In ps. xLvu, n. 7).
ah Kaum. JE PAYMMOCEE
<] Zur sfr = amtreësasts dans les choses qui
22 SINC JO Ur divx Lames ni pleinement déci-
es Jar “ar “iriæ Cest là que l'erreur se
JENE Awzer- nus ale 26 us ses estreprendre d’ebranler
» iumberene & Primo Sem x1v de Verb. apost.)..
PBuares rare -
« Mer enr - zur ex dummant la malice, mais en
mme wur Inner. „wer tourner leur volonté où il.
D JuHb. AE HE Der wa sa miwricorde, soit au mal
SA Fur url. juc x cusesmmwni quelquefois connu,
munir care. mx Sees juste » (De gralia cl
ders FUZU. E ME. EE
ei 2% den ac wuvär à homme de faire un péché;
RES Qi Erive na sa save un tel ou un tel effé,
œua met us ac scavcir à l'homme, mais en celui &
ker, IT 1 Zn ps zofres et qui sait les mettre en
Kur TAZS ı Je grrr. Se, € WI).
Eorzi:e
« Le temps est une fuite imitation de l'éternité » (In
PS. n :.
« Là. mes n'aurcas pus awun vice ni dont il nous
Ge swuuer Le kur. ni dont il nous faille effacer les
restes. ni den! L DU fai combattre les attraits trom-
peurs » «De cır. Dei. bb. DI. c. zum).
« Alors. à mon Deu. vous nous vivifierez, vous nous
renouvellkerez. vous nous donnerez la vie de l’homme
inténeur. et nous invoquerons votre nom, c’est-à-dire
nous vous aimerons. Après nous avoir pardonné ave
bonté tous nos peches, vous vous donnerez vous-même
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 415
pour être la récompense parfaite de ceux que vous aurez
justifiés » ( In ps. LxxIx ).
Homme.
+ « Dieu a formé l’homme avec l’usage de son libre ar-
bitre ; animal terrestre, mais digne du ciel, s’il sait s’at-
tacher à son Créateur » (De civit. Dei, lib. XXII, c. 1).
a Ne soyons pas vils à nous-mêmes, nous qui sommes
si précieux au Père qu’il nous achète au Calvaire du
sang de son Fils ; et encore n'étant pas content de nous
le donner une fois, il nous le verse tous les jours sur
ses saints autels » (Serm. ccxvi, n. 3).
« Dieu a donné ce précepte à l’homme de régir ses in-
férieurs et d'être lui-même régi par la puissance su-
preme » (in ps. cxLV, n. 5).
Jésus-Christ.
« Le voilà celui qui est Dieu et homme, c'est-à-dire la
force et la faiblesse ; celui qui a été vendu et qui nous
rachète, qui, attaché à la croix, distribue les couronnes
et donne le royaume éternel ; infirme qui cède à la mort,
puissant que la mort ne peut retenir, couvert de bles-
sures et médecin infaillible de nos maladies; qui est
rangé parmi les morts et qui donne la vie aux morts,
qui naît pour mourir et qui meurt pour ressusciter, qui
descend aux enfers et ne sort point du sein de son Père »
(Epist. Lxxix ad Justin. ).
« Quelque part que je voie mon Sauveur, sa beauté
me semble charmante. Il est beau dans le ciel et il est
beau dans la terre, beau dans le sein de son Père, beau
entre les bras de sa mère. Il est beau dans les miracles,
il ne l’est pas moins parmi les fouets. Il a une grâce non
pareille soit qu’il nous invite à la vie, soit que lui-même
il méprise la mort. Il est beau jusque sur la croix, il est
beau même dans le sépulcre. Que les autres en pensent
ce qui leur plaira, mais pour nous autres croyants,
416 MANUEL DE PATROLOGIE.
partout où il se présente à nos yeux, il est toujours beau
en perfection » (In ps. xLıv, n. Hi).
« Jésus règne partout, Jésus est adoré partout. Devant
lui la condition des rois n’est pas meilleure que celle des
moindres esclaves. Scythes ou Romains, Grecs ou Bar-
bares, tout lui est égal, il est égal à tous, il est roi de
tous; il est le Seigneur et le Dieu de tous» (In ps.
XLIV, 23).
« Le règne de notre prince, c’est notre bonheur;
qu'il daigne régner sur nous, c'est clémence, c'est misé-
ricorde; ce ne lui est pas un accroissement de puissance,
mais un témoignage de sa bonté » (Tract. ıı in Joann.,
n. 4).
« Jésus-Christ ne quitte point qu'on ne le quitte, »
non deserit nisi deseratur (In ps. CxLv, n. 9).
« Celui-là est un véritable disciple de Jésus-Christ et
de l'Evangile qui s'approche de ce divin Maître non
pour entendre ce qu'il veut, mais pour vouloir ce qu’il
entend » (Confess., lib. X, c. xxvi).
« Jésus-Christ a aimé notre âme, toute laide qu’elle
était par ses crimes; mais il l'a aimée, afin de l’embellir
par les bonnes œuvres » (In Joann., tract. x, n. 18).
«Il nous a aimés dans le temps que nous lui déplai-
sions, mais c'était afin de produire en nous ce qui était
capable de lui plaire » (Ibid., tract. cu, n. 5).
Liberté.
«Il ya deux sortes de libertés : la première, c’est de
pouvoir ne pécher pas; la seconde et la plus parfaite,
c'est de ne pouvoir plus pécher » (De corr. et grat.,
C. Xl).
Mort.
« Notre âme est contrainte de quitter son corps par
une juste punition de ce qu'elle a abandonné Dieu par
une dépravation volontaire » (De Trin., lib. IV).
AUTÉCRS LATINS. $. AUGUSTIN. 447
« Dieu a cache le dernier jour, afin que nous prenions
garde à tous les jours » (Serm. xxxıx, n. 1).
« Ce que le pécheur a fait à la loi, à laquelle il ne laisse
point de place en sa vie, la loi de son côté le fait au pé-
cheur en lui Otant la vie à lui-même » (Ep. cn, n. 24).
Mortification.
a Il y a des maux qui nous blessent, et il faut que
la patience les supporte; il y a des maux qui nous
flattent, et il faut que la tempérance les modère » (Contr.
Jul., lib. V).
«La chair qui convoite contre l'esprit ne peut être
vaincue sans péril, ni modérée sans contrainte, ni régie
par conséquent sans inquiétude » (De civ. Dei, lib. XIX,
c. XXVII).
a De peur que la vertu ne nous enfle, Dieu veut
qu’elle se perfectionne dans l’infirmité » (Contr. Julian.,
bb. IV, c. n, n. 14).
Paix et concorde.
« Combien sont doux les médecins pour faire prendre
à leurs malades les remèdes qui les guérissent! Dites à
nos frères : Nous avons assez disputé, assez plaidé;
enfants par le saint baptême du même Père de famille,
finissons enfin nos procès, vous êtes nos frères : bons
ou mauvais, voulez-le, ne le voulez pas, vous êtes nos
frères. Pourquoi voulez-vous ne le pas être? Il ne s’agit
pas de partager l’héritage ; il est à vous comme à nous:
possédons-le en commun tous deux ensemble. Pourquoi
vouloir demeurer dans le partage ? le tout est à vous.
Si cependant ils s’emportent contre l'Eglise et contre
vos pasteurs, c’est l'Eglise, ce sont vos pasteurs qui
vous le demandent eux-mêmes : ne vous fâchez jamais
contre eux; ne provoquez point de faibles yeux à se
troubler eux-mêmes ; ils sont durs, dites-vous, ils ne
vous écoutent pas; c’est un effet de la maladie. Combien
27
M8 MANUEL DE PATROLOGIE.
en voyons-nous tous les jours qui blasphèment eontre
Dieu même? Il les souffre, il les attend avec pa-
tience. Attendez aussi de meilleurs moments; hâtez ces
heureux moments par vos prières. Je ne vous dis point:
Ne leur parlez plus; mais quand vous ne pourrez leur
parler, parlez à Dieu pour eux, et parlez lui du fond
d’un cœur où la paix règne » (Serm. ccLvu, n. 4).
. Pauvres et riches.
a Le fardeau des pauvres, c'est de n'avoir pas ce qu’il
faut; le fardeau des riches, c'est d’avoir plus qu'il ne
faut » (Serm. cLxIv, n. 9).
Pécheurs.
« [l y en a qui sont dans la maison de Dieu, et qui ne
sont pas la maison de Dieu; il y en a qui sont dans la
maison de Dieu, et qui sont eux-mêmes la maison de
Dieu » (De bapt. contr. don., lib. VII, n. 99).
« Il n’est rien de plus misérable que la félicité des pé-
cheurs; elle entretient une impunité qui tient lieu de
peine et fortifie cet ennemi domestique, la volonté déré-
glée » (Ep. cxxxvın, ad Marcel.).
« O herbe rampante, oserais-tu te comparer à l’arbre
fruitier pendant la rigueur de l’hiver, sous le prétexte
qu'il perd sa verdure (par les afflictions) durant cette
froide saison, et que tu conserves la tienne (par les pros-
perites)? Viendra l’ardeur du grand jugement qui te
desséchera jusqu'à la racine, et fera germer les fruits
immortels des arbres que la patience aura cultivée »
(In ps. xLvIm:, serm. 2).
« Ingrats et insensés, parce qu'ils sont déréglés, ils
voudraient détruire la règle et souhaitent qu'il n’y ait.
ni droit ni justice » (Tract. xc in Joan.).
« Ceux qui ne veulent pas faire ce que Dieu veut,
Dieu en fait ce qu’il veut » (Serm. ccxrv, n. 3).
« Les pécheurs sont ennemis de Dieu par la volonté de
AUTEURS LATINS. S$. AUGUSTIN. 419
lui résister, et non par le pouvoir de lui nuire» (De civ.
Dei, lib. XII, c. m).
« Il ne faut pas se persuader que cette lumière infinie
et cette souveraine bonté de Dieu tire d’elle-m&me et de
son sein propre de quoi punir les péeheurs ; il se servira
de leurs péchés mêmes qu’il ordonnera de telle sorte
que ce qui a fait le plaisir de l’homme coupable devien-
dra l'instrument d’un Dieu vengeur » (Enarr. in ps. vu,
n. 16).
«a C'est dans le cœur que les pécheurs s’elevaient
contre Jésus-Christ; c'est dans le cœur qu'il les abaisse
et les fait tomber » (In ps. xuıv, n. 46).
« Vous devez croire que Jésus-Christ vous a remis
tous les péchés où sa grâce vous a empêchés de tomber »
(De sanct. virg., n. 49).
« Les méchants ne sont dans le monde que pour se
convertir ou pour exercer la patience des bons » (In
ps. XLIV, n. À).
« Demandez-vous à Dieu de l’argent? le voleur en a;
une femme, une nombreuse famille, la santé du corps,
les dignités du siècle ? Considérez que beaucoup de mé-
chants possèdent ces biens. Est-ce pour cela seulement
que vous servez Dieu? Vos pieds chancelleront-ils et
croirez-vous servir Dieu en vain, lorsque vous voyez
dans ceux qui ne le servent pas tous ces biens qui vous
manquent? Ainsi il donne toutes ces choses aux mé-
Chants mêmes, et il se réserve lui seul pour les bons »
(In ps. ıxxıx, n. 44).
Plaisirs des sens.
« Les voluptes corporelles peuvent-elles sembler desi-
rables, elles que Platon a nommées l’appät et l’hamecon
de tous les maux? En effet, quelles maladies et de
l'esprit et du corps! Quel épuisement et des forces et. de
la beauté de l’un et. de l’autre! Quelle honte, quelle
infamie, quel opprobre n'est pas causé par les voluptés,
> MANTEL DE PATROLOGIE.
aungmele: pas ke transport est violent, plus il au
emmemi de Wale sagesse! Car qui ne sait que le
cames eme des sens ne laissent aucun lieu à la
nie mi à amcume pensée sérieuse? Et qui serait
me aswz brutal qui voulüt passer toute sa vis
Dm cs emporbments des sens émus, parmi cd
emvremet des plaisirs? Qui serait l’homme de sel
eher runter
sc & à 2remire institution ni de la depravation AN
me maire. 7 de ia feleite du paradis, ni des joies Stars
zahle: zuı res sent promises, qui n'a point appris qui
à zur carie wire l'esprit. Je vous conjure que M
me. 2 SsÈ = mois grave, ni moins honnête,
mu HR. IE SRS Sereuse. ni MOINS temperee Que;
= putain Gr pabems » (Lib. IV, Contr. Jul. Pr
zu muse 5 NE servante qui déchirent et e- ;
SENCMENR NE ISERE > Aa ze LIL n 3). ä
al que 2e set uit be combat de La chair contre =
RR RT RER Ta. I a dvane les mains à l’enneni, 4
zus amt SDS CROIRE 3 Nr. EUX. NL À).
Donner:
ea à ut cuire gar ba verite de cette predes-
now Cr NR The m'a pas toujours fait partie de j
3 Ni ie CERN. qu vera re que l'Eglise n'a pe
MQUUFS IN. AR LEE ROSES Pl avec vérité soi
UENTIEETNUR. WERT Si al a bajours demandé ci
Wert Nu Qu des dun de Düse, elle n'a jamais pé
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 421
croire que Dieu les ait pu donner sans les connaître ; et
par là l'Eglise n’a jamais cessé d’avoir la foi de cette
prédestination, qu'il faut maintenant défendre avec une
application particulière contre les nouveaux hérétiques »
(De don. pers., c. xxm).
« Je m’etonne que les hommes aiment mieux se fier
à leur propre faiblesse qu'à la fermeté de la promesse de
Dieu. Je ne sais pas, dites-vous, ce que Dieu veut faire de
moi. Quoi donc! Savez-vous mieux ce que vous voulez
faire de vous-même ? Et ne croyez-vous pas cette parole
de saint Paul: Que celui qui croit être ferme prenne
garde à ne pas tomber. Puis donc que l’une et l’autre
volontés, celle de Dieu et la nôtre, nous sont incertaines,
pourquoi l’homme n’aimera-t-il pas mieux abandonner
sa foi, son espérance et sa charité à la plus forte, qui est
celle de Dieu, qu’à la plus faible, qui est la sienne
propre » (De prædest. SS., c. xı)?
a Le modèle le plus éclatant de la prédestination et de
la grâce est le Sauveur même. Par quel mérite ou des
œuvres ou de la foi, la nature humaine qui est en lui
a-t-elle obtenu d’être ce qu'elle est, c’est-à-dire unie au
Verbe en unité de personne » (Ibid., xv)?
Prière.
a Prions, non pour obtenir que les richesses, ou les
honneurs, ou les autres choses de cette nature, incer-
taines et passagères, nous arrivent; mais afin que nous
ayons celles qui nous peuvent rendre bons et heureux »
(De ord., lib. II, c. xxn).
« Ô Dieu, créateur de l’univers, accordez-moi pre-
mierement que je vous prie bien, ensuite que je me
rende digne d’être exaucé, et enfin que vous me rendiez
tout-à-fait libre » (Solilog., I, 1).
« Je vous prie, ö Dieu, vous par qui nous surmontons
l'ennemi, de qui nous avons reçu de ne point périr à
jamais, par qui nous séparons le bien du mal, par qui
Po, RASE. BE SUSE.
DCE tree + mm © UE NUE je Dem. per qui nous
SICIMOUME 25 CVS OC Emme ei me nous alla-
Lors WIE 2 ar nice am min qui moms conver-
ie OIL DOS CLS or ee Qu nest pas, et nous
TPS ST D = DU LS. ‘ sa -ÉSE de vons-möme »
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e immer ICT mE um Lange. rocacillez-vou:
@ CHENE . JOUE EL Us anime > ‚in Jeann., XV,
2 25:
«el m feuc au Goster our Les pricres de la sainte
Erise » # sat sanere € les aumômes que font
Es fire PUT = RES De nos freres defunis, ne les
BIT 2 +072 CBS DES Oomzeammit que leurs péchés
De mern (HT DOI AUS ARCS Ô RDS pères, CE QUE
"tris mire herve. oe fare memoire dans k
Sarre De IS CI sun muets en la communion du |
crie & Cr sauer De Jesm-Lirat, et en même temps
de prier et L'ufrr © sam: sacrifice PONT ENS. >»
Rroemplsn.
e Jesus init di le peace, et parce qu'il nous le par-
dycne jorsgue Ras v sconines tombes, et parce quil
pois ade anvtcmber pus, et parce qu'il nous conduit
a la vie Lienheurense où nous ne pouvons plus y tomber
jamais » :Contr. Jui., cp. imp., üb. IT.
Souffrances.
« Dieu nous a fait voir dans le grain principal, qui esi
Jésus-Christ, comment il traiterait tous les autres »
(Serm. caxı, n. 10).
« Jésus-Christ a été livré au dernier supplice par trois
sortes de personnes : premièrement par son Père, secon-
dement par ses ennemis, troisiemement par lui-même »
(Tract. vit in ep. Joan., n. 1).
« Le royaume qui n’était pas de ce monde a dompte
AUTEURS LATINS. S. AUGUSTIN. 333
le monde superbe non par la fierté d’un combat, mais
par l'humilité de la patience » (In ps. xLıv, n. 16).
Tradition.
« Je vous appelle devant ces juges (les anciens doc-
teurs), qui ne sont ni mes amis, ni vos ennemis, que jé
n’ai point gagnés par adresse, que vous n'avez point
offensés par vos disputes; vous n’eliez point au monde
quand ils ont écrit ; ils sont sans partialité, parce qu'ils
ne vous connaissaient pas ; ils ont conservé ce qu’ils ont
trouvé dans l’Eglise; ils ont enseigné ce qu'ils ont
appris ; ils ont laissé à leurs enfants ce qu'ils ont reçu
de leurs pères » (Contr. Jul., lib. II, c. x).
a Une chose qui se trouve partout sans qu'on en voié
l'origine, ne peut venir que des apôtres » (Epist. Liv,
n. 4).
Trinité.
a En Dieu, il y a nombre; en Dieu, il n’y a point de
nombre. Quand vous contemplez les trois personnes,
vous voyez un nombre; quand vous demandez ce que
c'est, il n’y a plus de nombre; on répond que c'est un
seul Dieu. Parce qu'elles sont trois, voilà comme un
nombre; quand vous recherchez ce qu'elles sont, le
nombre s'échappe, vous ne trouvez plus que lunité
simple » (In Joann., tract. xxxIx, n. À).
Vaine gloire.
a Vous recherchez la gloire que vous vous donnez les
uns aux autres, et ne recherchez point la gloire qui
vient de Dieu seul » (De civit. Dei, lib. V, c. xx).
« Ces hommes, d’une si grande réputation, tant célé-
brés parmi les nations, ont cherché la gloire, non en
Dieu, mais auprès des hommes; ils ont obtenu ce qu'ils
demandaient ; ils ont acquis cette gloire qu'ils avaient si
ardemment poursuivie; et vains, ils ont reçu une récom-
424 MANUEL DE PATROLOGIE.
pense aussi vaine que leurs pensées » (Serm. xu in pt:
LXVIN, n. 2).
Vérité.
« La vérité, chaste et fidèle, est propre à chacun,
quoiqu'elle soit commune à tous. Ceux qui se tournent
vers elle sont rendus heureux par ses lumières, et ceux |
qui refusent de la regarder sont punis par leur propre
aveuglement » (De lib. arb., Lib. II).
Virginité.
«a ]ls (ceux qui sont vierges) chantent (devant
l’Agneau) un cantique particulier, comme ils pratiquent
une vertu au-dessus du commun; leur joie est d’autan!
plus abondante qu'ils se sont plus élevés que les autres
hommes au-dessus de la joie des sens... L’Agneau
marche par un chemin virginal; sa chair, formée d'une
vierge, est toute vierge; et il ne pouvait pas n'être poin!
soigneux de conserver en lui-même ce qu’il avait con-
servé en sa sainte Mère, même en naissant de son sein!
(De sanct. Virg., xxx, XXXVINI, XXXIX).
$ 69. Paulin de Nole (mort vers 431), et plusieurs Paper:
Saint Paulin, évêque de Nole et poète chrétien, était en relation
suivies avec saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, Sulpitt
Sévère, etc., et a mérité leurs éloges. Né en 858 ou 354 d’une illustit
et très-riche famille consulaire d'Aquitaine, il fut formé par Ausont,
célèbre poëte et rhéteur de Bordeaux, qui fut pour lui non-seulemell
un maître, mais un père, patronus, præceptor, pater (Poem., x, 93-].
Grâce à ces lecons, il devint, tant en prose qu’en vers, un écrival
habile et élégant. L'empereur Valentinien ayant appelé Ausone à
Rome pour y faire l'éducation de son fils Gratien , Paulin |}
accompagna, et, à peine âgé de vingt-cinq ans, il plaida avec W
tel succès, qu'après la mort de Valens il fut chargé de rempli
les fonctions de consul subrogé pendant le reste de l’année 5
Paulin s’en acquitta avec tant d'éclat et de dignité, qu’Ausone l'appt-
lait l’ornement de la patrie. L'année suivante, on croit qu'i il
consul en Campanie et résida à Nole, où se trouvaient ses domaines
AUTEURS LATINS. PAULIN. 433
1 y donna des marques particulières de sa d&votion envers le martyr
aint Félix. Tl entreprit ensuite de grands voyages, et entra en rela-
ions intimes avec les hommes dont nous venons de parler, puis, dans
sa patrie, avec saint Martin de Tours, qui le guérit miraculeusement
d’une maladie d’yeux. Renonçant désormais aux honneurs, aux ri-
chesses et aux vanités du siècle, il reçut de l'évêque Delphinius, de
Bordeaux, le baptème qu'il avait longtemps différé (389), et se retira
dans la solitude des Pyrénées, avec sa femme Thérasia, sans se soucier
des reproches d’Ausone et des grands du monde. Forcé par le peuple
de recevoir la prötrise à Barcelone (vers 393), quelque temps après
il se rendit à Nole, où il avait été autrefois consul, pour y continuer
son genre de vie ascétique et édifier sur le tombeau de saint Félix”
une superbe basilique. Nommé pour ses hautes vertus au siége épis-
copal de cette ville, en 409, il y fut entouré de la vénération de tous,
et donna l'exemple d’une commisération sans bornes envers les
malheureux, dans l’époque difficile et calamiteuse de l'invasion des
Goths et des dévastations des Vandales. |
C'est à saint Paulin qu’on doit ces belles paroles sur Théodose le .
Grand : « Nous célébrons en lui non un roi, mais un serviteur de
Jésus-Christ, et un prince qui s'élève au-dessus des hommes plus
encore par sa foi que par sa couronne. » (Cit. du trad.)
Plusieurs de ses ouvrages sont perdus; nous n’avons plus de lui
que cinquante lettres à des amis : Sulpice Sévère, saint Augustin,
. Saint Jérôme, Delphinius, Pammaque, etc., puis une trentaine de
| poésies, auxquelles il faut ajouter celles qu'a découvertes A. Mai
(Nicetæ et Paulini scripta e Vat. cod. edita, Roms, 1827). La deli-
catesse de son style, par où Ausone se sentait surpassé, éclate surtout
\ dans ses poésies : Cedimus ingenio quantum procedimus ævo. Assurgit
musæ nostra Camena tue (Ep. xıx). Elles sont plutôt morales que
. dogmatiques, et, pour la forme, plutôt didactiques que lyriques.
Opera, ed. Paris, 1516 ; ed. Herib. Rosweyd, Antw., 1622, avec la
biographie, par Sanchino, complétée par P. F. Chifflet : Paulinus
illustr., sive append. ad opera et res gestas Paulini, Divione, 1623;
ed. Le Brun, Par., 1685 ; avec trois poésies nouvelles et des dissertat.,
ed. Muratori, Veron., 1736; Galland., Bibl., t. VIII; Migne, ser. lat.,
= & LXI, avec confusion et lacunes. Cf. Tillem., t. XIV; Ceillier, t. X,
ed. 24,t. VIII; Buse, Paulin, évéque de Nole, et son temps, Ratisb.,
k 1856, 2 vol.
+ Parmi les papes lettrés de ce temps nous citerons : Jules Ier, Libère,
ur Damage, Sirice et Innocent Ier (voir leurs lettres dans Coustant, Ep.
y. 70m. Pont., dans les Actes des conciles, de Harduin et Mansi ; Migne,
,. 8er. lat., t. VIII et seq.). Du pape Damase nous avons en outre des
„ Vers et des épigrammes. Cf. Fessler, t. I.
426 MANUEL DE PATROLOGIE.
LA LITTÉRATURE CHRETIENNE DE 430 A GREGOIRE LE GRAND (604).
KESTORIENS, MONOPHYSITES, PÉLAGIENS, AFFAIRE DES TROIS CHATTTRES.
Voir sur l'histoire de ce temps, Evagre, Histoire ecclésiastique,
de 481 à 594.
CHAPITRE IN.
AUTEURS GRECS.
$ 70. Saint Cyrille d’Alexandrie (mort en 444).
Bolland., Vita S. Cyrilli; Notitia in Bibl. Fabric., edit. Harless,
t. XI; Migne, t. LXVII.
Cyrille, né probablement à Alexandrie et neveu du
patriarche Théophile, fameux par la persécution de saint
Chrysostome, parait avoir hérité de la haine de son
oncle contre ce Père illustre. On ne sait rien de l’année
de sa naissance, de sa jeunesse et de ses études, et cette
présomption qu'il vécut quelque temps dans le désert de
. Nitrie, n'est garantie par aucun document ancien. Ce
qui est sûr, c’est qu'en 403, il assista au concile du
Chêne, et qu'en 412 il succéda à son oncle sur le siége
patriarcal, malgré les résistances d’un parti. Les débuts
de son épiscopat furent marqués par des troubles dans
Alexandrie, d'où Cyrille expulsa les novatiens et les Juifs.
Il en résulta une division malbeureuse entre le pa-
triarche et le gouverneur Orestes, et dans la foule une
fermentation qui, en 415, se traduisit par le meurtre de
la célèbre Hypatie, auquel Cyrille n'eut point de part. En
ce qui concerne saint Chrysostome, Isidore de Péluse lui
fit des remontrances courageuses ; Atticus de Constan-
tinople le ramena à de meilleurs sentiments, et à partir
de 447, Cyrille le fit inscrire dans les diptyques de son
Eglise. Il se signala par sa lutte contre le nestorianisme
AUTEURS GRECS. S. CYRILLE D'ALEXANDRIE. 497
qui avait envahi Constantinople. Cyrille le combattit
dans une lettre à son clergé et dans une autre adressée
à Nestorius. Celui-ci l'ayant repoussé brusquement,
Cyrille s’adressa à l'empereur Théodose et à l’impera-
trice, en insistant sur les dangers de cette erreur; il en
informa aussi le pape Célestin I". En 430, il tint à
Alexandrie un concile dont il envoya la profession de
foi à Nestorius, avec douze anathematismes que l'Eglise
accepta comme l'expression de sa croyance. Il presida,
avec deux prêtres romains, le troisième concile général
d'Ephèse en qualité de légat du pape. A leur tour, les
évêques du patriarcat d’Antioche réunirent, sous leur
métropolitain Jean, une assemblée particulière dans la-
quelle ils déposèrent Cyrille. Théodose II, peu au fait de
la question, déposa les chefs des deux partis, et Cyrille
dut rester en prison jusqu’à ce que les Pères du com
cile eurent renseigné l’empereur. En octobre 431,
Cyrille retourna à Alexandrie, et ne négligea rien pour
ramener la fraction des orientaux qui s’obstinait dans
le schisme : il y réussit en partie, mais seulement après
plusieurs années de négociation. Il fut hautement estimé
en Orient et en Occident pour ces importants services,
a bien qu'on ne puisse pas dire que toutes ses actions
aient été saintes. » Il mourut en 444.
Ouvrages apologétiques de saint Cyrille d'Alexandrie.
On sait qu’en 363 Julien l’Apostat composa contre le
christianisme un grand ouvrage dont l’habile rédaction
jeta le trouble parmi les fidèles et enorgueillit les païens.
En 433, saint Cyrille, comme d’autres l’avaient fait avant
lui, le réfuta dans un vaste ouvrage intitulé : ‘Yxip 1%
Tüv Xptoriavéiv edwyoUs Oenaxslas mpos ra Ev dôéoic ‘TouAtavod,
dont il existe encore dix livres complets?. Ces dix livres
ne semblent dirigés que contre les trois premiers livres
{Titlemont, Mémoires, t. XIV, p. 541. — 3% À. Maï a donné de neuf
autres livres des fragments détachés (Bid). nov. Patr., t. Il).
430 MANUEL DE PATROLOGIE.
saint Luc, saint Jean, sur les Epitres aux Romains, aux
Corinthiens et aux Ephesiens; des fragments sur plu-
sieurs autres livres de l’Ecriture, notamment sur saint
Matthieu.
2. Explication des figures du Pentateuque et de ses
rapports avec le Christ et son Eglise, en forme de dia-
logue : De adoratione et cullu in spiritu et verilate (dix-
sept livres). L’ex&g&se de saint Cyrille, à cause de sa
prédilection pour l'allégorie, de sa négligence à préciser
la valeur des termes, a été plus d’une fois jugée défavo-
rablement. Ces défauts sont naturellement moins sail-
lants dans le Nouveau Testament, et Meier! lui a rendu
la justice qu'il mérite.
Lettres et homélies.
Ses lettres (quatre-vingt-sept) roulent les unes sur des
sujets de dogme et de discipline, et les autres sur le
nestorianisme, les autres sur des sujets officiels.
Parmi les homélies existantes, trente sont intitulées
Homelies pascales. L’eveque d'Alexandrie ayant été
chargé par le concile de Nicée de supputer annuellement
le temps de la fete de Pâques et d'en informer les autres
Eglises, Cyrille, de même que Théophile, le fit en forme
d’homelies. Il y traite diverses questions de pratique et
d'actualité. Nous lui devons aussi dix-huit homélies or-
dinaires, quelques fragments et prières, et un formulaire
liturgique : De liturgia S. Cyrilli. Œuvres douteuses :
Adversus anthropomorphilas (lib. I); De sacrosancta Trini-
nitate; Collectio dictorum Veteris Testamenti.
L'Eglise a de tout temps reconnu les mérites de saint
Cyrille dans l'exposition de la doctrine relative à la
personne du Christ. Si quelques-uns l'ont accusé de mo-
nophysitisme, c'est parce qu'il applique aux deux na-
tures l'expression “Evüots quo, qui, dans sa pensée,
signifie union hypostatique, union constituant une per-
1 Comm. sur l’Evang. de saint Jean, Frib., 1843, préf.
AUTEURS GRECS. S. CYRILLE D’ALEXANDRIE. 434
sonne et non une nature, par opposHion au terme ouvagyeın
employé par Nestorius. Saint Cyrille remplace toujours
le mot d’hypostase par celui de nature.
Doctrine de saint Cyrille.
Saint Cyrille est surtout célèbre par sa lutte contre
Nestorius, comme saint Athanase l'a été dans sa polé-
mique contre Arius. Nous reproduisons ici ses douze
anath&matismes; c'est ce qu'il a écrit de plus remar-
quable contre cet hérésiarque.
1. Si quelqu'un ne confesse pas que ’Emmamuel est
vraiment Dieu, et par consequent la sainte Vierge mere
de Dieu, puisqu’elle a engendré selon la chair le Verbe
de Dieu fait chair, qu'il soit anatheme! 2. Si quelqu'un
ne confesse pas que le Verbe qui procède de Dieu le
Père est uni à la chair hypostatiquement, et qu'avec sa
chair il fait un seul Christ qui est Dieu et homme tout
ensemble, qu'il soit anatheme! 3. Si quelqu'un, après
l'union, divise les hypostases (natures) du seul Christ,
les joignant ensemble par une connexion de dignité,
d'autorité ou de puissance, et non par une union réelle,
qu'il soit anathème! 4. Si quelqu'un attribue à deux
personnes où à deux hypostases les choses que les évan-
gélistes et les apôtres rapportent comme ayant été dites
de Jésus-Christ, par les saints ou par lui-même, et appli-
que les unes à l’homme, considéré séparément du Verbe
de Dieu, et les autres comme dignes de Dieu, au seul
" Verbe qui procède de Dieu le Père, qu'il soit anathème !
5. Si quelgu’ın ose dire que Jésus-Christ est un homme
qui porte Dieu, au lieu de dire qu'il est Dieu en vérité,
comme Fils unique et par nature, en tant que le Verbe a
été fait et a participé comme nous à la chair et au sang,
qu'il soit anathème ! 6. Si quelqu'un ose dire que le
Verbe, procédant de Dieu le Père, est le Dieu ou le Sei-
gneur du Christ, au lieu de confesser que le même est
tout ensemble Dieu et homme, en tant que le Verbe a été
42 MAXTEL LE PATROLOGIE.
fait chair. sion les Eoriteres, qu'il soit anathème ! 7. Si
quelqu'un dit que Jesus Christ, en tant qu'homme, a été
possede du Verte de Dieu et revètu de la gloire du Fils
1 comme etant un autre que lui, qu'il soit ana-
theme! &. Si quelqu'un ose dire que l’homme pris par le
Verbe doit étre adoré, glorifie ei nommé Dieu avec lui,
comme etant l'un em l’autre ; car en y ajoutant le mot
ever, il donne oette pensée, au lieu d’honorer l’Emma-
nnel par une seuie adoration, en tant que le Verbe a été
fait chair, qu'il soit anztheme! 9. Si quelqu'un dit que
Notre-Seigneur Jésus-Christ a été glorifié par le Saint-
Esprit comme avant recu de lui une puissance étrangère
pour agir contre les esprits immondes et opérer des
miracles sur les hommes au heu de dire que l'Esprit par
lequel il les operait lui etait propre, qu'il soit anathème!
10. L'Ecriture divine dit que Jésus-Christ a été fait le
pontife et l'apôtre de notre foi, et qu'il s’est offert pour
nous à Dieu le Pere en odeur de suavité : donc, si
quelqu'un dit que notre pontife et notre apôtre n'est pas
le Verbe de Dieu même, depuis qu'il s'est fait chair et
homme comme nous, mais un homme né d’une femme,
comme si c'était un autre que lui; ou si quelqu'un dit
qu'il a offert le sacrifice pour lui-même, au lieu de dire
que c'est seulement pour nous, car ne connaissant pas
le péché il n'avait pas besoin de sacrifice, qu'il soit ana-
theme! 11. Si quelqu'un ne confesse pas que la chair
du Seigneur est vivifiante et propre au Verbe même qui
procède de Dieu le Père, mais l’attribue à un autre qui
lui soit conjoint selon la divinité et en qui la divinité
habite seulement, au lieu de dire qu'elle est vivifiante
parce qu elle est propre au Verbe, qui a la force de vivi:
fier toutes choses, qu'il soit anathème ! 12. Si quelqu'un
ne confesse pas que le Verbe de Dieu a souffert selon la
chair, qu’il a été crucifié selon la chair et qu’il a été le
premier-né d'entre les morts, en tant qu'il est vie et
vivifiant comme Dieu, qu’il soit anathème !
AUTEURS GRECS. SOCRATE, SOZOMÈNE, ETC. 433
Opera, ed. lat., Basil., 1534 ; Paris, 1608, t. II; ed. Aubert, gr. et
lat., Par., 1638, in-fol., 7 vol.; augm. et corrig. par Cotelier, Monum.
Eccl. gr.; Galland., Bidl., t. XIV; A. Mai, Nov. Bibl. Patr., t. III.
Plus complet : Migne, ser. gr., t. LXVIII-LXXVII, avec les œuvres
d’exégèse. Cf. Tillemont, t. XIII; Ceillier, t. XIN, ed. 2%, t. VIII;
Héfelé, Hist. des conc., t. II. Voir de longs détails dans Fessler, t. IL.
S 71. Soerate, Sozomène et Philostorge,
historiens ecclésiastiques.
Cf. Valesius, Dissertat. de vita, etc., Socratis et Sozom.; Héfelé,
dans l’Encyclop. de la théol. cath., éd. Gaume.
Cette période abonde en travaux sur l’histoire ecclé-
siastique. Eusèbe y a trouvé trois continuateurs, quatre
même, si nous comptons Philostorge.
I. Socrate remplissait à Constantinople les fonctions
d'avocat ou de « scolastique, » comme lui-même s’ex-
prime, sous Théodose II. Son Histoire ecclésiastique (sept
livres) commence à l’abdication de Dioclétien (305) et
finit en 439./On y remarque une prédilection particulière
pour l’ordre monastique et un certain penchant au rigo-
risme ; de là l’indulgence qu'il témoigne à Novatien,
sans nier qu'il soit hérétique. Impartial et exact sur la
chronologie, il est moins sûr en matière dogmatique.
Il. Sozomène (Hermias Sozomenus, Salamanes, ou
Salaminius), né à Béthel, près de Gaza, eut pendant
sa jeunesse de fréquentes relations avec les moines de
Palestine; c’est à l’un d’eux qu’il a emprunté le sur-
nom de‘Salamanes. Il étudia à Béryte et fut avocat à
Constantinople. Comme historien, il est inférieur à So-
crate et n’est pas toujours sûr. Multa mentitur, disait de
lui Grégoire le Grand !, et le Saint-Siége refusa d’approu-
ver son travail. Son Histoire ecclésiastique (neuf livres),
dédiée à Théodose II, devait s'étendre de 304 à 439,
mais elle s'arrête à 423. Nous n’avons plus un autre
travail historique, en deux livres, qui se terminait à la
déposition de Licinius.
I Epist. xxxı, lib. VI.
| 28
434 MANUEL DE PATROLOGIE.
III. Nous parlerons de l'Histoire de Théodoret au pa-
ragraphe suivant.
IV. Quoique plus ancien que les auteurs cités, Phi-
lostorge est toujours cité après eux depuis Valésius,
Partisan des eunomeens, il fit de son histoire une apo:
logie de l’arianisme, qui lui semblait la plus ancienne ;
forme de la doctrine chrétienne. Elle embrasse la pé-
riode de 320 à 423. Il n’en reste qu’un long extrait dû à
Photius.
Editeurs: Valésius, Par., 1669-73, t. II. Philostorg., t. IV. Reading,
Cantabr., 1720 ; Migne, Socrat. et Sozom., ser. gr.,t. LX VIT». Philos-
torg., t. LXV. ct. Holshausen, De fontibus quibus Socr., Sos: =
Theodoret. usi sunt , Gott., 1828. Eee DE
V. Gélase, évêque de Cyzique au cinquièms sièble,
travailla à une histoire (trois livres) du premier concile
de Nicée, où les erreurs et l'absence de critique sont
rachetées par plus d’un renseignement précieux !.
sk [3
ben. —
$ 72. Théodoret, évêque de Cyr (mort vers 458).
— offline oct u.
Voir les cing dissertations de Garnier, et Schulze, dissert. 1.
Theodoret, ou Théodorite, naquit à Antioche entre .
386 et 393, après que ses parents, privés d'enfants,
eurent longtemps implore le ciel de leur donner un des-
cendant. À l’âge de sept ans, ils le confièrent ax
moines du monastère de Saint-Euprépius, près d’Antioche,
où il resta longtemps et eut Nestorius pour condisciple.
ll se forma principalement sur Théodore de Mopsueste
et saint Chrysostome, et ne fut pas moins distingué par
son savoir que par la sainteté de sa vie. Cœur généreux
et désintéressé, il perdit ses parents de bonne heure et
distribua sa fortune aux pauvres. À vingt ans, il était
lecteur, et à vingt-cinq ans, diacre de l'Eglise d’An-
tioche. Les hérétiques de cette ville le redoutaient à
cause du zèle et de l’habileté avec lesquels il les com-
1 Migne, ser. gr., t. LXXXV.
AUTEURS GRECS. THÉODORET. 435
battait. En 411, le patriarche de Constantinople le
promut au siege de Cyr, composé de huit cents villages,
Cyr, à deux jours de marche d’Antioche, était la capitale
insignifiante d’une contrée sauvage et montagneuse,
quoique très-peuplée, la Cyrénaïque, composée presque
uniquement de Syriens incultes mêlés de beaucoup d’he-
rétiques.
Theodoret eut la consolation d’y rencontrer un grand
nombre d’anachoretes, avec lesquels il fut très-lié. Son
administration fut un modèle. Observateur sévère de la
résidence, il ne quitta son diocèse que pour assister à
un concile d’Antioche. La conversion des hérétiques,
surtout des marcionites, l’interessait particulièrement ;
mais son zèle, quoique tempéré par la douceur, l’exposa
aux injures et à de sérieux dangers. Il réussit cepen-
dant à purger son diocèse des hérétiques. Sobre en ses
dépenses, il consacra la majeure partie de son revenu au
bien de la ville, à des établissements de bains et à des
aqueducs. Il vécut ainsi dans la paix jusqu'au moment
où il fit la connaissance de Nestorius, et fut impliqué
dans ses débats. Déjà avant le conseil d’Ephöse, il avait
combattu dans divers écrits! les anathématismes de saint
Cyrille, surtout à cause de l'expression ‘"Evüouw gucuch.
Il assista aussi, à Ephèse, au conciliabule des Orien-
aux, et prit parti pour ceux qui rejetaient le troisième
concile universel. Il fut plus satisfait des explications
postérieures de Cyrille. Cependant, comme il n’entre-
voyait pas toutes les conséquences de la doctrine de Nes-
torius, il refusa de consentir à sa déposition, persuadé
qu'il n’enseignait pas ce qu ‘on lui imputait. Il ne sous-
crivit à l’union qu’en 435, après bien des antécédents
odieux, et sans rompre avec Nestorius.
Malgré ces ménagements, il n’échappa pas à la haine
des monophysites, et notamment de Dioscore; il fut dé-
posé par le brigandage d’Ephèse (449) qui condamna, ses
1 Epist. ad Joan. Antioch., t. IV, p. 1288.
sr uU DE PAYMUNGIE.
eis Eee x je Naam L en appela au pape;
ms À ct ave es ancres »vùrues. rester en exil tant
ce es mumcirsms srïssimeèrent. Rappelé en 451,
ares a mr à Tue ll. son affaire fut examinée
a7 z2eme ame zumerz de Chaleedoine, auquel il
sarıza. Tui em | ccm des évêques égyptiens.
Acres Seins acts cs ı se decida enfin à con-
Sammer Nacre et = poinement rehabilité; ıl recut
„= mao à sape Leon. Sans abdiquer sa charge,
JO vect Ja a ak d'un couvent, occupé de
travasx rares. et mourut en 158, dans la commu-
neo » Tire
L'nn resta ses moins de mème que Théodore de
Most et Tas ’Edsse. un objet de haine pour les
mncivetes Le eurcie de Chakvedome., en accueillant
sa persone sas condamner expressément les écrits où
il combattait saint Cvrie. avait omis une partie de sa
tbe; e cnjuekm ame œcuménique y suppléa
en 533.
Ouvrages historiques.
4. Son Histoire ecc'ésiastique 1cinq livres), écrite vers
450. s’etend de 320 à 428. C’est la meilleure des conti-
nuations d'Eusèhe ; le fond en est soigné, le style simple
et conforme à la nature du sujet. 2. L'Histoire religieuse
contient des renseignements sur trente-trois ascètes
orientaux des deux sexes; c’est une nouvelle page,
mais plus attrayante. à ajouter à Palladius. 3. L’Abrege
des fables hérétiques (quatre livres) renferme l'histoire
des hérésies jusqu’à Eutychès ; ce qu'il dit des anciennes
heresies est tiré en grande partie de saint Irenee,
d’Hippolyte et de saint Epiphane.
Travaux apologétiques.
La Guérison des maladies des Grecs (douze livres) ter-
mine la série des œuvres apologétiques chez les Grecs.
AUTEURS GRECS. THEODORET. 437
Parmi les griefs des paiens contre le christianisme,
Theodoret cite la nécessité de croire, l'ignorance des
apôtres, le culte et l’invocation des martyrs. C'est afin
de guérir ces préjugés de l’âme que Théodoret, utili-
sant les écrits de ses devanciers (Clément d'Alexandrie,
Eusèbe, etc.), composa son apologie. Son principal but
est de montrer la supériorité des idées chrétiennes sur
celles de la philosophie païenne touchant l'origine et la
fin du monde, l'excellence de l'homme, la Providence.
Ce qui caractérise cet ouvrage, ce sont les parallèles
entre le culte des martyrs et le culte que les païens
rendent aux morts, entre les oracles et les prophètes,
entre la moralité des philosophes et celle des chrétiens.
Pour le fond, on y trouve peu de choses qui n’aient été
dites avant lui; cependant il est conçu à un point de vue
plus général que la plupart de ses devanciers, et il insiste
moins sur le côté extérieur du paganisme, par exemple
les absurdités de la mythologie.
Ouvrages dogmatiques.
4. L’Eraniste, ou Polymorphe, est dirigé contre les
idées monophysites, ramas de plusieurs hérésies, bien
qu'à cette époque (448) Eutychès n’eüt pas encore paru.
ll consiste en trois dialogues, dont le premier enseigne
que la divinité du Fils unique est immuable; le second,
que dans le Christ les natures ne sont point confondues ;
le troisième, que la divinité du Fils est impassible. 2. Le
même sujet est traité dans la Démonstration par syllo-
gisme, comme quoi Dieu le Verbe est immuable. 3. Les dix
Discours sur la Providence ne sont point des sermons
proprement dits, mais des traités en forme oratoire. Les
cing premiers contiennent les preuves, les cinq derniers
réfutent les objections contre la Providence. Cet écrit,
digne de son sujet, témoigne de l'expérience et du sens
chrétien de son auteur. 4. Le traité de la Divine et Sainte
Charité développe cette vertu, qui a été le ressort des
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AUTEURS GRECS. THÉODORET. 439
procède du Fils*; il n’admet que sa procession du Père.
Le Saint-Esprit, dit-il, n’est pas une création, et on ne
peut pas dire de lui, comme du Fils, qu'il a été engen-
dreS.
Il n’admet pas que les anges aient rien de corporel, ni
qu'ils soient androgynes ; aussi l’explication qu'il donne
du mariage des enfants de Dieu avec les enfants des
hommes diffère-t-elle de celle des anciens Pères; il croit
simplement qu’il s’agit de mariages entre les descen-
dants de Seth et ceux de Caïn. Quant aux mauvais
anges, ils sont devenus tels par leur propre volonté,
Dieu ne pouvant pas créer un être incapable de rien
faire de bon.
Dans le chapitre de l'Homme, nous trouvons ce pas-
sage significatif : « L'Eglise, fidèle aux divins enseigne-
ments , déteste souverainement les doctrines de ces
hommes-là, tout en rejetant les fables des autres. Elle
enseigne, sur la foi de l’Ecriture, que l’äme est créée en
même temps que le corps, qu’elle n’emprunte point à la
matière de la semence la cause de son origine, mais
qu'elle est formée par la volonté du Créateur après la
formation du corps. »
Garnier a jugé trop défavorablement, et souvent par
des raisons insoutenables, le point de vue dogmatique
de Théodoret. Ainsi, de ce que Theodoret ne parle pas
de Pélage et de Célestius, il ne s’ensuit point qu'il fût
d'intelligence avec eux, mais tout au plus qu'il appré-
hendait d’en parler, d'autant plus que dans les matières
un peu difficiles, il manque d’une certaine profondeur et
décèle la tendance rationaliste de l’école d’Antioche. Son
style est clair et agréable, maïs il donne trop d’étendue
aux parallèles où il se complait.
Editeurs : Sirmond, Par., 1642 ; complété par Garnier, Auctarium,
Par., 1684 ; mieux, par Schulze, Halle, 1769, in-8°, 5 vol.; avec glos-
1 Reprehens. xıı anath., ad n. 9. —% Epist. cLı; Comm. in Rom.,
Vi, 11 ; I Cor., 11,12. — 3 Hæret. fab.; comparez : V, c. I.
. La% 1 ME PATROLOGIE.
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AUTEURS GRECS. ISIDORE, S. NIL. AA
ticite des Interrogations ei reponses, que Hardt lui attribue
d’apres un manuscrit de Munich, eveille bien des doutes.
IT. Saint Nil, connu par ses nombreux et. excellents
ouvrages ascétiques, offre plus d’un trait de ressem-
blance avec Isidore. Il naquit dans la seconde moitié du
quatrième siècle, d’une bonne famille, et fut préfet de
Constantinople. Parvenu à la maturité de l’âge, il se
sépara de sa femme, qui lui avait donné deux fils, dont
l’un, nommé Théodule, le suivit sur le mont Sinai. Il y
fut bientôt célèbre, et, de loin comme de près, on alla
lui demander des conseils et des consolations. Il répon- ‘
dait avec une égale franchise à tous ceux qui, grands
ou petits, lui exposaient leurs besoins. En 410, une
invasion des Sarrazins, qui coüta la vie à plusieurs
ermites et pendant laquelle son fils Théodule fut jeté en
prison , dispersa cette pieuse réunion de cénobites.
Cependant le fils recouvra la liberté, et Nil le rejoignit .
auprès de l’évêque d’Eleuse, qui leur conféra à tous deux
le sacerdoce. Nous connaissons les travaux de saint Nil
jusqu’en 430; mais nous ignorons le jour de sa mort.
Ouvrages de saint Nil.
1. Quatre livres de leitres, dont plusieurs ne sont
peut-être que des extraits ou des sentences. 2. Les sept
Narrations contiennent des détails sur sa vie, sur l’inva-
sion des Sarrasins et les moines du Sinaï. 3. Le Discours
sur Albion est l’oraison funèbre d’un prêtre et d’un reli-
gieux de Nitrie. Les écrits suivants sont proprement
ascétiques : 4 Discours ascétique, où la vie monacale est
présentée comme la vraie philosophie. 5. Traité des
vertus qu'il faut pratiquer et des vices qu’il faut fuir,
sur la perfection chrétienne : éloge d’une pieuse femme
nommée Péristéria. 6. De la Pauvreté volontaire, à
Magna, diaconesse d’Ancyre. 7. De lu Supériorité des
moines, comme quoi la vie religieuse l’emporte sur la vie
de ceux qui habitent les villes. 8. Le Discours au moine
> Bu EE JE CNE.
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Au. Bere, Cac. seen. De 1 ie ech, éd Gaume.
FE Tasiire Qui sortait » surmom de Lecieur et e
rempisat 2 ‘mire à Ccestantinopke, continu
en deux Evres [Exrmers de Sucraie jusqu’a l'emperer
Hasta Fe swrt «2377. Ii n'en’reste que les extraits (
Vrvyhere Caïxsi.
II. Evasre schiz:ure>. ne à Epiphanie, en Célésyr
>35. etant laque. D fat survessavement avocat, questei
et prefet 'Antuche. Les aix livres de son Histoire eccl
sasstique embrassent bs annees écoulées de 431 à 594.
v mel quastiié de choses profanes et s'y montre un pt
trop credale'.
ı Var en var exiraii dans Ressier, Biblioth. des Pères, t. VII
AUTEURS GRECS. DENIS. 443
IH. Le Chronicon paschale, très-important pour la chro-
nologie, a eu probablement deux auteurs, l’un et l’autre
inconnus; le premier a traité la période qui s'étend de
ls création à l’an 354 de Jésus-Christ ; le second a con-
tnué l’ouvrage jusqu'en 360. C’est le tableau des faits
disposés par ordre chronologique.
Du Cange l’a appelé Chronicon paschale, parce qu'il
donne toujours le cycle pascal et les indictions, et qu'il
mentionne constamment les fêtes juives et chrétiennes.
Editeurs de Théodore : Valesius et Reading, t. III ; Migne, sér. gr.,
t LXXXVI, part. n; d’Evagre, tbid.; Migne, t. LXXXVI, part. 1;
du Chronic. pasch.: Sigonius et Panvinius, sous le titre : Fasti siculi;
Raderus, S.J., sous le titre : Chronicon alexandrinum, 1615 ; le meil-
leur : Du Cange, Par., 1688; Dindorf, Bonn, 1832; Migne, sér. gr.,
t XCH. |
$ 75. Denis, le pseudos=Aréopagite.
Le Nourry, Dissert, de oper. S. Dion. Areop., in Apparat. ad Bibl.
Max. Patr., 1703 ; Corderius, Observat. gener. pro faciliori intellig.
S, Dion., et Isagoge; Petr. Hallois, S. J., Vita S. Dion. Areop.; P. Lans-
Selii, S. J., Disput. apologet. de S. Dion.; Dalleus, De script. que sub
Dion. Areop. et Ignatii antioch. nominib. circumferuntur, Genev.,
1666.
Cinq ouvrages célèbres nous sont parvenus sous le
nom de Denis; ce sont : de la Hierarchie céleste: de la
Hierarchie ecclésiastique; des Noms divins; de la Theologie
mystique; dix Leltres. Au moyen-äge, on les attribuait
unanimement à Denis l’Aréopagite, converti par les pré-
dications de saint Paul‘, premier évêque d'Athènes,
martyr sous Domitien ?, et confondu de nouveau avec un
évêque du nom de Denis, qui vivait sous l'empereur
Dece et qui fut évêque de Paris.
Les raisons qui ont fait attribuer ces ouvrages à Denis
l’Aréopagite sont fournies par ces ouvrages mêmes.
On peut douter que les titres où figure le mot uréopagile
viennent de l’auteur, car il y a d’autres titres où ce nom
1 Act.,xvu, 34, — ?Euseb., Hist. eccl., IH, ıv.
\
sit MANUEL DE PATROLOGIE.
ne paraît jamais; quant au nom de Denis, c’est l’auteur
lui-même qui se l’attribue ‘. Il se donne, en outre, pour
un disciple de saint Paul, et cite parmi ses amis et
connaissances quantité de personnes que nous rencon-
trons dans le Nouveau Testament ou dans l’histoire du
premier siècle : Timothée, Tite, Carpe, Juste, Clément,
Jean, Bartholomée, Polycarpe, Caïus, Elymas, Si-
mon, etc. Il dit qu'il a entrepris un voyage « pour voir
le corps qui a porté Dieu, la sainte Vierge, et qu’il s’est
rencontré avec Pierre etavec Jacques, « le frère de Dieu ?.»
Il assure avoir observé, avec Apollophanes d’Heliopolis,
l'éclipse de soleil qui eut lieu à la mort du Christ®. Tous
ces passages étant au-dessus de la critique et uniformé-
ment cités par les anciens, il était inutile de vouloir leur
donner un autre sens, comme l’a fait Hipler.
On ne saurait donc le nier : l’auteur a voulu se faire
passer pour le Denis du temps des apôtres, et pourtant
il n’est pas moins certain que ce ne peut être lui. 4. Si
des écrits de cette étendue étaient d’un disciple des
apôtres, les anciens les auraïent tenus en grande estime;
ils les auraient cités et mentionnés souvent : or, aucun
ancien n’y fait allusion. 2. Dès qu'ils parurent à la lu-
mière, ils trouvèrent une vogue et un crédit extraordi-
naire. 3. Ils contiennent, à propos de la Trinité, le terme
d’hypostase, et sur la personne du Sauveur ces locutions
du concile de Chalcédoïine : aouyyurws, drpérrws, évakhow-
tus, auerabdA uw À. -
Les expressions théologiques, les développements de
la doctrine, l’enflure du style caractérisent une époque
bien éloignée des temps apostoliques. On y voit ün pas-
sage ® de la lettre que saint Ignace adressa aux Ro-
mains en l’an 107 ou 114; il y est beaucoup parlé de
l’ordre et des institutions monastiques ’. Quant l'ouvrage
1 Epist. vn, 83. — ? De div. nom., c. 1,82. — 8 Ep. vu, & 2. —
% De div. nom., c. u, n. 10.— 8 Jbid., c. IV, 812. — 8 C. vu. — ? Hier.
eccl., c. VI, n. 3.
AUTEURS GRECS. DENIS. 445
parut, il excita les reclamations des catholiques. Nous
avons donc affaire & une pure fiction; ce qui le prouve
encore, c’est que Timothee, un ancien chretien, un
maître, un évêque, y est appelé fils de Denis, tandis
qu'ailleurs, chose plus étonnante encore, il est parlé de
l'antiquité ecclésiastique ‘ et de l’ancienne tradition ?.
Ces livres sont mentionnés pour la première fois dans
une lettre d’Innocent, évêque de Maronea, qui décrit
comme témoin oculaire une controverse religieuse qui
avait eu lieu à Constantinople, en 532, par ordre de Jus-
tinien, entre les sévérianiens et les catholiques, sous la
présidence d’Hypatius d’Ephese. Les avocats monophy -
sites y produisirent les livres et les lettres de Denis, et
les invoquerent contre les catholiques, car ils parais-
saient favorables aux idees de ces heretiques sur la per-
sonne du Christ. Les catholiques les recuserent comme
etant inconnus des saints Peres. Un peu tard, Leonce de
Byzanze et Anastase le Sinäïte les citaient déjà comme
des autorites. Saint Maxime y composa des scholies et
Pachymères y ajouta une paraphrase. Le pape Martin Ie"
et le concile qu’il convoqua à Rome (649) s’en servirent
également. Photius seul semble les avoir rejetés comme
apocryphes.
Introduits en Occident sous Pépin et Louis le Pieux,
traduits en latin par Scot Erigene, leur autorité ne fit
que s’accroitre. Le premier qui éleva des doutes sur leur
authenticité fut L. Valla®; son sentiment fut partagé par
Erasme, Beatus Rhenanus, Cajetan, Bellarmin, Albaspi-
næus, Sirmond, Petau, etc. Les démonstrations de
Morin *, Dallée et Le Nourry ont transformé ce doute en
certitude.
La diction et le style confirment ce sentiment. La
fréquence des superlatifs, la description pompeuse des
1 De nom. div., c. IV, n. 3. — 3 Hier. eccl., vu, n. 11. — ® Remarques
sur les Actes des Apôtres du Nouv. Testam., c. xvII. — ® De ordi-
nibus.
446 MANUEL DE PATROLOGIE.
noms d'objets sacrés, les expressions emphatiques, les
longues périodes contrastent trop avec la simplicité du
style apostolique. Quant au but que se proposait l’auteur
par cette supercherie, les uns n’y ont vu que le simple
désir de tromper ; les autres, comme Le Nourry, pensent
qu'il a voulu donner plus de poids à ses écrits, composés
en vue de défendre la doctrine catholique eontre les nes-
toriens et les monophysites, en les attribuant à un
homme célèbre. Il semble, en effet, que ce soit là le vrai
motif et que l’auteur n'ait pas eu l'intention de tromper. .
Contenu des ouvrages de Denis.
Ces ouvrages sont fortement imprégnés de philoso-
phie néoplatonicienne; l’idée qui y domine, c’est que
l’homme (comme tout être créé) doit retourner à Dieu de
la même manière qu'il en est sorti, en passant par les
degrés de la hiérarchie ecclésiastique, lesquels corres-
pondent aux degrés de la hiérarchie céleste, baptême, illu-
mination (eucharistie) et onction. Toutefois, ce système
n’est pas identique au panthéisme des néoplatoniciens
et à leur théorie de l’emanation, de même que la Bible
n'est pas panthéiste, quand même les panthéistes allè-
guent ses textes à l’appui de leur système; autrement le
moyen-âge, si zélé pour l’orthodoxie, n’aurait pas tenu
ces livres en si constante estime. Mais il est possible que,
dans sa prédilection pour ces écrits, le moyen-äge y ait
vu plus qu'il n’y avait en réalité. « Le fond de la doc-
trine, dit avec raison Steeckl, est chrétien ; mais les dé-
veloppements et les expressions se rapprochent autant
que possible des idées et des principes néoplatoniciens,
surtout de Proclus. Il n’est donc pas étonnant que ces
écrits aient suscité dans l’époque suivante deux écoles
mystiques opposées l’une à l’autre, une école idéaliste
et une école mystique chrétienne : la première, née de
l'interprétation de la doctrine de Denis dans le sens de
l’idéalisme neoplatonicien; la seconde, de l’interpréta-
AUTEURS GRECS. BASILE, ÉNÉE, PROCOPE, ETC. 447
tion de cette doctrine dans le sens chrétien. Les ouvrages
de Denis favorisaient ces deux tendances !. » Interprétés
dans le sens chrétien, ils sont devenus la base de la
théologie mystique au moyen-âge.
Ces ouvrages, notamment la Hierarchie céleste, des-
cription des neuf chœurs angeliques, et la Hierarchie
ecclésiastique, image de la première et renfermant de
nombreuses interprétations mystiques des cérémonies
du culte, ont considérablement influé sur les progrès de
la symbolique artistique appliquée à la religion *.
L'auteur cite encore en plusieurs endroits, comme étant de lui, les
titres de sept autres ouvrages. Il n’en reste que des fragments dans
les Chaînes des théologiens subséquents. Cf. Hipler, p. 111.
Opera, græce, Basil., 1589 ; gr. et lat., ed. Corderius, Par., 1615 ;
Antw., 1634, in-fol., 2 vol., avec les scholies de Maxime, la paraphrase
de Pachymères et un appareil historico-critique; Migne, ser. gr.,
t. HI et IV. Cf. Tillem., t. II; Ceillier, t. XV, ed. 22,t. X; Aschbach,
Dictionn. ecclés., 2e vol.; Staudenmaier, Philos. du Christ.; Ritter,
Hist. de la phil. chret., t. Il ; Hipler, Denys l’Arévp., Recherches sur
l’autkh. et la crédibilité des écrits qui existent sous son nom, Ratisb.,
1861.
S 76. Auteurs moins importants de eette époque.
I. Basile, évêque de Séleucie en Isaurie, vers le milieu du cinquième
siècle, avait d’abord rejeté la doctrine d'Eutychès, mais intimidé par
le brigandage d’Ephèse (449), il adhéra momentanément aux mono-
physites. On lui doit quarante Homelies et une Histoire de sainte
Thecle (deux livres), dépourvue de critique.
I. Ende de Gaza, philosophe chrélien, vivait dans les cinquième
et sixième siècles; il a laissé un beau dialogue en grec, intitulé :
Theophraste, ou de l’immortalité des dmes et de la résurrection des
corps. Voir deux auteurs dans Migne, sér. gr., t. LXXXV.
II. Son contemporain et son ami le sophiste Procope de Gaza,
maître de Choricius, a écrit un panégyrique de l’empereur Anaslase,
deux discours sur la construction de l'église de Sainte-Sophie à
Constantinople, des commentaires sur le Pentateuque, Isale, les Pro-
verbes, le Cantique des cantiques, et cent quatre lettres (Migne,
ser. gr., t. LXXXVII, part, 1, n et 11).
! Philosophie de l'ère patristique, p. 498. — 3 Voir, dans Stceckl ,
p. 498, le résumé de la doctrine de l’Aréopagite.
sis MANTEL BE PATROLOGE.
IV. Cammes Eimprates ’ condecteur d’indiens ) fit plusieurs
veoruges dems l'Eïs:ge. »s Indes, ste, et fut plus tard moine en
Ezspte_ Vers el._ 7702 sa J-pogrepäie chrétienne (douze livres).
Gailani, Déc... IX: Murs, sèr. 27. t LIXXVIIL)
V. Lost, Z1.ci av-«at à Constantinople, de là son surnom
de B=antraus. zn: reirvpcx res de Jerusalem, de là son sutre
surnom de Jos. sn::evei. vecut dans les sixième et septième
che ;: A avait > LL en dans 32 munesise. Après sa CONVersion,
R fat be pls ec? ac + Size important adversaire des nestoriens et
ds omuphrate. L ervi otre les premiers : Adversus eos qui duas
efformant Chris cerwnas sul emgue in ipso conjunctionem confilen-
ter üb. VIE : «outre les eumls : Quæstiones adversus eos qui unam
dumt asturen mc tan D. N. J. Christi, item sanctorum test:-
momie et senior :omrum erplizetio: Capita XXX contra Seve-
rum: Solutı; ar;umentsrum a Serers objeciorum ; contre les deur
partis : Prous dimarr :catre les nestoriens ei les eutychéens. Ouvrage
également pe<hmiue : {drersus eos qui nobis proferunt quedamn
Apoilinarii fais; tunxrigte momine SS. Patrum. Les Scholia ex ore
Thesdori relijicristimi ablatis, doctissimique philosophi, divinis
pariter exzternirjse :itteris eruditi, excepla, contiennent une pro-
feanoe de f>i, un camım de l'Ecriture sainte et une revue des prin-
cipales herösies. Nous avons encore de lui deux Sermons et des
Mélanges sacrés, oa explications de passages de la Bible, tirées d’au-
tres auteurs, et de petts fragments. Ses écrits, très-importants pour
rhistoire du nestorianisme et da monophysitisme, marquent un goût
prononcé pour la forme svilogistique et scolastique. (Galland., Bibl.,
t. XII; Migne. ser. gr. t. LXXXVI.) |
VI. Jean Climaque, surnommé le Sinaltique, et aussi le Scholas-
tique, d'après Raderus, entra dès sa jeunesse dans le monastère du
Sinai, dont il devint plus tard abbé. Il vivait au sixième siècle, et
compos cette celebre E:helle Climazx) du paradis, en xxx degrés, qui
lui a fait donner le surnom de Climaque. Elle fat de bonne heure
enrichie de scholies, et est restée, à titre de guide dans les voies
de l’ascétisme et de la perfection, le manuel favori des religieux.
Le Livre du pasteur compare le supérieur d’un couvent avec un
berger, un médecin, un pilote et un professeur.
VII. Anastase le Sinaite, prètre et moine du mont Sinaï, devint
patriarche d’Antioche en 561, et fut exilé en 570 pour avoir résisté
aux édits de Justinien en faveur des aphtharto-docètes. Rappelé sous
l’empereur Maurice (593), il mourut à Antioche en 599. Le patriarche
qui lui succéda se nomınait aussi Anastase et compte parmi les au-
teurs ecclésiastiques. Le premier écrivit: Vie duzx adversus acephalus,
contre les sectes monophysites. Les interrogations et réponses sont
la solution de cent cinquante-quatre questions d'exégèse, de dogme,
3
AUTEURS LATINS. OROSE. 449
de morale et d’ascétisme, avec de nombreux textes des Pères.
Les questions sur la pénitence, 3-6 et 23, sont surtout importantes
pour la pratique. Les Contemplations anagogiques sur l’Héraméron
QUI liv.) n’existent à peu près qu'en latin ; Dispute contre les Juifs
(iv. II). Six discours conservés, dont un sur la messe et un autre sur
ls défants.
On voit, par ces travaux dogmatiques, que les siècles de fécondité
et d'originalité sont écoulés. Les auteurs de cette période, malgré
les excellentes choses qu'ils renferment, se bornent à exploiter le
passe et se contentent du rôle de compilateurs.
VII. D’Antiochus, moine de Palestine qui vivait sous Héraclius,
il reste cent trente petits sermons, la plupart moraux et ascétiques.
Voir ces deux derniers auteurs dans Migne, sér. gr. t. LXXXIX.
IX. Jean Philopone était grammairien à Alexandrie au sixième
siècle. Son mérite consiste dans la dialectique, dans la connaissance
de la philosophie d’Aristote et dans les commentaires du Philosophe.
Comme théologien, il n’a pas une bonne réputation ; il enseigna le
trithöisme et diverses erreurs sur la résurrection ; il fut aussi chef de
secte et condamné au sixième concile œcuménique. Cependant il
défendit la notion chrétienne de la création soit dans sa polémique
Contre Proclus sur l'éternité du monde (Ed. Trincavelli, Venet,, 1535),
Soit dans ses sept livres de la Ordatiun du monde. Il existe aussi de
li une Discussion sur la Pâque. Ces deux derniers ouvrages ont été
édités pour la première fois et traduits en latin par Corderius, S. J.,
Galland., Bidl., t. XII.
CHAPITRE IV.
AUTEURS LATINS.
$ 77. Continuation de la querelle pélagienne, surtout
dans le sud de la Gaule.
I. Paul Orose était prêtre de Tarragone en Espagne.
L'intérêt qu’il portait à la science théologique , les in-
Cursions des barbares qui desolaient sa patrie et les maux
que les priscillianistes causaient à l’Eglise , le décidèrent
en 415 à se rendre en Afrique pour y consulter Augustin
sur son Commonitorium de errore priscillianistarum et
origenistarum. Muni d'une lettre de recommandation de
saint Augustin, il alla trouver saint Jérôme, qui était
alors à Bethléem, et combattit les pélagiens, favorable-
an
452 MANUEL DE PATROLOGIE.
2. Collationes Patrum, in Scythica eremo (vingt-quatre
chapitres), entretiens spirituels de Cassien et de Germain
avec les moines d'Egypte sur la perfection de la vie
chrétienne et ses conditions. Dans la treizième conférence,
justement attaquée dans la suite, sur la grâce et le libre
arbitre, Cassien, invoquant le témoignage de Zachée et
du bon larron, a développé le système semipelagien 4. Il
en fut repris par saint Prosper, qui l’accusait justement
«d’avoir, par son érudition, mis une arme redoutable aux
mains des adversaires de la grâce divine. » Le commen-
cement de la grâce vient de nous, disait Cassien, son sup-
plément vient de Dieu. Ce traité, qui renferme certaine-
ment des expressions exagérées, ambiguës, est surtout
destiné à servir de livre de méditations aux religieux et à
les diriger dans la perfection chrétienne; comme tel, il a
été fort utilisé par les disciples et les partisans de Cassien,
notamment dans les fameux couvents de Lérins et Léro
(aujourd'hui saint Honorat et Marguerite), et dans la
suite par les mystiques. Denis le Chartreux, par respect
pour Cassien, essaya même, quoique avec peu de succès,
d'expliquer cette treizième conférence dans un sens ca-
tholique. |
3. De incarnatione Christi (sept livres), écrit en 431 sur
le désir de Léon, archidiacre romain, puis pape. Cassien
y montre les affinités de Nestorius avec Pélage, et
prouve que le Verbe de Dieu n’a pas seulement habité
dans la chair, mais qu’il s’est incarné ; que Marie n’est
pas seulement la mère du Christ, mais la mère de Dieu.
1 On lit dans cette conférence XIII, c. XII : « Cavendum est nobis
ne ita ad Dominum omnia sanctorum merita referamus, ut nihil nisi
quod malum ac perversum est human» adscribamus nature. » —
GC. x1: «Sin vero gratia Dei semper inspirari bonæ voluntatis princi-
pia dixerimus, quid de Zacchæi fide, quid de illius in cruce latronis
pietate dicemus, qui desiderio suo vim quamdam regnis coelestibus
inferentes, specialia vocationis monita pr®venerunt? » (Contre saint
Augustin.) — « Consummationem vero virtutum et executionem man-
datorum Dei, si nostro deputaverimus arbitrio, quomodo oramus :
Confirma Deus, quod operatus es in nobis? » (Contre Pölage.)
AUTEURS LATINS. MARIUS, CASSIEN. 451
Ses autres ouvrages sont: Commonitorium adversus
Æzæresim Pelagii et Cælestii, ou : In scripla Juliani.
Garnier a prétendu que la majeure partie de cet écrit de-
vrait être intitulé : Liber subnotationum in verba Juliani.
Comme Julien en appelait à Théodore de Mopsueste,
Marius écrivit la Réfutation du symbole de Théodore, ou
Expostlio pravæ fidei Theodori, et Comparalio dogmatusm
Pauli Samosaten: et Nestorii.
Opera, ed. Brux., 1673 (mcompl.). Complet : Garnier, Par., 1673,
in-fol.; mieux par Baluze, Paris., 1684; Gallandi, t. VIE ; Migne, ser.
lat., t. XLVIL.
Ill. Jean Cassien (mort vers 435), dont le pays et le
jour natal nous sont inconnus, fut élevé dans un cou-
vent de Bethléem, où il contracta avec Germain une
amitié indissoluble. Passionnés tous deux pour la vie
cénobitique, ils visitèrent ensemble l'Egypte, ce berceau
des ordres religieux (vers 390-397). A Constantinople,
Cassien fut promu au diaconat par saint Chrysostome,
qui lui imprima aussi sa direction théologique. Quand
ce maitre bien-aime, dont il avait porté la lettre à Inno-
cent I”, fut parti pour l'exil, il alla fonder à Marseille,
sur le modèle des couvents orientaux, deux établisse-
ments religieux qui en suseiterent plusieurs autres dans
la Gaule et l'Espagne. Les écrits conservés de lui
sont :
4. De institutis cœnobiorum (vers 417), composé à la
demande de Castor, évêque de Apta Julia, dans le sud de
la Gaule. Les quatre premiers livres décrivent les insti-
tutions, le régime, les règles, etc., des couvents orien-
taux, les huit derniers traitent des vices capitaux,
communs aux religieux comme aux autres hommes
(gastrimargia, fornicatio, philargyria, ira, tristilia, ace-
dia, cenodoæiu, superbia). La propriété de ces termes
latins ne permet pas de croire que l'original fût en grec.
Saint Benoît, Cassiodore, Grégoire le Grand, etc., en re-
commandaient la lecture.
Far MANUEL HE PATROLOGIE.
Genuenn cıvılale sum! suisse. — De gratia et libero arbi-
trıo, ommire la tresièeme conférence de Cassien, qui
parait ici sous le titre De protectione Dei. C’est sans doute
le plus important écrit de Prosper; le style en est bon
pour l'époque. Cassien v est traité avec beaucoup
d'égards. Erpssitio psalmorum (c-c1). écrit vers 433 : ce
n'est guere qu'un extrait de l'ouvrage analogue de saint
Augustin. Senienliarum ,oocxcn} er operibus S. Augustini
delibatarum : habilement choisies et bien ordonnées,
ces sentences sont une excellente introduction à la doc-
trine de saint Augustin Dans le même sens : Liber
sacrerum epigrammalum cvi) ex senlentiis S. Augustin,
en distiques, sauf quelques morceaux en prose. Les deux
dernières piéces : Preces ad Deus, sont les plus animées.
Le Chronicon. ouvrage historique, existe sous une double
forme : Chrenicon consulare, et Chronicon ımperiale; dans
la premiere, les événements sont rapportés d'après les
consuls romains; dans la seconde, d'après les années
des empereurs. On a beaucoup discuté sur leur identité.
Quelques-uns ont attribué le Chronicon imperiale, le plus
court et le moins parfait, à un certam Prosper Tiro;
mais l'existence de ces deux Prosper n'est pas suffisam-
ment démontrée. L'auteur reproduit, en les abrégeant,
les deux ouvrages analogues d’Eusebe et de saint Jé-
rôme et les continue jusqu'en 455. D'autres ouvrages de
Prosper sont perdus. On lui attribue encore plusieurs
travaux en prose et en vers, tels que De vocatione gen-
tium , qui lui appartiennent difficilement.
Cf. Fessler, t. IL, p. 786. Operum ed. princeps, Lugd., 1539, in-fol.;
Colon., 1565, in-4*; Rom., 1611. La meilleure, Paris., 1674, sou.
reimpr. (par Mangeant) ; Venet., 1744 et 1782, in-4°; Migne, sér. lat,
t LI (accedunt Idatii et Marcellini comitis Chronica) ; Gennad., De
script. eccl., c. LXXXIV, et Photius, Bibl, cod. 54; Tillemont, t. XVI:
Ceillier, t. XIV, ed. 2, t X.
V. Vincent de Lérins', né dans la Gaule, après avoir
t Gennad., De script. eccl., c. LXIV; Klüpfel, ed. Cummonit., Proleg.
AUTEURS LATINS. VINCENT DE LÉRINS. 455
vécu dans le monde se sentit, ainsi que plusieurs de ses
contemporains, entraîné vers la vie ascétique et claus-
trale. Prêtre et religieux du célèbre couvent situé dans
l'île de Lérins (S.-Honorat), il occupe un des premiers
rangs parmi ces hommes laborieux et instruits qui cul-
tiverent la science dans cette époque critique de l’émi-
gration des peuples, et qui fournirent à l’Eglise tant de
dignes et habiles évêques.
‘Tl composa, sous forme dogmatique et polémique, le
Commonitorium pro catholicæ fidei antiquitate et univer-
sitate adversus profanas omnium hæreticorum novilales
(quarante chapitres), suivi d’une Récapitulation (c. xLI-
xLm), destinée à soulager sa mémoire, et dans laquelle
il recueillit ce qu'il avait recu des saints Pères comme
digne de créance. De là son titre de Mémoire. Il s’y propo-
sait d'enseigner aux autres une méthode sûre et régu-
lière « pour distinguer la vérité catholique des impostures
de l’hérésie. » Cette méthode consiste à asseoir l'édifice
de la foi sur le double fondement de l'autorité de l’Ecri-
ture et de la tradition de l'Egliset.
Quoique l’Ecriture soit parfaite (en soi), il est néces-
saire de recourir à la tradition, parce que l’Ecriture, à
raison de sa sublimité et de sa profondeur, est si diver-
sement interprétée par les hérétiques, qu’on peut, ce
semble, en tirer presque autant d'opinions qu’ily a de
têtes. Cette première source de la foi est si incertaine,
qu'il faut s’attacher avec soin à la tradition de l'Eglise :
Ut id teneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus
creditum est; hoc enim vere proprieque catholicum; nous
le ferons, si seguamur universilatem, antiquitatem, con-
sensionem. Les vrais témoins de la tradition, ce sont les
Pères qui sont toujours restés dans la communion catho-
lique. C’est d’après cette tradition qu’il faut expliquer
l'Ecriture : /deirco mullum necesse est, propter tantos, tam
varii erroris anfraclus, ut prophelicæ et upostolicæ inter-
1 Præf. etc. 1.
156 MANUEL DE PATROLOGIE.
pretalionis linea, secundum ecclesiastict et calholici sen-
sus normam dirigatur; d'autant plus que Christi vera
Ecclesia, sedula et cauta depositorum apud se dogmatum
custos, nihil in his unquam permutat, nihil minuit, nihil
addit... sed omni industria id unum studet, ut vetera fide-
liter sapienterque tractando, si qua sunt illa antiquitus
informala et inchoata, occuret et poliat; si qua jam ex-
pressa et enucleata, consolidet, firmet ; si qua jam confir-
mala et definita, custodiat. Et c’est précisément ce qui a
été fait par les décrets des conciles.
Après avoir établi les rapports des deux sources de la
foi, l’Ecriture et la tradition, Vincent montre que le
progrès est possible même dans la sphère des vérités
révélés. Voici le passage classique où il parle du pro-
grès de la science chrétienne : Nullusne ergo in Ecclesia
Christi profectus? Habeatur plane et maximus... sed ila
tamen ut vere profectus sit ille fidei, non permutatio. Si-
quidem ad profectum pertinel ut in semelipsam unaquæ-
que res amplificetur; ad permutationem vero, ut aliquid
ex alio in aliud transvertatur... Imitetur animarum ratio
rationem corporum, quæ licet annorum processu numeros
suos evolvant el explicent, eadem tamen, quæ erant, per-
manent... Quoi parvulorum artus, tot virorum, et si qua
tlla sunt quæ ævi maturioris ælate pariunlur, jam in
seminis ralione proserta sunl; ut nihil postea proferaiur
in senibus, quod non in pueris jam ante latitaverit. Fas
enim est ul prisca illa cœlestis philosophie dogmata pro-
cessu temporis excurentur, limentur, poliantur, sed nefas
est ul commulenlur... Accipiant licet evidentiam, lucem,
distinctionem; sed relineant necesse est plenitudinem, in-
legritalem, proprietalem (c. xXVIll, XXIX, XXI).
Malgré cette exposition lumineuse du principe de la
connaissance sur le terrain théologique, principe qui
devait servir à démêler les hérésies, Vincent n’en fut pas
moins accusé de semipélagianisme, probablement pare
qu'il habitait sur le territoire des semipélagiens et qu'il
AUTEURS LATINS. EUCHER. 457
était en relations avec eux. Toutefois, les preuves tirées
des chapitres xxxvıı et xLıı de son Commonitorium, où
l'on a vu une interprétation pélagienne de la lettre du
pape Célestin, ne semblent point concluantes et peuvent
s'entendre dans un sens orthodoxe, comme l'ont montré
les auteurs de l’Histoire littéraire de la France‘ et les
bollandistes?.
Editions du Commonitor., Basil., 1528; Costerus, S. J., Lovan., 1552 :
E. Baluze, Paris, 1663, 1669 ; corrigée, Cantabr., 1687; Galland. Biödl.,
t. X ; Klüpfel, Vienne, 1809 (avec un commentaire et indication des
textes semblables dans saint Ir&n&e, Tertull., Cypr., August., etc.);
avec le trait& des Prescriptions de Tertull., Ingolst., 1835; Pusey,
Oxon., 1838 ; Herzog, Vratisl., 1839 ; Aug. Vind., 1843. Cf. Héfelé,
Revue trimestr. de Tubing., 1864, et Append. à hist. de V’Egl., t. 1;
Tilemont, t. XIV; Ceillier, t. XII, 22 ed., t. VI.
VI. Eucher, l’une des plus grandes célébrités épisco-
pales de l’Eglise de Lyon après saint [rénée, était issu
d’une famille sénatoriale et occupa dans la suite, à rai-
son de ses connaissances et de ses richesses, une place
éminente dans la société civile. De son heureux mariage
avec la noble et pieuse Galle, il eut deux fils et deux
filles. Ses deux fils furent élevés dans le monastère de
Lérins, où il les suivit bientôt et embrassa la vie reli-
gieuse du consentement de sa femme; plus tard, il
donna la préférence au couvent de Léro (Sainte-Margue-
rite), encore plus solitaire que le premier. La réputation
de ses vertus le fit nommer évêque de Lyon (vers 434),
et il passa comme tel pour un des plus savants hommes
de son temps. Il assista au concile d'Orange (4M), qui
devait rétablir les conciles provinciaux, et mourut après
M9. De ses deux fils, Veron et Salone, qui avaient aussi
embrassé la vie religieuse, le premier lui succéda sur
lesiege de Lyon, et Salone fut nommé plus tard évêque
de Genève.
Entre ses écrits, qui appartiennent par le style aux
meilleures productions chrétiennes de ce temps, nous
IT. 1], p. 309. — ? Act. sanct., mens. maio, p. 284.
+ MAL. <S ARREAUAZ.
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AUTEURS LATINS. S. HILAIRE D’ARLES, SALVIEN. 459
qu'une Vie de saint Honorai, évêque d'Arles, et une
Lettre à saint Eucher. Sont douteux : Sermo ou Narratio
de miraculo S. Genesii, et quelques poésies t. »
VIII. Salvien de Marseille, ne, dit-on, d’une famille
paienne, dans les environs de Cologne ou de Treves,
épousa la fille d’Hypatius, nourrie également dans le
paganisme. Mais les deux époux, au grand regret de
leurs parents, ne tardèrent pas à se convertir. Salvien,
après la mort de sa femme, ou avec son consentement,
embrassa la vie religieuse, probablement à Lérins, et fut
un des amis d’Honorat et d’Eucher. On le cite aussi
comme ayant été le précepteur des fils de saint Eucher.
Comme prêtre de Marseille, il exerca une grande in-
fluence par sa parole et par ses œuvres. Suivant Gen-
nade?, il mourut en 495, dans une haute vieillesse. Le
plus important de ses ouvrages, tres-interessants pour
l'histoire contemporaine, est son traité du Gouvernement ,
de Dieu ou de la Providence (huit livres), adressé entre
451 et 455 à l’évêque Salonius. A l’exemple des paiens
qui accusaient les chrétiens de tous les malheurs publics,
certains chrétiens , à la vue des maux que produisait
lémigration des peuples, se prenaient à douter de la
Providence : Incuriosus a quibusdam et quasi negligens
humanorum actuum Deus dicilur, ulpote nec bonos custo-.
diens, nec coercens malos; et ideo in hoc sæculo bonos
plerumque miseros, malos beatos esse®. Salvien répond
qu’il faut d’autant moins douter de la Providence qu’elle
se révèle davantage par des châtiments sévères et mé-
rités. L’horrible dépravation non-seulement des paiens,
mais encore des chrétiens, surtout dans les grandes
villes du Rhin, de la Gaule, de l'Italie et de l'Afrique,
telle est la cause de ces punitions exemplaires. En dé-
peignant sous de si sombres couleurs et avec une émotion
si sensible‘ l’inmmoralit& des paiens et des chrétiens de
‘Dans Max. Bibl. Patr., Lugd., t. VIII; Migne, sér., lat., t. L. —
! De script, eccl., c. Lxvu. — 8 Lib. 1, initio. — ® Lib. VI et VII,
mi PV EL ‘tm
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AUTEURS LATINS. S. LÉON.. 463
lui) roulent sur le dogme, l’histoire, la discipline et la
chronologie. Parmi les lettres dogmatiques (epist. xxvm,
LIX, CXXIV, CXXXIX, CLXV), la vingt-huitième, adressée à
Flavien contre l’hérésie d’Eutychös, jouit d’une grande
célébrité. C’est un des plus beaux modèles d'exposition
dogmatique que possède la littérature chrétienne ; on
en jugera par le passage suivant : « Tous les fidèles
confessent qu'ils croient en Dieu, le Père tout-puissant,
et en Jésus-Christ, son Fils unique, Notre-Seigneur, qui
est né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie : trois ar-
ticles qui suffisent pour ruiner presque toutes les ma-
chines des hérétiques. Le Fils unique éternel du Père
éternel est donc né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie.
Cette génération temporelle n’a rien ôté ni rien ajouté à
la génération éternelle, mais elle a été employée tout en-
tiere à la réparation de l’homme pour vaincre la mort et
le démon. Sans préjudice des deux natures et essences,
qui s'unissent en une personne, la majesté a adopté la
bassesse , la force la faiblesse, l'éternité la mortalité ,
et pour effacer notre dette, la nature inviolable s’est
unie à la nature passible, afin que, comme l'exigeait
notre salut, le seul et unique médiateur de Dieu et des
hommes, l’homme Jésus-Christ, pût mourir d’une part,
et ne pas mourir de l’autre. Le vrai Dieu est donc né
selon l’entière et parfaite nature de l’homme véritable,
complet dans ses attributs, complet dans les nôtres; car
chacune des deux natures conserve son caractère sans di-
minution, chacune des deux natures opère en union avec
l’autre d’une façon particulière ; le Verbe opère ce qui est
du Verbe, et la chair ce qui est de la chair. L’une brille
dans les miracles, l’autre est soumise aux injures. Le
seul et le même, — il faut le dire, — est vraiment Fils de
Dieu et vraiment Fils de l’homme. Et c’est à cause de
cette unité personnelle des deux natures qu'il est dit
du Fils de l’homme qu’il est descendu du ciel, en tant
que le Fils de Dieu a pris une chair de la Vierge de
A64 MANUEL DE PATROLOGIE.
laquelle il est ne; c’est pour cela qu'il est dit encore : Le
Fils de Dieu a été crucifié et enseveli, bien qu'il n’ait pas.
souffert cela dans la divinité même (selon laquelle le Fils
unique est éternel comme son Père et de même nature
que lui); mais dans la faiblesse de ’humaine nature, il
faut reconnaitre en lui, d’une maniere durable, la pro-
priete individuelle de la nature divine et de la nature
humaine, et nous devons savoir que le Verbe n’est pas
ce qu’est la chair; nous devons confesser le seul Fils de
Dieu en tant que Verbe et en tant que chair. Eutychès
s'éloigne par trop de ce mystère de foi, lui qui, dans
le Fils unique de Dieu, n’a pas reconnu notre nature ni
par la bassesse de la mort ni par la gloire de la résur-
rection. Il n’a pas été effrayé par cette parole de saint
Jean : Tout esprit qui divise Jésus-Christ n’est pas de
Dieu; car qu'est-ce que diviser Jésus-Christ, sinon en
séparer la nature humaine et anéantir par d’impu-
dentes fictions le mystère de notre rédemption ? L’erreur
touchant la nature du corps de Jésus-Christ anéantit
nécessairement sa passion et l’efface de son sang; car
nier la vérité de la chair, c’est nier aussi la vérité de la
passion. Quand Eutychès vous a répondu : Je confesse
que notre Seigneur a été de deux natures avant l’union,
mais après l’union je ne reconnais qu’une nature, je
m'étonne qu'aucun juge n’ait relevé, par de sévères pa-
roles, cette confession fausse et absurde, et qu’on ait
laissé passer ce discours insensé et blasphématoire,
comme si on n’avait rien entendu de scandaleux; car il
est aussi impie de dire que le Fils de Dieu a été de deux
natures avant l’incarnation, qu’il est criminel de n'en
reconnaître qu'une en lui après qu'il s'est fait chair. »
Cette exposition lumineuse fut saluée par les acclama-
tions unanimes des évêques du quatrième concile œcu-
menique de Chalcédoine (451). « C’est la foi des Pères,
la foi des apôtres. Nous le croyons tous. Anathème à qui
ne croit pas! Pierre a parlé ainsi par Leon. Léon a
AUTEURS LATINS. 8. LÉON. 465
enseigné dans la piété et la vérité; c'est aussi ce que
Cyrille a enseigné. »
Les lettres historiques ont trait surtout aux incidents
du brigandage d’Ephöse, et au quatrième concile œcu-
ménique tenu à Ephèse pour effacer cette infamie. Les
plus nombreuses concernent les droits de l'Eglise et la
discipline. Les lettres chronologiques ont pour prin-
cipal objet la supputation de la fête de Pâques. Saint
Léon sacrifia volontiers le comput romain au comput
d’Alexandrie, pour l’année 453, afin de conserver, même
sous ce rapport, l'unité religieuse. Il exhorte le clergé
d'Occident, indifférent à ces sortes d’études, de s'y appli-
quer à l'avenir.
| Sermons.
Il y en a quatre-vingt-seize sur les fêtes du Seigneur,
des apôtres et des martyrs, sur le jeûne, sur les collectes
publiques d’aumönes, cinq sur le jour de son ordina-
tion, etc. Plusieurs se distinguent par la solidité des
pensées. Le talent oratoire de saint Léon se révèle dans
l'originalité des antithèses et l'excellence des jeux de
mots. Aux explications dogmatiques et aux réflexions
morales, il joint la vive et saisissante peinture des vices
de son temps, où il voit la principale cause des maux
et des calamités présentes. Ses sermons font partie des
meilleures productions de l’éloquence chrétienne dans la
période patristique.
Le Sacramentaire de saint Léon (Liber sacramentorum
Ecclesiæ rom. vetustissimus). ne fut réuni en un seul
corps d'ouvrage que sous Félix III, prédécesseur du
pape Gélase: mais il est en grande partie de saint Léon,
dont il porte le nom et dont il rappelle le style. Quant
aux ouvrages suivants que l’oratorien Quesnel lui attri-
bue dans son édition, ils sont difficilement de lui : De la
Vocation des Gentils, où l’on démontre, contre les péla-
giens et les semipélagiens, que Dieu a la volonté de
30
466 MANUEL DE PATROLOGIE.
sauver tous les hommes et n’exclut personne de sa
grâce : on y explique aussi certains passages de saint
Augustin qu’on trouvait trop rigides ; Lettre à la vierge
Démétriade, ou de l'humilité; Capitula, seu præteritorum
sedis apostolicæ episcoporum auclorilas, pour démontrer
que les papes précédents ont enseigné sur le péché ori-
ginel et sur la grâce les mêmes doctrines que saint
Augustin.
Doctrine de saint Léon le Grand.
Cette doctrine, passablement étendue, est résumée ainsi
dans l'édition de Quesnel : Sancto Leoni magno, Ecclesiæ
romanæ episcopo... deli ac fidenti Ecclesiæ propugnatori :
qui mysterium SS. Trinitatis contra priscillianistas, Jesu
Christi incarnationis necessitatem contra Judæos, eamdem
cum Patre substantiam contra arianos, humanæ nalurz
proprielalem contra Eutychen, personæ singularitatem
contra Nestorium, Ecclesiæ jura ac poteslatem contra nova-
tianos, corporis myslici unilatem contra donatistas, gratiz
sanguine mediatoris parte omnimodam necessilatem, gra-
tuitam largitionem, insuperabilem virlutem contra pela-
gianos pelagianorumque reliquias; mysteriorum omnium
veritatem, dignitalem, sanclilatem contra manichæos,
sincerum religionis cullum contra impios et pseudo-
christianos cœlesti doctrina, pietate singulari, invicto
animo... explicuil, asseruit, propugnavil.
Un des caractères saillants de la doctrine de saint Léon,
ce sont les vues qu'il a exprimées à plusieurs reprises
sur l’autorite de l’Eglise romaine et du Père commun
des fidèles. L'Eglise romaine, étant la chaire ou le siége
de Pierre, a conservé de Pierre la solidité de la foi :
Soliditas enim fidei, quæ in apostolorum principe est
laudata, perpelua est; et sicut permanet quod in Christo
Petrus credidit, sta permanet quod in Petro Christus
instituit, — In sede sua vivit potestas, et excellit aucto-
AUTEURS LATINS. S. LÉON. 467
ritas; de là vient qu’apres tant de siècles elle est inacces-
sible à l’hérésie‘, Rome, le siege de Pierre, est devenue
sous ce titre le chef de l’ordre pastoral dans tout l’uni-
vers; elle s’assujettit par la religion ce qu'elle n’a pu
subjuguer par les armes?; par le prince des apôtres, elle
règne sur toutes les Eglises de l’univers, per beatissimum
apostolorum principem sacrosancla Ecclesia romana tenet
supra omnes lotius mundi Ecclesias principatum®.
Sur la primauté de saint Pierre et sa transmission aux
successeurs de Pierre, il dit : Jesus-Christ a admis saint
Pierre, à cause de sa foi, dans la communion de son
indivisible unité, et a voulu qu’il se nommät comme lui
(pierre, roc), afin que la construction du temple éternel,
par un don merveilleux de la grâce, reposät sur la soli-
dité de Pierre, et que ni la folie humaine ni les portes
de l’enfer ne pussent rien contre elle* : Nec præter illam
pelram quam Dominus in fundamento posuit stabilis erit
ulla constructio®. Il marque ainsi le rapport de Pierre
avec les autres apôtres : « Il a été tellement inondé de
la source des grâces, que, tout en ayant seul reçu
beaucoup, rien cependant n’est passé à un autre (apôtre)
sans que lui-même y eût part. » 1l est au-dessus de tous
les chefs ; il est la tête. « Dans l’univers entier, Pierre
seul a été élu ; il a précédé l’appel de toutes les nations,
de même que tous les apôtres et tous les Pères de
l'Eglise, et, quoiqu'il y: ait dans le peuple de Dieu
beaucoup de prêtres et de pasteurs, Pierre les gouverne
tous dans un sens tout particulier, eux qui sont princi-
palement gouvernés par le Christ®; » et de même que
Pierre est le chef des autres apôtres, tous dépendent de
lui pour leurs fonctions, tous sont sauvés en lui. Aussi
le Seigneur a-t-il spécialement prié pour la foi de
Pierre’, comme si la condition des autres devait être
1 Serm. LIL, c. 11 et 1. — 2 Serm. XCVI, c. 11. — 8 Ep. XII ad Episc.
afric. — b Ep. LXV, c. 1. — 6 Ep. X, c. 1; cf. Serm. IL, c. ıu. —
* Serm. IV, c. 11. — 7 Luc, xxn, 84.
468 MANUEL DE PATROLOGIE.
d’autant plus certaine que l'âme du chef resterait in-
vincible, tanguam aliorum stalus certior sit futurus,
si mens principis vicla non fuerit‘. « Si le Christ demeure
la pierre angulaire de l'Eglise, Pierre n’en est pas moins
le roc, en vertu de la participation à laquelle le Christ
l’a appelé. C’est en lui et par lui que le Christ opère dans
son Eglise.»
La transmission de la primauté de Pierre à ses succes-
seurs est exprimée ainsi : Soliditas illa quam de Petra
Christo etiam ipse Petra faclus accepit, in suos quoque se
transfudit hæredes, et ubicumque aliquid ostenditur firmi-
tatis, non dubie apparet forlitudo pastoris*. Car, de
même que le Christ est dans Pierre, Pierre est dans ses
successeurs ; c'est en eux qu'il continue de parler et
d’exhorter; c'est pour eux qu'il prie, c'est en eux qu'il
accomplit incessamment cet ordre du Seigneur : Pais
mes brebis. Dans le sentiment de cette charge sublime
dont il a hérité, Léon, sentant son indignité personnelle,
n’a de confiance qu’en la grâce du Christ qui l’a appelé
à cette vocation : « Si je dois trembler quand je considère
mon mérite, j'ai lieu de me réjouir quand j'envisage
la grâce; car celui qui m'a accordé cet honneur, m’assis-
tera aussi dans mes fonctions, afin que, faible, je ne
succombe pas sous le poids de l'honneur... Le Seigneur,
en confiant le soin de ses brebis à des pasteurs, n’a point
renoncé à la garde du troupeau bien-aimé. » Ce qui le
console encore dans sa sollicitude pour toutes les Eglises,
c’est la conviction qu'il sera aidé par le concours de ses
coopérateurs : Necessitatem sollicitudinis quam habemus
cum his qui nobis collegti caritate juncti sunt, sociamus!;
aussi recommande-t-il instamment de choisir des
pasteurs intègres, dignes et fidèles : Integritas enim
præsidentium salus est subditorum, et ubi est incolumitas
obedientix, ibi sana est forma doctrinæ*.
1 Serm. V, c. 1. — ? Serm. III, c. ım.— 3 Ep. V, c. 1. — * Ep. XU,
C. I.
AUTEURS LATINS. S. LÉON. A69
Parmi ses nombreuses ordonnances générales, nous
citerons seulement celle qui a tant contribué dans la
suite à l'abolition de la confession publique : Quamvis
plenitudo fidei videatur esse laudabilis, quæ propter Dei
timorem apud homines erubescere non veretur, tamen quia
non omnium hujusmodi sunt peccata, ul ea, qui panilen-
tiam poscunt, non limeant publicare, removeatur tam im-
probabilis consuetudo, ne multi a pænitentiæ remediis ar-
ceantur, dum aut erubescunt aut meluunt inimicis suis
facta reserari, quibus possint legum constilutione percelli.
Sufficit enim illa confessio quæ primum Deo offertur,
tum etiam sacerdoti, qui pro delictis poenitentium pre- -
cator accedit!.
Toutes ces qualités font de saint Léon non-seulement
un des papes les plus remarquables : ceux-là mêmes
qui ne le reconnaissent point pour chef de leur Eglise et
pour le maitre de leur foi, lui ont donné le surnom de
Grand; mais encore le premier pape qui ait laissé des
écrits à la fois si étendus et si importants.
Operum $S. Leon., ed. princeps, Andreas Alerienis episc., Rom.,
1470, in-fol.; ed. Canisius, Colon., 1546, 2 tom. in-8° ; ed. Surius,
Colon., 1561 , in-fol., bien dépassée par l’oratorien Quesnel, qui a
donné trente lettres nouvelles, un nouveau sermon, avec le texte,
souvent corrigé, de tous les ouvrages, et un excellent appareil litté-
raire, Paris, 1675, 2 tom. in-4°; Lugd., 1700, 2 tom. in-fol., souvent
réimpr. Son jansénisme l’entraîne dans plusieurs dissertations, dont
le but est d’attribuer à saint Léon ses idées sur la grâce ; c’est pour-
quoi Th. Cacciari lui opposa son édition de saint Léon, Rom., 1751,
in-fol., avec dissertat. Les frères Ballerini, prêtres de Vérone, tout en
estimant son travail, lui reprochent opera non tam emendare ac illus-
trare, quam aliquot pravis notatiunculis, observationibus et disser-
tutionibus non paucis in locis redarguere, pervertere et deturpare
studuit. L'édition des Ballerini est la meilleure, Venet., 1753, t. III,
in-fol.; elle réfute les erreurs de Quesnel et contient de précieux
renseignements pour l’histoire de l’ancien canon. L'appareil littéraire
des deux éditions se trouve dans Migne, ser. lat., t. LIV-LVI; cf.
Tillemont, t. XV; Dupin, t. IV, part. 1; Ceillier, t. XIV; éd. 28, .
t. X; Arendt, Léon le Grand et son siècle, Mayence, 1835.
‘ Ep. CLXVII, c. u.
470 MANUEL DE PATROLOGIE.
$ 79. Vigile, évêque de Tapse; Victor, évêque de Vite,
Gennade, prétre de Marseille; Fulgemos, évêque ag,
Ruspe.
I. Vigile, évêque de Tapse, en Afrique, exilé par
Hunéric, roi des Vandales (484), se rendit a Constant.
nople et à Naples, où il rédigea, sous le nom d’Athanas,
les écrits suivants : Trois Dialogues d’altercation contre
Arius, Sabellius et Photin !; Trois livres contre Nestorius
et Eutychès ; Onze livres (douze, y compris le dernier, de
saint Athanase) sur la Trinité?.
II. Victor, ‘évêque de Vite, en Afrique, fut également
exilé par Huméric. Il écrivit vers 487 une Histoire de la
persécution vandalienne (cinq livres), qui est une des
sources principales de l’histoire des Vandales 5,
III. Gennade, prêtre de Marseille, vivait à la fin du
cinquième siècle. Il continua le De viris illustribus (ou
Catalogue) de saint Jérôme, sous le même titre et darns
le même genre. Son travail, qui embrasse les années
490 à 495, comprend cent auteurs et autant de chapitres.
De ses autres ouvrages, mentionnés au chapitre c, nous
ne possédons que la lettre De fide sua, seu de dogmatibus
ecclesiasticis (quatre-vingt-huit chapitres), envoyés au
pape Gelase. Il s’y montre par trop favorable aux semi-
pélagiens, tout en protestant du contraire *.
IV. Fulgence, né en 467, d’une famille noble de
Télepte, dans la province africaine de Byzacène, fut
élevé par sa mère Marianne et initié aux lettres grecques
et latines.
Quoiqu'il eût acquis, sous la domination des Vandales,
- # Je
1 Athan. oper., ed. bened., t. III. —? Edition à part, la meilleure,
avec Victor de Vite, par Chifllet, Dijon, 1664, in-4°; cf. Tillemont,
t. XVI; Ceillier, t. XV, 2 ed., t. X.
La meilleure édition est de Ruinart, d’après Chifflet; Par., 1694;
Veron., 1733, in-4°; Migne, sér. lat., t. LVIIL. — + Editée à part par
Elmenhorst, Hamb., 1614, in-4°; cf. Dupin, t. IV; Ceillier, t. XV,
a od.,t. X,
AUTEURS LATINS. VIGILE, VICTOR, ETC. 471
un rang considérable comme homme d’Etat, il prefera
se consacrer à la vie ascétique au sein d’un monastère, .
où, malgré sa résistance, il fut élu évêque de Ruspe
(508). Il put encore se faire sacrer par un évêque qui
partait pour l'exil, bien que le roi Thrasamond eût dé-
fendu d’instituer de nouveaux évêques. Il ne tarda pas
à être exilé en Sardaigne, avec soixante autres évêques.
Après la mort de Thrasamond, il remonta sur son siége
sous le roi Hildéric, et y mourut en 533. Il est le plus
remarquable écrivain dogmatique du sixième siècle.
« Toute l’Afrique crut voir en lui un autre Augustin, »
dit Bossuet!. Il a composé plusieurs écrits en faveur de
la doctrine augustinienne. Nous avons de lui treize
Lettres dogmatiques et morales, et dix Sermons. Les plus
importants de ses écrits sont : 1. De fide ad Petrum, seu
de regula veræ fidei, résumé excellent et méthodique des
principaux enseignements de la foi : Trinité, incarna-
tion, création, homme, état primitif, péché originel,
jugement et résurrection. Il indique ensuite les moyens
d'éviter les châtiments de Dieu : foi, baptème, grâce; il
traite de l'Eglise et des réprouvés, c’est-à-dire de ceux
qui vivent hors de l'Eglise, ou qui vivent mal dans le
sein de l'Eglise. 2. Liber de Trinitate ad Felicem nota-
rium; 3. Liber contra Arianos; k. Liber ad Victorem
contra sermonem Fastidiosi ariani; 5. Libri III ad Thrasa-
mundum, regem Vandalorum. Thrasamond avait rappelé
Fulgence de l’exil pour qu'il enträt en discussion avec les
ariens, espérant qu’il succomberait. Il fut vainqueur et
dut repartir pour l'exil. En partant, il laissa ses trois
livres au roi des Vandales. On y voit les objections que
les ariens faisaient alors contre la Trinité, et les euty-
chiens contre l’incarnation. 6. De incarnalione Christi et
vilium unimalium auctore ad Scarilam, réponse à di-
verses questions. Il écrivit dans la même circonstance :
De remissione peccatorum ad Euthymium (deux livres) :
1 Cit. du trad, |
172 MANUEL DE PATROLOGIE.
Dieu ne remet-il les péchés qu’en ce monde? s’il les
remet aussi dans l’autre, est-ce avant le jugement uni-
versel ? Les traités suivants peuvent servir à la défense.
de saint Augustin : Libri III ad Monimum de duplici
prædestinatione Dei, una bonorum ad-gloriam, altera ma-
lorum ad pœnam ; — Libri III de veritale prædestinationis
et gratiæ Dei ad Joannem et Venerium, rédigé après son
retour de Sardaigne, contre les semipélagiens.
Opera, ed. in Hagena 1520, in-f.; Venet., 1696; ed. Sirmond, Par.,
1613; ed. Raynaud, Lugd., 1633 ; ed. Chifflet, Divion., 1649 ; la meil-
leure (ed. Mangeant), Paris, 1684, in-4°; Venet., 1742 f.; Migne, ser.
lat., t. LXV. Cf. Ceillier, t. XVI, ed. 2®, t. XI; Fessler, t. II, p. 830.
5 80. Saint Pierre Chrysologue et saint Maxime,
orateurs chrétiens.
Vita S. P. Chrysolog., de Mita, ed. Oper., appareil littér., Migne, t. LU.
Pierre, surnommé Chrysologue ou le Chrysostome des
Latins, à cause de son éloquence, naquit à Imola,
vers 405, et fut élevé avec tant d'amour par l'évêque
Corneille (d’Imola) que, dans la suite, il l’appelait encore
son père !. A la science, il joignit le goût de l’ascetisme,
qu'il avait puisé dans l’enceinte d’un couvent. En 433, il
fut nommé évêque de Ravenne, siége de l'empire d’Occi-
dent, et sacré par Sixte III. Dans un temps où l'Etat
était sérieusement menacé par l'émigration des peuples,
où l'Eglise était déchirée par les sectes et les hérésies, il
réalisa par l’austérité de sa vie, son amour de la prière
et ’accomplissement exact de ses devoirs, l'idéal du vrai
pasteur : de là l'immense réputation dont il jouit. Il fut
étroitement lié avec le pape Léon et les hommes les plus
considérables de son temps. En Orient, Eutychès invo-
qua sa médiation lorsque le pape Léon dut prononcer sur
sa doctrine. Chrysologue, ne voulant point entrer dans
le débat, se contenta d’exhorter Eutychès « à se sou-
1 Serm. CLXY.
AUTEURS LATINS. S. CHRYSOLOGUE, S. MAXIME. 473
mettre à ce qui avait été écrit par le pape, attendu que
saint Pierre, qui vit et préside dans son siége, donne la
vérité de la foi à ceux qui la cherchent. » Chrysologue
fut-il élevé à la dignité de métropolitain, et par consé-
quent le premier archevêque de Ravenne, comme Tille-
mont et Ceillier essaient de le prouver? Nous l’igno-
rons*. Il mourut à Imola entre 450 et 451.
Outre sa lettre à Eutychès, on a conservé de lui cent
soixante-seize Sermons ; dans ce nombre, si nous en
croyons Mita, environ cent soixante seulement lui appar-
tiendraient. Ils ont été recueillis au huitième siècle par
Félix, évêque de Ravenne, qui y joignit un prologue.
C'est par ces discours que nous pouvons le mieux appre-
cier son zèle pastoral soit pour soulager les besoins de
son troupeau, soit pour défendre la vraie doctrine contre
les ariens, les nestoriens, les monophysites, les donatistes
et les partisans de Photin, soit enfin pour abolir certains
désordres conservés du paganisme : Quæ vanitas, qualis
dementia, quanta cæcilas, fateri deos, et eos ludibriis in-
felicibus infamare. Qui jocari voluerit cum diabolo non
poterit gaudere cum Christo. Nemo cum serpente securus
ludit, nemo cum diabolo jocatur impune ?.
Ces discours, qui se rattachent en partie au texte évan-
gélique, sont, malgré leur brièveté, riches et substan-
tiels. Quoique simples et sans ornements, ils sont embellis
par des images empruntées à la nature et à la vie hu-
maine, et, comme dans saint Clément de Rome, éclairés
par des exemples tirés de l’histoire sainte. Dans les dis-
cours sur les fêtes du Seigneur, dans les panégyriques
de la sainte Vierge et des saints, la diction souvent
s'anime et se colore. Le dogme, en servant de base aux
sermons de morale, rend les exhortations à la vertu plus
attrayantes et inspire une plus vive horreur du vice.
Saint Chrysologue a vérifié lui-même cette parole sortie
1Cf. J. Amades., Dissert. de metrop. eccl. Ravenn.; Migne, ser. lat.,
t. LIL, p. 94. — 2 Serm. CL,
ri | MANUEL BE PATRALOGIE.
de za plane : « Il fant parier zu peuple dans le langage
Fephcaïvos cu Sumbvole des apstres‘. Sans atteindre,
falgre som tire de Chrumsisme des Latins, à la hauteur
de a Pere zrer. L werte d'être aujourd'hui mieux connu
et ger: ss ermes peuvent rendre de grands ser-
VIres aux jeechtaßeurs.
Serımnen:n. nût 30052: à P. Arazit. Vicentinus, Bonon., 1534,
m” Aünımes JesoT eu ‘fé: corarés et expliqués par Dominicus
is. Brose... 1588, m: Vent. 17:2, m-{; la meilleure, de Séb.
Pan. Vente. 1738, ami. sur Vi, 1758, in-L; réimprimés dans
Zum. ser 2. LC: Times. L IV; Ceillier, t. XIV, ed. %,
rt L
Se comtemporam Maxime. eveque de Turin, est ega—_
lement esüme comme orateur chrétien : Vir divini=
Srıplerıs satıs mientus,. ei ad docendum ex lempor
pre s=’hciens *_ ı m pretend qui se forma surtout pee y
letmk des œuvres de saint Ambroise. Ce qui est certaï ur
ces qm. au cumiie de Wien :151). où les évêques du
mund & [hai aceerent la lettre dogmatique du pape
Leon a Flaven. ani qu'au concile de Rome (465), il
pea un röle important: dans ce dernier concile, sa
sirnatere fierure immediatement après celle du pape
Bilaire. D mourut dans un àge avance.
L'ediien romaine de »s œuvres, édition splendide et
très-soignee. partace ainsi les deux cent trente-neuf
dvours qui restent de lui : cent dix-sept homélies, cent
seize sermons et six traites. L’appendice y joint trente et
un sermons. trois home.ies et deux lettres d’une authen-
Geite douteuse. Les ouvrages. comme ceux de sainl
Chrisolocue. sont diriges contre les heresies mentionnées
plus haut. qui trouvaient un terrain propice dans la haut
Italie. L'orateur. en presence des incursions d’Attila €
de ses hondes, recommande la vertu et la confiance (
Sr. LY-XLVi. — 1 Gennad , De wript. ecl., c. XL.
AUTEURS LATINS. FULGENCE, FACUNDUS, ETC. 475
Dieu ; il s'élève contre la superstition dont il restait en-
core plus d’un vestige. Il blâme la cupidité de ces chre-
tiens qui rachetaient les objets volés que les Huns ne
pouvaient emporter de l'Italie, et jusqu’à des hommes
que ces barbares retenaient comme esclaves : Senex
pater captum deflet filium, et tu jam super eum velut ser-
vulum gloriaris. Il les compare à ces loups qui suivent
les traces des lions pour se rassasier des débris de leur
proie. Outre la variété du fond, ces discours se distinguent
par une forme agréable et par de vigoureuses sentences.
Editio (homiliarum LXXIV) princeps, Colon., 1535; augment., Rom.,
1564 ; editio jussu Pii VI et Victorio Amadeo Sardiniæ regi dicata,
de P. Bruno Brunus, Rom., 1784, in-fol.; Migne, ser. lat., t. LVII.
$ 81. Auteurs qui ont écrit pendant la querelle des
Trois Chapitres.
Ces auteurs, dont la plupart ont pris la défense des
Trois Chapitres, sont Théodore, évêque de Mopsueste,
Theodoret, évèque de Cyr, et Ibas, évêque d’Edesse. Ils
ont été condamnés après leur mort dans la personne de
Nestorius, dont ils ont appuyé la doctrine par leurs écrits.
I. Fulgence Ferrand, diacre de Carthage (vers 528-
550), a composé : une Vie de son maitre Fulgence de
Ruspe; une Lettre pour les Trois Chapitres contre les.
acéphales: une Lettre sur les deux natures en Jésus-
Christ; les Sept règles de l'innocence, magnifique expo-
sition de la morale chrétienne; un Abrégé des canons
ecclésiastiques 1.
IL. Facundus, évêque d'Hermiane, fut exilé (547) par
Justinien, à cause de ses douze livres pour la défense
des Trois Chapitres ?.
III. Rustique, diacre de Rome, neveu et compagnon
du pape Vigile qui, à Constantinople, avait montré tant
1 Oper., ed. Chifflet, Divion., 1649, in-4°; Galland., Bidl.,t. XI; Ang.
Mai, Collect. nov., t. III; Migne, ser. lat., t. LX VII. — 2 Ed. Sirmond,
Par,, 1629, 1696 ; Galland., Bidl., t. XI; Migne, ibid,
476 MANUEL DE PATROLOGIE.
d’hesitation, fut privé de sa place pour avoir résisté à ce
pape. Après sa réhabilitation, il composa sa dispute
contre les acéphales pour établir l'existence des deux
natures en Jésus-Christ.
IV. Libérat, archidiacre de Carthage, après avoir fait
plusieurs voyages pour recueillir des renseignements
exacts sur les Trois Chapitres, rédigea vers 566 le Bre-
viaire de la cause des nestoriens et eutychiens*.
V. Victor, évèque de Tununum en Afrique, pour avoir
défendu les Trois Chapitres, fut d’abord exilé en Egypte
par Justinien, puis renfermé dans un couvent de Constan-
tinople, où il mourut en 576. Il composa une Chronique
_qui s’etend de 444 à 565°.
Citons encore deux autres auteurs africains de ce
temps : Junilius, évêque d’un diocèse inconnu, et Pri-
masius, évêque d’Adrumete. Le premier adressa à
Primasius une introduction à l'étude et à la lecture de
l'Ecriture sainte, où il dit avoir utilisé les instructions
d'un persan nommé Paulus. Cet écrit méthodique est
intitulé : De partibus divinæ legis®.
Primasius, que des affaires ecclésiastiques avaient
amené à Constantinople en 553, l’année même où le pape
Vigile signa le Constitutum relatif aux Trois Chapitres,
est auteur d’un Commentaire sur les Epitres de saint Paul
et sur l’Apocalypse (cinq livres) : c’est une compilation
d'anciens ouvrages".
$ 82. L’abhbé Denis (mort après 536) et le pape Gélase.
Denis, Scythe d'origine, imitant l'exemple de plusieurs
religieux et évêques de son temps, avait pris lui-même,
par humilité, le surnom de Petit. Elevé dans la culture
1 Ed. Sichardus, Andidot. adv. hares., Basil., 1528, 1556 ; Galland.,
t. XIL; Migne, t. LXVII.— 2Ed. Garnier, Par., 1675; Galland., t. Al;
Migne, t. LXVII.— ® Ed. Canisius, Ingolst., 1600; Basnage, Lei.
antig.,t. 1; Galland., t. XII ; Migne, t. LVIII. — ® Ed. Gastius, Basil.,
1546, Par., 1556 ; Galland , t. XIL ; Migne, t. LXVIII. — 5 Bibl. Max.
Lugd., t. XXVII ; Galland., Bidl., t. X; Migne, t. LXVII.
AUTEURS LATINS. BOECE. 477
des lettres, il écrivit à Rome : 4. un nouveau cycle pas-
cal, Liber de paschate, où il apprécie l'importance du
christianisme dans l’histoire du monde; il commence la
Chronologie à partir de Jésus Christ (an 754 de Rome) :
Magis eligimus ab incarnatione Domini nostri Jesu Christi
annorum lempora prænotare, qualenus exordium spei
nostræ notius nobis existeret, ef causa reparationis, id est
passio Redemptoris nostri evidentius eluceret; 2. une
lettre De ratione pasche; 3. un Codex canonum ecclesias-
licorum, recueil chronologique des canons et des décré-
tales des papes depuis le pape Sirice {. A ces dernières
le pape Gélase (492-496) en ajouta dix-huit nouvelles.
C'est ce même pape qui adressa à l’empereur Anastase
cette parole célèbre, si souvent citée au moyen-âge :
Duo sunt, imperator Auguste, quibus principaliter mundus
hic regitur : auctoritas sacra Pontificum et regalis po-
testas?. Ce pape écrivit encore : De duabus in Christo
naturis; Liber sacramentorum. Le Decretum de libris re-
Cipiendis sive non recipiendis est douteux; on l’a aussi
attribué aux papes Damase et Hormisdas®.
$ 83. Botee, sénateur et patrice de Rome (mort vers 524).
Glareani et J. Mart. Rotæ Proleg. gener. in Boeth., Migne, t. LXIII.
Boèce (Anicus-Manlius-Torquatus-Severinus), issu
d’une riche et illustre famille romaine (de 470 à 473), fit
dans sa patrie (peut-être aussi à Athènes), de solides
études de philosophie et de mathématiques, et s’appliqua
_ également à la poésie. Elevé par son savoir et par la
noblesse de son caractère aux postes les plus honorables,
consul entre les années 508 et 310, il sut, même en face
de Théodoric et des Ostrogoths, conserver au sénat
' Migne, t. LXVII. — 3 Ep. von. — 3 Migne, t. LIX. Cf. De decretali
Gelasii P. de recip. et non recip. libris, et Damasii concilio rom.
se erplicatione fidei et canone Script. sacr.; ed. Thiel, Brunsberg ,
AT MANUEL DE PATROLOGIE.
quelque apparence de dignité. Théodoric, qui avait en
lui une grande confiance, mettait souvent sa science à
contribution. Cette confiance, jointe à sa loyauté scrupu-
leuse, lui suscita des envieux. Accusé, ainsi que le patrice
Albin. d'entretenir des liaisons secrètes avec l’empereur
Justin pour lui livrer l'italie, il fut enfermé au château
de Chiavenna, maltraité jusqu'à la mort et enfin deca-
pite, suivant quelques-uns. Les bruits qui circulerent
plus tard sur la cause de sa mort lui ont valu, pendant
le moven-äge, d'être souvent honoré comme un saint
et un martvr. tandis que, de nos jours, de sérieuses
raisons ont fait douter mème de son orthodoxie.
Ses travaux litteraires ont exercé sur son époque, et
plus tard sur les Germains, une influence considérable.
Ovwvrages philosophiques de Boèce.
4. Boèce. en traduisant et en commentant les princi-
paux philosophes de la Grèce, Platon, Aristote, Por-
phyre, y compris les œuvres philosophiques de Cicéron,
a ete le sauveur des études classiques et de l’érudition en
Occident. La manière dont il les a interprétés dans les
grandes questions philosophiques, telle que la théorie
de la connaissance, a servi de guide à la plupart des
travaux du moyen-àge.
2. De son traité des sept Arts libéraux, il ne reste que
deux livres sur l’arithmétique, avec la traduction de la
géométrie d'Euclide et cinq livres de la Musique.
3. L'ouvrage le plus connu et le plus accrédité est le
De consolatione philosophiæ, écrit entre les murs d’une
prison. Il est presque uniquement composé de passages
empruntés à d'anciens poètes et prosateurs. Dans cæ
dialogue avec son guide céleste’, la philosophie, Boèëcæ
essaie de calmer la tristesse qui naît de l’inconstance du
bonheur et de l'insuffisance de tous les biens de la for-
tune. Le bonheur suprême, le seul vrai bonheur ne se
u
—_ ne
AUTEURS LATINS. BOËCE, 479
trouve qu’en Dieu, l’auteur, le modérateur et, par consé-
quent, le but final de toutes choses.
Après avoir établi cette thèse, Boèce se demande,
toujours préoccupé de sa malheureuse destinée : D'où
vient le mal dans ce monde que Dieu a créé et qu'il di-
rige? Comment se peut-il que la vertu soit non-seulement
privée de sa récompense, mais sacrifiée au vice? Le
hasard, le destin existe-t-il? La liberté humaine est-elle
compatible avec la divine Providence? Le fond de ce
traité n’est ni paien, ni chrétien; Jésus-Christ, le vrai
consolateur, n’y est pas même nommé. On peut donc
croire que le christianisme de Boece était tout extérieur,
et que ses connaissances ne s’élevèrent jamais à la hau-
teur de la science chrétienne. « Mais la Providence n’en-
a pas moins voulu qu'il profitât au christianisme, car
ses ouvrages ont été fort utiles à ceux qui ont voulu
faire servir la philosophie grecque , notamment celle
d’Aristote, aux intérêts de la philosophie chrétienne. »
Son sort malheureux et sa célébrité ont assuré à ses
écrits une vogue universelle autant que durable ‘.
Traités théologiques attribués à Boèce.
1. De duabus naturis et una persona adv. Eutychem el
Nestorium; 2. Quomodo Trinitas unus Deus ac non tres
Di; 3. Utrum Pater et Filius et Spiritus Sanctus de divi-
nitate substantialiter prædicentur*. Ces écrits, s'ils
étaient authentiques, montreraient Boèce dans un
rapport beaucoup plus intime avec le christianisme;
nous devrions même le considérer comme un de ses
” plus ardents défenseurs. Mais, d’abord, ces derniers ou-
vrages expriment des idées qui n'ont rien de commun
avec celles du traité de la Consolalion, et ensuite ils n’ont
"été découverts qu’au huitième siècle par Alcuin. Plu-
‘ Sleurs écrivains, cependant, ont soutenu l'identité de
1 Ed. Obbarius, Jen., 1843, — ? Cum Gilberti Porretæ comment.
480 MANUEL DE PATROLOGIE.
l’auteur, par exemple Baur!, Gfroerer ? et Suttnem= ı
Toutefois, après les explications de Hand*, l'opinxe,
contraire prévaut de plus en plus.
Opera, Venet., 1491, souv. réimpr.; Basil., 1546 ; addition de My,
Auctor. class., et Vat. cod., t. III, p. 317; Migne, t. LXIN-LXy.
Ceillier, t. XV, ed. 2%, t. X; Ritter, Hist. de la phil. chr.; Nitzsch,
le Syst. de Boëce et les Ecrits théol. qui lui sont attribués, Berl., 1860.
$ 84. Cassiodore le Sénateur (mort vers 565).
Garetii Prolegom., in ed. Op. Cussiodori, Migne, sér. lat., t. LXIX.
Cassiodore (Magnus-Aurélius), surnommé le Sénateur,
naquit vers 470 d’une riche et noble famille de la bas
ltalie, et fut élevé pour le service de l'Etat. Après avoir
rempli, sous Udoacre, des fonctions éminentes, il arriva
sous Théodoric aux dignités de préfet du prétoire, de
patrice et de consul. C’est à ce ministre habile et éclairé
qu’il faut attribuer en partie le gouvernement juste,
doux et équitable de Theodoric. Cassiodore fut encore
plus indispensable sous le successeur et neveu de Théo-
doric, Athalaric, enfant de huit ans, dirigé par sa mère
Amalasunthe, et, plus tard, sous les rois Théodat el
Vitiges (534-538). L’accroissement des troubles politiques,
la diminution du crédit des ministres, son âge avancé le
determinerent à renoncer à la vie publique. Il trouva le
repos et les loisirs nécessaires pour l'étude dans le mo-
uastère de Viviers qu'il avait fait bâtir à Squillace, en
Calabre, lieu de sa naissance. Nommé abbé de ce monas-
tere, il eveilla dans ses subordonnés une ardeur extra
ordinaire pour l'étude, et ne cessait de les exhorter à
transcrire les saintes Ecritures, ainsi que les classiques
1 De Boeth. christian. doctrinæ esserlore, Darunst., 1841. — ? Hisi.
de PEgl., 2 vol., p. 948. — 3% Boëve, le dernier Romain, Eichst.;
13532. — + Encyel. de Ersch et Gruber. — ® Rohrbach., Hist. de l’Egl.,
t. IX, éd. allem.
AUTEURS LATINS. CASSIODORE. 481
paiens et chretiens : « En copiant les saints livres et en
les lisant plusieurs fois, les moines, disait-il, se pe-
netrent de leur esprit et s’instruisent eux-mêmes, en
même temps qu'ils propagent partout, comme une
semence céleste, la divine doctrine qui fructifie dans les
âmes ; et voilà comment, sans sortir de place, vous par-
courez en esprit ce que tant de différents auteurs ont
recueillis de leurs longs voyages!. » Non moins utile à la
science qu'il l’avait été autrefois à l'Etat, il exerça non
plus sur le présent, mais sur l'avenir, une longue et
salutaire influence. Il mourut dans une haute vieillesse.
Ouvrage d’un caractère général.
_4. Variarum (epistolarum) libri XII : pièces adminis-
tratives de sa période ministérielle, ou lettres amicales à
des évêques, des papes, etc. 2. Chronicon (consulare),
dédié à Théodoric et composé à sa demande; il s'étend
depuis la création jusqu’en 519 après Jésus-Christ, et est
en grande partie rédigé d’après les travaux d’Eusebe,
saint Jérôme, Prosper, etc. 3. Historia Gothorum,
libri XII, abrégé de l'ouvrage de Jornandès, De Gothorum
seu Gelarum origine. k. De anima, seu de ratione anime.
5. Liber de artibus ac disciplinis liberalium litterarum,
sur la grammaire, la rhétorique, la dialectique, l’arithmé-
tique, la musique, la géométrie et l’astronomie. Cet ou-
vrage, que Cassiodore composa pour ses religieux, est :
celui qui a exercé le plus d'influence sur l'avenir. L’au-
teur, d’après les vues exprimées déjà du temps de Cicéron
et par saint Augustin, ne donne sur chaque branche de
la science que les notions essentielles. Il définit l’objet et
le but de chacun des sept arts libéraux, et renvoie pour
le reste aux ouvrages de sa bibliothèque, dont plusieurs,
comme la géométrie d’Euclide, furent traduits en latin
par Boece. Pour la grammaire, il recommande les Grecs
Hélène et Priscien, les Latins Palémon, Phocas, Probus,
1 De instit. div., c. xxx.
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AUTEURS LATINS. 8. GREGOIRE LE GRAND. 483
mentionné dans la préface de l’Orthographe ; Expositio
epistolæ ad Romanos, où il combat le pélagianisme.
Le style de Cassiodore, abondant et facile, n’a pas la
correction du style de Boece. Ses travaux offrent cer-
taines analogies avec ceux de Jean Damascène, chez les
Grecs. Pas plus que celui-ci, il n’entendait embrasser
tout l’ensemble de la doctrine chrétienne ; il s’occupait
principalement de l'interprétation des Ecritures et des
branches qui s’y rattachent, comme on le voit surtout
dans le De institutione divinarum litterarum et dans le
De artibus et disciplinis liberalium artıum.
Opera, ed. Garetius (ord. S. Bened.), Rothom., 1679, 2 vol. in-fol.;
Venet., 1729; avec les pièces découvertes par A. Mai, Migne, ser.
lat., t. LXIX-LXX. Cf. Ceillier, t. XVI, ed. 2, t. XI; Ritter, Hist. de
la philosophie chrétienne.
Nous devons ici une mention à la Regle de saint Benoit, religieux
du Mont-Cassin ; c’est le monument le plus célèbre et le plus impor-
tant de la vie religieuse en Occident. En établissant l’ordre des Béné-
dictins sur des bases solides, elle a contribué efficacement au progrès
de la littérature chrétienne. L'auteur, Benoit de Mureie, vécut de 480
à 543, et écrivit sa Règle vers 529, à l’usage religieux du couvent
qu’il avait fondé sur le mont Cassin. Ses prescriptions, en soixante-
treize chapitres, sur la perfection chrétienne et sur les différentes
occupations des moines, attestent une grande connaissance de la
nature humaine ; c’est un admirable mélange de gravité et de dou-
ceur, de sévérité et d’indulgence. |
Réimprimée dans Migne, avec commentaires, sér. lat., t. LXXV.
Cf, Montalembert, les Moines d'Occident.
$ 85. Saint Grégoire le Grand, pape (mort en 604).
Vita S. Greg. M., auctore Paulo diacono, lib. IV, et ex Greg. script.
adornata, avec la Préf. génér., ed. Bened.; Migne, ser. lat., t. LXXV.
Grégoire naquit vers 540 d’une riche famille sénato-
riale, et fut élevé pour le service de l'Etat. Sa pieuse
mère Sylvie, qui était devenue veuve de bonne heure
ei s'était consacrée à la vie monastique, lui inspira
484 MANUËL DE PATROLOGIE.
une profonde affection pour l'Eglise. Vers 570, sous le
pontificat de Jean III, Grégoire fut nommé préteur de
Rome par Justin le Jeune.
Quoique la situation fût difficile, car la querelle des
Trois Chapitres continuait au dedans, tandis qu’au dehors
les Lombards menacaient l’empire occidental romain
rétabli par Narsès, il administra avec dignité et à la
grande satisfaction des Romains. Degoüte de l'éclat des
honneurs terrestres, il employa son immense fortune à
l'érection de sept couvents de bénédictins, et entra lui-
même (entre 573 et 577) dans celui qui existait dans la
maison de son père sous le nom de Saint-André, où il
passa, dit-il, les plus belles années de sa vie. Quelques
années après, le pape Benoît le tirait de sa solitude et le
consacrait diacre de l’Eglise romaine.
Envoyé à Constantinople en qualité d’apocrisiaire par
Pélage IT, successeur de Benoît, il réussit à aplanir les
différends qui existaient entre le pape et Tibère Constan-
tin. Après son retour (en 585), il obtint la permission
de rentrer dans son couvent et y remplit les fonctions
d’abbé , sans cesser d’aider le pape de ses conseils,
particulièrement dans l’affaire des Trois Chapitres. En
590, il fut élevé lui-même, par la voix du sénat, du
clergé et du peuple, sur le siége de saint Pierre, déjà
occupé précédemment par un de ses ancêtres, Félix III.
La gloire de son pontificat fut égale à la haute idée qu'il
se faisait d'un pape. Ne pouvant plus échapper à une
dignité dont il se croyait indigne, il exhalait dans ses
lettres les sentiments de tristesse qui accablaient son
âme : « J’ai perdu la joie de mon repos, et en paraissant
monter au dehors, je suis tombé au dedans. » Quand il
envisageait l'immensité des travaux temporels qui pe-
saient sur lui, « il était tenté de croire que cette dignité
le separait de l’amour de Dieu. » Ce qu'il exigeait de
chaque prêtre et de chaque évêque, qui loci sui necessi-
late exigitur summa dicere, hac .eadem necessitate com-
= + fi 1
AUTEURS LATINS. S. GRÉGOIRE LE GRAND. 485
pellitur summa monstrare!, il en donnait lui-même
l'exemple. 11 considérait les revenus de l'Eglise romaine
comme le patrimoine des pauvres, et son biographe, le
diacre Jean, nous apprend qu’il agissait conformément à
cette maxime. « Quatre fois par an, il distribuait des
pièces d’or aux évêques, aux prêtres, aux diacres, et
aux autres personnes de dignité. ; il invitait journelle-
ment à sa table des pélerins et des étrangers. Chaque
jour, dans tous les quartiers de la ville, il faisait porter
des aliments cuits aux malades et aux infirmes. À ceux
qui auraient eu honte d’en recevoir sous le nom d’au-
möne, il en envoyait de sa table sous le nom de bénédic-
tion apostolique. »
Bossuet resume, dans un passage admirable, la belle
et feconde carriere de ce grand pape : « Au milieu des
malheurs de l’Italie, et pendant que Rome était affligée
d’une peste épouvantable (590), saint Grégoire le Grand
fut élevé malgré lui sur le siége de saint Pierre. Ce
grand pape apaise la peste par ses prières, instruit les
empereurs, et tout ensemble leur fait rendre l’obéis-
sance qui leur est due, console l’Afrique et la fortifie,
confirme en Espagne les Visigoths convertis de l’aria-
nisme, et Récarède le Catholique qui venait de rentrer
au sein de l'Eglise, convertit l'Angleterre, réforme la
discipline dans la France, dont fl exalte les rois, toujours
orthodoxes, au-dessus de tous les rois de la terre, fléchit
les Lombards, sauve Rome et l’Italie que les empereurs
ne pouvaient aider, réprime l’orgueil naissant des pa-
triarehes de Constantinople, éclaire toute l’Eglise par sa
doctrine, gouverne l'Orient et l'Occident avec autant de
vigueur que d’humilite, et donne au monde un parfait
modèle du gouvernement ecclésiastique. L'histoire de
l'Eglise n’a rien de plus beau que l'entrée du saint moine
Augustin (597) dans le royaume de Kent, avec quarante
de ses compagnons, qui, précédés de la croix et de
1 Reg. pastor., Il, c. II.
186 MANUEL DE PATROLOGIE.
l'image du grand roi Notre-Seigneur Jésus-Christ,
faisaient des vœux solennels pour la conversion de
l'Angleterre. Saint Grégoire, qui les avait envoyés, les
instruisait par des lettres véritablement apostoliques'. »
Malgré tant de travaux, et nonobstant ses nombreuses
prédications , saint Grégoire est de tous les papes,
Benoît XIV excepté, celui qui a laissé le plus d'ouvrages.
Comme écrivain, sans parler de la forme spéciale qu'il a
donnée à la liturgie, son trait caractéristique est de s'être
approprié les idées de ses prédécesseurs les Pères latins,
et de les avoir adaptées aux besoins multiples de la vie.
L'intérêt qu'il portait à la science sacrée, notamment à
saint Augustin, à saint Jérôme et à saint Ambroise,
auxquels il a été associé comme le quatrième des grands
docteurs de l’Eglise, n’ötait rien à son estime pour la
science profane, comme le prouverait à lui seul ce mot
si énergique : Profunditatem sacri eloquii ab ignaris sæ-
cularis scientiæ penelrari nego?, si l'authenticité de ce
commentaire était hors de doute. On a prétendu plus
tard, entre autres Jean de Salisbury, au douzième siècle,
que saint Grégoire avait fait brüler les livres de la biblio-
thèque palatine et l’histoire de Tite-Live; mais c’est là
une invention odieuse. S’il a parlé quelquefois des clas-
siques paiens en termes peu bienveillants, c’est parce
qu’il craignait qu’ils ne fissent négliger la lecture de la
Bible et des auteurs chrétiens.
OEuvres morales de saint Grégoire.
1. Expositio in beatum Job, seu Moralium libri XXV,
répertoire passablement complet de morale, d’après la
méthode historico-allégorique et morale, propre à saint
Grégoire. 2. Homiliæ xı in Evangelia, et Homiliæ xxn in
Ezechielem, travail souvent superficiel, également en
forme d’allegories. 3. Dialogorum libri IV, de vila et
1 Discours sur l’hist. univ., part. I, époque xI. (Cif. du trad.) —
3 Ad I Reg., lib. V, n. 3.
€
AUTEURS LATINS. 8, GRÉGOIRE LE GRAND. 487
miraculis Pairum italicorum, dont deux livres ont trait
à saint Benoît. Cet ouvrage fut tellement goûté de son
temps et valut tant de gloire à son auteur, qu’on le tra-
duisit plus tard en grec. 4. Liber regulæ pastoralis, ou
De pastoral cura, sur les devoirs du ministère doctoral,
sacerdotal et pastoral : traduit en grec du vivant de
l'auteur par ordre de l’empereur Maurice, et plus tard
en anglais par ordre du roi Alfred. Cet ouvrage, où
l’auteur a utilisé les traités composés sur le sacerdoce
par saint Ephrem, Grégoire de Nazianze, Chrysostome,
Jérôme et Ambroise, les surpasse tous en étendue. Il se
divise en quatre livres : le premier traite des conditions
requises pour le sacerdoce, ne qui nullis fulti virtutibus,
nequaquam divinitus vocali, sed sua cupidine accensi,
culmen regiminis rapiant potius quam assequantur; le
second, de la vie des pasteurs; le troisième, des instruc-
tions qu'ils doivent donner au peuple : la doctrine doit
ètre appuyée par le bon exemple; le quatrième livre
exhorte le pasteur qui veut remplir toutes les obligations
de son ministère à se mettre en garde contre les piéges
de l’orgueil. Le moyen-äge recommandait aux évêques
et aux clercs d'étudier constamment ce traité, aussi clair
qu'instructif : Nulli episcopo liceat canones aut librum
pastoralem a beato Gregorio papa, si fieri potest, ignorare;
in quibus se debet unusquisque quasi in speculo assidue
considerare !. Le Pastoral de saint Grégoire, dit Bossuet,
est un chef-d'œuvre de prudence et le plus accompli de
ses ouvrages ?.
Ouvrages liturgiques.
1. Sacramentarium; 2. Responsoriale et Antiphonarium
Ecclesiæ romanz ; 3. Antiphonarius ; &. Liber gradualıs,
renfermant le chant appelé grégorien ou Cantus firmus,
dont la sublimité, la force et la magnificence ont souvent
1 Conc. Turon. Im, can. 8, édité à part par Westhoff, Monast., 1846.
488 MANUEL DE PATROLOGIE.
fait supposer qu'il avait été inspiré par le Saint-Esprit.
Pour favoriser la bonne exécution de ce chant, saint
Grégoire institua à Rome une école de chantres, qui,
dans la suite, a servi de modèle à plusieurs autres.
Cette liturgie renferme aussi plusieurs hymnes, dont
quelques-unes ont passé dans le bréviaire. Une autre
chose digne de remarque, c’est que les ouvrages de
saint Grégoire, surtout ses explications allégoriques, ont
eu une grande influence sur l’art décoratif dans son ap-
plication aux églises.
Lettres, registres, regestes!.
On trouve tout dans ce Recueil : dogme, morale, disci-
pline ecclésiastique, recommandation de telle et telle
personne, questions pratiques les plus diverses; c'est
une image fidèle de la vie et des travaux de saint Gré-
goire, et par cela même une source très-utile pour la
connaissance de cette époque.
Pour le fond et la forme, les ouvrages de saint Gré-
goire varient avec les circonstances du temps et les
dispositions de l’auteur. Saint Grégoire est souvent sen-
tentieux, délayé, mystique et allegorique ; mais en
somme plein de noblesse et de dignité. Lui-même esti-
mait médiocrement ses ouvrages : « Il me deplait, disait-
il, qu'on s'occupe de mes chétifs écrits, quand on en
possède de bien meilleurs. » Il entendait parler surtout
de saint Augustin. La tendance pratique de ses ouvrages,
jointe à un goût prononcé pour l’allegorie, explique la
faveur qu'ils ont trouvée chez ses contemporains.
Vues particulières de saint Grégoire.
Saint Grégoire n'étant point un écrivain original et
n’ayant point de système, on ne saurait s’attendre à
trouver chez lui un vaste corps de doctrines qui lui
1 Voir sur le sens! de registrum et regestum, Migne, sér. lat,
t. LXXVU, p. 441.
AUTEURS LATINS. 8. GREGOIRE LE GRAND. 489
soient personnelles. On a pretendu, tout-a-fait & tort,
qu’il avait le premier enseigné l’existence du purgatoire
et le moyen de s’en délivrer par la prière et le sacrifice
de la messe. Ce qui est vrai, c'est qu'il a développé,
souvent avec beaucoup de précision et de détail, cette
ancienne doctrine de l’Egliset.
Par contre, nous trouvons chez lui plusieurs idées qui
lui sont personnelles sur la notion et les devoirs de la
papauté. Nous les résumons ainsi :
4. Tout en ayant le vif sentiment de sa haute position
et des droits qu’elle impliquait, il n’entendait point les
exercer aux dépens des metropolitains et des évêques.
« De même que nous soutenons nos droits, nous hono-
rons aussi les droits speciaux de chaque Eglise particu-
liere... Je ne sais quel évêque n'est pas soumis au siége
apostolique s’il se trouve en faute, quoique, hors ce cas,
tous les évêques soient égaux selon la loi de l'humilité. »
Son esprit de justice se révèle surtout dans le passage
suivant : «all me siérait mal de soutenir une chose avant
de m'être convaincu moi-même qu'elle est juste, car
j'aime les hommes en vue de la justice, et je ne sacrifie
pas la justice aux hommes. » Aussi, pendant que le pa-
triarche Jean le Jeüneur usurpait fastueusement le titre
de patriarche œcuménique, il se donnait à lui-même le
titre modeste de servus servorum Dei, laissant ainsi à ses
successeurs un grand exemple et une touchante cou-
tume, sans sacrifier ses droits vis-à-vis de ce patriarche
superbe : « Qui doute, disait-il, que le patriarche de
Constantinople ne soit soumis au siége apostolique? »
2. Il s'élève avec une énergie particulière contre
l'emploi de la violence en matière religieuse : « Ce qui
! Si culpæ post mortem insolubiles non sunt, multum solet aniınas
eliam post mortem sacra oblatio hostiæ salutaris adjuvare, ita ut
banc nonnunquam ipsæ defunctorum animæ expetere videantur.
Sed sciendum est, quia illis sacræ victimæ mortuis prosint, qui hic
vivendo obtinuerunt , ut eos etiam post mortem bona adjuvent, qua
hie pro ipsis ab aliis flunt (Dialog., lib. IV, c. Lv et LVII),
490 MANUEL BE PATROLOGIE.
s'obtient par la force est invalide selon les lois religieuses
et civiles : Sancitum est ut ea quæ contra leges fiunt,
non solum inutilia, sed etiam pro infectis habenda sint 1.»
Aussi blâme-t-il sévèrement les évêques d’Arles et de
Marseille d’avoir imposé le baptème aux Juifs, croyant
faire une bonne action : « Certes, je me persuade volon-
tiers que votre intention était bonne et inspirée par
l'amour de NôtreSeigneur ; mais l’Ecriture sainte ne
demande pas cela, je crains non-seulement que vous
n'en soyez point récompensés, mais encore, ce qu’à
Dieu ne plaise, que les âmes que nous voulons sauver
n’en souffrent quelque dommage. Car celui qui arrive
au baptême, non par la suavité de la prédication mais
par la contrainte, retourne facilement à l’ancienne super-
stition , et tombe dans une mort d’autant plus terrible
qu’il semblait y avoir échappé *. » Tout ce qu'il permet,
«c'est qu'on remette aux Juifs convertis qui habitent
sur les propriétés de l'Eglise une partie de leurs impôts.
Et encore, dans la crainte qu'ils n’obeissent à des senti-
ments de cupidité, se hâte-t-il d'ajouter : Ets: ipsi mmus
fideliter veniunt, hi tamen qui de eis nalı fuerint, jam
fidelius baptizantur. Aut ipsos ergo aut eorum filios lucra-
mur®.
3. C'est dans le mème esprit qu'il censurait l’évêque
Sérène, de Marseille, pour avoir fait arracher les images
de son église dans la crainte qu’on ne les adorät, ce
qui avait fort indisposé le peuple. « Autre chose, lui
écrivait-il, est d’adorer les images, et autre chose de
reconnaître, par la représentation d'un image, ce qu’om
doit adorer. Ce que l’Ecriture est pour ceux qui lisent,
une image l’est pour ceux qui voient et qui ne savent
pas lire. De là vient qu'en tout temps les images ont
été le livre de lecture des peuples paiens. Or, puisque
vous habitez encore parmi des paiens, vous auriez dü
1 Ep, lib. IX, c. vu. — ? Ep., Lib. I, c. XLvIL — 3 Ep., lib. V, ep.
vin ad Cypr. diacon.; cf. lib. Il, ep. xxx ad Petr., subdiac. Sieil.
AUTEURS LATINS. S. GRÉGOIRE LE GRAND. 491
y avoir égard et ne les point scandaliser par la chaleur
hâtive d’un zèle juste sans doute, mais non éclairé. »
N avait déjà écrit à cet évêque dans le même sens?. I
louait, au contraire, un certain Secondinus qui lui
avait demandé quelques images : « Votre demande nous
a été très-agréable. Vous cherchez de tout votre cœur
Celui dont vous désirez avoir l’image sous vos yeux,
afin que sa vue journalière habitue et exerce votre âme
à brûler davantage pour Celui dont vous désirez voir
l'image. Nous n'avons certainement pas tort de nous
élever des choses visibles aux choses invisibles®. »
4. Les paroles suivantes, adressées à l’empereur Mau-
rice, ont été souvent citées pendant le moyen-âge. : Ad
hoc enim polestas super omnes homines dominorum meorum
(imperatorum) pietati cœlitus data est, ul qui bona appe-
tunt adjuventur,ut cælorum via largius paleat, ut terrestre
regnum cœlesli regno famuletur*. Saint Grégoire de-
mande donc aux empereurs leges quæ omnipotenti Deo
concordant, et il dit à l’ex-consul Leontius : Hoc inter
reges gentium et imperatores Romanorum dislat : quiareges
gentium domini servorum sunt, imperator vero dominus
liberorum. Unde et vos quidquid agitis, prius quidem ser-
vala justilia, deinde custodita per omnia libertate agere
debetis®.
Mais ce qui l’intéressait encore plus que la liberté poli-
tique des peuples, c’était la liberté des âmes. Nous avons
un bel exemple de son zèle dans les conseils suivants
qu’il adressait à Venantius pour l’exhorter à rentrer
dans son couvent : Considera judicium Dei, quod me-
reatur qui semelipsum Deo vovit, continuoque mundi desi-
deriis irretitus, mentitus est quod vovil. Ecce, faleor,
moerens loquor, et facti tui tristitia addicius edere verba
vix valeo, et tamen animus luus actionis conscius vix
sufficit ferre quod audit, erubescit, confunditur, adver-
1 Ep., lib. XI, ep. x. — ®Lib. IX, ep. cv. — 8 Lib. IX, ep. LU. —
* Lib. I, ep. Lxv, — 5 Lib. X, ep. LI.
. = «1 > « U A
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trente Mu Printer, A'Aristhe ét de Porphyre.
habe ACTE LT ILE
AUTEURS GRECS. SOPHRONE, JEAN MOSCH. 493
LA LITTÉRATURE GRECQUE AUX VII° ET VIII SIÈCLES
DANS LA QUERELLE DES MONOTHÉLITES ET DES ICONOCLASTES.
CHAPITRE V.
AUTEURS GRECS.
$ 86. Sophrome, patriarche de Jérusalem; Jean Moseh.
Sophrone, né à Damas vers 560, fut d’abord sophiste,
c'est-à-dire rhéteur, et se lia, probablement à Alexan-
drie, avec Jean Mosch, moine de Palestine, qui entreprit
de longs voyages pour visiter les couvents de la Syrie,
de l'Egypte et même de l’Occident, et consigna ses re-
cherches sur les moines et les ascètes dans un ouvrage
historique, le Pré spiriluel‘. Sophrone entra ensuite,
comme religieux, dans la laure de saint Sabas. Pendant
son séjour à Alexandrie, il constata le premier l'invasion
du monothélisme dans l'Eglise et en informa les pa-
triarches d'Alexandrie et de Jerusalem. Elevé bientôt
après (633 ou 634) sur le siége patriarcal de Constanti-
nople, Sophrone convoqua un concile à Jérusalem en
634, et publia une lettre synodale où il exposait la doc-
trine des deux volontés en Jésus-Christ et rejetait le
monothelisme ?. Il envoya à Rome Etienne, évêque de
Dora, pour instruire les évêques d'Occident de cette nou-
velle hérésie. Témoin, en 637, de la prise de Jérusalem
par les Mahométans, Sophrone , voyant Omar pénétrer
dans l’église de la Résurrection, déclara que c'était là le
commencement de l’abomination de la désolation dans
les Lieux-Saints. Il mourut peu de temps après.
Ses ouvrages sont : 1. La lettre synodale mentionnée
1 Ed. Fronton Duc., auctar., t. II; Par., 1634; Coteler., Monument.
Eccl. gr., t. II, Par., 1681; Migne, ser. gr., t. LXXXVII. — 3 Voir
l'analyse dans l'Histoire des conciles, de Héfelé, 3e vol., 8 297.
404 MASTEL LE PAIRÉOCE.
plus haut‘. 2 Sept Svours sur des ftes et des saints,
dont Le second meriie surtout d'être mentionne ; c'est un
long traiie où apres avosr park de la Trinite et de la
personne de Jesus Christ. j'auleur décrit. avec une émo-
tion presque dramatique, l'sicre de FAnnonciation de
Marie. 3. Temoin. à Alexandrie. des miracles qui s’e-
taient operes par l'istercession des martvrs Cyre et Jean,
il écrivit leur panégyrique et le récit de leurs miracles.
4. Les Anacréoaliques sont une suite de pièces de vers
agréables, d'une beanie simple et naive, sur le Sei- |
gneur, les fêtes, les saints, etc. 5. En matière liturgique,
nous citerons : le Triodion, recueil de belles prières, et
le Commentaire liturgique, courte explication des prières
de la messe ?. 6. La Confession des pécheurs est une sorte
de manuel pratique à l'usage des confesseurs, puisé dans
les canons; « car ceux qui ignorent les saints canons et
enseignent des erreurs, donnent la mort spirituelle à
leurs pénitents. »
Plusieurs de ses travaux ont été découverts par A. Mai Cf. Spicileg.
rom., 1. Il et IV. Voir aussi Ballerini, Syllog. monxm., t. IL, et sur
tout Migne, ser. gr.,t. LXXXYVIE, part. In.
6 87. L'abbé Maxime, comfesseur (mort en 662).
Voir l’ancienne Vie et les Actes de saint Maxime, dans Combifl,
et la Notice de Fabricius, Bibl. gr., IX; Migne, ser. gr.,t. XCL
Maxime, né à Constantinople, d’une ancienne famille
noble, étudia spécialement la rhétorique et la philos-
phie, et fut le premier secrétaire de l’empereur Heraclius
(610-641). Il ne tarda pas à entrer dans le monastère de
Chrysopolis, près de Constantinople. L'amour de la re
traite et l'apparition du monothélisme l’avaient décidé à
quitter la cour et à se rendre en Occident. Il séjourm
1 Mansi, Conc. yener., coll., t. XL — 3 On appelle Triodion la partie
du bréviaire grec qui contient les offices depuis la Septuagésime
jusqu'à Pâques; chaque chant contient trois strophes.
AUTEURS GRECS. MAXIME. 495
surtout à Rome (sous le pape Jean, 640-642) et en
Afrique. Partout il mit les Occidentaux au courant de la
nouvelle hérésie, ainsi qu'il l’avait déjà fait en 633, de
concert avec one, d'Alexandrie. En Afrique, il
soutint une dispute avec le monothélite Pyrrhus, pa-
triarche de Constantinople, qui désavoua son erreur
‘et renonca quelque temps à cette hérésie. Sous l’em-
pereur Constant II, Maxime et le pape Martin furent
emmenés de Rome à Constantinople, et cités en justice
par suite de fausses accusations. Dans l'impuissance de
convaincre Maxime d'aucun méfait, on finit par exiger
directement qu’il reconnüt l’erreur monothelite, et, sur
son refus, on l’exila à Byzia, dans la Thrace. Là aussi,
on éhercha à ébranler sa constance et à lui faire recon-
naître le type ou édit de l’empereur. Cette nouvelle ten-
tative ayant encore échoué, on le traina tantôt dans un
lieu, tantôt dans un autre, d’abord à Salembria, puis à
Perberis. Après l'avoir souvent maltraite, on le ramena
à Constantinople, où il fut condamné par un concile,
“ainsi que le pape Martin, Sophrone et tous les ortho-
doxes; on le livra ensuite au préfet chargé de le punir.
Maxime et ses disciples furent battus de verges; on leur
arracha la langue, leur coupa la main droite, et les
exila à Lazica, sur la Mer-Noire. Maxime y mourut,
séparé de ses deux amis, le 13 août 662, ainsi qu'il
l'avait prédit.
Parmi ses nombreux écrits nous citerons : 4. Les
Questions à Thalassius, le plus étendu de ses travaux,
où il explique, dans un sens presque toujours allégo-
rique, certains points difficiles de l’Ancien Testament.
2. Dans quelques-uns de ses écrits, Maxime a résumé,
dans de très-courts chapitres, souvent eh quelques
phrases conçues sous forme d’aphorismes détachés, la
doctrine de l'Eglise. Ainsi deux cents chapitres sont
‚consacres à la théodicée et à l’incarnation; cing cents
autres chapitres à la théodicée, à l’incarnation, au bien
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AUTEURS GRECS. S. JEAN DAMASCÈNE. 497
sa vie. Sa biographie, relativement moderne, est insuff-
sante ; elle abonde en récits controuves et les faits y
sont souvent contradictoires.
Jean Damascène, qu'il ne faut pas confondre avec
d'autres personnages contemporains et homonymes,
naquit, dit-on, à Damas, d’une illustre famille. Il portait
les surnoms de Xpuaoÿbôas, qui charrie l'or, et de Mansur,
que son ennemi mortel, Constantin Copronyme (741-
755), changea par dérision en celui de Mamzer (spu-
rius). Né sous la domination arabe, Jean Damascène
jouissait déjà pendant le règne de l’empereur Léon
’Isaurien (747-744) d’un grand crédit auprès d’un prince
sarrazin, dont il fut le premier conseiller. Il avait été
religieux dans la laure de saint Sabas. Il combattit
surtout les iconoclastes, et réussit à n'être point lui-
même sujet d'un empereur attaché à cette secte. On a
prétendu, sans preuve suffisante, que Léon lui ayant
attiré la disgrâce du calife au moyen d’une lettre sup-
posée, ce dernier lui fit couper la main droite, laquelle
lui revint pendant la nuit, grâce à l’intercession de la
sainte Vierge.
Le jour de sa mort est inconnu. Ses ouvrages, tout en
n'étant que des compilations, ont eu un assez grand
retentissement.
Ouvrages dogmatiques.
4. Cette remarque s’applique surtout à son grand
traité dogmatique, la Source de la science. I] se divise en
trois parties. Dans la première, Capita philosophica, ou
simplement Dialectique, l’auteur, persuadé que tout
bien vient de Dieu, se propose de recueillir, à l'exemple
de l’abeille, tout ce qu’il y a de bon dans la philosophie
paienne, puis de le séparer de l'erreur !. Il y donne un
aperçu général de la philosophie, qu’il considère comme
l'instrument et la servante de la science révélée?. Ce
? Prolog., éd. Lequien, p. 4. — % C. 1, p. VII.
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AUTEURS GRECS. 8. JEAN DAMASCÈNE. 499
L’enchainement et l'ordonnance des matières, presque
toujours excellents, ne sont défectueux que sur certains
points ; ainsi la réfutation du dualisme est traitée à part
de la théodicée. Saint Grégoire de Nazianze a été surtout
mis à contribution. Comme saint Jean Damascène est le
premier qui ait donné à l'Eglise grecque un corps systé-
matique de théologie réduit en un seul volume, il n’est
pas étonnant que son livre ait eu beaucoup de vogue
chez les Grecs comme chez les Occidentaux. Il fut traduit
par Burgundio, sur l’ordre d'Eugène III, et divisé plus
tard en quatre livres. Les scolastiques, qui en ont fait
un grand usage, y ont à peu près puisé toutes leurs
connaissances des Pères grecs. Il est même resté jus-
qu'à nos jours la base de l’enseignement dogmatique
chez les Grecs schismatiques. Ses qualités comme ses
défauts se sont perpétués dans la théologie grecque.
2. Nous lui devons encore plusieurs petits traités et des
lettres sur des questions dogmatiques, tels que : 4. De
iis qui in fide dormierunt, comment on peut secourir les
défunts par le sacrifice eucharistique, l’aumône et les
bonnes œuvres; 2. De confessione, comme quoi on ne
peut permettre à des religieux qui ne sont pas prêtres
d'entendre les confessions; 3. des Azymes, où l’auteur
condamne l’emploi des azymes dans le saint sacrifice ;
4, deux autres Expositions de la foi, plus longues.
3. Les Parallèles sacrés sont une comparaison des
sentences des Pères avec celles de l’Ecriture sur la
plupart des vérités dogmaliques et morales (plusieurs
sont perdus). C'est un vaste recueil où les matières
sont rangées par ordre alphabétique ?.
Ouvrages polémiques.
Ces’ ouvrages, fort nombreux, sont dirigés contre les
manichéens, les nestoriens, les monophysites, les mono-
thélites et les mahométans. Les plus célèbres et les plus
‘ Migne, sér. gr., t. XCIV. — ? Ibid., t. XCV et XCVI. |
500 MANUEL DE PATROLOGIE.
importants se rapportent à l'affaire des iconoclastes, De
imaginibus orationes III‘. Ces traités, dont le premier
parut vers 728, et le second en 730, eurent beaucoup
d’echo parmi les Grecs. Le second est le plus important.
D'autres écrits de l’auteur sont perdus; d’autres lui sont
injustement attribués. Ainsi l’Oratio ad Constantinum
Cabalinum appartient vraisemblablement à Jean d’Eu-
bée; la Lettre à Théophile, empereur, paraît être une
adresse des trois patriarches à cet empereur?. De sa
polémique contre les mahométans, il ne reste, chose
surprenante, que deux dialogues insignifiants, intitulés
l'un et l’autre : Disceptatio christiani et saraceni.
Homélies.
Ses homélies, au nombre de douze, dont quelques-
unes ont beaucoup d’etendue, sont ou des discours pour
les fêtes des saints, ou des panégyriques. Parmi les cinq
(n°* 6-10) qui se rapportent à la sainte Vierge, il faut
signaler les trois intitulées : /n dormitionem beatæ Marie
virginis, parce qu’on y trouve, racontée pour la pre-
mière fois et d’une manière complète, la tradition
suivant laquelle Marie serait ressuscitée et montée au
ciel peu de temps après sa mort ®. Il est évident que ces
homélies ont été prononcées le jour de l’Assomption,
dont la fête ne devait pas être très-ancienne, à en juger
par un passage de Modeste, successeur de Sophrone.
Jean de Damas, qui parle longuement de cette affaire
dans ses homélies, attribue l’origine de cette tradition,
inconnue. du faux Denis l’Aréopagite*, à Juvenal de
Jérusalem, dans la première moitié du cinquième
siècle.
1 Migne, sér. gr., t. XCIV. — 2 Cf, Lequien, Admonit. — 3 Cf. Il,
c. I-XIv, XVI. — ® De div. nom., c. 11, 82. —®U, c. vın. Voir
d’autres détails dans l’Admonit. de Lequien.
AUTEURS GRECS. S. JEAN DAMASCÈNE. 501
Travaux d’exégèse.
Les Lieux choisis ne sont, comme l'indique le titre, que
des extraits du commentaire de saint Chrysostome sur
les epitres de saint Paul. Bien des choses cependant
semblent empruntées à d’autres exégètes, par exemple,
à Théodoret.
On lui attribue encore, nous ignorons sur quel fon-
dement, deux ouvrages hagiographiques : la Vie de
saint Barlaam et de saint Josaphat, et la Passion de saint
Artemius.
Importance de saint Jean Damascène.
Saint Jean de Damas est moins estimé pour avoir
composé des ouvrages originaux ou frayé des voies
nouvelles que pour avoir recueilli et systématisé ce qui
existait avant lui. En ramassant dans les trésors accu-
mulés de la philosophie et de la théologie des Pères
grecs ce qu'ils renfermaient de plus excellent, et en le
disposant avec ordre, il les a rendus accessibles à d’autres
et a mérité la reconnaissance de la postérité. Aujourd'hui
encore, la théologie grecque ne l’a pas dépassé; on dirait
qu’elle a épuisé en lui sa sève et son énergie : elle n’a
plus produit aucun génie puissant et créateur.
Opera, ed. Lequien, Paris, 1712, complétés par Boissonade dans
Anecdota græca, Par., 1832, vol. IV. A. Mal, Spicileg. rom., t. IV, et
Bibl. nov. Patr.,t. IV ; Galland., Bibl., t. XII; réunis dans Migne,
ser. gr., t. XCIV-XCVI; cf. Ceillier, t. XV, 2 ed., t. XII; Ritter,
Histoire de la philosophie, t 1.
502 MANUEL DE PATROLOGIE.
CHAPITRE VI.
AUTEURS LATINS.
S 89. Les papes Honoerius, Martin I“, Agathon Hl,
Grégoire II. °
On sait par l’histoire du monothélisme que si le pape
Honorius ne fit qu’une faible opposition à cette hérésie,
et, dans deux lettres au patriarche Sergius de Constan-
tinople, s’exprima en termes vagues et ambigus, le pape
Martin la combattit avec d'autant plus de zèle dans plu-
sieurs écrits, ainsi qu'au premier concile de Latran (649),
et expia son ardeur par un martyre douloureux (655).
Agathon IT (678-682), montra une égale énergie en
face de l’empereur Constantin Pogonat; sa lettre dogma-
tique figure dignement à côté de celle de Léon le Grand
contre Eutyches. Généralement approuvée par le sixième
concile œcuménique (680), elle servit de profession de
foi contre les monothélites.
Grégoire II (745-731) ne déploya pas une moindre fer-
meté contre l’empereur Léon Ill, favorable aux icono-
clastes ; il empêcha, quoique menacé de déposition, que
l'édit impérial sur la destruction des images ne fût exé-
cute en Italie et à Rome. Il imposa, par sa dignité et
sa prudence, à Luitprand, roi des Lombards, et prêta à
saint Boniface, apôtre de l'Allemagne, un concours efü-
cace, comme l’attestent plusieurs de ses lettres recueillies
dans les Collections des conciles de Hardouin (t. IIT) et de
Mansi (t. X, XI et XII).
S 00. Premiers auteurs chez les Germains.
En l’absence de toute civilisation et de toute culture
chez les peuples germains, au milieu des troubles sans
cesse renaissants de l’&migration des peuples, bien des
siècles devaient s’écouler encore avant qu’une nouvelle
AUTEURS LATINS. S. GRÉGOIRE DE TOURS. 303
vie scientifique se développât au sein d’une population
aussi mélangée que celle qui constituait ces nouveaux
empires. Les premières traces d’un véritable progrès
littéraire se trouvent, selon Ulphilas, traducteur de la
Bible, mort en 383, et selon l'historien Jarnandes, mort
entre 527 et 565, chez les auteurs suivants :
I. Grégoire, qui fut plus tard évêque de Tours, naquit
vers 539, d’une chrétienne et noble famille de l’Au-
vergne, et portait originairement le nom de Georges
Florentin. Son oncle Galle, qui devint évêque de Cler-
mont, le fit élever et instruire en vue de l’état ecclésias-
tique. Promu au diaconat, Grégoire se mit à voyager et
visita entre autres le tombeau de saint Martin de Tours
pour implorer la guérison d’une maladie. En 573, il
succéda a Euphronius sur le siége épiscopal de Tours.
Apres avoir longtemps affronte les injustices de plusieurs
rois et les mauvais traitements d’une soldatesque bar-
bare, il laissa en mourant la réputation d'un évêque
accompli (594-595). Il fut bientôt honoré comme un saint.
Ses travaux littéraires, qui ne datent que de son
épiscopat, commencent par l’histoire des miracles de son
saint patron, De virtutibus et miraculis sancti martini
(ib. IV). Ouvrages analogues : De gloria Martyrum ; De
miraculis sancti Juliani, martyris; Liber de gloria confes-
sorum, consacré surtout à saint Hilaire de Poitiers, saint
Martin de Tours, saint Remi; De vitis (XXIII) sanclorum.
Son principal ouvrage, l'Histoire ecclésiastique des
Francs, ou Chronique, lui a valu le titre de fondateur
de l’histoire de France. Elle débute, comme la plupart
des chroniques du moyen-âge, par une revue de l’histoire
universelle depuis Adam; mais dès la fin du premier
livre elle arrive aux commencements de la conquête des
Gaules par les Francs et à la mort de saint Martin. Les
neuf livres suivants exposent la suite de l’histoire poli-
tique et religieuse des Francs jusqu’en 594. Le récit
. Sagrandit à mesure qu’il se rapproche des événements
504 MANUEL DE PATROLOGIE.
contemporains, et les sept dernières années occupent
seules quatre livres. On reçoit ainsi l'impression imme-
diate et impartiale des idées de l’auteur, impression
d'autant plus vive que Grégoire dévoile sans pitié, dé-
plore et censure les vices des grands et des petits avec
une égale franchise. Cet ouvrage est la meilleure source
à consulter pour la période mérovingienne. La forme,
sans doute, est encore bien grossière; l’auteur avoue
lui-même qu’il ne sait ni la grammaire, ni la rhétorique,
qu’il confond les genres, emploie un cas pour un autre,
ne s’entend ni à joindre ses propositions, ni à former
convenablement ses phrases.
Opera, ed. Paris, 1511, 1512. Edition critique, par Ruinart, bénéd
Paris, 1699; Bouquet-Dombrial, Script. rer. Gall., t. II; Guado®
et Foranne, lat. et gall., Par., 1886 et 1837. Cf. Ceillier, t. XVII, ed_
38, t. XI; Lebell, Grégoire de Tours et son temps dépeint surtotz/
par ses œuvres, Leips., 1839 ; Migne, sér. lat., t. LXXI.
II. Isidore de Séville, le plus célèbre auteur du
septième siècle, naquit à Carthagène, où son père, Sé-
vérien, qui y faisait les fonctions de préfet, le fit élever
avec soin. Comme ses deux frères Léandre et Fulgence,
dont l’un était évêque de Séville, l’autre de Carthagène,
il entra dans l’état ecclésiastique. Il succéda au premier
(600-601), et fut un des plus beaux ornements de son -
siècle par son talent d'administrateur autant que par son —
savoir. Il présida les conciles de Séville (649) et de To- —
lède (633). Sentant sa fin approcher, il distribua tous se=—
biens aux pauvres, et se fit transporter à l’église, où i_ ]
mourut en demandant pardon pour ses péchés, et ewn
recommandant à son peuple la charité et la concor&e
(4 avril 636).
Ouvrages d’Isidore de Séville.
Ces ouvrages embrassent la linguistique, l’histoire,
l'archéologie, le dogme, la morale et l’ascétisme. C'est
le résumé de toute la science de cette époque. Quoique
DR.
AUTEURS LATINS. ISIDORE DE SEVILLE. 305
l’auteur ne donne, le plus souvent, que des extraits
d'anciens ouvrages païens ou chrétiens, dont nous ne
possédons guère que des fragments, ses écrits n’en
marquent pas moins un progrès extraordinaire chez les
nations germaniques. Ce progrès est surtout visible
dans les ouvrages suivants :
4. Les Origines ou Etymologies, sorte de recueil ency-
clopédique des sciences, ont puissamment aide au
progrès de la philosophie et de la théologie. Raban-
Maur les a prises pour thème de son ouvrage De uni- ,
verso. Les cinq premiers livres roulent principalement
sur les sciences profanes, les sept arts libéraux.
Les livres VI-VIII intéressent surtout le théologien;
le sixième traite des Ecritures de l’Ancien et du Nou-
veau Testament, de leur inspiration et de leur cano-
nicité, des sacrements et de la liturgie, ainsi que des
bibliothèques qui existaient alors ; le septième donne un
aperçu de la théologie; le huitième traite de l'histoire
ecclésiastique, des hérésies et des symboles de foi qui
leur ont été opposés. Les livres IX-XX s'occupent de
sciences profanes (le seizième est sur la minéralogie),
de beaux-arts (douzième livre sur les églises et les édi-
fices publics), d’ustensils, de vêtements et de denrées.
Dans cette collection de tant de choses précieuses, le
choix judicieux des matières, la critique et la méthode
sont trop souvent absentes !.
2. Des différences et des propriétés des mots (deux
livres), espèce de dictionnaire des synonymes; de la Na-
ture des choses, traité d'astronomie et de cosmographie ;
3. Chronique, abrégé d'histoire universelle depuis la
création jusqu’à l’an 626 de Jésus-Christ ; Histoire des rois
goths, vandales et suèves, de 176 à 628 ?: son authenticité
est justement contestée;
4. Catalogue des Ecrivains ecclésiastiques, faisait suite
1 Editées à part dans le Corpus grammaticorum lat., de Otto,
Leips., 1833. — ? Réimprimée dans Florez, España sagrada, p. IV.
| HASNEL BE FATROLOGEE
aux caakeers de sant Jerieme et de Gennade, auxquels
Isere ajcete trente tres anéeurs : jusqu en 610).
3 Collert:» cœuvaum. conciherum ei eptslolarum decre-
kalrım . cuvrase derrwre kquel éevaient se cacher plus
tard les faicficatne:s du peudo-Iisdore.
6 Lier premmenrum de bris Veleris et Nom Testa-
ment : Ourstsones +1 mystrrorum erpesiliones sacramen-
Serum ta Veiere Testaments. extraits des Pères; Allegori:e
Veteris ei Nerı Testamrat: ei Erpesitio ın Canticum con-
Barum.
7. Lbn III sentenliarum jeu de summo bono, tirés
surtout de sant Augustin et de saint Grégoire. Ce travail,
à le fors doematique et moral. a servi de modèle aux sen—
tentures du moven-âge. De dırınıs sive ecclesiastici —
efheus db. Il. description des cérémonies usitées dans
la Htergie et dans l'administration des sacrements. —
Noms negligeons d’autres traites moins importants.
Opere, +8 De la Bien. Par. 1388; Breul, Par., 1681 ; Grial, Matrit, —
T8, mA, 2 vol La mükure et la ples complète, par Arevalo,
Boum, 1797-1883, in-i«, 7 vol; Mieme,t LITIHLYXXIV; cf. Ceillier,
t. ANNE; = ed, t IL
II. Bede le Venerable naquit entre 671 et 673 d’une ==
famille angio-saxonne. au village de Jarow, dans le Nor ——
thumberland. [es qu'il eut atteint l’âge de sept ans, sone —n
éducation fut confiée à son parent, l’abbé du monastère
de Wirmuth, où il était destiné à passer le reste de «== 2
carrière. À trente ans. il reçut le sacerdoce. Le papes
Sergius |”, informé de ses mérites. fit de vains effor"=;
pour l'attirer à Rome. Bede déplova jusqu'à sa mœr'
(735) une activité infatigable: Aut discere, aut docere, a.w/
scribere dulce habui. Il avait excité dans ses élèves une
soif si ardente de la science, qu'il les réunissait encore
autour de son lit de mort pour les encourager à mettre
la dernière main à une œuvre littéraire.
Ses nombreux et vastes écrits révèlent, outre sa con-
naissance des sciences profanes, grammaire, rhétorique,
AUTEURS LATINS. BEDE LE VENERABLE. 507
poésie, mathématiques, physique et astronomie, son apti-
tude comme historien, philosophe et théologien. Voici,
sans parler de ses traités sur les sept arts libéraux et
d’autres travaux analogues, ses principaux ouvrages :
Ouvrages sur la science en général.
4. Chronicon, seu libri de sex ætatibus : les chroni-
queurs du moyen-âge l'ont souvent pris pour modèle. _
2. Historiæ ecclesiasticæ gentis Anglorum libri V, jusqu’en
731; les faits y sont racontés avec tant d’exactitude et de
vérité, souvent même avec tant de candeur et de grâce,
que Lappenberg a justement appelé cette histoire une
œuvre nationale‘. De graves motifs font douter de l’au-
thenticité du martyrologe qui lui est attribué. Un autre
martyrologe en vers hexamètres serait plutôt de lui.
A ces ouvrages historiques se rattachent : De cyclo pas-
chali et De paschæ celebratione liber; De ratione temporis,
où il est fait usage du cycle dionysien.
Ouvrages théologiques.
4. Commentaires sur plusieurs livres de l’Ancien Tes-
tament et sur l’'Hexaméron ; sur le Nouveau Testament :
Expositiones in IV Evangela; Acta apostolorums in epis-
tolas Jacobi, Petri et Joannis, Jude et in Apocalypsin :
extraits le plus souvent des Pères de l’Eglise; l'auteur
y a joint çà et là des explications allégoriques et morales.
2. Traités d'archéologie biblique : De tabernaculo et vasis
ejus ac vestibus sacerdotum ; De templo Salomonis; De situ
Jerusalem et sacris locis; De nominibus locorum vel civi-
tatum quæ in Aclibus Apostolorum leguntur. 3. Scintillæ
Patrum, maximes tirées de l’Ecriture et des Pères, de
même que le Pénitentiel ou De remediis peccatorum.
4. Plusieurs homélies rangées dans l’ordre suivant :
Homiliæ de tempore et Homiliæ de sanclis, ou encore :
1 Editée à part par Stevenson, Londres, 1838,
508 MANUEL DE PATROLOGIE.
Homiliæ æstivales, hiemales et quadragesimales, avec
divers Sermons au peuple. Simples pour la plupart, ils
contiennent de belles et profondes pensées. Plusieurs ont
été insérés au Bréviaire.
Oper. omn., ed. princeps, Basil., 1568; Colon., 1612 et 1688, 8 vol.,
in-fol. Une bonne édition complète manque encore ; l'édition de Giles,
Londr., 1843, 12 vol. (Migne, t. XC-XCV) ne suffit pas. Cf. Ceillier,
t. XVIII; Gehle, De Bed. vener. vita et script., Lugd., Batav., 1839;
Weiss, Vie et œuvres de Bède, dans la Revue théol. de Frib.,t. XVIII.
CHAPITRE VII.
LES POÈTES CHRÉTIENS.
$ 91. Collections et travaux préparatoires.
Poetarum ecclesiast. opera, ex offic. Aldina, Venet., 1504, 2 tom.
in-4° ; G. Fabricii, Poelarum vet. eccles. op. et fragm., Basil., 1564 ;
Poetæ grec. christian., Lutetiæ, Par., 1609; Bivius, Collectio poetar.
christ., Par., 1624, in-fol. Bien supérieur par la critique et l’interpré-
tation : Daniel, Thesaurus hymnologicus, Hal., 1841 et seq.; ed.2*, 1863
et seq., 5 vol.; Mone, Hymnes latines, Frib., 1853, 8 vol. Cf. L. Bu-
chegger, Commentatio de orig. sacræ christianorum poeseos, Frib.,
4827 (Programme) ; Poésie chrétienne, dans l’Encycl. de la théol. cath.,
Gaume. Rio, de la Poésie chrétienne, dans sa matière et dans ses
formes; Carmina e puetis christ. excerpta, en latin et en français,
2 vol., Gaume frères.
Il existe entre les arts libéraux et l’humanité régé-
neree par le christianisme un lien d’autant plus intime
et profond qu'il n’est pas le résultat d’un accident passa-
ger, mais de l'espèce même des choses; aussi, dès les
premiers temps du christianisme, et malgré des ob-
stacles de toute nature, la poésie chrétienne éclate et
jaillit par un mouvement irrésistible et spontané.
Bien plus encore que les poètes de l'Ancien Testa-
ment, les hommes qui avaient reçu le don de la poésie
éprouvaient le besoin de célébrer la magnificence et la
bonté du Très-Haut : l’incarnation du Verbe, divin, les
œuvres sublimes de notre rédemption, l’amour ineffable
POÈTES CHRÉTIENS. NONNUS, SILENTIAIRE, ETC. 509
d'un Dieu manifesté d’une manière si frappante, c'était
là pour le poète chrétien tout un monde idéal qui, en le
transportant de la terre au ciel, offrait à son talent un
but infiniment plus élevé. Aussi, c’est dans la période
même des apôtres qu’il faut chercher les premiers ves-
tiges de la poésie chrétienne, et saint Paul! atteste que .
des chants chrétiens existaient déjà en dehors des
psaumes et des cantiques de l'Ancien Testament. La
poésie et l’art paiens, prêts à dépérir, furent sauvés par
le christianisme, qui, en les animant d’un souffle nou-
veau, leur assigna une mission plus auguste et leur
prêta un charme jusque-là inconnu.
La poésie chrétienne se rattacha d’abord à la forme
didactique et morale de la poésie romaine de la dernière
période ; mais la coutume que l'Orient avait empruntée
à l'Eglise latine, de chanter dans les offices religieux,
ne tarda pas à lui donner des allures indépendantes.
Ainsi naquit, à côté de la poésie purement narrative et
descriptive, une poésie lyrique, dont saint Ambroise,
saint Damase et Grégoire le Grand allaient être les prin-
cipaux organes. Ces deux directions sont surtout repré-
sentées par le poète Prudence.
$S 92. Poètes grecs.
Nous renvoyons ici aux œuvres déjà mentionnées de
saint Ephrem le Syrien, Grégoire de Nazianze, Synésius
et Apollinaire, qui réagirent souvent contre le mouve-
ment poétique des gnostiques et des ariens. On peut
leur associer encore Amphiloque, ami de saint Basile, et
saint Jean Damascène.
I. Nonnus, de Panopolis en Egypte, a composé, étant
encore paien : les Dionysiaques (huit livres), élaboration
poétique de l’histoire de Bacchus?. Comme chrétien, on
1 Eph., v, 19; Col., m, 16. — 3 Ed. Falkenberg, Antw., 1579;
Hannov., 16085 et 1610; Moser, Heidelb., 1809; Græfe, Lips., 1818,
510 MANUEL DE PATROLOGIE.
lui doit une Paraphrase de l'Evangile de saint Jean , qui
appartient plutôt à la critique biblique qu'à la poésie !.
ll. Paul Silentiaire, homme d'Etat considérable à
Constantinople sous Justinien I”, fut un des poètes
grecs les plus éminents. Il composa, dans le dialecte
d’Homere, une Description de la grande église de Sainte-
Sophie, pour la dédicace de cette magnifique église?, et
la Description de la rotondes.
III. Georges le Pisidien florissait sous l’empereur
Héraclius (610-641) ; il était diacre et bibliothécaire. Il a
chanté les guerres d’Heraclius contre les Perses, et com-
posé le Carmen iambicum de opificio mundi, et le De va-—
nitate vitæ, dont il ne reste que des fragments*.
L’Occident est incomparablement plus fécond en pro-
ductions et'en talents poétiques.
$ 93. Principaux poètes latins.
Carmina e poetis christianis excerpta, en latin et en français, éd_
Gaume, 2 vol.
I. Juvencus naquit en Espagne d’une illustre famille —
et embrassa l’état ecclésiastique sous Constantin. Il fi ®
des essais poétiques sur des sujets de l’Ancien et d'æ2
Nouveau Testament dans un temps où ces sortes de
travaux, de même que l'art plastique, étaient en def=a—
veur dans l'Eglise, ce qui faisait dire à saint Jerôme
qu'il ne craignit point de faire passer sous les lois dax
mètre la majesté de l'Evangile. Il ne reste que deu
de ses poésies.
Liber in Genesim, où Juvencus conserve la division des
ı Ed. Passow, Vratisl., 1834. Cf. S. de Uwaroff, Noms cat
Penop., poète; Græff, S. Petersb., 1818. — ? Gr. et lat, ed. Ds
Fresne, 1670; in Hist. Byzant. script., Venet., 1729. — 3 Ge
ed. Em. Becker, Berol., 1816, in-4°. Tous deux édités par GreiiP®,
Leips., 1822. — * Ed. Morellus, Par., 1584 et 1618; gr. et lat, ei.
Fogginius, Rom., 1777.
POÈTES CHRÉTIENS. JUVENCUS, DAMASE, ETC. 511
cinquante chapitres, qu’il traduit en vers hexamètres
d’un tour souvent heureux. Il débute ainsi :
Principio Dominus calum terramque locavit;
Namque erat informis fluctuque abscondita tellus,
Immensusque Deus super æquora vasta meabat,
Dum chaos et nigræ fuscabant cuncta tenebræ.
Historia evangelica (quatre livres) : travail beaucoup
moins important, et qui peut être considéré comme la
première épopée chrétienne. Juvencus s'attache surtout
à suivre saint Matthieu, qu'il traduit presque mot à
mot, en le complétant au moyen des trois autres Evan-
giles. La propriété des expressions et la simplicité du
style lui ont valu d'être mis au moyen-äge entre les
mains de la jeunesse studieuse‘. La beauté poétique se
révèle dès le prologue :
Immortale nihil mundi compage tenetur;
Non orbis, non regna hominum, non aurea Roma,
Non mare, non tellus, non ignea sidera cϾli.
Nam statuit genitor rerum irrevocabile tempus
Quo cunctum torrens rapiet flamma ultima mundum.
Nam mihi carmen erunt Christi vitalia gesta
Divinum populis falsi sine crimine donum.
Oper., ed. Reusch, Francf., 1710; Arevalus, Rom., 1792 ; Galland.-
Bibl., t. IV; Migne, t. XIX, ser. lat.
II. Le pape Damase (367-384) s’est illustré par l’intro-
duction du psautier latin dans le chant ecclésiastique.
On a de lui, outre des lettres, près de quarante pièces de
vers peu étendues, les unes lyriques, les autres descrip-
tives, celles-ci en forme de panégyriques, celles-là en
guise d’epitaphes. Il est un des premiers qui ont em-
ployé la rime et remplacé la quantité par l’accent rhyth-
mique ?.
Ill. Nous avons déjà mentionné les productions poé-
tiques de Commodien, Marius Victorinus, saint Hilaire
et saint Paulin de Nole (p. 329, 332, 333, 355, 424).
1F. Clément, les Poètes chrétiens (cit. du trad.). — ? Ed. Livius,
Lips., 1652 ; Merenda, Rom., 1754 ; Migne, t. XVIII.
POÈTES CHRÉTIENS. SEDULIUS, MAMERT, ETC. 513
V. Cœlius Sedulius, sur la vie duquel on ne sait rien
de positif, naquit, dit-on, en Ecosse, et figure sous le
titre de antistes et episcopus. Il se fit, vers le milieu du
cinquième siècle, une grande réputation par ses poésies
douces et harmonieuses. Cellarius, son éditeur, a dit de
lui : Cœlium Sedulium poetam inter christianos nemini
secundum, et il a édité ce poète non tam propter dic-
tionem puram et velerum imilalricem, quæ me, fateor, non
mediocriter delectavit, quam propter argumenti majes-
tatem in mysleriis aptissime a poela hoc expressam.
4. Son principal ouvrage est le Poème pascal, sur divers
sujets importants tirés de l’histoire de l’Ancien et du
Nouveau Testament. Il expose ainsi les raisons qui l’ont
déterminé à ce travail :
Cum sua gentiles studeant figmenta poetæ
Grandisonis pompare modis tragicoque boatu
Ridiculove Getæ seu qualibet arte canendi ;
Cur ego Davidicis adsuetus cantibus odas
Chordarum resonare decem sanctoque verenter
Stare choro et placidis coelestia psallere verbis
Clara salutiferi taceam miracula Christi?
2. Elégie, intitulée par Tritheim : Exhortatorium ad
fideles, -et dans l’edition de Arntzenius : Hymnus 1,
collatio Veteris et Novi Testamenti per schema dravadhyeus
allernis versibus repetitæ. C’est le développement,
souvent ingénieux, des antithèses qui se trouvent dans
’Epitre aux Romains, v, 18.
3. L'hymne A solis ortus cardine a été insérée au
Bréviaire.
4. Le poème sur l’Incarnation du Verbe, centon virgi-
lien, est d’une authenticité douteuse.
Opera, ed. Cellarius, Hall., 1704; Arevalus, Rom., 1794; Migne,
sér. lat., t. XIX, avec les Prolégomènes des anciennes éditions.
VI. Nous avons déjà parlé de Prosper d'Aquitaine et
de Sidoine Apollinaire. (Pages 453 et 460.)
VII. Claudien Mamert, d’abord ermite, puis prêtre de
Vienne, partagea avec son frère l’administration de
33
514 MANUEL DE PATROLOGIE.
l'évêché de cette ville, et fut l’un des plus savants
hommes de son temps. Sidoine Apollinaire l’appelait
peritissimum christianorum philosophum et quorumlibet
primum eruditorum, et Ritter a dit, à propos de son De
stalu animæ, que « l’auteur se montre disciple habile de
saint Augustin. » De ses productions poétiques, nous
avons une Hymne sur la passion du Seigneur et une
pièce Contre les Poètes vains, où il montre la futilité de
la poésie paienne, dont la plupart des éléments sont
empruntés à la mythologie. L'auteur y a parfaitement
imité les formes de la poésie classique.
Opera in Bibl. max., Lugd., t. X; Galland. Bidl., t. X; Migne,
t. LIT. |
VIII. Venance Fortunat, le meilleur poète du sixième
siècle, naquit à Tréviso, en ftalie, et fut probablement
élevé’ à Ravenne. Tourmenté par une maladie d’yeux
très - douloureuse, il se rendit au tombeau de saint
Martin, et y trouva la guérison qu'il espérait (565).
Pendant son séjour en France, il fut nommé évêque de
Poitiers, et mourut en 603. Parmi ses écrits nous men-
tionnerons : une Vie de saint Martin (quatre livres), son
principal ouvrage, composé sur l'invitation de Grégoire
de Tours. Il y célèbre, d’après la prose de Sulpice
Sévère, la vie, les actions et les miracles de saint Martin.
Un Poème sur son voyage; Onze livres de poésies sur
divers sujets, mêlés de morceaux de prose parmi
lesquels l'Exposition de l’oraison dominicale et celle du
Symbole sont imitées de Rufin. |
Plusieurs compositions de courte haleine, des épi-
taphes, ont une grande valeur poétique; quelques-unes
ont passé dans la liturgie, telles que : Pange lingua glo-
riosi prœlium (lauream) certaminis.— Crux fidelis, inter
omnes arbor una nobilis. — Veæilla regis prodeunt, fulget
erucis mysterium. — Quem terra, ponlus, æthera, etc.
Libelli III, seu carmen elegiacum de excidio Thuringiæ
ex persona Radegundis, où il exprime la douleur de cette
CONCLUSION. 515
reine sur la ruine de sa patrie et l’oppression de son
peuple.
Vies des saints (en prose), de saint Hilaire de Poitiers,
saint Remi, saint Medard, sainte Radegonde, etc. L’au-
thenticite de quelques-unes est douteuse.
Œuvres publiées d’après les meilleures éditions par Brower,
Mogunt., 1608; Lucchi, Rom., 4786, 3 vol. in-4°; Migne, t. LXXX VIII.
Cf. Ceillier, t. XVII ; éd. 2e, t. XI; Hist. litt. de la France, t. III.
S 94. Conclusion.
Quand on jette une vue d’ensemble sur l’ancienne
littérature chrétienne, née du génie grec et romain
retrempé dans le christianisme, on reconnait aussitôt
que la seconde période, la période chrétienne, est non-
seulement égale, mais supérieure à la période paienne
sous bien des rapports. Si, au point de vue de la forme,
la prééminence appartient aux classiques grecs, nous
avons aussi plus d’un écrivain remarquable par la cor-
rection du style et l'élégance de la diction : chez les
Grecs, l’auteur de la lettre à Diognète, Méthode, saint
Basile, Synésius, Isidore de Péluse, etc.; chez les Latins,
Minucius Felix, Lactance, Sulpice Sévère, saint Jérôme,
Paulin, Cassien, etc. Ce qui est indubitable, c’est que la
littérature chrétienne l'emporte incomparablement par
la fécondité des doctrines, des idées et des faits; elle
participe au caractère même du christianisme, source
des vérités révélées.
La littérature patristique a encore cet avantage, at-
testé par l’expérience universelle, d’avoir exercé sur le
moyen-âge et sur les temps modernes, pour le fond
comme pour la forme, une très-grande et très-salutaire
influence, et aujourd'hui nous voyons les protestants
eux-mêmes manifester le plus vif intérêt pour les ou-
vrages des Pères de l'Eglise.
Enfin, il est avéré que, dans les quarante années qui
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TABLE DES MATIÈRES.
Préface. . + Y
INTRODUCTION A L’HISTOIRE DE LA LITTÉRATURE CHRÉTIENNE.
& 1er, Notion et objet de l’histoire de la littérature chrétienne. 1
8 3. Les Pères de l'Eglise, les écrivains ecclésiastiques et les
docteurs de l'Eglise. . . . 0.09
& 3. De l’autorité des Pères dans l'Eglise catholique. . + + À
S 4. Des rapports de l’histoire littéraire du christianisme avec
les autres branches de la théologie. . . . . . . . 8
8 5. Les règles de la critique. . . . . . . . . . . 8
8 6. Editions des écrivains ecclésiastiques. — Leurs collections. 9
S 7. Travaux entrepris sur l’histoire de la littérature chré-
tienne. . 2 . 4 + ee + + + + + 14
De l'influence des littératures grecque et romaine sur les origines
de la littérature chrétienne.
8 8. La langue et la littérature romaine. — La langue et la litté-
rature grecque. . . 24
S 9. Des rapports de la littérature palenne avec la littérature
chrétienne chez les Grecs et chez les Romains. . . 26
8 10. Différences de la littérature chrétienne chez les Grecs et
chez les Romains. . -. . . 2 2 2 2 2 02 . . . . 30
L’ERE PATRISTIQUE.
Eerits des Grees , des Romains et des Orientaux.
Première période (1-320). — Les auteurs ecclésiastiques avant
le concile de Nicée.
CHAPITRE PREMIER.
LES PÈRES APOSTOLIQUES.
-
8 11. Nombre des Pères apostoliques. — Les rares écrits qu'ils
ont laissés sont rédigés sous forme de lettres et seulement
en grec. . . . se + + + + 32
8 12. Saint Clément de Rome, ee ee 0 0 + + + 84
sn Le “ON
A
3
ta
15.
1». Lettre »ueycliume de l'Église de Smyrne sur le martyre
de saint Polyearpe. . 2 2 2 0 0 2 ran
x
19.
20. Progrès de la littérature chrétienne quant au fond et à la
forme . .
TABLE DES MATIÈRES.
LE;:rr> . athhque de saint Barnabe
saut [:Lace, évêque d’Antioche.
saiut Pulycarpe, évèque de Smyrme. . .
. Papias, évèque d'Hiérapolis. . . . .
L'auteur inconnu de la Lettre à Diognète.
Le Pasteur d'Hermas. . . . . . .
La Iltiérature chrétienne de 150 à 320.
CHAPITRE PREMIFR.
LES APOLOGISTES GRECS.
$ 21. Justin, philosophe et martyr . . . . . . . .
Ss 22. Tatien V’Assyrien .
8 23. Athénagore
& 24. Théophile d'Antioche .
8 25. Hermias le Philosophe. . . 2 . . 2 2 2 . nen
$ 26. Clément d'Alexandrie et Origène. . . . 2 . . .
S 27. Ecrits interpulés et falsifiés.
Adversaires des hérétiques ( polémistes); représentants de la scie
Land?
u I Du I DE 7 Ind Du 7 7
Hs pr
Rs.
si"
chrétienne parmi les Grecs.
. Saint Irenee, évèque de Lyon. . . . . . .
. Cans, prétre romain ee
. Hinpolste . . . . …
. L'Ecole catechetique d’Alexanurie. .
C-ment d'Alexandrie,
. PUR, . .
As ct unemis d'Origène.
Travaux historiques du IT‘ et du III: siéele
A:rcs Ss Nartvrs et Mémoires d'Hégésippe. .
CHAPITRE II.
AUTEURS LATINS.
uuuirs Felix © oo 2 re.
Teulun 20000 en
CIE mm Le
en CR cm
=
TABLE DES MATIÈRES. 519
& 88. Saint Cyprien. . . . . . . . . ... . . . . . 497
& 39. Novatien. © . 2 2 . . . . . . + . . . . . . 206
& 40. Arnobe. . . 2 0 0 . . . . . . . . . . . . 208
8 41. Lactance Firmin. . . . . . + + + 210
& 42. Corneille, Etienne et Denis, évêques de Rome. . + . Mh
DEUXIÈME PÉRIODE.
La littérature chrétienne, de jan 320 à la fin du
VII: siècle.
& 43. Progrès de la littérature chrétienne . . . . . . . . 216
La littérature chrétienne de 320 à saint Augustin, 430,
dans les eontroverses arienne , donatiste , pela=
gienne, ete.
CHAPITRE PREMIER.
ECRIVAINS ORIENTAUX.
& 44. Eusèbe, évêque de Césarée. . . . . . + + …« . 221
& 45. Saint Athanase, archevêque d'Alexandrie + + + 227
& 46. Saint Ephrem le Syrien . . . + + + + 2,40
& 47. Saint Cyrille, évêque de Jérusalem . 244
& 48. Diodore, évêque de Tarse ; Théodore, évèque ‘de Mo
sueste ; Ecole d’Antioche. . . . . . 251
8 49. Saint Basile. 0. een 256
$ 50. Saint Grégoire de Nazianze. nn. AM
8 51. Saint Grégoire de Nysse. . . . 2 2 . . . . . . 383
& 52. Didyme l’Aveugle.. . . + 294
8 53. Macaire l’Aîné ou l'Egyptien , et autres auteurs qui ont
écrit sur l’ascétisme et la vie cénobitique. . . . . . 299 .
8 54. Saint Epiphane. . . . 2 . . . . . . . . . . 301
S 55. Saint Jean Chrysostome. . . . 2 . . . . . . . 305
8 56. Synésius, évêque de Ptolémaïs. . . . . . 323
8 57. Ecrivains secondaires de cette époque. Astérius, Némé-
sius, Nonnus et Proclus. . . . . . . . . . . . 328
CHAPITRE II.
* AUTEURS LATINS.
8 58. Commodien (Gazæus). . . . . . . . . . . . . 329
8 59. Firmicus Maternus, . » 2 2 2 . . . . . . . . 331
8 60. Marius Victorinus l’Africain. . . . . . . . . . . 332
6
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TABLE DES MATIÈRES. 591
La littérature greeque anx VII: et VIII: siècles dans la
querelle des monothélites et des iconoclastes.
CHAPITRE V.
AUTEURS GRECS.
8 86. Sophrone, patriarche de Jérusalem; Jean Mosch. . . 493
8 87. L'abbé Maxime, confesseur. . . . . . . . . . +. 494
$ 88. Saint Jean Damascène, . . . . 2 2 . . . . . . 496
CHAPITRE VI.
AUTEURS LATINS.
$ 89. Les papes Honorius, Martin Ier, Agathon II, Grégoire II. . 502
8 90. Premiers auteurs chez les Germains. . . . . . . . 602
CHAPITRE VII.
LES PORTES CHRÉTIENS.
8 91. Collections et travaux préparatoires. . , . . . . . 4508
$ 92. Poètes grecs. . . se ee 0 + + + … + 609
& 93. Principaux poètes latins. ss + ee + + + + W10
8 94. Conclusion. . . . . . : . . . . . . . . . . VA
Li. ER
3 SUD
2630
920
TABLE DES MATIÈRES.
8 61. Saint Hilaire de Poitiers. . . . . . . . . . . 333
8 63. Saint Optat de Milöve. . . . a 343
8 68. Saint Zénon de Vérone; Philastre de Bresse. . + 345
8 64. Saint Ambroise, évêque de Milan. . . 847
8 65. Sulpice Sévère. . . . . + + + + . 860
8 66. Rufin, prêtre d’Aquilde . . . . . . . . . . . . 36
8 67. Saint Jérôme. . . . . . 2 . . . . . . . . 865
8 68. Saint Augustin. . . . Pe 377
8 69. Paulin de Nole, et plusieurs Papes. _ 424
La littérature chrétienne de A30 à saint Grégoire le
Grand (604). Nestoriens , monophysites , pélagiens,
affaire des Trois Chapitres.
CHAPITRE Ill.
AUTEURS GRECS.
S 70. Saint Cyrille d'Alexandrie . . 426
8 71. Socrate, Sozomène et PRilostorge historiens ecclésias-
tiques . . . . . 0.0.4
& 73. Théodoret, évêque de Cyr. . . . 434
S 78. Isidore, abbé de Péluse; saint Nil l'Aîné . . 40
8 74. Historiens ecclésiastiques du VIe siècle. . 42
& 75. Denis, le pseudo-Aréopagite. en. 48
8 76. Auteurs moins importants de cette époque. . +... … MW
CHAPITRE IV.
AUTEURS LATINS.
8 77. Continuation de la querelle pelagionne, = surtout dans le
sud de la Gaule. . . . . + + 49
8 78. Saint Léon le Grand, pape. .. 464
8 79. Vigile, évêque de Tapse ; Victor, évêque de Vite ; Gen-
nade, prêtre de Marseille ; Fulgence, évèque de Ruspe. 470
S 80. Saint Pierre Chrysologue et saint Maxime, orateurs
chrétiens . . . . 472
8 81. Auteurs qui ont écrit pendant la querelle des Trois
Chapitres . . een. 4
& 82. L'abbé Denis et le pape Gölase, nennen. ii
8 83. Boèce, sénateur et patrice de Rome. ... 47
8 84. Cassiodore le Sénateur. . . 480
8 85. . 483
Saint Grégoire le Grand, pape.
—
TABLE DES MATIÈRES. 591
La littérature greeque aux VII et VIII’ sièeles dans la
querelle des monothélites et des iconoelastes.
CHAPITRE V.
AUTEURS GRECS.
8 86. Sophrone, patriarche de Jérusalem; Jean Mosch. . . 493
8 87. L'abbé Maxime, confesseur. . . . . . . . . . . 494
8 88. Saint Jean Damascène. s … + + 496
CHAPITRE VI.
AUTEURS LATINS.
S 89. Les papes Honorius, Martin Ier, Agathon II, Grégoire IL. . 802
8 90. Premiers auteurs chez les Germains. .. + + + + 850%
CHAPITRE VII.
LES POËTES CHRÉTIENS.
S 9. Collections et travaux préparatoires. . . . . , . . 8508
S 93. Poètes grecs. . . eu ne + + + + + + + 809
8 93. Principaux poètes latins. es es + + + + + + 510
S 94. Conclusion. - 2 2 2 I 2 2 2 2 2 ern. 815
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328
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Ecrits interpolés et falsifiés. 147 Etienne (pape) .
Enée de Gaza. .
Ephrem le Syrien (S.).
Epiphane (S.).
Facundus .
Firmicus Maternus.
Gennade .
Georges le Pisidien .
Grégoire (le Thaumaturge).
447 Eucher (S.) . .
240 Eusèbe (évêque de Césarée).
301 Evagre. .
F.
475 Fulgence . . .
331 Fulgence Ferrand. .
G.
523
244
457
221
449
470 Grégoire de Nysse (S.). 9255, 283
Grégoire de Nazianze (S.). 255,271 Grégoire de Tours.
Hermas (Le Pasteur d’) .
Hermias (le philosophe) .
Hégésippe (act. et mémoir.).
Hilaire de Poitiers (S.). .
Ignace d’Antioche (S.). .
Irénée, évêque de Lyon (S.).
Jérôme (S.) .
Jules (Africain). .
* Junilius.
Lactance .
Léon le Grand (S.).
Macaire }’Aîné. .
Mamert (Claudien).
Marius Victorinus .
Marius Mercator.
Maternus .
Martin Ier,
502
510 Grégoire le Grand {(S.). 483
170 Grégoire II. . . . .’. . 502
503
H.
65 Hilaire d’Arles (S.). 458
107 Hippolyte . . . . . 4136, 176
175 Honorius, pape. … 502
338
I.
47 Isidore de Péluse. . . 440
121 Isidore de Séville, 504
3.
+ 865 Justin (le philosophe). . . 80
171 Juvencus.. 510
476 ’
L.
240 Léontius. . 448
461 Libérat. . . . 476
M.
299 Maxime (S.). . 474
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